À quoi sert la littérature ?

La Nausée

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¿Para qué sirve la literatura? (Spanish)

What good is literature, anyway? (English)

¿Para qué sirve la literatura? (II) (Spanish)

What good is literature? (II) (English)

À quoi sert la littérature ?

par Jorge Majfud


Vous avez certainement, à de nombreuses reprises, essuyé la provocante question : « Bon, et à quoi sert la littérature ? », presque toujours dans la bouche d’un pragmatique homme d’affaires, ou, pire encore, d’un Goering de service, un de ces demi-dieux qui attendent toujours tapis dans les recoins de l’histoire, pour, dans les moments de plus grande faiblesse, sauver la patrie et l’humanité en brûlant des livres et en montrant aux hommes comment être des hommes. Et pour l’écrivain des coups ! Puisque rien n’est pire pour une personne avec des complexes d’infériorité que la proximité de quelqu’un qui écrit. Parce que s’il est vrai que notre financial time a fait de la plus grande partie de la littérature une pratique odieuse grâce à l’industrie du divertissement, il reste encore dans l’inconscient collectif l’idée qu’un écrivain est un subversif, un apprenti sorcier qui va çà et là mettant le doigt où ça fait mal, en disant des absurdités, dérangeant comme le ferait un enfant turbulent à l’heure de la sieste. Et il est assurément tout cela s’il prétend à une certaine valeur. N’est-ce pas la mission la plus profonde de la littérature au cours des cinq cents dernières années ? Pour ne pas remonter aux Grecs anciens désormais hors de portée pour un esprit humain qui tel un chien s’est finalement fatigué de courir après la voiture de son maître et se laisse emmener par le collier qui lui serre le cou.

Et pourtant, la littérature est toujours là, dérangeante depuis le début, vu que pour dire ses vérités il lui suffit d’un crayon et un papier. Sa valeur insigne est toujours la même : ne pas se résigner ni à la complaisance du peuple ni à la tentation de la barbarie. Pour tout cela il y a la politique et la télévision. Alors oui définitivement nous pourrions dire que la littérature sert à beaucoup de choses. Mais comme nous savons que nos inquisiteurs de service sont spécialement préoccupés par l’utilité et les bénéfices, il faudrait leur rappeler qu’il est bien difficile que, dans un esprit étroit, réside une grande intelligence. Une grande intelligence dans un esprit étriqué, tôt ou tard, finit étouffée. Ou elle devient haineuse et perverse. Mais, évidemment, une grande intelligence, perverse et haineuse, peut difficilement comprendre cela. Alors quand il ne s’agit même pas d’une grande intelligence…

De temps à autre, un politicien, un bureaucrate, un investisseur malin décide d’étrangler les humanités grâce à une coupe dans le budget de l’éducation, dans un ministère de la culture ou simplement en déchargeant toute la force du marché sur les très actives fabriques de sensibilités préfabriquées.

Bien plus sincères sont les fossoyeurs qui nous regardent dans les yeux et, avec amertume ou simple ressentiment, nous jettent à la figure leurs convictions comme s’ils n’étaient habités que d’une seule question : à quoi sert la littérature ?

Certains brandissent ce type d’instruments non comme doute philosophique mais comme une pelle mécanique qui, lentement, élargit une fosse pleine de cadavres vivants.

Les fossoyeurs sont de vieilles connaissances. Ils vivent ou font semblant de vivre mais ils sont toujours agrippés au pouvoir du moment. En haut ou en bas, ils ne cessent de répéter, avec des voix de morts-vivants, des superstitions utilitaristes sur le progrès et la nécessité.

Répondre sur l’inutilité de la littérature dépend de ce qu’on entend par « utilité », non de ce qu’on entend par « littérature ». L’épitaphe est-elle utile ? Et la pierre tombale sculptée, le maquillage, le sexe avec amour, les adieux, les pleurs, le rire, le café ? Est-ce que le football est utile, les programmes de télévision, les photos qui s’échangent sur les réseaux sociaux, les courses de chevaux, le whisky, les diamants, les trente pièces de Judas et le repentir ?

Rares sont ceux qui s’interrogent sérieusement sur l’utilité du football ou de la cupidité de Madoff. Ils ne sont pas rares (ou ils n’ont pas eu le temps suffisant) ceux qui demandent ou assènent à quoi sert la littérature ? Le foot est, dans le meilleur des cas, innocent. Bien souvent il s’est fait le complice des manipulateurs et des fossoyeurs.

La littérature, lorsqu’elle n’a pas été complice des manipulateurs, a été de la littérature. Ses détracteurs ne font pas allusion au respectable marché des best-sellers des émotions préfabriquées. Jamais personne n’a demandé avec autant d’insistance à quoi sert une bonne affaire ? Dans le fond, ce type de littérature n’est pas un souci pour les détracteurs de la littérature. C’est autre chose qui les inquiète. Ce qui les inquiète c’est la littérature.

Les meilleurs athlètes olympiques ont montré jusqu’où peut aller le corps humain. Les coureurs de Formule 1 également, moyennant quelques artifices. Même chose pour les astronautes qui ont marché sur la Lune, la pelle qui construit et détruit. Les grands auteurs ont montré tout au long de l’histoire jusqu’où peut aller l’expérience humaine, celle qui importe vraiment, l’expérience émotionnelle, le vertige des idées et la multiple profondeur des émotions.

Pour les fossoyeurs, seule la pelle est utile. Pour les morts-vivants aussi.

Pour les autres qui n’ont pas oublié leur condition d’êtres humains et qui osent aller plus loin que les limites étroites de leur propre expérience, pour les condamnés qui déambulent parmi les fosses communes mais ont retrouvé la passion et la dignité d’êtres humains, pour eux, c’est la littérature qui est utile.

Jorge Majfud, 4 de marzo de 2011

majfud.org

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Antonio Lopez.

Oulala (France)


Ron Paul et l’anarchisme de droite.

Thomas Jefferson

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Ron Paul y el anarquismo de derecha (Spanish)

Ron Paul et l’anarchisme de droite

par Jorge Majfud

Choqué par la misère qu’il avait rencontrée dans les classes pauvres de la puissante France, Thomas Jefferson écrivit à Madison que cette misère était le résultat de la « unequal division of property » (« partage inégal de la propriété »). La richesse de la France, pensait Jefferson, était concentrée dans trop peu de mains, ce qui avait pour conséquence le chômage et la mendicité généralisés. Il reconnaissait également que « la répartition égale de la propriété est impraticable », mais les grandes différences engendrent la misère. Si l’on voulait préserver le projet utopique de la liberté en Amérique, pas uniquement pour la justice, il était urgent de garantir par la loi le partage des propriétés obtenues par héritage afin d’assurer une répartition équitable entre les descendants (Baylin 2003, 57). C’est pour cela que, en 1776, Jefferson procéda, dans son État, à l’abolition des lois qui favorisaient certains héritiers et il disposa que toute personne adulte qui ne possèderait pas 50 acres (20 hectares) de terre, les recevrait de l’État, étant donné que « la terre appartient aux vivants et non aux morts » (58).

En certaine occasion, Jefferson affirma que s’il devait choisir entre un gouvernement sans journaux et des journaux sans gouvernement, il prendrait cette dernière option. Comme la plupart des autres pères fondateurs, il se distingua par d’autres idées libertaires, par son anarchisme modéré et par une collection de contradictions diverses. Aujourd’hui, peut-être Ron Paul est-il une espèce de réincarnation postmoderne de ce président et philosophe illustré. C’est peut-être pour cette même raison qu’il a été supplanté par Sarah Palin dans la définition du bon conservateur. Médecin, représentant du Texas et un des leaders historiques du mouvement libertaire, Paul est en outre, probablement, le véritable fondateur de l’inexistant Parti du Thé (Tea Party). Si quelque chose a distingué les républicains néo-conservateurs des démocrates libéraux au cours des dernières décennies c’est son puissant interventionnisme international aux relents messianiques ou ses tendances à légiférer contre le mariage homosexuel. Au contraire, s’il y a quelque chose qui a caractérisé la forte attitude critique et la pratique législative de Ron Paul c’est bien sa proposition d’éliminer la banque centrale des États-Unis, son opposition à l’intrusion de l’État dans la définition de ce qu’est ou doit être le mariage et son opposition à toute espèce d’ingérence dans les affaires d’autres pays.

Le débat du Parti Républicain en décembre 2007 en est une parfaite illustration. Tandis que tous les autres candidats s’employèrent à répéter des phrases toutes faites qui soulevèrent les applaudissements et l’enthousiasme du public hispanique de Miami, Ron Paul ne manqua pas l’occasion de répéter ses embarrassantes convictions.

À la question de María Elena Salinas sur l’attitude à adopter avec le président du Vénézuela, Ron Paul répondit simplement en faveur du dialogue avec Chavez et avec Cuba. Évidemment les huées se firent entendre dans toute la salle. Sans attendre le retour au calme, il contre-attaqua : « Mais laissez-moi vous dire pourquoi, pourquoi nous avons des problèmes en Amérique centrale et en Amérique du sud : parce que nous sommes mêlés à leurs questions internes depuis très longtemps, nous nous sommes immiscés dans leurs affaires. C’est nous qui avons créé tous les Chavez du monde, nous avons créé tous les Castro en intervenant et en créant le chaos dans leurs pays et eux ont répondu en choisissant leurs dirigeants… »

Les huées cessèrent devant les arguments du Texan. On l’interrogea alors sur la guerre en Irak : « Nous n’avions aucune raison de nous engager là-bas, nous n’avions pas déclaré la guerre […] Mon point de vue est différent parce que je respecte la Constitution et je tiens compte de ce que les pères fondateurs nous disent : restez à l’écart des affaires internes des autres nations. »

En politique intérieure, le mouvement Libertaire partage plusieurs positions avec les néo-conservateurs. Par exemple l’idée que les inégalités sont la conséquence de la liberté entre des individus ayant des compétences et des intérêts différents. C’est ainsi que l’idée de « répartition des richesses » est considérée par les partisans de Ron Paul comme un acte arbitraire, une injustice sociale. Pour d’autres néocons, c’est simplement le résultat de l’endoctrinement des socialistes comme Obama. Et de mentionner alors tous les livres de Karl Marx qu’Obama a étudiés, apparemment avec beaucoup d’intérêt, à la Columbia University et de rappeler toutes les réunions des « Socialist Scholars Conference » auxquelles il a assisté (Radical-in-Chief : Barack Obama and the Untold Story of American Socialism, Stanley Kurtz). Néanmoins, aux yeux des libertaires, tout cela relève des droits de tout citoyen, comme fumer de la marihuana, du moment qu’il ne cherche pas à l’imposer à autrui. Ce qui pour un président serait pour le moins difficile.

La vache sacrée des néo-conservateurs étatsuniens c’est la liberté (puisque, pour eux, le libéralisme est un mauvais mot) comme s’il s’agissait d’un aspect indépendant de la réalité. Pour atteindre cette liberté, il suffit d’éliminer ou de réduire tout ce qui a à voir avec l’État ou le Gouvernement. À l’exception de l’armée. D’où la posture de certains en faveur de la détention d’armes par les individus : pour les utiliser contre le pouvoir intrusif d’un gouvernement, d’ici ou d’ailleurs.

Les extrémistes de la liberté absolue ne considèrent pas nécessaire, pour être libres, une certaine part de pouvoir ou, en tout cas, ils en minimisent l’importance. Pour Jefferson et pour Che Guevara, l’argent n’était guère qu’un mal nécessaire, produit de la corruption et outil du vol. Mais, aujourd’hui, le pouvoir (les Grecs de Périclès le savaient déjà) réside dans l’argent. Dès lors, il suffit d’avoir plus d’argent pour être, sur le plan social (et non existentiel) plus libre que le travailleur qui ne peut disposer du même niveau de liberté pour donner une éducation à ses enfants ou pour avoir des loisirs qui stimulent son développement humain et sa créativité intellectuelle.

À l’autre extrême, dans une grande partie de l’Amérique latine, la vache sacrée, aujourd’hui, c’est « la répartition des richesses », grâce à l’État. Souvent on ne prend pas en compte qu’il puisse y avoir une mauvaise répartition de la production ou on n’y accorde que peu d’intérêt. Dans ce domaine, les paramètres culturels sont essentiels : il y a des individus et des groupes qui créent et travaillent pour les autres lesquels ensuite se plaignent de l’injustice parce qu’elles n’obtiennent pas les bénéfices qu’elles mériteraient si la justice sociale existait. C’est comme si un menteur se cachait derrière une vérité pour préserver et pérenniser ses vices. Pour cette position, le mérite est seulement le résultat d’un système oppressif qui ne permet même pas aux paresseux de sortir de leur paresse. Voilà comment la paresse et le vol sont expliqués par la structure économique et la culture de l’oppression qui maintiennent des groupes entiers dans l’ignorance. Ce qui n’est pas si faux jusqu’à un certain point mais qui ne suffit pas à démontrer l’inexistence d’éternels cossards et d’autres faiblement doués pour le travail physique ou intellectuel. Quoi qu’il en soit, il ne devrait pas y avoir de répartition des richesses si, d’abord, il n’y a pas de répartition de la production. Ce qui, en partie, serait également répartition de l’envie d’étudier, de travailler et de prendre des responsabilités. Aujourd’hui, les États sont des maux nécessaires pour protéger l’éga-liberté. Mais, en même temps, ils sont le principal instrument, comme le pensaient les révolutionnaires étatsuniens, pour préserver les privilèges des plus puissants et nourrir le vice moral des plus faibles.

Jorge Majfud, Février 2011
Jacksonville University

Traduction de l’espagnol pour El Correo de : Antonio Lopez.

Oulala (Francia)


Tout le poids de la loi

ruined beauty

Odpusti Naše Grehe (Slovenian)Image by Hilarywho via Flickr

Odpusti Naše Grehe  (Slovenian)

Tout le poids de la loi


Dans la matinée du 27 juillet, les journaux et la télévision donnèrent la nouvelle d’un rare crime commis à Sayago. Deux indigents avaient donné la mort à un troisième, possiblement dans la nuit du jour précédent. Quoique sans arriver à inquiéter, la nouvelle en a surpris plusieurs. Ce qui est raisonnable et, ce qui est plus habituel, c’est de tuer pour de l’argent, par orgueil ou pour quelque passion familiale. Et rien de cela ne pouvait avoir un pygmée vivant dans les décharges de la ville.

Jamais on ne sut exactement le motif de l’agression; et alors personne ne voulût en savoir plus lorsque le juge donna aux assassins dix années de prison. Mais moi, le juge, jamais je n’oublierai le cas et, quelques années plus tard, je visitai les prisonniers dans leur cellule. Je le fis en secret, comme d’habitude, parce que les gens se plaisent à dire que j’avais une préférence pour les criminels plutôt que pour les victimes. Maintenant si je devais dicter une sentence de nouveau, je leurs donnerais dix autres années supplémentaires; non par justice, mais par compassion. Je crois que je peux m’expliquer.

L’indigent assassiné était le docteur Enriquez, celui qui avait porté cette vie sans toit pendant les derniers six mois. Eusebio Enriquez était un chirurgien et avait perdu sa fille aînée dans une salle d’opération le 24 janvier, où lui–même prétendait la soulager d’une maladie incurable. Le chirurgien n’avait aucune raison de se sentir coupable, mais peu importe les raisons parce que, subitement, il devint fou et s’en fût de sa maison. Il traversa la ville sous une pluie de janvier et s’abandonna du côté des voies ferrées, à Sayago. Il se laissa pousser la barbe, devint sale et négligea ses vêtements; il maigrit rapidement et son visage se fit plus obscur et creusé, ce qui lui donna une apparence méconnaissable de sannyasin hindou. Il se rendit si en marge de la société qu’il cessa d’exister pour le gouvernement et pour le monde, et pour cette raison personne ne put le retrouver. Peu de temps après, il rencontra Facundo et Barbarroja, les deux hommes qui plus tard le tueraient à coup de barre de fer. Ni Facundo ni Barbarroja n’étaient des criminels, mais les gens en avaient peur ou, pour mieux dire, les fuyaient, comme si la pauvreté était contagieuse. Tandis qu’il y avait des gens qui croyaient en Dieu ou à l’Enfer et qui leurs donnaient des aumônes. Mais, peu à peu, la bonne conscience et les subsides décrûrent, et ces misérables en vinrent à intégrer l’inconscient national, la honte dissimulée d’une économie prospère ou prétentieuse.

Les deux hommes traînaient une vie presque nomade. Ils habitaient tous ou certains des recoins de la vieille station de chemin de fer, évitaient toujours que le gardien les découvre dormant dans quelque wagon abandonné, ou dans le dépôt de fer où ils se réfugiaient par temps de pluie. “Cet endroit est triste” se disait Enriquez, “tant mieux s’ils ne s’en rendent pas compte.”

Mais, je le répète, aucun des deux n’était capable de tuer un oiseau. Aussi il est vrai que pendant les six mois que dura cette convivialité, Enriquez ne leurs adressa la parole qu’une seule fois. Malgré tout, les mendiants ne lui gardèrent aucune rancœur. Ils savaient qu’il était un pauvre fou qui, autrefois, avait vécu comme les gens ordinaires, qu’il avait eu une maison et une auto et, jusqu’à une famille, parce qu’ils l’avaient vu fuir une femme élégante portant une robe propre. Ils avaient appris à cohabiter avec lui comme en famille, et paraissait muet ou handicapé. Certaines fois, lorsque le froid devenait intolérable et que ses mâchoires commençaient à trembler, ils lui donnaient une boîte de conserve replie d’herbes bouillantes. Et lui ne la repoussait pas.

Mais cet hiver fut l’un des pires dont se souviendront les mendiants. Les températures tombaient en dessous de zéro; les mares commençaient à geler et les pâturages devenaient blancs. Il était chaque fois plus difficile sinon impossible de se procurer des bouteilles de verre et encore plus de les vendre. Parce que les gens s’éloignaient de ces hommes qui, chaque année, dépérissaient toujours plus, négligeant leur barbe et leurs vêtements. Et ainsi, peu à peu, ils perdirent le peu de contact oral qui les réunissait au monde.

Barbarroja tomba malade de faim et Facundo commença à se plaindre toute la nuit de rhumatisme ou de quelqu’autre chose d’indéchiffrable. Les maladies et les souffrances crûrent jusqu’à se confondre en un unique enfer. Cependant, les deux mendiants continuaient d’espérer le printemps et la chaleur de l’été qui chaque jour paraissaient plus lointain.

Enriquez le savait. Il savait que cela pouvait être le dernier hiver de ses compagnons. Ils avaient les pieds gonflés et violets, leurs visages étaient pâles et renfoncés, leurs mains inutilisables. Seul les aidait un optimisme déprimant, selon lui.

Un matin, Enriquez ouvrit la bouche pour leurs dire la sentence de leur mort. Ce jour fut l’unique fois qu’ils parlèrent tous les trois et ils parlèrent durant des heures. Facundo et Barbarroja s’informèrent de qui était le fou et cela confirma presque tout ce qu’ils avaient imaginé. En réalité, le fou était ou avait été un homme riche. Un petit bourgeois, pour ses connaissances, mais un homme riche pour ces marginalisés.

La conversation se termina par un proposition du fou. “Il viendra plus de froid” leur dit-il, et “vous-mêmes mourrez. Déjà vous n’avez plus de défenses et vos corps agonisent. Ils endureront la souffrance jusqu’en septembre. Ou, dans le pire des cas, jusqu’en octobre. Mais vous mourrez. Et si vous avez la chance de survivre cette année, vous mourrez l’année prochaine, à la suite d’avoir souffert le double de ce que vous souffrirez cet hiver. Mais vous être si pauvre que vous n’avez ni même d’idées. Vous ne saurez pas comment sortir de cet enfer. Ni même de la façon la plus facile. Vous êtes si pauvre que vous n’avez même pas pensé à aller en prison où les gens jouissent d’un lit avec des couvertures et un toit, où ils mangent presque tous les jours. Vous êtes si pauvres que vous n’avez même pas les forces suffisantes pour voler dans un marché, parce que si vous l’essayeriez, ils vous sortiraient à coup de pommes de terre et vous en termineriez sur le pavé avec le front ensanglanté. Et s’ils vous emprisonnaient pour vol, ils vous remettraient à la rue au bout de deux jours parce que les prisons sont pleines, et parce que même le juge aurait pitié de deux misérables affamés. Mais, comme je suis médecin, je vais vous dire quoi faire pour vous en sortir.”

Les mendiants se regardèrent pour se consulter. Ils ne savaient guère quoi en penser. Ils commençaient même à douter de l’histoire qu’il leurs avait racontée au début, au sujet de sa famille et de sa vie antérieure.

“Pour aller en prison, pour plusieurs années, vous devez me tuer. Ne me regardez pas ainsi comme des idiots. Dissimulez cette stupidité honnête qui vous fait puer dans vos vêtements.”

Facundo et Barbarroja surent ou imaginèrent qu’en ce jour le fou était pire que jamais. Mais il continuait d’insister, avec un réalisme fanatique, sur la convenance de sacrifier un des trois.

– “Dieu nous punira” dit Barbarroja.
– “Dieu déjà vous a punis. Peut-être imaginez-vous un Enfer pire que celui-ci ? Voyez–vous ce que je vous dit ? Vous êtes si pauvres que vous n’avez pas d’idées. Déjà vous ne raisonnez plus. Dois-je venir pour vous dire ce que vous avez à faire ? De plus, pourquoi Dieu aurait-il à punir quelqu’un qui tue un assassin ? La Bible ne dit-elle pas « œil pour œil, dent pour dent » ? J’ai tué une enfant, ma propre fille. Auriez-vous de la compassion pour moi ?”

Les mendiants se levèrent et se retirèrent craintifs. Le fou commençait à leur faire peur pour de vrai. Le temps passa, une semaine ou deux, et ils n’en reparlèrent plus. Ni même ne l’approchaient et allaient jusqu’à éviter de le regarder. La journée du 24, il plût intensément. Facundo et Barbarroja emménagèrent dans le hangar de la station. Comme je l’ai dit auparavant, ils allaient là seulement les jours de pluie, parce que cela ennuierait le gardien de les trouver là. D’autre part, je crois qu’ils préféraient le wagon sans toit, parce qu’il était plus discret et que le vide noir de la hauteur de ce dépôt ne les dérangeait pas. (Malgré qu’ils vivent dans la rue et que je découvris qu’ils souffraient d’une forme rare d’agoraphobie).

Durant ce jour, le fou n’entra pas dans le hangar. Il demeurait sous la pluie toute la nuit comme un fantôme les mains dans les poches et regardait souvent dans le ciel les éclairs que la pluie obscure effaçait.

La journée du 25, le fou, épuisé par la faim et le peu d’envie de vivre, tomba inconscient. La journée du 26, les mendiants se décidèrent à lui apporter une tisane d’herbes bouillies. Mais il ne réagissait déjà plus. Son regard était perdu et à peine pouvait-il bouger les paupières. La peau était blanche et froide, il n’avait ni réaction ni sensibilité d’aucun type. Facundo appuya son oreille sur la poitrine du fou et constata qu’elle ne remuait presque plus. Pendant toute la nuit les deux hommes contrôlèrent en silence les quasis imperceptibles coups que rendait le cœur du fou. Ils attendirent et en prirent soin avec crainte et anxiété. Barbarroja commença à trembler comme jamais auparavant, les épaules contractées et sans pouvoir contrôler les lèvres qui paraissaient réciter un discours sans voix.

La journée du 27, le cœur du fou maintenant ne s’entendait plus et, à la nuit, ils le crurent mort. Mais il ne l’était pas. Par conséquent, la conclusion du médecin légiste était correcte : Eusebio Enriquez n’était pas mort de froid ni de faim, il fut assassiné de coups donnés par deux délinquants qui reconnurent le délit et qui se sauvèrent d’un lynchage certain à la sortie du procès, parce que la police les entraîna jusqu’à une camionnette où ils furent déposés comme déchets.

Jorge Majfud
Uruguay, 1998

Traduit de l’espagnol par:
Pierre Trottier, mai 2006
Trois–Rivières, Québec, Canada

La mort de l’individu

vote symbol: information

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La mort de l’individu


L’individu virtuel et ses identités

par Jorge Majfud

Sont devenues courantes dans nos institutions, les politiques qui pour économiser du papier le remplacent par des fichiers PDF, etc. Il est clair que les technologies électroniques ont rendu possible non seulement une plus grande démocratisation mondiale de l’information et de plusieurs moyens digitaux de production mais, de plus, elles ont évité que cette massive popularisation de l’accès à la participation de la vie moderne (ce qui ennuyait tant Ernest Renan au XIXe siècle et Ortega y Gasset au début du XXe) ne se traduise en une catastrophe écologique plus grande que celle que nous avons déjà.

Cependant, ce monde virtuel n’est pas un si « environmentally friendly » ( « soucieux de l’environnement ») comme on le prétend. Tout a un prix. En utilisant le courrier électronique nous économisons de l’énergie et nous évitons une plus grande contamination que si nous envoyions des lettres papier par la poste. Mais sûrement dans l’ère du courrier traditionnel nous n’envoyions ni recevions pas des centaines de lettres par jour.

Depuis quelques années nous savons que faire une courte investigation en ligne en utilisant un moteur de recherche comme Google émet autant de dioxyde de carbone qu’ avoir fait bouillir une chaudière. Nous considérons qu’une recherche raisonnable émet 7 grammes de CO2, ce qui correspond plus ou moins avec la mise au point de Google qui dit que quand l’on clique sur seulement « search » [Chercher] cela consomme/libère 0.2 grammes.

Cette référence écologique nous permet d’illustrer un problème semblable au niveau psychologique et social chaque fois que nous considérons la « nouvelle liberté » et les nouvelles possibilités de communication des individus par le simple fait d’être branchés. Nous avons déjà beaucoup écrit sur ce point et nous n’allons pas nous répéter. Mais maintenant il me semble intéressant de bousculer un peu plus le problème central de ce phénomène de l’individu – branché.

Il y a quelques jours, tandis que j’attendais dans un mall ou un centre commercial (ce qui en espagnol latino-américain se dit « shopping center », si équivoque comme le mot « plaza » utilisé aux États-Unis) je me suis attardé en m’asseyant. Pendant un instant j’ai arrêté de regarder tous les gens qui cherchaient des choses à acheter et j’ai observé le reste des gens qui n’étaient pas en train d’acheter des choses. Devant moi un père suivi de trois enfants est passé, avec un iPhone dans une main, le pouce explorant l’écran minuscule et ses yeux absorbés dans une liste de messages reçus. Une fille est entrée dans un magasin et a regardé quelques chemises sans arrêter de lire son courrier. Encore deux filles, répétant la même pratique, se sont incroyablement croisées sans s’être rentrées dedans. Au rez-de-chaussée, deux jeunes hommes et un vieux monsieur se reposaient dans des fauteuils. Chacun avait un BlackBerry, un iPad, un iPod et un iPud à la main, sur un genou, ou sur la tablette d’à côté. (Le préfixe répétitif « i » peut se rapporter à « intelligent » ou : pourquoi pas « je », « en anglais, quelque chose de similaire à « je téléphone », « je chose » ; parce que quand le marché insiste avec un symbole, c’est parce que la vraie signification est ailleurs). Aucun n’a résisté plus d’une minute sans relire quelque chose. Presque toujours ils changeaient de posture et ils se mettaient à écrire, peut-être répondaient à un courrier ou faisaient la tournée des popotes avec quelqu’un qui ne devait être aucun des autres deux qui étaient à côté.

J’ai toujours pensé que le phénomène des communications, avait mis en relief, à un niveau critique, une obsession historique ou naturelle de l’humanité pour la communication. Quelque chose de pareil à l’impulsion des insectes dans la nuit, qui tournent autour du feu et vont mourir en se brûlant eux mêmes. Enfin, les gens parlent et écrivent, en grand partie, non parce qu’ils ont quelque chose d’important ou de crucial, à dire, mais pour le seul fait, le plaisir ou la nécessité de se sentir en contact, du romancier au médecin ou au mécanicien.

Tout ceci semblerait être quelque chose de très humain : la communion serait le climax de cette impulsion de communication.

Je fus une demi-heure durant observant, essayant de déchiffrer le phénomène qui nous englobe. Essayer de donner des réponses à chaque phénomène qui nous tourne autour est aussi une autre obsession. Mais je ne voulais pas résoudre cette question avant d’avoir une idée, au moins vague, une hypothèse timide, du phénomène qui avait frappé le reste des gens qui n’achetaient pas, ne consommaient pas (phénomène plus primitif et plus facile à expliquer).

Pour répondre à cette question il fallait se demander d’abord pourquoi le phénomène de parler par téléphone et, surtout, de texter, a remplacé par une forme aussi dramatique l’acte simple de parler face à face, sachant à quel point, il doit être intéressant de sentir par tous les sens autrui, un autre être humain.

Comment expliquer, alors, la contradiction de cette impulsion historique de communication avec le manque de communication en résultant ?

Alors j’ai cru trouver la logique de cette apparente contradiction. Dans le monde de la communication digitale, l’acte de la communication ne se distille pas seulement dans son état le plus pur, qui requiert la distance comme obstacle de plaisir, mais l’acte est une confirmation de l’individu isolé, aliéné, par la suppression de l’autre, par l’objectivisation du sujet.

Dans ce monde, l’autre s’est multiplié de façon exponentielle et la communion a été proportionnellement diluée avec n’importe qui. L’autre est moins sujet et plus objet, depuis le moment où je peux, comme individu, décider quand l’éliminer. C’est-à-dire à chaque instant je suis protégé par la conscience ou la perception que l’autre ne menacera pas mon espace individuel par une visite inconfortable dont je ne peux pas me défaire. Ainsi, l’autre est sous contrôle.

Les jeunes hommes et le vieux étaient là, communiquant avec quelqu’un d’autre, avec beaucoup d’autres, mais leur espace vital, leur individualité étaient protégés par un simple bouton (qui n’est même pas un bouton) capable d’éliminer la présence de l’autre, capable de le mettre entre parenthèse ou de le renvoyer à un temps ultérieur, un temps du calendrier qui dépend de l’individu – isolé-qui-se-communique.

En même temps, ce paradoxe génère une autre apparente contradiction qui fait partie de la même logique. L’individu – isolé-qui-se-communique n’est pas non plus un individu dans le sens traditionnel. D’abord, parce que son existence virtuelle peut acquérir plusieurs identités simultanées. Le sujet s’autochosifie avec un masque. Deuxièmement, parce que sa « vraie identité » (plus exactement son « identité officielle ») peut lui être volée. Le vol d’identité est l’une des terreurs croissantes de la nouvelle civilisation digitale. Dès que quelqu’un vole l’identité à Juan Rosas-Z avec CDI numéro X, même l’énorme poids du gouvernement le plus puissant du monde ne peut pas beaucoup y faire. Juan Rosas-Z arrête d’être Juan Rosas-Z et acquiert les délits que quelqu’un d’autre qui s’appelle maintenant Juan Rosas-Z a commis quelque part dans le monde. Dans quelques cas, il s’est avéré que ce cauchemar a amené beaucoup de gens à changer leur nom officiel, leur identité, pour arrêter la vague d’actes commis par leur fantôme.

L’autre, le fantôme qui a perdu sa condition humaine de sujet, maintenant fait partie d’un monde fantasmagorique où vit l’individu qui a les autres sous contrôle mais il a perdu le contrôle sur lui même.

Il reste une espérance, bien sûr. L’individu-collectif-humain s’est souvent suicidé et souvent est re-né avec de vieilles et de nouvelles obsessions. Peut-être bien est-ce sa forme naturelle de se réinventer tous les cinq cents ans.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

© Jorge Majfud, 2011
majfud.org Janvier 2011. Jacksonville University

El Correo. Paris, le Janvier 2011.

Mémoires du sous-développement

Memories of Underdevelopment

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Mémoires du sous-développement (I et II)

par Jorge Majfud

Une société manifeste un haut degré de développement par la manière dont ses membres se conduisent et à la qualité des relations que ceux-ci ont entre eux et non par un simple flot de capitaux.

Au grand Tomás Gutiérrez Alea

« I »

La production mal répartie

Lors de mon dernier séjour en Uruguay, j’ai entendu répéter quelques fois, dans des réunions entre amis, une blague du grand Luis Landriscina : un paysan insouciant était en train de dormir à l’ombre ; lorsqu’un Anglais lui demanda pourquoi il ne faisait pas produire son champ, l’autre lui répondit :

– Pour quoi faire ?

-Pour ensuite pouvoir te reposer, lui dit l’Anglais.

-Et qu’est-ce que je suis en train de faire ?, conclut avec malice l’éternel fatigué.

Cette histoire n’est pas seulement drôle, d’aucuns la trouvent empreinte d’une grande sagesse. Elle n’est pas mal en tant que philosophie personnelle, elle est très écologique et, au passage, c’est un camouflet dialectique qui est infligé à tous ces impérialistes qui nous ont tellement gâché notre histoire. En outre, le paysan latino-américain et le gaucho du Río de la Plata sont détenteurs d’une longue liste de vertus morales et humaines en général (la franchise, une rare avarice, le sens d’une fraternité humaine et non purement institutionnelle). Si à cela l’on ajoute une longue histoire de souffrances et d’exploitations, la critique radicale de l’une ou l’autre de leurs caractéristiques personnelles ou culturelles devient difficile. Mais personne n’est parfait et il convient de séparer la paille et le grain.

Ce genre de philosophie, qui est plutôt une pratique (ne pense pas au lendemain ; Dieu pourvoira pour l’homme comme il y pourvoit pour les oiseaux, selon Jésus et les Évangiles, dans le fond elle est chrétienne même si c’est le christianisme qui l’a enterrée plus profondément au nom d’un de ses produits contradictoires, le capitalisme), et ce type de personnage victimisé, que défendent, par correction politique, même les travailleurs les plus exploités, se répand encore sous diverses formes dans l’espace social de l’Amérique Latine.

Le problème se pose lorsque le sage insouciant, gourou créole ou simple pícaro [1] paresseux a besoin d’une aide urgente et en appelle à la solidarité, en maudissant le reste de la société (ou l’empire de « service » [2]) parce que « la richesse est mal répartie ».

Alors, au nom du politiquement correct, personne n’ose reconnaître que la production est également mal répartie, dans la famille, dans un pays et dans le monde. Et que les producteurs ne sont pas toujours les exploiteurs, que les inventeurs qui brevettent leurs efforts intellectuels ne sont pas toujours les responsables de la mauvaise répartition de la richesse et de la pauvreté dans ce monde mais, peut-être, tout le contraire.

À quel moment sommes-nous arrivés à ce défaut extrême de caractère ? La faiblesse de caractère est-elle une corruption de la civilisation ou appartient-elle à la nature la plus primitive de l’espèce humaine ? Ou est-ce simplement (confondre sa propre paresse avec la solidarité d’autrui) une défaillance intellectuelle de la pensée morale, de la volonté créatrice ?

Une nouvelle pensée de gauche ?

Il est probablement nécessaire de poser les bases d’une nouvelle pensée de gauche. J’ai conscience qu’une pensée ne peut être étiquetée et circonscrite par avance. S’il s’agit d’une pensée authentique, à sa naissance, nous ne pouvons savoir où elle nous mènera. Cela n’est possible qu’en théologie où l’on pose des prémisses en sachant d’avance que, en gros, les conclusions seront celles que nous souhaitons qu’elles soient, la confirmation d’une vérité ; non un mise en question radicale.

Toutefois, juste à titre d’hypothèse, peut-être pourrions-nous parler d’une refondation ou d’une nouvelle pensée de gauche : une pensée libre des complaisances populistes d’une autre époque qui ne perdrait pas sa radicalité dans la critique des sources de pouvoirs sectaires, catégorie dans laquelle on trouve les lobbies autant que le syndicalisme corporatif.

Je ne dis pas, bien entendu, que ce type de pensée de gauche (auto)critique n’existe pas. Le problème est qu’elle n’est pas visible en raison de son refus de la complaisance.

De toute évidence, nous ne pouvons nous faire beaucoup d’illusions sur son adoption par la classe politique car la nature de celle-ci est différente. Nous pouvons excuser en partie les politiques parce qu’ils doivent lutter contre les eaux impures des accords pragmatiques et stratégiques, parfois, mais seulement parfois, en vue d’un bien supérieur (je renvoie à mon bref essai, ‘Pense radicalement, agis avec modération’). Mais nous pouvons assurément l’exiger du reste de la société. En commençant, surtout, par la classe des intellectuels qui, contrairement à leur véritable fonction politique, devraient être moins soucieux d’éviter leur rôle historique de trouble-fêtes. L’intellectuel ne devrait manifester de crainte ou de complaisance ni avec César (l’intellectuel de droite) ni avec son peuple (l’intellectuel de gauche). Après tout, c’est cela qu’on appelait prophétiser, déjà depuis les critiques anciens de la Bible, malheureusement confondus avec ceux qu’on a appelés prophètes.

« II »

L’histoire de l’Uruguay et de l’Argentine a toujours souffert d’un certain bipolarisme. Des moments de grandes crises et de dépressions auto-destructrices, on passe à une euphorie tout aussi démesurée. Mais ce moral en dents de scie de la société du Rio de la Plata ne correspond pas à une réalité plus stable. Entre l’inondation de capitaux et le véritable développement il y a une distance considérable. Contrairement aux taux de croissance économique, la culture sociale du Rio de la Plata n’a pas avancé. En principe, on considère que ce sont les ressources économiques qui donnent une forme à ces relations mais il est très probable que, dans une grande mesure, ce soit exactement le contraire : une société montre un haut degré de développement à la manière dont se conduisent ses membres et à la qualité des relations que ceux-ci ont entre eux (Nous avons déjà consacré de nombreux essais à exposer les graves contradictions de certaines sociétés développées qui, comme l’Athènes de l’Antiquité, comme les États-Unis, manifestent un haut degré de civilité à l’intérieur de leurs frontières et une arrogance sauvage à l’extérieur.)

En dépit de certains progrès sociaux dans certains pays de notre région, nos sociétés du boom économique latino-américain présentent des villes excessivement sales et dangereuses, des extrêmes de somptueuse richesse et d’ultime misère, des policiers qui demandent encore des pots-de-vin ou que personne ne respecte, des citoyens qui contreviennent à toute norme sociale chaque fois qu’ils le peuvent, caillassages d’autobus gratuits et non sanctionnés, d’ingénieuses destructions des biens publics, des banlieues de plus en plus muselées, une jeunesse dissolue et abrutie par les aberrants « réseaux [3] sociaux » (le diable est dans les noms, dans les idéo-lexiques), des personnes honnêtes qui se sentent offensées par la moindre critique…

En Uruguay et en Argentine, on n’a jamais respecté rigoureusement la signalisation routière, les panneaux de STOP, mais, au moins, il y a quelques années on respectait les feux rouges. C’est exactement cela la mentalité du sous-développement qu’on s’évertue à nier. Elle n’a pas cédé, elle s’est renforcée avec la parodie importée de la consommation à outrance de gadgets importés.

Il suffirait de citer le niveau actuel du système éducatif selon certains standards internationaux. Bien que l’Uruguay se classe en deuxième position en Amérique latine dans les tests de PISA, abandonnant la première place au Chili, son rang parmi les pays participants à la dernière publication triennale, contredit la place d’honneur qu’il a occupé durant presque un siècle jusque dans les années soixante. Le fait que les derniers gouvernements aient augmenté le budget de l’éducation alors que les résultats ont baissé n’en est que la confirmation. Il est évident que l’investissement économique est crucial mais l’organisation du changement est toujours aussi défaillante, non seulement du point de vue administratif et stratégique mais aussi du point de vue de la culture générale : le modus operandi de la société reflété dans chaque individu. Ainsi, toute mesure pour lutter contre une réalité adverse se transforme en protestations dérisoires, agrémentées de discours et des mêmes pancartes, quand cela ne devient pas une négation destructrice sans objectif alternatif clair qui soit capable d’évaluer sa propre responsabilité. Trop de lamentations ; pas assez d’autonomie et de responsabilité.

La délinquance aussi a rajeuni. Je veux parler du caractère juvénile, adolescent et même infantile du crime. Ce n’est pas surprenant. Il y a treize ans, en plein dans une autre période d’euphorie néolibérale des pays avancés, nous attirions l’attention sur le fait que la crise à venir dans les dernières années du siècle était une bombe à retardement, car une économie se récupère en quelques années mais les effets sociaux persistent durant des générations. L’écrasante majorité des enfants naissaient et naissent dans des familles aux conditions très précaires de santé et d’éducation que n’avaient pas connues les éternels champions du monde.

Une partie du problème vient de ce que, au niveau populaire, la société latino-américaine est restée enfermée dans une rhétorique figée, faite de bribes de vieux intellectuels européens et étatsuniens, comme au XIXe siècle, qu’elle répète comme s’il s’agissait de nouvelles découvertes censées apporter le salut, et elle n’a pas su élaborer une pensée propre. Sauf dans des cas exceptionnels.

En Asie, notamment en Chine, le développement économique impulsé par le capitalisme communiste est allé de pair avec un développement de l’éducation formelle, aussi compétitive qu’aux jeux olympiques où les enfants sacrifient leur enfance à la recherche de la compétitivité et du succès. (Le développement social marche encore, de façon alarmante, loin derrière.) En dépit des nombreux millions investis, la Chine n’a pas eu les mêmes résultats en ce qui concerne la créativité et l’innovation, même si l’on peut supposer que cela viendra avec le temps.

J’ai toujours pensé, d’un point de vue marxiste, que les grands changements culturels (superstructure) étaient dus aux grands changements de la base économique et de production. Beaucoup de marxistes (tels Gramsci, Louis Althusser, etc.) ont remanié cette dynamique il y a quelques dizaines d’années. Mais le monde hypermoderne est un défi pour cette vision si claire de l’histoire. Ernesto Guevara, N. Chomsky, Paulo Freire, Eduardo Galeano et bien d’autres avaient une foi immense dans le chemin inverse, dans l’exigence morale, dans l’éducation, dans la concientização, etc. Bien que les changements structurels, aujourd’hui, ne soient pas aussi profonds qu’on veut bien nous les présenter, ce qui est vrai c’est qu’une société post-industrielle, informatisée, semble changer plus facilement du haut vers le bas, autrement dit depuis la culture et l’éducation vers l’ordre économique et productif, que l’inverse. Dans certains cas, la relative indépendance des deux champs (le culturel et l’économique) est particulièrement notable.

Les gouvernements peuvent faire beaucoup (à commencer par l’éducation formelle) mais tout est très peu comparé à ce qui serait nécessaire pour changer toute une culture qui souffre de deux problèmes historiques : l’autodestruction et l’autocomplaisance. La réussite économique seule ne peut la changer. Une profonde autocritique collective pourrait y parvenir. Mais, pour cela, il y a besoin d’un vivier de critiques incisifs et innovateurs, capables de promouvoir une pensée propre et non importée, une campagne incisive de prise de réflexion non seulement sur ce que « l’on est » mais sur ce que « l’on fait ». C’est un peu ce qui a réussi dans la lutte contre le tabac et les puissantes industries du tabac. Pourquoi cela ne marcherait-il pas dans d’autres domaines comme le civisme, comme le rôle de sa propre responsabilité dans les réussites personnelles et collectives ? Bien sûr, peut-être s’agit-il d’une tâche difficile au moment où les jeunes sont si occupés à des banalités globalisées par les « réseaux (anti)sociaux » au nom de la démocratie et la libération des individus.

Ce n’est pas que j’aie perdu ma foi en la future démocratie directe, en l’autonomie des personnes dans une société hyper-développée. Seulement la réalité montre que cette utopie s’éloigne chaque jour un peu plus, que les nouveaux outils de libération sont toujours et encore les jouets qui empêchent de grandir. Nous continuons à nous conduire comme des loups et des moutons alors que nous pensons être des individus libérés. Des individus virtuels d’une société virtuelle et avec une libération virtuelle, entourés de nouveaux capitaux et de vieilles ruines.

Décembre 2010

Traduction pour El Correo de : Antonio Lopez

El Correo. Paris, 24 janvier 2011

Notes

[1] Héros de la littérature espagnole des XVIe et XVIIe siècles caractérisé par son espièglerie (Larousse)

[2] Dans les différentes versions du texte original qu’on trouve sur Internet le texte dit « al imperio de tuno » qui n’est pas une expression attestée et qui pourrait se traduire littéralement par « à l’empire de coquin ». Il me semble qu’il s’agit d’une coquille et que l’on doit lire « al imperio de turno ». (NdT)

[3] Jeu de mots qui ne peut plus être rendu en français : « redes » c’est à la fois les réseaux et les filets (cf « rets »).

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Crisis de los ricos, via crucis de los pobres

Lucas bebiendo

Image by Arguez via Flickr

Krise der Reichen, Kreuzweg für die Armen (German)

Crisi dei ricchi, via crucis dei poveri (Italian)

Crisis for the Rich, Via Crucis for the Poor (English)

Crisis de los ricos, via crucis de los pobres

Las teorías de la evolución después de Darwin asumen una dinámica de divergencias. Dos especies pueden derivar de una en común; cada tanto, estas variaciones pueden desaparecer de forma gradual o abrupta, pero nunca dos especies terminan confluyendo en una. No existe mestizaje sino dentro de la misma especie. A la larga, una gallina y un hombre son parientes lejanos, descendientes de algún reptil y cada uno significa una respuesta exitosa de la vida en su lucha por la sobrevivencia.

Es decir, la diversidad es la forma en que la vida se expande y se adapta a los diversos medios y condiciones. Diversidad y vida son sinónimos para la biósfera. Los procesos vitales tienden a la diversidad pero al mismo tiempo son la expresión de una unidad, la biósfera, Gaia, la exuberancia de la vida en lucha permanente por sobrevivir a su propio milagro en ambientes hostiles.

Por la misma razón la diversidad cultural es una condición para la vida de la humanidad. Es decir, y aunque podría ser una razón suficiente, la diversidad no se limita sólo a evitarnos el aburrimiento de la monotonía sino que, además, es parte de nuestra sobrevivencia vital como humanidad.

No obstante, hemos sido los humanos la única especie que ha sustituido la natural y discreta pérdida de especies por una artificial y amenazante exterminación, por la depredación industrial y por la contaminación del consumismo. Aquellos que sostenemos un posible aunque no inevitable “progreso de la historia” basado en el conocimiento y el ejercicio de la igual-libertad, podemos ver que la humanidad, tantas veces puesta en peligro de extinción por sí misma, ha logrado algunos avances que le ha permitido sobrevivir y convivir con su creciente fuerza muscular. Y aún así, nada bueno hemos agregado al resto de la naturaleza. En muchos aspectos, quizás en ese natural proceso de prueba y error, hemos retrocedido o nuestros errores se han vuelto exponencialmente peligrosos.

El consumismo es uno de esos errores. Ese apetito insaciable nada o poco tiene que ver con el progreso hacia una posible y todavía improbable era sin-hambre, post-escasez, sino con la más primitiva era de la gula y la codicia. No digamos con un instinto animal, porque ni los leones monopolizan la sabana ni practican el exterminio sistemático de sus victimas, y porque hasta los cerdos se sacian alguna vez.

La cultura del consumismo ha errado en varios aspectos. Primero, ha contradicho la condición antes señalada, pasando por encima de las diversidades culturales, sustituyéndolas por sus baratijas universales o creando una pseudo diversidad donde un obrero japonés o una oficinista alemana pueden disfrutar dos días de una artesanía peruana hecha en China o cinco días de las más hermosas cortinas venecianas importadas de Taiwán antes que se rompan por el uso. Segundo, porque también ha amenazado el equilibrio ecológico con sus extracciones ilimitadas y sus devoluciones en forma de basuras inmortales.

Ejemplos concretos podemos observarlos a nuestro alrededor. Podríamos decir que es una suerte que un obrero pueda disfrutar de las comodidades que antes les estaban reservadas sólo a las clases altas, las clases improductivas, las clases consumidoras. No obstante, ese consumo —inducido por la presión cultural e ideológica— se ha convertido muchas veces en la finalidad del trabajador y en un instrumento de la economía. Lo que por lógica significa que el individuo-herramienta se ha convertido en un medio de la economía como individuo-consumidor.

En casi todos los países desarrollados o en vías de ese “modelo de desarrollo”, los muebles que invaden los mercados están pensados para durar pocos años. O pocos meses. Son bonitos, tienen buena vista como casi todo en la cultura del consumo, pero si los miramos fijamente se rayan, pierden un tornillo o quedan en falsa escuadra. Ahora resulta un exotismo aquella preocupación de mi familia de carpinteros por mejorar el diseño de una silla para que durase cien años. Pero los nuevos muebles descartables no nos preocupan mayormente porque sabemos que han costado poco dinero y que, en dos o tres años vamos a comprar otros nuevos, lo que de paso da más interés y variación en la decoración de nuestras casas y oficinas y sobre todo estimulan la economía del mundo. Según la teoría en curso, lo que tiramos aquí ayuda al desarrollo industrial en algún país pobre. Por eso somos buenos, porque somos consumidores.

No obstante, esos muebles, aún los más baratos, han consumido árboles, han quemado combustible en su largo viaje desde China o desde Malasia. La lógica de “tírelo después de usar”, que es lo más razonable para una jeringa de plástico, se convierte en una ley necesaria para estimular la economía y mantener el PBI en perpetuo crecimiento, con sus respectivas crisis y fobias cuando su caída provoca una recesión del dos por ciento. Para salir de ella hay que aumentar la droga. Sólo Estados Unidos, por ejemplo, destina billones de dólares para que sus habitantes vuelvan a consumir, a gastar, para salir de la locura de la recesión y así el mundo pueda seguir girando, consumiendo y desechando.

Pero esos desechos, por baratos que sean —el consumismo está basado en mercaderías baratas, desechables, que hace casi inaccesible el reciclaje de productos duraderos— poseen trozos de madera, plástico, baterías, caños de hierro, tornillos, vidrio y más plástico. En Estados Unidos todo eso y algo más va a la basura —aún en este tiempo llamado “de gran crisis” por razones equívocas— y en los países pobres, los pobres van en busca de esa basura. A la larga, quien termina consumiendo toda la basura es la naturaleza mientras la humanidad sigue poniendo en suspenso sus cambios de hábitos para salir de la recesión primero y para sostener el crecimiento de la economía después.

Pero ¿qué significa “crecimiento de la economía”, ese dos o tres por ciento que obsesiona al mundo entero, de Norte a Sur y de Este a Oeste?

El mundo está convencido de que se encuentra en una terrible crisis. Pero el mundo siempre estuvo en crisis. Ahora es definida como crisis mundial porque (1) procede y afecta la economía de los más ricos; (2) el paradigma simplificado del desarrollo ha irradiado su histeria al resto del mundo, restándole legitimidad. Pero en Estados Unidos las personas siguen inundando las tiendas y los restaurantes y sus recortes no llegan nunca al hambre, aun en la gravedad de millones de trabajadores sin trabajo. En nuestros países periféricos una crisis significa niños en la calle pidiendo limosna. En Estados Unidos suele significar consumidores consumiendo un poco menos mientras esperan el próximo cheque del gobierno.

Para salir de esa “crisis”, los especialistas se exprimen el cerebro y la solución es siempre la misma: aumentar el consumo. Irónicamente, aumentar el consumo prestándole a la gente común su propio dinero a través de los grandes bancos privados que reciben la ayuda salvadora del gobierno. No se trata solo de salvar algunos bancos, sino, sobre todo, de salvar una ideología y una cultura que no sobreviven por sí solas sino en base a frecuentes inyecciones ad hoc: estímulos financieros, guerras que impulsan la industria y controlan la participación popular, drogas y diversiones que estimulan, tranquilizan y anestesian en nombre del bien común.

¿Realmente habremos salido de la crisis cuando el mundo retome un crecimiento del cinco por ciento mediante el estímulo del consumo en los países ricos? No estaremos preparando la próxima crisis, una crisis real —humana y ecológica— y no una crisis artificial como la que tenemos hoy? ¿Realmente nos daremos cuenta que ésta no es realmente una crisis sino sólo una advertencia, es decir, una oportunidad para cambiar nuestros hábitos?

Cada día es una crisis porque cada día elegimos un camino. Pero hay crisis que son una larga una via crusis y otras que son críticas porque, tanto para oprimidos como para opresores significa una doble posibilidad: la confirmación de un sistema o su aniquilación. Hasta ahora ha sido lo primero por faltas de alternativas a lo segundo. Pero nunca hay que subestimar a la historia. Nadie hubiese previsto jamás una alternativa al feudalismo medieval o al sistema de esclavitud. O casi nadie. La historia de los últimos milenios demuestra que los utópicos solían preverlo con exagerada precisión. Pero como hoy, los utópicos siempre han tenido mala fama. Porque es la burla y el desprestigio la forma que cada sistema dominante ha tenido siempre para evitar la proliferación de gente con demasiada imaginación.

Jorge Majfud

Lincoln University, febrero, 2009.

Crisi dei ricchi, via crucis dei poveri

Le teorie dell’evoluzione dopo Darwin assumono una dinamica divergente. Due specie possono discendere da una comune; ogni tanto, le specie stesse possono scomparire in forma graduale o drastica, ma mai due specie finiscono con il confluire in una sola. Non esiste meticciato se non all’interno della stessa specie. Nel lungo periodo, una gallina e un’uomo sono parenti lontani, discendenti di un qualche rettile ed entrambi rappresentano una risposta positiva della vita nella lotta per la sopravvivenza.

Cioé, la diversità è la forma in cui la vita si espande e si adatta ai diversi ambienti e alle diverse condizioni. Diversità e vita sono sinonimi per la biosfera. I processi vitali tendono alla diversità ma allo stesso tempo sono espressione di una unità, la biosfera, Gaia, l’esuberanza della vita nella sua permanente lotta per sopravvivere in ambienti ostili al suo stesso miracolo.

Per la stessa ragione la diversità culturale è un requisito per la vita dell’umanità. Ovvero, e comunque potrebbe essere una ragione sufficiente, la diversità non si limita solo a evitarci la noia della monotonia ma, inoltre, è parte della nostra sopravvivenza vitale come umanità.

Nonostante ciò, siamo stati noi esseri umani la unica specie che ha sostituito la naturale e prudente sostituzione di specie con un artificiale e minaccioso sterminio, con il saccheggio industriale e con la contaminazione del consumismo. Coloro tra noi che sostengono un possibile ma non inevitabile “progresso della storia” basato sulla conoscenza e l’esercizio dell’eguale-libertà, possono vedere che l’umanità, tante volte posta in pericolo di estinzione da se stessa, ha ottenuto alcuni successi che le hanno permesso di sopravvivere e di convivere con la propria crescente forza muscolare. E nonostante ciò, non abbiamo aggiunto niente di buono al resto della natura. In molti aspetti, in questo naturale processo di prove ed errori, forse siamo andati indietro o i nostri errori sono diventati esponenzialmente più pericolosi.

Il consumismo è uno di questi errori. Questo appetito insaziabile ha poco o niente a che fare con il progresso verso una possibile e comunque improbabile era senza-fame, post-scarsità, piuttosto ha a che vedere con una più primitiva era della gola e dell’avidità. Non diciamo che ha a che fare con un istinto animale, perchè nemmeno i leoni monopolizzano la savana né praticano lo sterminio sistematico delle proprie vittime, e perchè perfino i maiali si saziano solo di tanto in tanto.

La cultura del consumismo ha mostrato i suoi limiti in vari aspetti. Primo, ha contraddetto la condizione prima segnalata, superando le diversità culturali, sostituendole con i suoi ninnoli universali o creando una pseudo diversità dove un operaio giapponese o una meccanica tedesca possono utilizzare per due giorni un oggetto di artigianato peruviano fatto in Cina o possono godere cinque giorni della più bella tendina veneziana importata da Taiwan prima che si rompano per l’uso eccessivo. Secondo, perchè ha anche minacciato l’equilibrio ecologico con le sue estrazioni illimitate e le sue restituzioni sotto forma di spazzatura immortale.

Esempi concreti possiamo osservarli attorno a noi. Potremmo dire che è una fortuna che un operaio possa apprezzare le comodità che prima erano riservate solo alle classi agiate, le classi improduttive, le classi consumatrici. Nonostante ciò, questo consumo –indotto dalla pressione culturale e ideologica- si è convertito molte volte nella finalità del lavoratore e in uno strumento dell’economia. Il che, a rigor di logica, significa che l’individuo-strumento si è convertito in un mezzo dell’economia in quanto individuo-consumatore.

In quasi tutti i paesi sviluppati o in via di questo “modello di sviluppo”, i mobili che invadono i mercati sono pensati per durare pochi anni. O pochi mesi. Sono carini, hanno un bell’aspetto come quasi tutto nella cultura del consumo, ma se li fissiamo a lungo si rigano, perdono una vite o sono squadrati. Ogni giorno di più risulta esotica la preocupazione della mia familia di carpentieri per migliorare il disegno di una sedia perchè durasse cent’anni. Dei nuovi mobili usa-e-getta non ci si preoccupa molto perchè sappiamo che sono costati poco e che, in due o tre anni ne compreremo degli altri nuovi, il che comporta maggior interesse e trasformazione nella decorazione delle nostre case e dei nostri uffici e soprattutto stimola l’economia mondiale. Secondo la teoria in corso, ciò che buttiamo qui aiuta lo sviluppo industriale in qualche paese povero. Per questo ci sentiamo buoni, perchè siamo consumatori.

Ma questi mobili, anche quelli più economici, hanno consumato alberi, hanno bruciato combustibile nel loro lungo viaggio dalla Cina o dalla Malesia. La logia del “butto dopo aver usato”, che è la cosa più ragionevole per una siringa di plastica, diventa una legge necessaria per stimolare l’economia e mantenere il PIL in perpetua crescita, con le sue rispettive crisi e fobie quando la caduta provoca una recessione del due per cento. Per uscire dalla crisi bisogna aumentare la droga. I soli Stati Uniti, per esempio, destinano milioni di dollari perchè i suoi abitanti ritornino a consumare ed a spendere, destinano milioni di dollari per uscire dalla disperazione della recessione in modo che così il mondo possa continuare a girare, consumare e buttare.

Ma questi rifiuti, pur economici che siano –il consumismo è basato su della mercanzia economica, usa-e-getta, che rende quasi impossibile il riciclaggio di prodotti durevoli- possiedono pezzi di legno, plastica, batterie, canne di ferro, viti, vetro e ancora plastica. Negli Stati Uniti tutto ciò e anche di più va nella spazzatura –anche in questo tempo chiamato per ragioni equivoche “di grande crisi” – mentre nei paesi poveri, i poveri vanno alla ricerca della stessa spazzatura. Alla lunga, chi finisce con il consumare tutta la spazzatura è la natura mentre l’umanità continua a sospendere i cambiamenti nel proprio stile di vita al fine di uscire dalla recessione e al fine di sostenere la crescita dell’economia.

Ma cosa significa “crescita economica”, cosa significa questo due o tre per cento che ossessionano tutto il mondo, da Nord a Sud da Est a Ovest?

Il mondo è convinto che si trova in una terribile crisi. Ma il mondo è sempre stato in crisi. Ora la crisi è definita come mondiale perché (1) avanza e colpisce l’economia dei più ricchi; (2) il semplificato paradigma dello sviluppo ha diffuso la propria isteria al resto del mondo, contribuendo a darle legittimità. Ma negli Stati Uniti le persone continuano ad innondare i negozi e i ristoranti e i loro tagli non implicano mai la fame, sebbene siano in una situazione di gravità in cui milioni di lavoratori si trovano senza lavoro. Nei nostri paesi periferici una crisi significa bambini per la strada a chiedere elemosina. Negli Stati Uniti vuol dire consumatori che consumano un po’ meno mentre aspettano il prossimo ticket del governo.

Per uscire da questa “crisi”, gli specialisti si strizzano il cervello e la soluzione risulta sempre la stessa: aumentare il consumo. Ironicamente, aumentare il consumo prestando alla gente comune il suo stesso denaro attraverso le grandi banche private che ricevono l’aiuto salvifico del governo. Non si tratta solo di salvare alcune banche, ma, soprattutto, di salvare una ideologia e una cultura che da sole non sopravviverebbero se non ricevessero frequenti iniezioni ad hoc: stimoli finanziari, guerre che promuovono l’industria e controllano la partecipazione popolare, droghe e diversioni che stimolano, tranquillizzano e anestetizzano in nome di un bene comune.

Usciremo veramente dalla crisi quando il mondo ricomincerà una crescita del cinque per cento attraverso lo stimolo del consumo nei paesi ricchi? Non staremo preparando la prossima crisi?, una crisi reale –umana ed ecologica- e non una crisi artificiale come quella che subiamo oggi? Quando ci renderemo conto che questa non è veramente una crisi ma solo un’avvertenza, ovvero una opportunità per cambiare le nostre abitudini?

Ogni giorno rappresenta una crisi perchè ogni giorno scegliamo un percorso. Ma ci sono crisi che sono una lunga via crucis e altre che sono critiche perchè, sia per gli oppressi che per gli oppressori comportano una doppia possibilità: la conferma di un sistema o il suo annichilimento. Finora la prima ha prevalso sul secondo per mancanza di alternative. Ma non bisogna mai sottostimare la storia. Nessuno avrebbe mai pensato ad una alternativa al feudalesimo medioevale o al sistema schiavista. O quasi nessuno. La storia degli ultimi millenni dimostra che gli utopici l’avevano previsto con una precisione esagerata. Ma, come ai giorni nostri, gli utopici hanno sempre goduto di una cattiva fama. Perchè sono la denigrazione e il discredito le forme che ciascun sistema dominante ha sempre avuto per evitare la proliferazione di gente con troppa immaginazione.

di Jorge Majfud

Lincoln University

Febbraio 2009

Traduzione di Ruggero Fornoni

Niemals darf die Geschichte unterschätzt werden

Krise der Reichen, Kreuzweg für die Armen


Jorge Majfud

Übersetzt von  Isolda Bohler

Die Evolutionstheorien nehmen nach Darwin eine Dynamik von Meinungsverschiedenheiten an. Zwei Arten können von einer gemeinsamen abstammen; immer wieder können diese Variationen allmählich oder abrupt verschwinden, aber niemals werden sich zwei Spezies zu einer vereinigen. Es gibt nur innerhalb der gleichen Spezies Artenmischung. Auf die Dauer gesehen sind die Henne und ein Mensch weitläufig verwandt, Nachkommen von irgendeinem Reptil und jeder von ihnen bedeutet eine erfolgreiche Antwort des Lebens im Kampf um sein Überleben.

Das heißt, die Vielfalt ist eine Form, in der sich das Leben entfaltet und sich an die verschiedenen Umweltbedingungen anpasst. Vielfalt und Leben sind für die Biosphäre Synonyme. Die lebenswichtigen Prozesse neigen zur Verschiedenartigkeit, aber sie sind gleichzeitig der Ausdruck einer Einheit, der Biosphäre. Gaia, die Überfülle des Lebens im permanenten Kampf um ihre eigenes Wunder in einer feindlichen Umgebung zu überleben.

Aus dem selben Grund ist die kulturelle Vielfalt eine Bedingung für das Leben der Menschheit. Das heißt, obwohl es ein ausreichender Grund wäre, begrenzt sich die Verschiedenartigkeit nicht nur darauf, uns vor der Langeweile der Monotonie zu bewahren, sondern sie ist außerdem Teil von unserem vitalen Überleben als Menschheit.

Trotzdem waren wir, die Menschen, die einzige Art, die den natürlichen und diskreten Verlust von Arten durch eine künstliche und bedrohliche Ausrottung ersetzt hat, durch die industrielle Verwüstung und durch die Umweltverschmutzung des Konsumdenkens. Jene, die wir einen möglichen, wenngleich nicht unvermeidlichen „Fortschritt in der Geschichte“ aufrechterhalten, der auf der Kenntnis und der Ausübung von Gleichheit – Freiheit basiert, können sehen, dass die Menschheit, die sich so viele Male aus eigenem Verschulden in der Gefahr des Aussterbens befand, einiges an Fortschritten erreichte, die ihr zu überleben und mit ihrer wachsenden Muskelkraft zusammenzuleben erlaubten. Und obgleich dies so ist, haben wir nichts Gutes dem Rest der Natur hinzugefügt. In vielen Aspekten haben wir uns vielleicht in diesem natürlichen Prozess der Prüfung und des Irrtums zurückentwickelt oder unsere Irrtümer sind zu großen Gefahren geworden.

Der Konsumzwang ist einer dieser Fehler. Dieser unersättliche Appetit hat nichts oder wenig mit dem Fortschritt auf eine mögliche oder noch unwahrscheinliche Ära ohne Hunger, post-Mangel, zu tun, sondern mit der primitivsten Ära der Gefräßigkeit und der Habsucht. Wir können nicht einmal sagen, aus einem tierischen Instinkt heraus, denn die Löwen monopolisieren weder die Savanne, noch praktizieren sie die systematische Ausrottung ihrer Opfer und sogar die Schweine fressen sich manchmal satt.

Die Kultur des Konsumdenkens irrte sich in verschiedenen Aspekten. Zuerst widersprach sie der zuvor aufgezeigten Bedingung, ging über die kulturellen Verschiedenheiten hinweg, indem sie die durch ihren universellen Schund ersetzte oder eine Pseudovielfalt schuf, mit der sich ein japanischer Arbeiter oder eine deutsche Büroangestellte zwei Tage an peruanischem Kunsthandwerk, hergestellt in China, erfreuen kann oder fünf Tage an den schönsten aus Taiwan importierten venezianischen Vorhängen, ehe sie durch den Gebrauch zerreißen. Zweitens, weil sie auch mit ihren unbegrenzten Extraktionen und ihren Rückgaben in Form von umweltbelastendem „unsterblichem“ Müll das ökologische Gleichgewicht bedrohten.

Konkrete Beispiele können wir in unserer Umgebung beobachten. Wir könnten sagen, es ist ein Glück, dass sich ein Arbeiter an den Bequemlichkeiten erfreuen kann, die früher nur für die obere Klasse reserviert waren, den unproduktiven Klassen, der Konsumentenklasse. Aber dieser Konsum – durch kulturellen und ideologischen Druck irregeführt – ist oft zum Zweck der Arbeit des Arbeiters und zu einem Wirtschaftsinstrument geworden. Was logischerweise bedeutet, dass sich das Individuum – Werkzeug in ein Mittel der Wirtschaft als Individuum – Kosument verwandelte.

In fast allen entwickelten Ländern oder in solchen, auf dem Weg zu diesem „Entwicklungsmodell“, sind die Möbel, die die Märkte überfluten, dafür gedacht, wenige Jahre zu halten. Oder wenige Monate. Sie sind hübsch, schön anzuschauen, wie fast alles in der Kultur des Konsums; wenn wir sie aber genau betrachten, bekommen sie Kratzer, verlieren eine Schraube oder verziehen sie sich. Jetzt kommen mir jene Sorgen meiner Familie von Schreinern, das Design eines Stuhles zu verbessern, damit der hundert Jahre halten konnte, fremd und sonderbar vor. Aber die neuen Wegwerfmöbel beunruhigen die Mehrheit nicht, denn wir wissen, dass sie wenig Geld kosteten und wir in zwei oder drei Jahren neue kaufen werden, was nebenbei mehr Abwechslung in unsere Häuser und Büros bringt, sie interessanter macht und v.a. kurbeln sie die Weltwirtschaft an. Gemäß der zur Zeit laufenden Theorie hilft das, was wir hier wegwerfen, der industriellen Entwicklung in einem armen Land. Deshalb handeln wir gut, denn wir sind Konsumenten.

Aber diese Möbel, auch die billigsten, konsumierten Bäume, verbrannten Brennstoffe im Laufe ihrer Reise von China oder von Malaysia. Die Logik von „nach Gebrauch wegwerfen“, die für eine Plastikspritze das vernünftigste ist, wird zu einem notwendigen Gesetz für den  wirtschaftlichen Anreiz und zum Erhalt des BSP durch ständiges Wachstum, mit ihren jeweiligen Krisen und Phobien, wenn ihr Fallen eine Rezession von zwei % hervorruft. Um aus ihr herauszukommen, muss die Droge erhöht werden. Nur die USA beispielsweise bestimmen zwei Billionen Dollar, damit ihre Bewohner wieder konsumieren, wieder Geld ausgeben, um aus der Verrücktheit der Rezession herauszukommen und so kann sich die Welt weiter drehen, konsumierend und wegwerfend.

Aber diese Abfälle, auch wenn sie noch so billig sind, – der Konsumzwang basiert auf billigen Wegwerf- Handelswaren, die fast das Recycling von dauerhaften Produkten unerreichbar machen – bestehen aus Stücken von Holz, Plastik, Batterien, Eisenrohren, Schrauben, Glas und noch mehr Plastik. In den USA geht all dies und etwas mehr in den Müll – obgleich in dieser Zeit der aus falschen Gründen sogenannten „großen Krise“ – und in den armen Ländern, suchen die Armen in diesem Müll. Wer auf die Dauer den ganzen Müll konsumieren wird, ist die Natur, während die Menschheit weiterhin das Verändern ihrer  Gewohnheiten in der Schwebe hält, um zuerst aus der Rezession zu kommen und danach das Wirtschaftswachstum aufrechterhalten zu können,.

Aber was bedeutet „wirtschaftliches Wachstum“? Diese zwei oder drei %, die der ganzen Welt von Nord nach Süd und von Ost nach West keine Ruhe lassen?

Die Welt ist davon überzeugt, dass sie sich in einer schrecklichen Krise befindet. Aber die Welt befand sich immer in Krise. Jetzt wird sie als eine weltweite Krise definiert, denn (1) kommt sie von der Wirtschaft der Reichen und betrifft diese; (2) strahlte das vereinfachte Paradigma der Entwicklung seine Hysterie auf den Rest der Welt aus, ihr Legitimität entziehend. Aber in den USA überschwemmen die Leute weiterhin die Läden und die Restaurants und die Kürzungen erreichen nie den Hunger, sogar in der schweren Situation  von Millionen arbeitsloser Arbeiterinnen und Arbeiter. In unseren peripheren Ländern bedeutet eine Krise, Kinder auf der Straße, die um Almosen bitten. In den USA bedeutet sie, ein bisschen weniger konsumierende Konsumenten, während sie auf den nächsten Scheck der Regierung warten.

Die Spezialisten strengen ihr Gehirn an, wie aus dieser „Krise“ herauszukommen ist und die Lösung ist immer die gleiche: Der Konsum. Ironischerweise bedeutet den Konsum zu steigern, den gemeinen Leuten ihr eigenes Geld durch die großen Privatbanken zu leihen, denen die Regierung die rettende Hilfe zukommen lässt. Es handelt sich nicht nur um die Rettung einiger Banken, sondern v.a. um die Rettung einer Ideologie und einer Kultur, die nicht für sich allein überlebt, sondern nur aufgrund der häufigen ad hoc Injektionen: Finanzielle Anreize, Kriege, die die Industrie antreiben und die Teilnahme des Volks kontrollieren, Drogen und Vergnügungen, die im Namen des gemeinsamen Guten anregen, beruhigen und betäuben.

Sind wir wirklich aus der Krise gekommen, wenn die Welt wieder fünf % Wachstum mittels des Konsumanreizes in den reichen Ländern annimmt? Werden wir so nicht die nächste Krise vorbereiten, eine reale Krise – für die Menschen und die Ökologie – und keine künstliche Krise, wie die von heute? Werden wir wirklich merken, dass es tatsächlich keine Krise ist, sondern nur eine Warnung, d.h. eine Gelegenheit, unsere Gewohnheiten zu ändern?

Jeder Tag ist eine Krise, weil wir jeden Tag einen Weg wählen. Aber es gibt Krisen, die ein langer Leidensweg sind und andere, die Beurteilungen sind; denn sowohl für die Unterdrückten als auch für die Unterdrücker bedeuten sie eine doppelte Möglichkeit: Die Bestätigung eines Systems oder ihre Vernichtung. Bis jetzt war es die erste wegen des Fehlens von Alternativen für die zweite. Aber niemals sollte die Geschichte unterschätzt werden. Niemals hätte jemand eine Alternative zum mittelalterlichen Feudalismus oder zum Sklavensystem vorhergesehen. Oder fast niemand. Die Geschichte der letzten Jahrtausende zeigt, dass die Utopien sie mit übertriebener Genauigkeit vorherzusehen pflegten. Aber, wie auch heute, hatten die Utopisten einen schlechten Ruf. Da der Spott und die Herabsetzung die Form ist, die jedes herrschende System immer benutzte, um die Ausbreitung von Leuten mit zu viel Vorstellungskraft zu verhindern.

Jorge Majfud

Lincoln University

Crise pour les riches,

chemin de croix pour les pauvres

Auteur:  Jorge Majfud

Traduit par  Isabelle Rousselot, révisé par Fausto Giudice

Les théories de l’évolution post-Darwinienne supposent une dynamique de divergences. Deux espèces peuvent avoir pour origine une espèce commune ; de temps en temps, ces variations peuvent disparaître de façon progressive ou soudaine, mais deux espèces ne finissent jamais par confluer  en une seule. In n’y a de métissage possible qu’au sein de la même espèce. Sur la longue durée, la poule et l’ homme sont des parents éloignés, tous deux descendants d’un reptile et chacun d’eux offre une réponse réussie de la vie dans sa lutte pour la survie.

En d’autres mots, la diversité est la forme dans laquelle la vie se développe et s’adapte aux divers environnements et conditions. La diversité et la vie sont synonymes pour la biosphère. Les processus vitaux tendent à la diversité mais en même temps, ils sont l’expression d’une unité, la biosphère, Gaia, l’exubérance de la vie dans sa lutte permanente pour la survie de son propre miracle dans des environnements hostiles.

Pour la même raison, la diversité culturelle est une des conditions à la vie de l’humanité. C’est-à-dire, et bien que cela puisse être une raison suffisante, la diversité ne se borne pas seulement à éviter l’ennui de la monotonie mais elle prend part en plus, de façon primordiale, à notre survivance en tant qu’humanité.

Néanmoins, nous, les êtres humains, sommes la seule espèce à avoir remplacé la perte naturelle et discrète des espèces par une extermination artificielle et dangereuse, avec une dégradation industrielle et la pollution du consumérisme. Ceux d’entre nous qui soutiennent un « progrès de l’histoire » possible même s’il nest pas inévitable, fondé sur le savoir et sur l’exercice de l’égal-liberté, peuvent voir que l’humanité, qui se place si souvent, elle-même, en danger d’extinction, a réalisé certaines avancées qui lui ont permis de survivre et de coexister avec son pouvoir musculaire croissant. Et ceci même si nous n’avons rien rajouté de bon au reste de la nature. À bien des égards, peut-être avons-nous, dans ce processus naturel d’expériences, régressé ou nos erreurs sont –elles devenues, de façon exponentielle, plus dangereuses.

Le consumérisme est une de ces erreurs. Cet appétit insatiable n’a peu ou rien à voir avec l’évolution vers une époque sans famine, post-pénurie, possible bien que peu probable et a, au contraire, tout à voir avec une ère plus primitive de cupidité et de gloutonnerie. On ne peut pas parler d’un instinct animal car même les lions n’accaparent pas la savane ni ne pratiquent une extermination systématique de leurs victimes et même les cochons connaissent parfois la satiété.

La culture de la société de consommation s’est fourvoyée de plusieurs façons. Premièrement, elle a contredit la condition susmentionnée, traversant les diversités culturelles, les remplaçant par ses babioles universelles ou créant une pseudo-diversité où un ouvrier japonais ou un employé de bureau allemand peuvent profiter pendant deux jours d’un produit de l’artisanat péruvien traditionnel fabriqué en Chine, ou pendant cinq jours, de magnifiques rideaux vénitiens importés de Taïwan, avant qu’ils ne se délabrent et ne soient plus utilisables. Deuxièmement, car elle a aussi menacé l’équilibre écologique avec ses extractions illimitées et ses rejets sous la forme de déchets immortels.

Nous pouvons en observer des exemples concrets tout autour de nous. Nous pouvons dire que c’est une chance qu’un travailleur puisse bénéficier des produits qui étaient auparavant réservés aux classes supérieures, aux classes improductives, aux classes consommatrices. Pourtant, cette consommation – provoquée par la pression culturelle et idéologique – a souvent été transformée en finalité du travailleur et en un instrument de l’économie. Ce qui signifie logiquement que l’individu en tant qu’outil a été transformé en un moyen de l’économie en tant qu’individu-consommateur.

Dans pratiquement tous les pays développés, ou ceux qui suivent ce « modèle de développement », le mobilier qui envahit les marchés, n’est pas prévu pour durer plus de quelques années. Ou quelques mois. Les objets du mobilier sont jolis, ils paraissent beaux comme presque tout dans la culture de la consommation, mais si on les regarde de plus près, ils sont rayés, il leur manque une vis ou ils sont un peu de travers. La préoccupation de ma famille de menuisiers d’améliorer la conception d’une chaise afin qu’elle dure une centaine d’années, paraît aujourd’hui exotique. Mais le nouveau mobilier jetable ne nous inquiète pas trop car nous savons qu’il nous coûte peu et que, dans deux ou trois ans, nous allons acheter de nouvelles choses, qui apporteront du coup un nouvel intérêt et du changement dans la décoration de nos maisons et bureaux et surtout, qui stimuleront l’économie mondiale. Selon la théorie actuelle, ce que nous jetons aide le développement industriel de certains pays pauvres. Donc nous sommes bons car nous sommes des consommateurs.

Et pourtant, ces objets de mobilier, même les meilleur marché, ont consommé des arbres et brûlé du carburant pendant leur long voyage depuis la Chine ou la Malaisie. La logique du « jeter après usage » qui est plutôt raisonnable lorsqu’il s’agit de seringues en plastique, devient une loi nécessaire pour stimuler l’économie et maintenir la croissance perpétuelle du PIB, avec les crises et les phobies qui l’accompagnent à chaque fois que sa chute provoque une récession de 2 %. Afin d’échapper à la récession, il faut augmenter la dose de drogue. Les USA à eux seuls, par exemple, consacrent des milliards de dollars pour que leurs résidents puissent continuer à consommer, à dépenser afin d’échapper à la folie de la récession et ainsi permettre au monde de continuer à tourner, à consommer et à jeter.

Mais ces rebuts, aussi bon marché qu’ils soient – le consumérisme est basé sur une marchandise bon marché, jetable qui rend le recyclage des produits durables presque inabordable – comprennent des morceaux de bois, de plastique, des piles, des vis, du verre et plus de plastique. Aux USA, tout cela et plus encore va à la poubelle – même dans cette période de ce qu’on appelle la « grande crise » pour des raisons douteuses – et aux pays pauvres, les pauvres qui vont récupérer ces déchets. À long terme, celle qui se retrouve à consommer tous ces déchets est la nature, tandis que l’humanité continue à reporter à plus tard tout changement de ses habitudes afin de, d’abord, sortir de la récession et pour, plus tard, soutenir la croissance de l’économie.

Mais quelle est la signification de cette « croissance de l’économie » de 2 à 3 % qui obsède le monde entier, du nord au sud et d’est en ouest ?

Le monde est convaincu de se trouver dans une crise terrible. Mais le monde a toujours été en crise. Maintenant la crise est définie comme étant mondiale car 1) elle a pour origine et affecte l’économie des plus riches ; 2) le paradigme simplifié du développement a irradié son hystérie dans le reste du monde, sapant sa légitimité. Mais aux USA les gens continuent d’envahir les magasins et les restaurants et leurs restrictions n’entraînent jamais la faim, même dans les cas les plus graves où des millions de travailleurs se retrouvent sans emploi. Dans nos pays périphériques, une crise signifie que des enfants mendient dans les rues. Aux USA, cela signifie plutôt que les consommateurs consomment un peu moins en attendant le prochain chèque du gouvernement.

Afin de sortir de cette « crise », les experts se creusent la cervelle et arrivent toujours à la même solution : augmenter la consommation. Ironiquement, augmenter la consommation signifie prêter aux gens ordinaires leur propre argent à travers les grosses banques privées qui reçoivent de l’aide du gouvernement. Il ne s’agit pas seulement de sauver quelques banques mais, surtout, de sauver une idéologie et une culture qui ne peuvent pas survivre seules sans injections fréquentes et de circonstance : stimulant financier, guerres pour promouvoir l’industrie et contrôler la participation populaire, drogues et divertissements qui stimulent, calment et anesthésient au nom du bien commun.

Serons-nous vraiment sortis de la crise quand le monde sera revenu à un taux de croissance de  5 % à travers la stimulation de la consommation dans les pays riches ? N’allons-nous pas préparer le terrain pour la prochaine crise, une vraie crise cette fois – humaine et écologique – et non pas une crise artificielle comme celle que nous traversons maintenant ? Allons-nous enfin réaliser que celle-ci n’est pas une vraie crise mais juste un avertissement, c’est à dire, une occasion de changer nos habitudes ?

Chaque jour est une crise car chaque jour nous choisissons une voie.  Mais il y a des crises qui sont un long chemin de croix et d’autres qui sont décisives car, pour l’opprimé comme pour l’oppresseur, elles offrent une alternative : la confirmation d’un système ou son annihilation. Pour l’instant, c’est la première possibilité qui se produit à cause d’un manque d’alternatives à la seconde. Mais on ne doit jamais sous-estimer l’histoire. Personne n’aurait pu prévoir une alternative au féodalisme médiéval ou au système de l’esclavage. Enfin, presque personne. L’histoire du dernier millénaire démontre que les utopistes prévoient généralement l’avenir avec une précision exagérée. Mais, et c’est toujours le cas aujourd’hui, les utopistes ont toujours eu mauvaise réputation. Car la dérision et la décrédibilisation sont la forme qu’utilisent les systèmes dominants pour éviter la prolifération des gens avec trop d’imagination.

Jorge Majfud

Lincoln University

Crisis for the Rich, Via Crucis for the Poor

Theories of evolution after Darwin assume a dynamic of divergences. Two species can derive from one in common; every now and then, these variations can disappear gradually or abruptly, but two species never end up flowing together into one. There is no mixing except within a given species. In the long view, a hen and a man are distant relatives, descendants of some reptile, and each one represents a successful response by life in its struggle for survival.

In other words, diversity is the form in which life expands and adapts to diverse environments and conditions. Diversity and life are synonymous for the biosphere. Vital processes tend toward diversity but at the same time they are the expression of a unity, the biosphere, Gaia, the exuberance of life in permanent struggle for the survival of its own miracle in hostile surroundings.

For the same reason, cultural diversity is a condition for the life of humanity. That is to say, and even though it might be motive enough in itself, diversity is not limited merely to avoiding the boredom of monotony but instead is, besides, part of our vital survival as humanity.

Nevertheless, we humans are the only species that has replaced the natural and discrete loss of species with an artificial and threatening extermination, with industrial depredation and with the pollution of consumerism. Those of us who insist on a possible though not inevitable “progress of history” based on knowledge and the exercise of equal-liberty, can see that humanity, so often placing itself in danger of extinction, has achieved some advances that have allowed it to survive and abide its growing muscular power. And even so, we have added nothing good to the rest of nature. In many respects, perhaps in that natural process of trial and error, we have regressed or our errors have become exponentially more dangerous.

Consumerism is one of those errors. That insatiable appetite has little or nothing to do with progress toward a possible and yet improbable post-scarcity, hunger-free era, and everything to do with the more primitive era of greed and gluttony. Let’s not say with an animal instinct, because not even lions monopolize the savanna or practice systematic extermination of their victims, and because even pigs are sated sometimes.

The culture of consumerism has erred in several ways. First, it has contradicted the aforementioned condition, passing over cultural diversities, substituting them for its universal trinkets or creating a pseudo-diversity where a Japanese laborer or German office worker can enjoy for two days a piece of traditional Peruvian craftwork made in China, or for five days the most beautiful Venetian curtains imported from Taiwan, before they fall apart from use. Second, because it also has threatened the ecological balance with its unlimited extractions and its returns in the form of immortal garbage.

We can observe concrete examples all around us. We might say that it is good fortune that a worker could enjoy commodities that previously were reserved only for the upper classes, the unproductive classes, the consumer classes. Nonetheless, that consumption – induced by cultural and ideological pressure – often has been turned into the very purpose of the worker and an instrument of the economy. Which logically means that the individual-as-tool has been turned into a means of the economy as individual-as-consumer.

In almost all of the developed countries, or those following that “model of development,” the furniture that invades the markets is intended to last only a few years. Or a few months. The furniture items are pretty, they look good just like almost everything in the culture of consumption, but if we look closely they are scratched, missing a screw or our out of square. That preoccupation of my family of carpenters with improving the design of a chair so that it might last a hundred years turns out to be exotic now. But the new disposable furniture does not worry us too much because we know that it costs little and that, in two or three years we are going to buy some more new stuff, which happens to provide more interest and variation in the decoration of our homes and offices and above all stimulates the world economy. According to the current theory, what we throw away here aids the industrial development of some poor country. Thus we are good, because we are consumers.

And yet, those furniture items, even the cheapest ones, have consumed trees and burned up fuel in their long journey from China or from Malaysia. The logic of “dispose of it after use,” which is most reasonable for a plastic syringe, becomes a necessary law for stimulating the economy and maintaining the perpetual growth of GDP, with its respective crises and phobias whenever its fall provokes a recession of two percent. In order to escape the recession one must increase the dosage of the drug. The United States alone, for example, dedicates billions of dollars so that its residents might continue to consume, to spend, in order to escape the madness of the recession and thus allow the world to continue to turn, consuming and discarding.

But those discards, as cheap as they may be – consumerism is based on cheap, disposable merchandise that makes the recycling of durable products almost inaccessible – possess bits of wood, plastic, batteries, steel pipe, screws, glass and more plastic. In the United States all of that and more goes into the garbage – even in this time of what is called “great crisis” for the wrong reasons – and in the poor countries, the poor go out looking for that garbage. Over the long term, the one who ends up consuming all the garbage is nature, while humanity continues to suspend its changes of habit in order to get out of the recession first and in order to sustain the growth of the economy later.

But what is the meaning of “growth of the economy,” that two or three per cent with which the whole world is obsessed, from North to South and East to West?

The world is convinced that it finds itself in a terrible crisis. But the world was already in crisis. Now the crisis is defined as worldwide because 1) it proceeds from and affects the economy of the wealthiest; 2) the simplified paradigm of development has radiated its hysteria out to the rest of the world, undermining its legitimacy. But in the United States people are still flooding the stores and restaurants and their cut backs never involve hunger, even in the gravest cases of the millions of workers without jobs. In our peripheral countries a crisis means children begging in the streets. In the United States it tends to mean consumers consuming a little less while they await the next government check.

In order to get out of that “crisis,” the experts squeeze their brains and the solution is always the same: increase consumption. Ironically, increasing consumption by lending regular people their own money through the big private banks that receive rescue aid from the government. It’s not only a matter of saving a few banks, but, above all, of saving an ideology and culture that cannot survive on their own without frequent ad hoc injections: financial stimulus, wars that promote industry and control popular participation, drugs and entertainment that stimulate, tranquilize and anaesthetize in the name of the common good.

Will we have really emerged from the crisis when the world returns to a five percent growth rate through the stimulation of consumption in the wealthy countries? Will we not be laying the ground for the next crisis, a real – human and ecological – crisis and not an artificial crisis like the one we have now? Will we truly realize that this one is not truly a crisis but just a warning, which is to say, an opportunity for changing our habits?

Every day is a crisis because every day we choose a road. But there are crises that are a long via crucis and others that are critical because, for oppressed and oppressors alike, it means a double possibility: the confirmation of a system or its annihilation. So far it has been the first because of a lack of alternatives to the second. But one must never underestimate history. Nobody could have ever foreseen an alternative to medieval feudalism or to the system of slavery. Or almost nobody. The history of the most recent millennia demonstrates that utopians usually foresee the future with an exaggerated precision. But like today, the utopians have always had a bad reputation. Because mockery and disrepute are the form that every dominant system has always used to avoid the proliferation of people with too much imagination.

Dr. Jorge Majfud

Febrero, 2009

Lincoln University

Translated by

Dr. Bruce Campbell

St. John’s University

Realidad y ficción

Old books

Image via Wikipedia

Realidad y ficción


El mercado de diversión y la literatura de conversión

Aceptemos la razón de que la literatura debe entretener. Pero ésta no es una razón suficiente, ni siquiera necesaria. Si esa fuese la función de la literatura —o de las literaturas—, ¿qué valor la diferenciaría de la lectura de Playboy o de la revistaCaras? ¿No es, acaso, muy divertido hurgar en las infidelidades de la princesa de Mona Co., en las extravagantes costumbres del actor mejor pagado de Hollywood o del Sol de México? ¿No es divertido enterarse cómo los semidioses tienen problemas igual que nosotros? No solo es divertido, cada tanto uno se puede hacer con algún pensamiento profundo, al estilo Luis Miguel: “no es cierto que vivo en un palacio; me duelen las cosas malas que pasan en el mundo y celebro las cosas buenas que hay en el mundo”.

Aceptemos la razón de que la literatura es emoción. Pero ¿qué valor la diferenciaría de un sueño cualquiera? ¿Por qué los libros de filosofía deben pensar y las novelas deben sentir? ¿No es este fenómeno otra dislocación, otra alineación típica de la Era Moderna que separó ética de estética, política de religión, arte de ciencia, hechos de ficción, verdad de imaginación, individuo de sociedad, hombre de naturaleza?

Aceptemos la razón de que la literatura es la expresión subjetiva del individuo contra la objetividad de la razón. Pero si fuese solo eso ¿qué valor la diferenciaría de la guía telefónica? También la guía telefónica de nuestro pueblo está llena de personajes, unos reales, otros ficticios, unos amados y otros insoportables, calles, nombres y números que representan muchas emociones para cada uno de nosotros. Sin embargo no nos referimos a la guía telefónica cuando hablamos de literatura.

Claro, alguien dirá que la concepción que estamos a punto de proponer considera a la literatura como algo por lo menos sagrado, un castillo en las nubes desde el cual se puede ver la realidad, una trinchera política donde se puede sufrirla. Y sí. Si este fuese un ensayo teológico comenzaría diciendo que la literatura es el medio que los dioses más importantes han elegido como medio de expresión a lo largo de la historia. Para liberar y para oprimir. En el siglo XX hubo muchos intentos de usar la televisión para el mismo propósito pero con tan pobres resultados que tarde o temprano terminaban recurriendo a la palabra, a la literatura. A mala literatura, pero a literatura al fin. Sin embargo no se trata de un ensayo teológico sino apenas un bosquejo sobre el valor de la literatura más allá de las distintas etapas de la historia y, sobre todo, más allá de los distintos usos y los mismos lugares que el mercado le ha asignado (ahora, muy sugestivamente se dice “nichos”; no capillas, ni bastiones, ni estante, ni vitrina, ni puestos de feria sino “nichos”).

Así como a los pueblos colonizados se les ha dado desde siempre la libertad de hacer lo que quieran dentro de unos limites específicos, es decir, se le ha dado libertades de guetos, de quilombos y de reservas, también ha habido una cruzada contra la literatura que cae mas allá de los limites del gueto ideológico del mercado, del consumismo y de la diversión, todos ejercicios de consolación, de domesticación y de obediencia social, no pocas veces en nombre de la rebeldía y la liberación. Porque si hay un recurso efectivo para la mansedumbre y la neutralización del oprimido es hacerle creer que es un rebelde. Un rebelde de gueto. Y de ahí la literatura de la complacencia.

Toda ficción, por fantástica que sea o pretenda ser, forma parte del mundo real, desde el momento en que, en lo más profundo, habla más de la realidad general del presente y la historia que de la fantasía particular de su autor. ¿De qué hablan inocentes fantasías llamadas Tarzán de los monos o King Kong sino de los valores racistas e imperialistas del mundo anglosajón de principios del siglo XX? Estas ficciones reproducen y confirman una realidad negándola con la máscara de la supuesta libertad creadora de su autor y, sobre todo, de la inocencia de la diversión. Por ello son etiquetadas como “historias fantásticas”. Otras ficciones, por el contrario, tienen la voluntad de mirar esa realidad a través de la no menos realista perspectiva de la ficción. ¿Qué son La metamorfosis de Kafka o Modern Times de Chaplin —una a través de la angustia y la otra a través del humor— sino dos agudísimas miradas sobre sus propios tiempos?

También así el periodismo de las grandes casas más tiene de ficción que narra la voz del poder internacional que de objetividad de una realidad concreta e independiente de ese poder. Y así como también hay un espacio —siempre minoritario, a veces microscópico— para el periodismo de denuncia y la crítica radical, también ha de haber un lugar para una literatura que no se conforme con la complacencia y la diversión.

Pero nuestra cultura del consumismo ha hecho de “la plena satisfacción del consumidor por un buen producto” un valor moral, ya sea cuando se trata de elegir presidentes, literatura, guerras lejanas, dietas, informativos, religiones o destapadores de botellas. Por si fuera poco, parte del consumo incluye la idea de la plena libertad del consumidor. Cuando el consumidor no queda complacido, tiene el derecho de cambiar de canal o de devolver el producto —excepto si son presidentes— y exigir el retorno del dinero.

Una vez alguien escribió un artículo exaltando la superioridad del sistema socialista sobre el capitalista en la producción industrial. Ernesto Che Guevara le contestó que los argumentos carecían de fundamento objetivo, que el propósito del Hombre Nuevo no consistía en competir en esa área de la pura producción de bienes materiales y que, sobre todo, no había que confundir deseo con realidad. Podemos observar que esta idea —hay un mundo real y otro ficticio— es cierta para los débiles. Cuando los débiles confunden deseo con realidad son derrotados. Cuando los fuertes confunden deseo con realidad la realidad es derrotada. De igual forma, la idea de que la historia es una narración basada en hechos y la ficción carece de ese fundamento, se comete una doble imprecisión. Primero, porque gran parte de la historia se basa en ficciones que proceden del poder; tanto la realidad como las percepciones sobre la realidad en gran medida son sus propias creaciones. Segundo, porque toda ficción basa su fenómeno en una realidad concreta, sea una realidad económica o una realidad virtual creada por el poder que deriva de esa economía o —en una visión no marxista, si se quiere—, una realidad creada por una tradición espiritual establecida en un momento critico de la historia, como puede serlo un libro sagrado, una constitución mítica como la de Estados Unidos o una variada plétora de mitos fundadores.

La literatura no escapa a nada de eso. Es ficción que forma parte de una realidad y, quiera o no, la expresa y la modifica. ¿Qué es El Quijote sino una parodia de una tradición literaria moribunda —la literatura de caballería— que expresa mejor que cualquier libro de historia la realidad de su época? Y como los seres humanos cambiamos, pensamos diferente, vemos el mundo de diversas formas y aun así somos los mismos seres humanos, más allá de las culturas y de los periodos de la historia, resulta casi inevitable que una obra como El Quijote, que haya ido tan lejos en la expresión de la razón y la locura humana, hable también de hombres y mujeres que no vivieron en su tiempo. Sí, El Quijote, a diferencia de otras novelas que han resistido la erosión de la historia, fue un éxito de ventas. Pero a diferencia de muchos otros éxitos de ventas de la época solo El Quijote es El Quijote. Porque hay algo más que pura diversión. Algo más. Ese algo más no puede ser formulado en las oficinas de marketing; ni siquiera es agotado por los mejores críticos. Y la historia paga ese algo más rescatando de vez en cuando una obra, más tarde o más temprano, del olvido.

De acuerdo, tampoco tenemos derecho nosotros a levantar a un obrero deslomado de un sillón confortable para decirle que esa película de acción, esa revista de Caras, esa novela con su happy ending, son instrumentos ideológicos, analgésicos que lo ayudan a olvidar su propia realidad, en lugar de exigirle recordar quién es y dónde está. No, dejen a ese pobre hombre, a esa pobre mujer que descanse. Pero no que descase en paz.

Un derecho similar tienen aquellos que reaccionan contra el prostíbulo que estratégicamente se llama “válvula de escape”.  ¿Por qué los escritores deberían ser meros consoladores, renunciando al más noble compromiso de incomodar con interrogantes radicales? ¿Es divertida la televisión que consume el pueblo? Aparentemente sí, de otra forma programas tan vacíos sobre la farándula no tendrían tanta audiencia. Esta excitación es el mayor anestésico colectivo. Como un músculo que se lo golpea varias veces para insensibilizarlo antes de vacunar la carne. ¿Qué ese gusto no es un producto biológico sino un gusto creado por la industria de la diversión? Sí. ¿Que ese producto inocente es lo menos inocente que existe en el mundo, como una dulce droga cuyos efectos son ocultos por la misma droga? También.

Al menos que por algún camino y en algún momento se haya perdido la inocencia. Entonces ya no basta el bombardeo de símbolos a los que diariamente es expuesta una población entera para volver a la época de la inocencia. Y es en esta ruptura, en esa perdida de la inocencia que la crítica radical tiene un rol decisivo.

Jorge Majfud

Lincoln University

Febrero 2009.

Inocencia del arte, ideología de la neutralidad

La idea de que el arte está más allá de toda realidad social se parece a la teología descarnada que proscribe interpretaciones políticas en la muerte de Jesús; o a las mitologías nacionalistas impuestas como sagrados valores universales; o a los templarios del idioma, que se escandalizan con la impureza ideológica de la lengua que usan los pueblos rebelados. En los tres casos, la reacción contra interpretaciones o deconstrucciones sociales, políticas e históricas tiene un mismo objetivo: la imposición social, política e histórica de sus propias ideologías. La misma “muerte de las ideologías” fue una de las ideologías más terribles ya que, al igual que los otros estados dictatoriales del status quo, presumía de pureza y de neutralidad.

En el caso del arte, dos ejemplos de esta ideología se tradujeron en la idea de “el arte por el arte”, en Europa, y del Modernismo en Hispanoamérica. Este último, si bien tuvo el mérito de reflexionar y practicar una visión nueva sobre los instrumentos de expresión, pronto se reveló como la “torre de marfil” que era. No sin paradoja, sus mayores representantes comenzaron cantándole a blancas princesas, inexistentes en el trópico, y terminaron convirtiéndose en las máximas figuras de la literatura comprometida del continente: Rubén Darío, José Martí, José E. Rodó, etc. Décadas más tarde, el mismo Alfonso Reyes reconocerá que en América latina no se puede hacer arte desde la torre de marfil, como en París. A lo sumo, en medio del realismo trágico se puede hacer realismo mágico.

Las torres de marfil nunca fueron construcciones indiferentes a la crudeza de la realidad del pueblo, sino formas nada neutrales de negación de la misma, por el lado de los artistas, y de consolidación de su estado, por el lado de las elites dominantes (políticamente dominantes, se entiende). Hay variaciones históricas: hoy la torre de marfil es una estratégica atalaya, un minarete o un campanario laico levantado por el mercado de consumo. El artista es menos el rey de su torre, pero su labor consiste en hacer creer que su arte es pura creación, incontaminada por las leyes del mercado o con la moral y la política hegemónica. Porque más que de contradicciones —como afirmaban los marxistas— el capitalismo tardío está construido de sutiles coherencias, de pensamiento único, etc. El capitalismo es consecuente con sus contradicciones.

La explicación de los más fieles consumidores de arte comercial es siempre la misma: buscan una forma sana de diversión que no esté contaminada de violencia o de política, todo eso que abunda en los informativos y en los escritores “difíciles”. Lo que nos recuerda que pocos partidos hay tan demagogos y populistas como el partido imperial del mercantilismo, con sus eternas promesas de juventud eterna, de satisfacción plena y de felicidad infinita. La idea de “diversión sana” lleva implícito el entendido de que la ficción fantástica o la ciencia ficción son géneros neutrales, aparte de la historia política del mundo y aparte de cualquier manipulación ideológica. Hay por lo menos cinco razones para este consenso: (1) también así pensaban grandes de la literatura, como Jorge Luis Borges; (2) escritores mediocres han confundido frecuentemente la profundidad o el compromiso del escritor con el panfleto político; (3) es lícito entender el arte desde esta perspectiva purista, porque el arte también es diversión y pasatiempo; (4) la idea de neutralidad es parte de la fuerza de una cultura hegemónica que es todo menos neutral; por último, (5) se confunde neutralidad con “valores dominantes” y a éstos con lo universal.

A partir de aquí, creo que es muy fácil advertir al menos dos grandes tipos de arte: (1) aquel que busca dis-traer, di-vertir. Es decir, aquel que procura “salirse del mundo”. Paradójicamente, la función de este tipo de arte es la inversa: el consumidor sale de su rutina laboral y entra en este tipo de ficción pasatista para recuperar energías. Una vez fuera de la sala onírica del cine, fuera del best-seller mágico, la obra no importa más que por su valor anecdótico. Es el olvido lo que importa: dentro de la obra se procura olvidar el mundo rutinario; al salir de la obra, se procura olvidar el problema planteado por la misma, ya que siempre es un problema inventado al comienzo (el muerto) y solucionado al final (el asesino era el mayordomo). Esta es la función del happy ending. Es una función socialmente reproductiva: reproduce la energía productiva y los valores del sistema que se sirve de ese individuo agotado por la rutina. La obra de arte cumple aquí la misma función que el prostíbulo y el autor es apenas la prostituta que cobra por el placer reparador.

Diferente es el tipo de arte problemático: no es confort lo que ofrece a quien entra en su territorio. No es olvido sino memoria lo que le reclama a quien sale de él. El lector, el espectador no olvidan lo expuesto en ese espacio estético porque el problema no ha sido solucionado. La gran obra no soluciona un problema porque no ha sido ella quien lo ha creado: es la exposición del problema existencial del individuo, lo que se llevará al salir de ella. Está claro que en un mundo consumista este tipo de arte no puede ser el prototipo ideal. Paradójicamente, la obra problemática es una implosión del autor-lector, una mirada hacia adentro que debería provocar una conciencia crítica en el exterior que lo rodea. La obra pasatista es lo inverso: es anestesia que impone el olvido del problema existencial reemplazándolo con la solución de un problema creado por la obra misma.

Quiero decir que, al reconocer las múltiples dimensiones y propósitos de una obra de arte —que incluye la diversión y el solo placer estético—, significa también reconocer las dimensiones ideológicas en cualquier producto cultural. Es decir, también una obra de “pura imaginación” está recargada de valores políticos, sociales, religiosos, económicos y morales. Bastaría con poner el ejemplo de la ciencia ficción en Julio Verne o de la literatura fantástica de Adolfo Bioy Casares. La invención de Morel (1940) calificada por Borges como perfecta, es también la perfecta expresión de un escritor de la clase alta argentina que podía darse el lujo del cultivo de la imaginación más descarnada en medio de una sociedad convulsionada por “la década infame” (1930-1943) Un lujo y una necesidad para una clase que no quería ver más allá de su estrecho círculo llamado “universal”. ¿Qué hay más alejado de los problemas de la Argentina del momento que una isla perdida en medio del océano, con una máquina reproduciendo la nostalgia de una clase alta, hedonista por donde se la mire, con un individuo perseguido por la justicia que busca un Paraíso sin pobres y sin obreros? ¿Qué más alejado de un mundo en medio del holocausto de la Segunda Guerra mundial?

La libertad, quizás, sea la principal característica diferencial del arte. Y cuando esta libertad no le da vuelta la cara a la realidad trágica de su pueblo, entonces la característica se convierte en conciencia moral. La estética se reconcilia con la ética. La indiferencia nunca es neutral; sólo la ignorancia es neutral, pero resulta un problema ético y práctico promoverla en nombre de alguna virtud.

Jorge Majfud

The University of Georgia

Julio 2007

The Terrible Innocence of Art

The idea that art exists beyond all social reality is similar to the disembodied theology that proscribes political interpretations of the death of Jesus; or to the nationalist mythologies imposed like sacred universal values; or the templars of language, who are scandalized by the ideological impurity of the language used by rebellious nations. In all three cases, the reaction against social, political and historical interpretations or deconstructions has the same objective: the social, political and historical imposition of their own ideologies. The very “death of ideologies” was one of the most terrible of ideologies since, just like the other dictatorial states of the status quo, it presumed its own purity and neutrality.

In the case of art, two examples of this ideology were translated in the idea of “art for art’s sake” in Europe, and in the Modernismo of Spanish America. This latter, although it had the merit of reflecting upon and practicing a new vision with regard to the instruments of expression, soon revealed itself to be the “ivory tower” that it was. Not without paradox, its greatest representatives began by singing the praises of white princesses, non-existent in the tropics, and ended up becoming the maximal figures of politically-engaged literature of the continent: Rubén Darío, José Martí, José Enrique Rodó, etc. Decades later, none other than Alfonso Reyes would recognize that in Latin America one cannot make art from the ivory tower, as in Paris. At most, in the midst of tragic realism one can make magical realism.

Ivory towers have never been constructions indifferent to the rawness of a people’s reality, but instead far from neutral forms of denial of that reality, on the artists’ side, and of consolidation of its state, on the side of the dominant elites (politically dominant, that is). There are historical variations: today the ivory tower is a watchtower strategy, a secular minaret or belltower raised by the consumer market. The artist is less the kind of his tower, but his labor consists in making believe that his art is pure creation, uncontaminated by the laws of the market or with hegemonic morality and politics. At the foot of the stock market tower run rivers of people, from one office to another, scaling in rapid elevators other glass towers in the name of progress, freedom, democracy and other products that spill from the communication towers. All of the towers raised with the same purpose. Because more than from contradictions – as the Marxists would assert – late capitalism is constructed from coherences, from standardized thought, etc. Capitalism is consistent with its contradictions.

The explanation of the most faithful consumers of commercial art is always the same: they seek a healthy form of entertainment that is not polluted by violence or politics, all that which abounds in the news media and in the “difficult” writers. Which reminds us that there are few political parties so demagogic and populist as the imperial party of commercialism, with its eternal promises of eternal youth, full satisfaction and infinite happiness. The idea of “healthy entertainment” carries an implicit understanding that fantasy and science fiction are neutral genres, separate from the political history of the world and separate from any ideological manipulation. There are at least five reasons for this consensus: 1) this is also the thinking of the literary greats, like Jorge Luis Borges; 2) mediocre writers frequently have confused the profundity or the commitment of the writer with the political pamphlet; 3) it is justifiable to understand art from this purist perspective, because art is also a form of entertainment and pastime; 4) the idea of neutrality is part of the strength of a hegemonic culture that is anything but neutral; lastly, 5) neutrality is confused with “dominant values” and the latter with universal values.

At this point, I believe that it is very easy to distinguish at least two major types of art: 1) that which seeks to distract, to divert attention (“divertir” means to entertain in Spanish). That is to say, that which seeks to “escape from the world.” Paradoxically, the function of this type of art is the inverse: the consumer departs from his work routine and enters into this kind of entertaining fiction in order to recuperate his energies. Once outside the oneiric lounge of the theater, outside the magical best-seller, the work of art no longer matters for more than its anecdotal value. It is the forgetting that matters: within the artwork one is able to forget the routine world; upon leaving the artwork, one is able to forget the problem presented by that work, since it is always a problem invented at the beginning (the murder) and solved at the end (the killer was the butler). This is the function of the happy ending. It is a socially reproductive function: it reproduces the productive energy and the values of the system that makes use of that individual worn out by routine. The work of art fulfills here the same function as the bordello and the author is little more than the prostitute who charges a fee for the reparative pleasure.

Different is the problematic type of art: it is not comfort that it offers to whomever enters into its territory. It is not forgetting but memory that it demands of he who leaves it. The reader, the viewer do not forget what is exhibited in that aesthetic space because the problem has not been solved. The great artwork does not solve a problem because the artwork is not the one who has created it: the exposition of the existential problem of the individual is what will lead to departure from it. Clearly in a consumerist world this type of art cannot be the ideal prototype. Paradoxically, the problematic artwork is an implosion of the author-reader, a gaze within that ought to provoke a critical awareness of one’s surroundings. The entertaining artwork is the inverse: it is anasthesia that imposes a forgetting of the existential problem, replacing it with the solution of a problem created by the artwork itself.

I mean to say that, recognizing the multiple dimensions and purposes of a work of art – which include entertainment and mere aesthetic pleasure – means also recognizing the ideological dimensions of any cultural product. That is to say, even a work of “pure imagination” is loaded with political, social, religious, economic and moral values. It would suffice to pose the example of the science fiction in Jules Verne or of the fantastical literature of Adolfo Bioy Casares. Morel’s Invention (1940), considered by Borges to be perfect, is also the perfect expression of a writer of the Argentine upper class who could allow himself the luxury of cultivating the starkest imagination in the midst of a society convulsed by the “infamous decade” (1930-1943). A luxury and a necessity for a class that did not want to see beyond its narrow so-called “universal” circle. What could be farther from the problems of the Argentina of the moment than a lost island in the middle of the ocean, with a machine reproducing the nostalgia of an unbelievably hedonistic upper class, with an individual pursued by justice who seeks a Paradise without poverty and without workers? What could be farther from from a world in the midst of the Holocaust of the Second World War?

Nevertheless, it is a great novel, which demonstrates that art, although it is not only aesthetics, is not only politics either, nor mere expression of the relations of power, nor mere morality, etc.

Freedom, perhaps, may be the main differential characteristic of art. And when this freedom does not turn its face away from the tragic reality of its people, then the characteristic turns into moral consciousness. Aesthetics is reconciled with ethics. Indifference is never neutral; only ignorance is neutral, but it proves to be an ethical and practical problem to promote ignorance in the name of some virtue.

Dr. Jorge Majfud

Translated by Dr. Bruce Campbell

La inmoralidad del arte, la maldad de los pobres

El pasado mes de octubre, en un encuentro de escritores en México, alguien del público me preguntó si pensaba que el sistema capitalista caería finalmente por sus propias contradicciones. Momentos antes yo había argumentado sobre una radicalización de la modernidad en la dimensión de la desobediencia de las sociedades. (*) Aunque aún debemos atravesar la crisis del surgimiento chino, la desobediencia es un proceso que hasta ahora no se ha revertido, sino todo lo contrario. Lo cual no significa abogar por el anarquismo (como se me ha reprochado tantas veces en Estados Unidos) sino advertir la formación de sociedades autárticas. El estado actual, que en apariencia contradice mi afirmación, por el contrario lo confirma: lo que hoy tenemos es (1) una reacción de los antiguos sistemas de dominación —toda reacción se debe a un cambio histórico que es inevitable— y (2) a la misma percepción de ese empeoramiento de las libertades de los pueblos, debida a un mayor reclamo, producto también de una creciente desobediencia. Mi respuesta al señor del público fue, simplemente, no. “Ningún sistema —dije— cae por sus propias contradicciones. No cayó por sus propias contradicciones el sistema soviético y mucho menos lo hará el sistema capitalista (o, mejor dicho, el sistema “consumista”, que poco se parece al capitalismo primitivo). El sistema capitalista, que no ha sido el peor de todos los sistemas, siempre ha sabido cómo resolver sus contradicciones. Por algo ha evolucionado y dominado durante tantos años”. Las contradicciones del sistema no sólo se resuelven con instituciones como las de educación formal; también se resuelven con narraciones ideológicas que operan de “costura” a sus propias fisuras.

Dos anécdotas me ocurrieron después, a mi regreso a Estados Unidos, las que me parecen sintomáticas de estas “costuras” del discurso que pretenden resolver las contradicciones del propio sistema que las genera. Y las resuelven de hecho, aunque eso no quiere decir que resistan a un análisis rápido. Veamos.

La primera ocurrió en una de mis clases de literatura, la cual había dejado a cargo de un sustituto por motivo de mi viaje. Una alumna se había retirado furiosa porque en la película que se estaba proyectando (Doña Bárbara, basada en el clásico de Rómulo Gallegos), había una escena “inmoral”. La muchacha, a quien respeto en su sensibilidad, furiosa argumentó que ella era una persona muy religiosa y la ofendía ese tipo de imágenes. Al contestarle que si quería comprender el arte y la cultura hispánica debía enfrentarse a escenas con mayor contenido erótico que aquellas, me respondió que conocía el argumento: algunos llaman “obra de arte” a la pornografía. Con lo cual uno debe concluir que el museo del Louvre es un prostíbulo financiado por el estado francés y Cien años de soledad es la obra de un pervertido libinidoso. Por citar algunos ejemplos amables. Aparentemente, el público anglosajón está acostumbrado a la exposición de muerte y violencia de las películas de Hollywood, a los violentos playstation games que compran a sus niños, pero le afecta algo más parecido a la vida, como lo es el erotismo. En cuanto a los informativos, ya lo dijimos, la realidad llega totalmente pasterizada.

—Si uno es estudiante de medicina —argumenté—, no tiene más remedio que enfrentase al estudio de cadáveres. Si su sensibilidad se lo impide, debe abandonar la carrera y dedicarse a otra cosa.

Pero el problema no es tan relativo como quieren presentarlo los “absolutistas” religiosos. Aunque no lo parezca, es muy fácil distinguir entre una obra de arte y una pornografía. Y no lo digo porque me escandalice esta última. Simplemente entre una y otra hay una gran diferencia de propósitos y de lecturas. La misma diferencia que hay entre alguien que ve en un niño a un niño y otro que ve en él a un objeto sexual; la misma diferencia que hay entre un “avivado” y un ginecólogo profesional. Si no somos capaces de ponernos por encima de un problema, si no somos capaces de una madurez moral que nos permita ver el problema desde arriba y no desde bajo, nunca podríamos ser capaces de ser ginecólogos, psicoanalistas ni, por supuesto, sacerdotes. Pero si hay sacerdotes que ven en un niño a un objeto sexual —faltaría que lo negásemos—, eso no quiere decir que el sacerdocio o la religión per se es una inmoralidad.

Por supuesto que semejantes argumentos sólo podrían provocarme una sonrisa. Pero no me hace gracia pretender simplificar al ser humano en nombre de la moral y no estoy dispuesto a hacerlo aunque me lo ordene el Rey o el Papa. Y entiendo que mantenerme firme en esta defensa es una defensa a la especie humana contra aquellos que pretenden salvarla castrándola de cuerpo y alma. Estos discursos moralizadores no dejan de ser sintomáticos de una sociedad que obsesivamente busca lavar sus traumas con excusas, para no ver la gravedad de sus propias acciones. Y sobre esto de “no querer ver lo que se hace” ya le dediqué otro ensayo, así que mejor lo dejo por aquí.

—Usted es demasiado liberal —me dijo más tarde R., mi alumna.

Luego el catecismo inevitable:

—¿Tiene usted hijos?

Me acordé de los viejos que siempre se escudan en su experiencia cuando ya no tienen argumentos. Como si vivir fuese algún mérito dialéctico.

—No, no aún —respondí.

—Si tuviera hijos comprendería mi posición —observó.

—¿Por qué, tiene usted hijos? —pregunté.

—No— fue la repuesta.

—Es decir que la pregunta anterior no la hizo usted, me la hicieron sus padres. ¿Con quién estoy hablando en este momento?

Opiné que para ser auténtico primero había que ser libre.

—En este mundo hay demasiada libertad —se quejó R.

—¿Cree usted en Dios? —pregunté, como un tonto.

—Sí, por supuesto.

—¿Cree por su propia voluntad o porque se lo han impuesto?

—No, no. Yo creo en Dios por mi propia voluntad.

—Es decir que la libertad sigue siendo una virtud, a pesar de todo…

Pocos días después, en otra clase, una de mis mejores alumnas me preguntó sobre el problema de las drogas en el mundo. Quería saber mi opinión sobre las posibles soluciones. La suya era que si Estados Unidos creaban trabajo en los países pobres de América Latina eso lograría terminar con el tráfico de drogas y quería saber si yo pensaba igual. Mi respuesta fue terminante (y tal vez pequé de elocuencia): no. Simplemente, no.

En la pregunta reconocí el viejo discurso hegemónico norteamericano: “nuestros problemas se deben a la existencia de malos en el mundo”. Una simplicidad a la medida de un público que antes se reconocía como ciudadano y ahora se reconoce como “consumidor”. Claro, no muy diferente es la teoría maniquea en América Latina: “todos nuestros males se los debemos al imperialismo yanqui”.

—¿Por qué no?—, preguntó sorprendida mi alumna, una muchacha con toda las buenas intenciones del mundo.

—Por la misma lógica del sistema capitalista —respondí—. Si los pobres tuviesen mayores y mejores oportunidades de trabajo eso mejoraría sus vidas, pero no eliminaría el narcotráfico, porque no son ellos los motores de este monstruoso mecanismo. La demonización de los productores es un discurso del todo estratégico —no entraré a explicar este punto tan obvio—, pero no sirve para resolver el problema ni lo ha resuelto nunca.

—¿Y cuál es la causa del problema, entonces?

—En el sistema capitalista, sobre todo en el capitalismo tardío (y dejemos de lado a Keynes por un momento), la oferta aparece siempre para satisfacer la demanda, ya sea de forma legal o ilegal. El objetivo de toda empresa es descubrir las “necesidades insatisfechas” (creadas, de forma creciente, por la propia cultura de consumo) y lograr infiltrarse en el mercado con una oferta a la medida. En español se habla de “nicho del mercado”, lo cual tiene lógicas connotaciones con la muerte. Si hay demanda de trabajadores, allí habrán inmigrantes ilegales para satisfacer la demanda y evitar que la economía se detenga. Al mismo tiempo, surgirán nuevas narraciones y nuevos “patriotas” que se organicen para salvar al país de estos sucios holgazanes venidos del sur para robarles los beneficios sociales.

Pocos pueden dudar de que los principales consumidores de drogas del mundo están en el mercado norteamericano y europeo, los dos polos del progreso mundial. La conclusión era obvia: los primeros responsables de la existencia del narcotráfico no son los pobres campesinos colombianos o peruanos o bolivianos: son los ricos consumidores del primer mundo. Aparte de los narcotraficantes, claro, que son los únicos beneficiados de este sistema perverso. Pero vaya uno a decirlo sin riesgo.

No deberíamos nosotros, minúsculos intelectuales, recordarle a los capitalistas cómo funcionan sus cosas. Ellos son los maestros en esto, aunque también son maestros en hacerse los tontos: nadie produce ni trafica algo que nadie quiere comprar. Mientras haya alguien que está interesado en comprar mierda de perro, habrá gente en el mundo que la recoja en bolsitas de nylon para su exportación. Pero culpar a las prostitutas por inmorales y absolver a los hombres por “machos” es parte del discurso ideológico de cada época. En este último caso, hubiese bastado la lucidez de Sor Juana Inés de la Cruz que a finales del siglo XVII se preguntaba «¿quién es peor / la que peca por la paga / o el que paga por pecar?» Claro que los puritanos no entendieron un razonamiento tan simple e igual la condenaron al infierno.

—Si es así, entonces ¿cuál es la solución? —preguntó otro alumno, sin convencerse del todo.

—La solución no es fácil, pero en cualquier caso está en la eliminación de la demanda, en la superación de la Cultura del Consumo. En una cultura que premia el consumo y el éxito material, ¿qué se puede esperar sino más consumo, incluido el de drogas y otros estimulantes que anestesien el profundo vacío que hay en una sociedad que todo lo cuantifica? La coca es usada en Bolivia desde hace siglos, y no podemos decir que la drogadicción haya sido un problema hasta que aparecieron los traficantes buscando satisfacer una demanda que se producía a miles de kilómetros de ahí. Yo recuerdo en un remoto rincón de África campos de marihuana que nadie consumía. Claro, apenas los nativos veían a un hombre blanco con un sombrero y unos lentes negros enseguida se la ofrecían con tal de ganarse unas monedas. Y hubiese bastado un pequeño ejército de esos consumidores extranjeros para activar el cultivo sistemático y la recolección de estas plantas hasta que unos años después pasaran por encima unos aviones arrojando pesticidas para combatir a la producción y a los miserables productores, culpables de todo mal del mundo.

La discusión terminó como suelen terminar todas las discusiones en Estados Unidos: con un formalismo democrático y consciente de las consecuencias pragmáticas: “Acepto su opinión pero no la comparto”

Hasta hoy espero argumentos que justifiquen esta natural discrepancia.

Jorge Majfud

The University of Georgia

Octubre, 2005.

(*) Normalmente, la Posmodernidad se definía en oposición a los valores característicos de la Modernidad: racionalismo, logocentrsmo europeo, metanarraciones absolutistas, etc. Por lo cual podemos entender a la Posmodernidad como una Antimodernidad. Pero esto es una simplificación. Hay elementos que significan aún hoy una continuación y una radicalización de la Modernidad: es lo que llamo la Sociedad Desobediente.

L’immoralité de l’Art, la méchanceté des pauvres

Par Jorge Majfud

Professeur à l’Université de Géorgie

Traduit de l’espagnol par:

Pierre Trottier

Au mois d’octobre passé, dans une rencontre d’écrivains à Mexico, quelqu’un du public me demanda si je pensais que le système capitaliste tomberait finalement de ses propres contradictions. Quelques moments auparavant, j’avais argumenté sur une radicalisation de la modernité dans la dimension de la désobéissance des sociétés.* Bien que nous devions encore traverser la crise de l’apparition chinoise, la désobéissance est un processus qui, jusqu’à maintenant, ne s’est pas atténué, tout au contraire. Ce qui ne signifie pas plaider pour l’anarchisme (comme on me l’a si souvent reproché aux États-Unis) mais observer la formation de sociétés “autartiques”. L’état actuel, qui en apparence contredit mon affirmation, la confirme au contraire: ce que nous avons aujourd’hui est (1) une réaction des vieux systèmes de domination –toute réaction est due à un changement historique qui est inévitable –et (2) la perception même de la dégradation des libertés des peuples, due à une plus grande réclame, produit aussi d’une croissante désobéissance. Ma réponse au monsieur du public fut simplement, non. Aucun système, dis-je, ne tombe de ses propres contradictions. Le système soviétique n’a pas tombé de ses propres contradictions, et encore moins ne le fera le système capitaliste (ou, pour mieux dire, le système de “consommation de masse”, qui ressemble peu au capitalisme primitif). Le système capitaliste, qui n’a pas été le pire de tous les systèmes, a toujours su comment résoudre ses contradictions. Ce n’est pas pour rien qu’il a évolué et dominé pendant tant d’années. Les contradictions du système non seulement se résolvent avec des institutions comme celle de l’éducation formelle; elles se résolvent aussi par des narrations idéologiques qui opèrent des “coutures” à ses propres fissures.

Deus anecdotes m’arrivèrent à mon retour aux États-Unis, de celles qui m’apparaissent symptomatiques de ces “coutures”,du discours que prétendent résoudre les contradictions de ce même système qui les génère. Et elles les résolvent de fait, quoique cela ne veut pas dire qu’elles résistent à une analyse rapide. Voyons.

La première arriva dans une de mes classes de littérature, laquelle avait été laissée à un substitut pendant mon voyage au Mexique. Une étudiante s’était retirée furieuse parce que sur le film qui était projeté (Doña Bárbara, basé sur le classique de Romulo Gallegos) se trouvait une scène “immorale”. La jeune fille, très sensible, argumenta furieuse qu’elle était une personne très religieuse et que ce type d’image l’offensait. A lui répondre que si elle voulait comprendre l’art et la culture hispanique, qu’elle devrait affronter des scènes avec de plus grands contenus érotiques que cette dernière, elle me répondit qu’elle connaissait l’argument: certains appellent “œuvre d’art” la pornographie. Avec lequel quelqu’un doit conclure que le musée du Louvre est une maison de tolérance financée par l’état français et que Cent années de solitude est l’œuvre d’un perverti libidineux. Pour citer quelques exemples aimables. Apparemment, le public anglo-saxon est accoutumé aux expositions de mort et de violence des films d’Hollywood , et aux jeux violents de playstation qu’il achète à ses enfants, mais, quelque chose qui ressemble plus à la vie, tel l’érotisme, l’affecte davantage. Et en ce qui concerne les contenus informatifs, nous l’avons déjà dit, la réalité arrive totalement pasteurisée.

Si quelqu’un est étudiant en médecine, argumentai-je, il n’a pas d’autre remède que d’affronter l’étude des cadavres. Si sa sensibilité lui fait trop obstacle, il doit abandonner la carrière et s’adonner à autre chose.

Mais le problème n’est pas aussi relatif comme veulent le présenter les “absolutistes” religieux. Quoiqu’il n’y paraisse, il est très facile de distinguer entre une œuvre d’art et celle pornographique. Et je ne dis pas cela parce que cette dernière me scandalise. Simplement, entre l’une et l’autre il y a une différence d’intentions et de lectures. La même différence qu’il y a entre quelqu’un qui voit un enfant comme un enfant, et un autre qui voit en lui un objet sexuel; la même différence qu’il y a entre un “excité” et un gynécologue professionnel. Si nous ne sommes pas capables de nous mettre au-dessus d’un problème, si nous ne sommes pas capables d’une maturité morale qui nous permet de voir le problème à partir d’en-haut et non d’en-bàs, jamais nous ne pourrons être gynécologue, psychanalyste ni, bien sûr, prêtre. Et s’il y a des prêtres qui voient dans des enfants des objets sexuels, il faudrait que nous les niions –cela ne veut pas dire que la prêtrise ou la religion “en soi” est une immoralité.

Il est certain que de semblables arguments ne pourraient me susciter qu’un sourire. Mais cela ne me plaît pas du tout prétendre réduire l’être humain au nom de la morale, et je ne suis pas disposé à le faire même si me l’ordonne le Roi ou le Pape. Et j’entends rester ferme dans cette défense: c’est une défense de l’espèce humaine contre ceux qui prétendent la sauver la castrant de son corps et de son âme. Ces discours moralisateurs ne cessent d’être symptomatiques d’une société qui obsessivement cherche à laver ses traumas avec des excuses pour ne pas voir la gravité de ses propres actions. Et sur cela de “ne pas vouloir voir ce qui se fait”, j’ai déjà dédié un autre essai meilleur que je ne le fais ici.

–Vous êtes trop libéral –me dit plus tard R., mon étudiante.

Par la suite le catéchisme inévitable:

–Avez-vous des enfants?

Je pensai aux vieilles personnes qui se retranchent toujours derrière leur expérience alors qu’elles n’ont plus d’arguments. Comme si vivre fut le fait de quelque mérite dialectique.

–Non, pas encore –répondis-je.

–Si vous aviez des enfants vous comprendriez ma position –observa-t-elle.

–Pourquoi, vous avez des enfants –demandai-je?

–Non, fut la réponse.

–C’est dire que la question antérieure ne vient pas de vous, elle vient de vos parents. Avec qui suis-je en train de parler en ce moment?

Je pensai que pour être authentique qu’il fallait d’abord être libre.

–Dans ce monde il y a trop de liberté– se plaignit R.

–Croyez-vous en Dieu? –demandai-je comme un bêta.

–Oui, bien sûr.

–Y croyez-vous par vous-même ou parce qu’on vous l’a imposé?

–Non, non je crois en Dieu par ma propre volonté.

–C’est dire que la liberté continue d’être une vertu malgré tout.

Peu de jours plus tard, dans une autre classe, une autre de mes étudiantes m’interrogea sur le problème des drogues dans le monde. Elle voulait connaître mon opinion sur les solutions possibles. La sienne était que si les États-Unis créaient du travail dans les pays pauvres d’Amérique Latine, cela aurait pour effet d’en finir avec le narcotrafic, et elle voulait savoir si j’opinais dans le même sens. Ma réponse fut formelle (et peut-être péchai-je d’éloquence): non. Simplement non.

Dans la question je reconnus le vieux discours hégémonique nord-américain: “nos problèmes sont dus à l’existence des méchants dans le monde”. Une simplicité à la mesure d’un public qui avant se reconnaissait citoyen et qui maintenant se reconnaît comme “consommateur”. Bien sûr, non moins différente est la théorie manichéenne en Amérique Latine: “tous nos maux sont dus à l’impérialisme yankee”.

–Pourquoi non –me demanda surprise mon étudiante, une jeune fille avec toutes les bonnes intentions du monde.

–Par la logique même du système capitalista – répondis-je–. Si les pauvres avaient de plus grandes et de meilleures opportunités de travail, cela améliorerait leurs vies, mais cela n’éliminerait pas le narcotrafic, parce que ce ne sont pas là les moteurs de ce monstrueux mécanisme. La démonisation des producteurs est un discours avant tout stratégique –je ne commencerai pas à expliquer ce point de vue d’une telle évidence –mais cela ne sert pas à résoudre le problème et ne l’a jamais fait.

–Et quelle est la cause du problème alors?

–Dans le système capitaliste, surtout dans le capitalisme tardif (et laissons de côté Keynes pour le moment), l’offre apparaît toujours afin de satisfaire la demande, que ce soit de façon légale ou illégale. L’objectif de toute entreprise est de découvrir les “nécessités insatisfaites” (crées, de façon croissante, par la propre culture de consommation), et de réussir à s’infiltrer sur le marché avec une offre sur mesure. En espagnol, on parle de “niche de marché”, ce qui possède des connotations logiques avec la mort. S’il y a une demande de travailleurs, il y aura là des travailleurs illégaux afin de satisfaire la demande et éviter que l’économie ne s’effondre. En même temps, surgiront de nouvelles narrations et de nouveaux “patriotes” qui s’organiseront afin de sauver le pays de ces sales paresseux venus du sud afin leurs voler leurs bénéfices sociaux.

Peu peuvent douter que les principaux consommateurs de drogues dans le monde sont sur le marché nord-américain et européen, les deux pôles du progrès mondial. La conclusion est évidente: les premiers responsables du narcotrafic ne sont pas les pauvres paysans colombiens ou péruviens ou boliviens: ce sont les riches consommateurs du premier monde. Mis à part les narcotrafiquants , ce sont bien sûr les uniques bénéficiaires de ce système pervers. Mais que quelqu’un le dise sans risque.

Nous devrions nous, minuscules intellectuels, rappeler aux capitalistes comment fonctionnent leurs choses. Ils sont les maîtres en cela, quoiqu’ils soient aussi les maîtres à faire les sots: personne ne produit quelconque trafic que personne ne veut acheter. Tant qu’il y aura quelqu’un intéressé à acheter de la merde de chien, il y aura des gens dans le monde qui la ramasseront et la mettront dans du nylon pour son exportation. Mais accuser les prostitués d’immoralité et absoudre les hommes d’être “mâles” fait partie du discours idéologique de chaque époque. Dans ce dernier cas, la lucidité de Sœur Jeanne Agnès de la Croix, à la fin du XVII è siècle, eut été suffisante, laquelle se demandait: “qu’est-ce qui est pire / celle qui pèche pour la paie / ou celui qui paie pour pécher”? Bien sûr que les puritains ne comprirent pas un raisonnement aussi simple et la condamnèrent à l’enfer.

–S’il en est ainsi, quelle est la solution? –demanda un autre élève, sans être persuadé du tout.

–La solution n’est pas facile mais, dans tous les cas, c’est dans l’élimination de la demande, dans le dépassement de la Culture de Consommation. Dans une culture qui récompense la consommation et le succès matériel, à quoi peut-on s’attendre sinon à plus de consommation, incluant celle des drogues et autres stimulants qui anesthésient le vide profond qu’il y a dans une société qui quantifie tout? La coke est utilisée en Bolivie depuis des siècles, et l’on ne peut pas dire que l’addiction à cette drogue aie été un problème jusqu’à ce qu’apparaissent les trafiquants cherchant à satisfaire une demande qui se produisait à des milliers de kilomètres de là. Je me souviens d’un lointain coin d’Afrique, de champs de marijuana dont personne ne consommait. Bien sûr, à peine les natifs voyaient un homme blanc muni d’un chapeau et de lunettes fumées, on lui offrait avec cela de se faire de l’argent. Et il y eut une petite armée suffisante de ces consommateurs étrangers pour activer la culture systématique et la collecte de ces plantes jusqu’à ce que, quelques années plus tard, des avions passent arroser ces champs de pesticides afin de combattre la production et les misérables producteurs coupables de tous les maux du monde.

La discussion se termina comme ont l’habitude de se terminer toutes les discussions aux États-Unis: par un formalisme démocratique et conscient des conséquences pragmatiques: “j’accepte votre opinion mais je ne la partage pas”.

Encore aujourd’hui j’attends des arguments qui justifient cette divergence naturelle.

Jorge Majfud

Professeur à l’Université de Géorgie

Traduit de l’espagnol par:

Pierre Trottier, octobre 2005

* Normalement, la Posmodernité se définit en opposition aux valeurs caractéristiques de la Modernité: rationalisme, logocentrisme européen, métanarrations absolutistes, etc. Sur quoi nous pouvons comprendre la Posmodernité comme une Antimodernité. Mais cela est une simplification. Il y a des éléments qui signifient encore aujourd’hui une continuation et une radicalisation de la Modernité: c’est ce que nous appelons la Société Désobéissante.

El plan Obama

Barack Obama and Michelle Obama

Image via Wikipedia

El plan B. O.

En el mundo, McDonald’s es un símbolo del imperio Americano pero en el imperio es el restaurante de los obreros. En uno de ellos, perdido en un pequeño pueblo al lado de la ruta, escucho de alguna radio su voz. Una anciana de ojos azules y pelo blanco sin tonos ni matices toma un café como el mío y lee el mismo diario. Su mirada es serena, perdida. En una página la foto de la candidata a la vicepresidencia Sarah Palin. Su jefe, el senador McCain, justifica el gasto de ciento cincuenta mil dólares en ropa que la Miss Alaska se gastó para vestirse. Era dinero del partido. Según McCain, Sarah necesitaba la ropa para la campaña política pero aclaró que luego sería donada para obras de caridad. Más abajo Sarah aparece hermosa y bien vestida en un discurso contra el socialista, el musulmán Hussein, el antipatriota negro que quiere llegar a la Casa Blanca. En la otra página, una fotografía muestra a Ashley Todd, una joven (blanca) de Pittsburg con un ojo morado. Según Ashley, un negro de cuatro pies (de alto) la asaltó y al ver que ella era voluntaria del partido del gobierno le marcó una “B” en el rostro. Luego confesó que todo había sido ficción.

B es él, el que aparece sonriendo en la otra página, con toda su juventud, confiado, mirando a lo lejos. B es la voz de la radio, esa voz de afro, voluminosa, con algo del ritmo de los negros americanos que golpean con la última palabra de cada frase, (pero) claro, nítido y sofisticado como los mejores de Harvard o de Columbia. Muchos critican esa calma al hablar o al debatir. Esa rara habilidad dialéctica y esa inaudita cultura para alguien de su condición. Es demasiado frío, dicen. En realidad es un hombre oscuro nacido en la periferia, hijo huérfano de una unión diabólica entre un negro y una blanca, según la ideología de los militantes por la supremacía blanca.

Hace poco menos de cincuenta años, grupos que se definían como cristianos conservadores desfilaban por las calles portando carteles que decían “Race Mixing is Communism” (“La integración racial es el comunismo”, Little Rock, 1959). Él era todavía un niño cuando en su país los negros debían levantarse para dejar sus asientos libres a los blancos que se dignaban a ocupar el lugar todavía caliente de una de estas bestias inhumanas. Era un niño mitad blanco y mitad negro pero negro entero para los ojos de una cultura que define como negro todo lo que tiene algo de negro y como blanco todo lo que es puro, sin mezcla de algo.

Dentro de unas semanas esa voz será elegida presidente de Estados Unidos. Dentro de veinte años será el símbolo de una época dramática; uno de esos momentos de la historia que son recordados por siglos. También, dentro de pocos años, será motivo de desilusión y desesperación por parte de aquellos que no tenemos paciencia con la injusta lentitud de la historia y menos aun con su narrativa, hecha para consumo de todos pero para beneficio de unos pocos. Entonces, como el Beethoven que confundió a Napoleón con la continuación de la Revolución Francesa, deberemos cambiar el himno festivo al héroe en una marcha fúnebre.

La historia es el principal género de ficción, ya que ella misma se nutre de las fantasías de los pueblos, del delirio de los Césares y de ella surgen otros subgéneros, como la novela realista y la ciencia ficción, las series de televisión, los comics de superhéroes y la narración política. Pero la realidad también existe. Es probable que (1) exista un “coeficiente variable de progresión de la historia”. Cuando los cambios históricos han ido más rápido de lo que permitían las condiciones económicas y culturales, los resultados han sido los inversos y siempre ha vencido la reacción conservadora. Cuando los cambios han sido demasiado lentos la historia se ha estancado para beneficio y gratitud de los mismos. Por esta razón, en pocos momentos de la historia —como en breves períodos de la vertiginosa industrialización de Europa (XVIII-XIX) o las descolonizaciones políticas e ideológicas del siglo XX en los países del Sur— las revoluciones han sido más efectivas que las progresiones. (2) Aquí “progresión de la historia” no se refiere a la idea metafísica de la Era Moderna sino al juicio que podemos hacer según la escala de valores del humanismo renacentista, que son los valores más universales y más violados de nuestro tiempo.

Entre estos valores, combatidos por siglos como heréticos, demoníacos o simplemente suprimidos en la práctica por inconvenientes, están: (1) los valores deigualdad civil entre los individuos y las naciones; (2) el valor positivo de la diversidadentre individuos y culturas, (3) la libertad sólo limitada por los derechos ajenos que son los míos propios; (4) la moral progresiva como un conjunto de valores no prefijados por nuestros antepasados sino vinculados a la historia; (5) la razón crítica, y no el dictado de una revelación institucional, como uno de los principales instrumentos de búsqueda de la verdad, (6) el derecho a la desobediencia, etc.

Ya nos detuvimos en otro momento sobre la falsa oposición entre libertad eigualdad; la historia demuestra que cada vez que se ha expandido la libertad ha progresado también la igualdad entre la diversidad humana. Es decir, la igual-libertad, no la libertad de oprimir. La supervivencia de la humanidad ya no depende de suprimir a las otras tribus sino de respetarlas. Esto nos lleva a la idea de que la Unidad de la humanidad, implícita en todo el pensamiento del humanismo se compone no sólo por el paradigma de la igualdad sino también por los paradigmas históricamente combatidos de la diversidad y la libertad. Es decir, no es la unidad por exclusión, propia del pensamiento y la práctica del fascismo, sino la unidad por inclusión, propia del derecho humanista. Esta inclusión solo excluye a quienes, por odio y por su propia fiebre de exclusión, no quieren ser incluidos.

Entonces, medido nuestro presente desde esta escala de valores, podemos decir que, a pesar de los inevitables retrocesos, han habido varias formas de progresos en la historia reciente.

Cuando escucho esa voz repitiendo lugares comunes, clichés de la política norteamericana, lo pongo en estos términos: los intelectuales no sólo pueden sino que además deben ser radicales, lo más intelectualmente radicales que les sea posible, si lo que pretenden es ir a la raíz del problema. Sin embargo un político no puede ser radical si lo que pretende es promover un cambio. Excepto si se trata de uno de esos breves y raros momentos de la historia en donde los cambios caen de golpe con una revolución violenta. Pero un político en un periodo histórico de progresión o regresión no puede darse aquel lujo del intelectual o de revolucionario moderno. Por el contrario, debe calcular, ser estratégico. Si no alcanza el poder no alcanzará ningún cambio. A esa virtud del político maquiavélico debe sumar la mayor virtud del profeta humanista. Cuando el viento sopla a favor es fácil ver la dirección de la nave. Pero en ocasiones la fragata tiene todo el viento en contra y para avanzar hacia el Norte o hacia el Sur debe zigzaguear de Este a Oeste. La sabiduría no radica en vaticinar, como un político de segunda, que la nave se dirige al Este o al Oeste mirando la estela que deja detrás. La sabiduría está en el análisis de la historia de ruta y en la capacidad de ver la dirección de la nave a largo plazo. Aunque la nave va hacia el Este y hacia el Oeste, en realidad se dirige al Norte o al Sur. La historia no es un péndulo; como un reloj antiguo, sólo se vale de un movimiento pendular para avanzar.

La sociedad norteamericana ha cambiado algo o bastante desde los ajusticiamientos públicos y privados de negros. Ha cambiado algo o bastante desde el asesinato del doctor Martin Luther King Jr. Está lejos de haber cambiado lo suficiente desde que los oprimidos piden justicia y liberación. Pero como decía Reinhard, un amigo alemán con el cual trabajé en África, refiriéndose al exceso de expectativas de las obras, “no debemos organizar nuestra propia frustración”.

También los racistas han cambiado algo o bastante para sobrevivir a tantos cambios. No son ellos quienes tienen ahora el poder sino simplemente un instrumento más del poder de Exterminador. No ha cambiado su odio prehistórico sino la forma de organizarlo. En algún rincón de Pensilvania o del profundo Sur un grupo de hombres y mujeres leen el mismo diario y miran el calendario. Toman el mismo café mientras ajustan detalles. Ellos también esperan el momento para hacer historia, para callar esa voz.

Antes de irme veo a través del amplio cristal nubes que amenazan con una tormenta de otoño. La M amarilla de McDonald’s se interpone en un brillo subliminal. ¿Nevará? Todavía no. Todavía falta para el invierno. Falta aún más para la primavera. Alguien apaga la radio. El silencio es interrumpido por una silla que cae, un grito de miedo y una risa histérica.

Jorge Majfud

Jennersville, octubre 2008

Barack Hussein Obama: ¿las palabras pueden?

En un reciente debate emitido por CNN entre los candidatos demócratas, una Hillary Clinton ofuscada, quizás por su derrota dos días antes en las preliminares de Iowa, reprochó a los demás candidatos de abusar de la palabra “cambio”. Lo significativo es que esta palabra es la preferida también por los republicanos, al igual que la frase “enough is enough” (“ya basta”). John Edwards también insistió, como lo ha hecho desde el 2004, que ningún cambio es posible hasta que no se quiebre el poder de los grandes lobbys que dominan el poder político y la economía de este país. Estas corporaciones “nunca renunciarán voluntariamente al poder, y todos lo que piensan así viven en el País de Nunca Jamás”. (They “won’t voluntarily give the power away and those who think so are living in Neverland!”.) En gran parte, quien es aludido de vivir en Nerverland –como Michael Jackson y Peter Pan– es Barack Obama.

Pero el error de Edwards, Richardson y Clinton radica en no entender que la política, especialmente la política norteamericana, no se mueve según argumentos, razonamientos o datos. Éstos sólo sirven para legitimar un deseo popular o una acción de gobierno. Como lo anotamos en otro ensayo, son los estados de ánimo el motor de los electores. Si hay un candidato que representa una fuerte esperanza de ser o de estar –motivada por el miedo o por el cansancio–, más allá de cualquier realidad, ése será el vencedor. Si ese candidato es capaz de hacer volar a sus electores como Peter Pan en Neverland, no sólo resultará vencedor, sino que Neverland terminará por imponerse como el paradigma de la realidad y el pragmatismo. No hay nada más poderoso que la imaginación. Lo mismo ocurrió con el imperio islámico, movido por una fe radical que habían perdido los romanos, y con otros imperios, como el español –al principio inferior cultural y militarmente al imperio musulmán– que surgió por la fuerza de la creencia en su destino celestial, contra los musulmanes y los aztecas, y cayó por la burocratización de esa misma fe. Esto será así por unas décadas más, hasta que la sociedad global madure su perfil multipolar.

“No basta con repetirlo –dijo la senadora Clinton–; hay que saber hacerlo. Y para saber quién puede hacerlo se debe ver la experiencia y el historial de cada candidato. (“Change is just a word if you don’t have the strength and experience to actually make it happen”.) La observación iba dirigida, no sólo con la mirada de un rostro rígido y sin paciencia, sino por la repetida alusión al senador de Illinois, Barack Obama, de no tener experiencia política necesaria para gobernar. Obama se mostró débil en esta oportunidad, con ideas un poco vagas. Hubiese bastado con recordar que al ahora atacado presidente le había sobrado experiencia desde el principio. A diferencia de John Edwards, que insistió apasionadamente con cifras sobre la catástrofe del gobierno del presidente Bush, Obama se limitó a insistir en los aspectos positivos de un “nuevo comienzo”. Respondiendo a la senadora Clinton, titubeó unas palabras que al principio pudieron sonar “políticamente inconvenientes”. Cuando lo correcto y tradicional es asociarse al prestigio los “hechos” y las “acciones”, tal vez porque no tenía la experiencia del gobernador hispano de Nuevo México, Bill Richardson, para responder a la senadora; Obama balbuceó unas palabras que en principio pudieron sonar débiles, pero que la realidad de la voluntad popular está confirmando como su mayor fuerza: “Las palabras valen –dijo–; con las palabras se puede cambiar esta realidad”.

Esta expresión me recordó el reciente libro colectivo de la Unicef Las palabras pueden, en el cual fuimos invitados a participar. Muchas veces insistí, tal vez por mi doble experiencia de arquitecto y escritor, que la realidad está hecha más con palabras que con ladrillos. Esta afirmación se debía al aspecto negativo de las palabras organizadas en las narraciones sociales de una cultura hegemónica: me refería a las palabras del poder, a la manipulación ideológica, a lo “políticamente correcto”, a los clichés, a los ideoléxicos, etcétera. Sin embargo, por otro lado, podemos ver su aspecto positivo o, al menos, optimista: con las palabras se puede cambiar el mundo. Es demasiado optimista pero no del todo utópico. Esta confianza en las palabras puede ser más propia de nuestro amigo Eduardo Galeano, pero nunca pensamos escucharla en un candidato serio a la presidencia de Estados Unidos en su sentido de cambio, de (tibia) rebelión. Primero por la historia político partidaria y geopolítica de este país. Luego por la excesiva confianza de la cultura angloamericana en los “hechos” y su menosprecio por las “palabras”, las ideas y todo lo que proceda del lado intelectual del ser humano.

Estados Unidos está a un paso de un cambio significativo. Como previmos, este cambio, en medio de una marea conservadora que lleva 30 años, puede producirse en la próxima década. Y este es el año crucial.

Lo más probable es que un candidato demócrata se lleve la presidencia. Hace cuatro años pensé que sería una mujer, Hillary. Como es casi la norma, una mujer hija o esposa de algún prestigioso ex gobernante, como ha sido la norma hasta ahora. Desde hace un buen tiempo pensamos que ese presidente puede ser Obama. Aunque el poder destruye cualquier cambio significativo, podemos pensar que de todos los candidatos, salvo el disidente republicano Ron Paul –con un sorprendente apoyo que casi iguala al obtenido por Rudy Giuliani, pero lejos de llegar a la presidencia–, Barack Obama es quien mejor representa ese posible cambio y, más, es quien mejor está habilitado para encarnarlo. No a pesar de su escasa experiencia, sino por eso mismo.

Barack Hussein Obama parece ser un candidato marcado por un fuerte y hasta paradójico simbolismo. Su nombre no lo beneficia, a no ser por una radical interpretación psicoanalítica (que también se dio en la Reconquista ibérica): recuerda fonéticamente tres veces a personajes musulmanes, un presidente, un dictador y la obsesión número uno de este país. Por otro lado, si en los siglos anteriores era común que el patrón blanco embarazara a la sirvienta negra, Obama es producto de una simetría. No es descendiente de esclavos africanos, sino el hijo de un musulmán negro de Kenia y una laica blanca de Missouri. La peor combinación para los influyentes conservadores. Nació en Honolulu, cuando sus padres estudiaban en la universidad, y se crió en Indonesia, el país musulmán más poblado del mundo. No fue amamantado por nodrizas negras sino por una familia blanca, típica clase madia norteamericana, luego de la separación de sus padres. Obama es un universitario exitoso, según los cánones actuales; abogado y conferencista. Es, en el fondo, no sólo un ejemplo para la minoría negra norteamericana, sino para la blanca también: representa el paradigma del despojado, del Moisés nacido en desventaja que se encumbra en lo más alto de la pirámide política-económica de un pueblo.

Pero por esto mismo también representa la mayor amenaza para el ala conservadora de esta sociedad, que es la que retiene el mayor poder económico y sectario, aquel que nunca saldrá a la luz sino como meras especulaciones o bajo etiquetas como “teorías de la conspiración”.

Obama se ha opuesto desde el principio a la guerra de Irak, ha dicho que se entrevistaría con Fidel Castro, que socializaría la salud y otros servicios, además de una larga lista de manifestaciones de voluntad políticamente incorrectas que poco a poco comienzan a ser premiadas ante la mirada atónita de los radicales y hasta de los más moderados neocons, acostumbrados al poder. La acusación de vivir en Neverland puede terminar emocionalmente asociándolo al consolidado precepto de “I have a dream” de Martin Luther King.

Tal vez Obama triunfe en las internas demócratas. Si lo hace, más fácil le resultará vencer a los republicanos y llegar a la presidencia. Tal vez impulse esos cambios que, tarde o temprano llagarán a este país. Ojalá no alcance el mismo destino trágico de John F. Kennedy o del otro soñador negro.

Jorge Majfud

The University of Georgia

Athens, enero 2008

Blanco x Negro = Negro

El centro de los debates en las internas del partido Demócrata de Estados Unidos es un caso interesante y, sea cual sea su resultado, significará un cambio relativo. No es ninguna sorpresa, para aquellos que lo han visto desde una perspectiva histórica. Sin duda, el más probable triunfo de Hillary Clinton no será tan significativo como puede serlo el de Obama. No los separa tanto el género o la raza, sino una brecha generacional. Una, representante de un pasado hegemónico; la otra, representante de una juventud algo más crítica y desengañada. Una generación, creo, que operará cambios importantes en la década siguiente.

Sin embargo, en el fondo, lo que aún no ha cambiado radicalmente son los viejos problemas raciales y de género. El centro y, sobre todo, el fondo de los debates han sido eso: gender or race, al mismo tiempo que se afirma lo contrario. Es significativo que en medio de una crisis económica y de temores de recesión, las discusiones más acaloradas no sean sobre economía, sino sobre género y raza. En la potencia económica que, por su economía, ha dominado o influido en la vida de casi todos los países del mundo, la economía casi nunca ha sido el tema central como puede serlo en países como los latinoamericanos. Igual, entiendo que el desinterés por la política es propio de la población de una potencia política a nivel mundial. Cuando hay déficit fiscal o caídas del PIB o debilitamiento del dólar, los más conservadores siempre han sacado sus temas favoritos: la amenaza exterior, la guerra de turno, la defensa de la familia –la negación de derechos civiles a las parejas del mismo sexo– y, en general, la defensa de los valores, esto es, los valores morales según sus propias interpretaciones y conveniencias. Pero ahora las más recientes encuestas de opinión indican que la economía ha pasado a ser uno de los temas principales de atención para la población. Esto ocurre cada vez que la maquinaria económica se aproxima a una recesión. Sin embargo, los candidatos a la presidencia temen desprenderse demasiado del discurso conservador. Quizás Obama ha ido un poco más lejos en este desprendimiento criticando el abuso de la religión y cierto tipo de patriotismo, mientras Hillary ha rescatado la breve y eficaz multilla de su esposo que en 1992, en medio de la recesión de la presidencia de George H. Bush, lo llevó a la victoria: “It’s the economy, stupid”. Su fácil consumo se debe a esa sencillez que entiende la generación McDonald.

Hillary Clinton es hija de un hombre y una mujer pero, a pesar de lo que pueda decir el psicoanálisis, todos la ven como una mujer, and period. Barack Obama es hijo de una blanca y un negro, pero es negro, y punto. Esto último se deduce de todo el lenguaje que se maneja en los medios y en la población. Nadie ha observado algo tan obvio como el hecho de que también puede ser considerado tan blanco como negro, si caben esas categorías arbitrarias. Esto representa la misma dificultad de ver la mezcla de culturas en el famoso melting pot: los elementos están entreverados, pero no se mezclan. De la fundición de cobre y estaño no surge el bronce, sino cobre o estaño. Se es blanco o se es negro. Se es hispano o se es asiático. El perjudicado es John Edwards, un talentoso hombre blanco que salió de la pobreza y parece no olvidarla, pero no tiene nada políticamente correcto para atraer. Ni siquiera es feo o maleducado, algo que mueva a un público compasivo.

Pero las palabras pueden –y en política casi siempre lo hacen– crear la realidad opuesta: Hillary Clinton dijo hace pocos días, en Carolina del Sur, que amaba estas primarias porque parece que se nominará a un afroamericano o a una mujer, y ninguno va a perder ni un solo voto por su género –aquí se evita la palabra sexo– o por su raza (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Razón por la cual Obama le habla a las mujeres y Clinton a los afroamericanos. Razón por la cual en Carolina del Sur casi el ochenta por ciento de la población negra y sólo el veinte por ciento de los blancos votó por Obama. Razón por la cual Florida y California –dos de los estados más hispanos de la Unión– se resistirán a apoyar a Obama, el representante de la otra minoría.

Así, mientras la costumbre ha pasado a despreciar la calificación de “políticamente correcto”, nadie quiere dejar de serlo. Los debates de las elecciones 2008 me recuerdan a la Cajita Feliz de McDonald. Tanto derroche de alegría, de felicidad, de sonrisas alegres no necesariamente significan salud.

La secretaria de Estado de la mayor potencia mundial es una mujer negra. Desde hace años, una mujer afroamericana tiene más influencia sobre vastos países que millones de hombres blancos. Sin embargo, la población negra de Estados Unidos –como la de muchos países latinoamericanos– continúa sin estar proporcionalmente representada en las clases altas, en las universidades y en los parlamentos, mientras que su representación es excesiva en los barrios más pobres y en cárceles donde compiten a muerte con los hispanos por la hegemonía de ese dudoso reino.

Jorge Majfud

enero 2008

Bianco x Nero = Nero

Il centro dei dibattiti all’interno del partito Democratico degli Stati Uniti è un caso interessante e, qualunque sia il risultato, significherà un cambiamento relativo. Non è una sorpresa per coloro che lo hanno visto da una prospettiva storica. Senza dubbio, la più probabile vittoria di Hillary Clinton non sarà così significativa come può esserlo quella di Obama. Non li separa tanto il genere o la razza, ma un divario generazionale. Una, rappresentante di un passato egemonico; l’altro, rappresentante di una gioventù un po’ più critica e disillusa. Una generazione, credo, che opererà cambiamenti importanti nel prossimo decennio.

Ciononostante, in fondo in fondo, quello che ancora non è cambiato radicalmente sono i vecchi problemi razziali e di genere. Il centro, e soprattutto, l’essenza dei dibattiti sono stati: gender or race, mentre si afferma il contrario. È significativo che nel mezzo di una crisi economica e di timori di recessione, le discussioni più accalorate non siano sull’economia, ma sul genere e sulla razza. Nella potenza economica che, dovuto alla sua economia, ha dominato o influito sulla vita di quasi tutti i paesi del mondo, l’economia non è stato quasi mai il tema centrale come può esserlo in paesi come quelli latinoamericani. Forse capisco che il disinteresse per la politica sia proprio della popolazione di una potenza politica di livello mondiale. Quando ci sono un deficit fiscale o delle cadute del PIL o l’indebolimento del dollaro, i più conservatori hanno sempre tirato fuori i loro temi preferiti: la minaccia esterna, la guerra di turno, la difesa della famiglia, la negoziazione di diritti civili alle coppie dello stesso sesso e, in generale, la difesa dei “valori”; questo è, i valori morali secondo le loro interpretazioni e i loro profitti. Ma adesso le più recenti indagini indicano che l’economia è diventata uno dei temi principali di attenzione per la popolazione. Questo succede ogni volta che il macchinario economico si avvicina a una recessione. Ciononostante, i candidati alla presidenza temono di staccarsi troppo dal discorso conservatore. Forse Obama è andato un po’ troppo lontano in questo distacco, criticando l’abuso della religione e un certo tipo di patriottismo mentre Hillary ha riscattato il breve ed efficace ritornello del suo sposo che nel 1992, nel mezzo della recessione della presidenza di George W. Bush, lo ha portato alla vittoria: “it’s the economy, stupid”. Il suo facile consumo si deve a questa semplicità che capisce la generazione McDonald.

Hillary Clinton è figlia di un uomo e di una donna ma, malgrado quello che possa dire la psicoanalisi, tutti la vedono come una donna, and period. Barack Obama è figlio di una bianca e di un nero, ma è nero punto e basta. Quest’ultimo si deduce da tutto il linguaggio che viene impiegato nei mezzi di comunicazione e all’interno della popolazione. Nessuno ha osservato qualcosa di tanto ovvio come il fatto che possa essere considerato tanto bianco quanto nero, se si ammettono quelle categorie arbitrarie. Ciò rappresenta la stessa difficoltà che si ha nel vedere la mescolanza di culture nel famoso “melting pot”: gli elementi vengono mescolati, ma non si mescolano. Dalla fusione di rame e stagno non nasce il bronzo, ma rame e stagno. Si è bianco o si è nero. Si è ispano-americano o si è asiatico. Chi ne è danneggiato è John Edwards, un  talentuoso uomo bianco che è venuto fuori dalla povertà e sembra non averla dimenticata, ma non ha nulla di politicamente corretto per essere affascinante. Non è neppure brutto o maleducato, qualcosa che possa muovere un pubblico compassionevole.

Ma le parole possono e in politica quasi sempre lo fanno, creano la realtà opposta: Hillry Clinton ha detto pochi giorni fa, in Carolina del Sud, che amava queste primarie perché sembra che verrà nominato un afro-americano o una donna e nessuno perderà neppure un solo voto a causa del suo genere, qui si evita la parola “sesso”, o della sua razza (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Ragione per la quale Obama parla alle donne e Hillary agli afro-americani. Ragione per la quale, la Florida e la California, due degli stati più ispano-americani dell’Unione faranno resistenza ad appoggiare Obama, il rappresentante dell’altra minoranza.

Così, mentre abitudinariamente si è passati a disprezzare la qualifica di “politicamente corretto”, nessuno vuole smettere di esserlo. I dibattiti delle elezioni 2008 mi ricordano la Scatoletta Felice di McDonald. Tanto spreco di allegria, felicità, sorrisi allegri non necessariamente significano salute. La Segretaria di Stato della più grande potenza mondiale è una donna nera. Da tempo, una donna afro-americana ha più influenza su vasti paesi di milioni di uomini bianchi. Ciononostante, la popolazione nera degli Stati Uniti, come quella di molti paesi latinoamericani, non è ancora proporzionalmente rappresentata all’ interno delle classi alte, nelle università e nei parlamenti mentre la sua rappresentanza è eccessiva nei quartieri più poveri e nelle carceri dove competono a morte con gli ispano-americani a causa dell’egemonia di questo dubbioso regno.

Jorge Majfud

Tradotto da  Giorgia Guidi

Hillary e Barack: gênero e raça


Branco x Negro = Negro

O centro dos debates no interior do partido Democrata dos Estados Unidos é um caso interessante, seja qual for seu resultado, significará uma mudança relativa. Não é nenhuma surpresa para aqueles que o observaram a partir de uma perspectiva histórica. Sem dúvida, o triunfo mais provável de Hillary Clinton não será tão significativo como seria o de Obama. Não são o gênero ou a raça que os separam tanto, mas sim um abismo entre gerações. Uma, representante de um passado hegemônico; a outra, representante de uma juventude um pouco mais crítica e desiludida. Uma geração, acredito, que operará mudanças importantes na década seguinte.

Entretanto, em essência, o que ainda não mudou radicalmente são os velhos problemas raciais e de gênero. O centro e, sobretudo, o fundo dos debates foram: gender or race, ao mesmo tempo em que se afirma o contrário. É significativo que, em meio a uma crise econômica e de temores à recessão, as discussões mais acaloradas não sejam sobre economia, mas sobre gênero e raça. Na potência econômica que, por sua economia, dominou ou influiu na vida de quase todos os países do mundo, a economia quase nunca foi o tema central, como pode ocorrer em países como os latino-americanos.

Igualmente, entendo que o desinteresse pela política é próprio da população de uma potência política global. Quando existem déficit fiscal ou quedas do PIB, ou debilitamento do dólar, os mais conservadores sempre acenam com seus temas favoritos: a ameaça exterior, a guerra da vez, a defesa da família – a negação de direitos civis aos casais de mesmo sexo – e, em geral, a defesa dos  “valores”, isto é, os valores morais segundo suas próprias interpretações e conveniências.

Mas, agora, as mais recentes pesquisas de opinião indicam que a economia passou a ser um dos assuntos principais que chamam a atenção da população. Isto acontece sempre que a máquina econômica se aproxima de uma recessão. Contudo, os candidatos à presidência temem se desprender demasiadamente do discurso conservador. Talvez Obama tenha ido um pouco mais longe nesse descolamento, criticando o abuso da religião e certo tipo de patriotismo, enquanto Hillary resgatou o breve e eficaz estribilho de seu esposo que o levou à vitória em 1992, em plena recessão da presidência de George H. Bush: “É a economia, estúpido”. Seu consumo fácil deve-se a essa singeleza que a geração McDonald compreende.

Hillary Clinton é filha de um homem e uma mulher, porém, apesar do que possa dizer a psicanálise, todos a vêem como uma mulher, and period. Barack Obama é filho de uma branca e um negro, mas é negro, e ponto. O último se deduz de toda a linguagem que é manejada nos meios e na população. Ninguém observou algo tão óbvio como o fato de que também ele pode ser considerado tão branco como negro, se é que cabem essas categorias arbitrárias. Isto representa a mesma dificuldade em ver a mescla de culturas no famoso “melting pot”: os elementos estão misturados, mas não se mesclam. Da fundição de cobre e estanho não surge o bronze, mas cobre ou estanho. Se é branco ou se é negro. Se é hispano ou se é asiático. O prejudicado é John Edwards, um talentoso homem branco que saiu da pobreza e parece não esquecê-la, mas que não tem nada de politicamente correto para atrair. Nem sequer é feio ou mal educado, algo que se dirija a um público compassivo.

Mas as palavras podem – e na política quase sempre o fazem – criar a realidade oposta: Hillary Clinton disse há poucos dias, na Carolina do Sul, que amava estas primárias porque parece que se nomeará a um afro-americano ou a uma mulher, e nenhum vai perder nem um só voto por seu gênero – aqui a palavra “sexo” é evitada – ou por sua raça (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Razão pela qual Obama fala às mulheres e Clinton aos afro-americanos. Razão pela qual a Flórida e a Califórnia – dois dos estados mais hispânicos da União – resistirão a apoiar Obama, o representante de outra minoria.

Assim, embora o hábito tenha passado a depreciar a qualificação de “politicamente correto”, ninguém quer deixar de sê-lo. Os debates das eleições 2008 lembram-me do lanche Feliz do McDonalds. Tanto esbanjamento de alegria, de felicidade, de sorrisos alegres, não necessariamente significam saúde. A Secretária de Estado da maior potência mundial é uma mulher negra. Há anos, uma mulher afro-americana tem mais influência sobre vastos países que milhões de homens brancos. Mesmo assim, a população negra dos Estados Unidos – como a de muitos países latino-americanos – continua sem estar proporcionalmente representada nas classes altas, nas universidades e nos parlamentos, enquanto que sua representação é excessiva nos bairros mais pobres e nas prisões onde competem à morte com os hispanos pela hegemonia nesse duvidoso reino.

Jorge Majfud

Traduzido por  Omar L. de Barros Filho

Branco x Negro = Negro


Tradução: Naila Freitas/Verso Tradutores

Hillary Clinton é filha de um homem e de uma mulher, mas, apesar do que possa dizer a psicanálise, é vista por todos como uma mulher, e ponto. Barack Obama é filho de uma branca e de um negro, mas é negro e ponto. A análise é de Jorge Majfud, da Universidade da Geórgia (EUA).

O centro dos debates nas internas do Partido Democrata dos Estados Unidos é um caso interessante e seja qual for seu resultado, vai significar uma mudança relativa. Não é nenhuma surpresa para aqueles que estão vendo tudo a partir de uma perspectiva histórica. Não há dúvida de que o mais provável triunfo de Hillary Clinton não vai ser tão significativo quanto pode vir a ser o de Obama. O que separa os dois não é tanto o gênero ou a raça, mas a geração que cada um representa. Uma, representante de um passado hegemônico; a outra, representante de uma juventude um pouco mais crítica e desenganada. Esta última, uma geração, eu acho, que fará mudanças importantes na próxima década.

Contudo, no fundo o que ainda não mudou radicalmente são os velhos problemas raciais e de gênero. O centro, e principalmente o fundo, dos debates têm sido isso: gender or race, ao mesmo tempo que se afirma o contrário. É significativo ver que no meio de uma crise econômica e dos temores por uma recessão, as discussões mais exaltadas não são sobre economia, mas sobre gênero e raça. Na potência econômica que, justamente devido à sua economia, vem dominando ou influenciando a vida de quase todo o mundo, a economia quase nunca tem sido o tema central, como pode ser em países como os latino-americanos. De qualquer modo, entendo que a falta de interesse pela política é algo próprio da população de uma potência política de nível mundial.

Quando ocorre um déficit fiscal, ou uma queda no PIB, ou um enfraquecimento do dólar, os mais conservadores sempre tiram da manga seus temas favoritos: a ameaça exterior, a guerra do momento, a defesa da família —a negociação de direitos civis para os casais de mesmo sexo— e, em geral, a defesa dos “valores”, ou seja, dos valores morais segundo suas próprias interpretações e conveniências. Mas agora, as mais recentes pesquisas de opinião indicam que a economia passou a ser um dos principais temas de atenção para a população. Isto acontece cada vez que a máquina econômica está próxima de uma recessão. Contudo, os candidatos à presidência temem largar cedo demais o discurso conservador.

Talvez Obama tenha ido um pouco mais longe nesse caminho quando critica o abuso da religião e um certo tipo de patriotismo, enquanto Hillary resgatou o breve e eficaz slogan de seu esposo, que em 1992, no meio da recessão do período presidencial de George H. Bush, serviu para levá-lo à vitória: “it’s the economy, stupid”. É consumido com tanta facilidade por ter essa simplicidade que a geração McDonald’s entende.

Hillary Clinton é filha de um homem e de uma mulher, mas, apesar do que possa dizer a psicanálise, é vista por todos como uma mulher, e ponto. Barack Obama é filho de uma branca e de um negro, mas é negro e ponto. Isto é o que se deduz de toda a linguagem da mídia e da população. Ninguém observou até agora algo tão óbvio quanto o fato de que ele poderia ser considerado tanto branco quanto negro, se é que cabem essas categorias arbitrárias. Isto apresenta a mesma dificuldade que ver a mistura de culturas no famoso “melting pot”: os elementos estão embaralhados, mas não de misturam. Da fundição do cobre e do estanho não surge o bronze, mas cobre ou estanho. Se é branco ou se é negro. Se é hispano o se é asiático. Quem sai prejudicado é John Edwards, um talentoso homem branco que saiu da pobreza mas não parece ter esquecido dela, mas que não tem nada politicamente correto para atrair votos. Nem sequer é feio ou mal-educado, nada que possa mobilizar um público compassivo.

Mas as palavras podem — e na política quase sempre fazem isso — criar a realidade oposta: Hillary Clinton disse há poucos dias, na Carolina do Sul, que amava estas primárias porque ao que parece será escolhido um afro-americano ou uma mulher e nenhum dois dois irá perder um só voto devido ao seu gênero —aqui ela evita a palavra “sexo”— ou pela sua raça (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Razão pela qual Obama fala para as mulheres e Clinton para os afro-americanos. Razão pela qual a Flórida e a Califórnia — dois dos estados mais hispanos da União — irão resistir a apoiar Obama, o representante da outra minoria.

Assim, enquanto o costume passou a desprezar o “politicamente correto”, ninguém quer deixar de sê-lo. Os debates das eleições de 2008 me lembram o McLanche Feliz do McDonald’s: tanto esbanjar alegria, felicidade e sorrisos alegres não necessariamente significa saúde. A Secretária de Estado da maior potência mundial é uma mulher negra. Há muitos anos que uma mulher afro-americana tem mais influência sobre vastos países do que milhões de homens brancos. Contudo, a população negra dos Estados Unidos —assim como a de muitos países latino-americanos— continua não estando proporcionalmente representada nas classes mais altas, nas universidades e nos parlamentos, ao mesmo tempo que sua representação é excessiva nos bairros mais pobres e nas cadeias, onde competem até a morte com os hispanos pela hegemonia desse duvidoso reino.

Jorge Majfud, The University of Georgia .

Tradução: Naila Freitas/Verso Tradutores

Quetzalcóatl y el Humanismo prometeico

El continente mestizo:

Quetzalcóatl y el Humanismo prometeico

Tanto la interpretación marxista de la historia como la más reciente de Alvin Toffler asumen que las condiciones materiales de producción en primer grado —y de relación y reproducción en segundo—, explican el resto de la cultura y, en un extremo, definen o inducen una forma general de ética y de pensamiento de una sociedad dada en un momento dado. La visión opuesta sobrevalora el poder de una determinada tradición de pensamiento. Para algunos, esta tradición está construida por “poderosos pensadores”, como Platón, Marx o Fanon, como si un individuo pudiese tener la facultad de observar y actuar sobre la historia desde fuera de la misma. Para otros, éstos son sólo productos sofisticados de una forma preexistente de pensamiento en proceso de maduración en una clase dominante.

Sin embargo, nada nos impide asumir (y muchos indicios nos indican) que la realidad es construida de forma simultánea por estas fuerzas múltiples, con frecuencia opuestas. Una ambigüedad tan fecunda como contradictoria podemos observar en la historia de lo que hoy llamamos América Latina, especialmente en la corriente de los intelectuales de izquierda y probablemente en el sector más popular de esta región cultural y espiritual. En una investigación más amplia, distinguimos y rastreamos dos influencias fundamentales en este paradigma continental, definido en el Diagrama de los cuadrantes: una procede de la tradición del Humanismo europeo y la otra de la tradición popular amerindia, ilustrada por el arquetipo mítico de Quetzalcóatl.

Los estudios y debates sobre qué es el humanismo y dónde comienza son casi infinitos. No obstante, podemos identificar algunos rasgos comunes desde su nacimiento en el siglo XIV como el cuestionamiento de la razón a la autoridad y la introducción de la historia, dimensión fundamental en el ser humano como un “estar siendo”. De ahí se derivan otras consecuencias, como la reversión del paradigma dedecadencia de los tiempos por su opuesto: la historia progresa y puede ser medida por la “igual libertad” de los individuos, nacidos iguales. Estos elementos serán básicos en las ideologías y en gran parte del paradigma de la Literatura del compromiso: la tradición de Hegel y Marx, de Gramsci y Fanon, etc.

Por otro lado, el recurrente concepto de liberación que se desprende del desafío de la razón y la igualdad como inherentes a cualquier ser humano, se radicalizará desde el Renacimiento. De la liberación individual, propia del misticismo asiático y europeo, del concepto del pecado individual como única forma de pecado concebible por la tradición de claustros y monasterios de sociedades estamentales, se pasará a una concepción social del pecado y de la liberación. De aquí procede la idea común de que la liberación ya no es un ejercicio de implosión sino de explosión. El individuo sólo se libera a través de la sociedad. Es una liberación moral que entiende que el individuo es el resultado de una historia y de una sociedad y que, por lo tanto, está comprometido y debe actuar en esa historia y en esa sociedad para obtener un mejor resultado. Esta mejora colectiva se asume como progresiva y también como revolucionaria, no en su sentido reaccionario de re-volver sino todo lo contrario: significa una obligación de avanzar más rapadamente en la eliminación de la opresión de clase, de nacionalidades, de raza, de género, de unos grupos sobre otros hacia la “liberación de la humanidad” sin exclusiones. De aquí surge el concepto moderno de revolución y sus falsos sustitutos, según esta concepción: la revuelta y la rebelión.

El objetivo sigue siendo el individuo, pero como este es un proceso histórico ningún individuo concreto puede completarlo. El individuo que encabeza este proceso —el héroe revolucionario— es un avanzado que ha tomado conciencia de este amplio contexto y pretende acelerarlo. No obstante nunca alcanzará su objetivo, lo que significa que, a afectos simbólicos y por medios reales, deberá ser sacrificado. No sólo el héroe revolucionario muere en la lucha que pone en movimiento este proceso, sino que cada individuo debe morir para fructificar en las generaciones posteriores, nacidas en sociedades nuevas, sociedades revolucionarias. El Hombre nuevo será aquel individuo que logre completar el proceso histórico en base a sus antecesores. El Hombre nuevo —Quetzalcóatl, Ernesto Che Guevara— es un renacido de las cenizas del héroe revolucionario en la sociedad nueva. Es un producto del progreso la historia que lucha por pasar del reino de la necesidad —y de la opresión— al reino de la libertad.

Al mismo tiempo, si el tiempo judeo-cristiano-musulmán y luego humanista es una línea con un principio y un final, el paradigma del compromiso también adquiere la naturaleza mítica del círculo. Más concretamente de los ciclos —conciencia, sacrificio, renacimiento, libración— que nunca se cierran y deben reiniciarse, aunque nunca en el mismo punto y estado. En el mismo sentido, el héroe se define como revolucionario pero es reconocido como rebelde.

A diferencia del estudio que podemos hacer sobre la tradición del humanismo, cualquier investigación sobre la tradición amerindia carece del mismo volumen y precisión de los documentos literarios, críticos y analíticos. Por un lado estos documentos eran pocos en comparación. Por el otro, fueron destruidos en gran parte de dos formas: por el fuego concreto de los conquistadores y por el fuego ideológico de la colonización. Sin embargo, no pudo haber sustitución ni eliminación de toda una civilización expresada en diferentes culturas prehispánicas sino, simplemente, represión. Esta represión por la violencia militar y eclesiástica, por la fuerza de la ideología de la esclavitud, del racismo y del clasismo de sociedades estamentales, se prolongó por más de tres siglos, más allá de las revoluciones que dieron las independencias políticas a las nuevas repúblicas a principios del siglo XVIII. Las sociedades amerindias continuaron siendo fundamentalmente agrícolas hasta el siglo XX pero debieron adoptar una ideología que servía a su propia explotación. Parte de esta ideología era, precisamente, la desvalorización de aquello que lo distinguía del colonizador o de la posterior clase criolla dirigente. Esa clase minoritaria que fundó las “repúblicas de papel” lo hizo basada en la cultura ilustrada de Europa. Una población mayoritaria que en países como Perú, Centro América o México hasta el siglo XX ni siquiera hablaba el español como primera lengua, no carecía de cultura.

A esta cultura la llamamos de forma simplificada “cultura popular”, con el objetivo de distinguirla de la políticamente dominante cultura ilustrada. Esta cultura popular, menos basada en el texto escrito que en prácticas, mitos, canciones, danzas y creencias propias fue despreciada por propios y ajenos hasta bien entrado el siglo XX. Hemos rastreado algunos elementos “míticos” de esta cultura en un corpus aparentemente ajeno o distante en el tiempo y en casos como el Cono Sur, distante en el espacio, como lo es la producción de la Literatura del compromiso. Aparte del reconocimiento de estos elementos comunes y coincidentes, entendemos que la razón de ese fenómeno radica en la inversión ideológica que se produce en el siglo XX y que forma parte del mismo proceso del humanismo, en este caso del humanismo de izquierda. Desde fines del siglo XIX podemos observar inversiones ideológicas como la “americanista” de José Martí, con respecto a la “europeísta” de Domingo Sarmiento, y más tarde la crítica más claramente marxista de González Prada y José Mariátegui. El proceso que lleva a una crítica abierta y radical a las oligarquías y los grupos en el poder político e ideológico que se expresaban desde la cultura ilustrada, procede desde esa misma cultura ilustrada. Pero su objetivo de reivindicación no es esa misma tradición sino el sujeto de opresión: el indio, el negro, el gaucho, el campesino en general y, en menor medida, el obrero urbano. Es decir, al igual que el humanismo del Renacimiento se acerca la “sabiduría popular” como objeto de estudio y conocimiento, descarándose de la tradición del latín y la elite eclesiástica y monárquica, los nuevos intelectuales latinoamericanos se acercan a esa “masa muda” para escuchar su voz y traducirla desde la cultura ilustrada, que sigue siendo el espacio privilegiado del poder ideológico.

Es en este proceso, entendemos, que confluyen dos paradigmas aparentemente contradictorios —el lineal del humanismo y el cíclico amerindio— para definir los rasgos más comunes de la Literatura del compromiso. De una forma simple lo podemos resumir en el Diagrama de los cuadrantes (fig. 1).

Aunque un estado presente de la sociedad nunca está rígidamente determinado por el pasado como pueden estarlo las órbitas de los planetas, el presente tampoco es indiferente a su influencia. Podemos asumir que cada paradigma, por radical que sea, es el resultado de una larga historia al mismo tiempo que sus individuos ejercemos parte de esa libertad a la que aspiran todas las liberaciones propuestas por la tradición humanista. En el paso del reino de la necesidad al reino de la libertad participan las fuerzas materiales —nuevas tecnologías de producción y comunicación— y la maduración de una historia que es producto y es productora de esos cambios. El arte, la literatura y la cultura en general no pueden constituir reinos independientes de ese proceso material y espiritual, y por ello su análisis debe revelarnos algo más que sus propios objetivos manifiestos.

Jorge Majfud, Lincoln University

Mayo 2008

Milenio (Mexico)

 

 

El humanismo, la última gran utopía de Occidente

Una de las características del pensamiento conservador a lo largo de la historia moderna ha sido la de ver el mundo según compartimentos más o menos aislados, independientes, incompatibles. En su discurso, esto se simplifica en una única línea divisoria: Dios y el diablo, nosotros y ellos, los verdaderos hombres y los bárbaros. En su práctica, se repite la antigua obsesión por las fronteras de todo tipo: políticas, geográficas, sociales, de clase, de género, etc. Estos espesos muros se levantan con la acumulación sucesiva de dos partes de miedo y una de seguridad.

Traducido a un lenguaje posmoderno, esta necesidad de las fronteras y las corazas se recicla y se vende como micropolítica, es decir, un pensamiento fragmentado (la propaganda) y una afirmación localista de los problemas sociales en oposición a la visión más global y estructural de la pasada Era Moderna.

Estas comarcas son mentales, culturales, religiosas, económicas y políticas, razón por la cual se encuentran en conflicto con los principios humanísticos que prescriben el reconocimiento de la diversidad al mismo tiempo que una igualdad implícita en lo más profundo y valioso de este aparente caos. Bajo este principio implícito surgieron los estados pretendidamente soberanos algunos siglos atrás: aún entre dos reyes, no podía haber una relación de sumisión; entre dos soberanos sólo podía haber acuerdos, no obediencia. La sabiduría de este principio se extendió a los pueblos, tomando forma escrita en la primera constitución de Estados Unidos. El reconocer como sujetos de derecho a los hombres y mujeres comunes (“We the people…”) era la respuesta a los absolutismos personales y de clase, resumido en el exabrupto de Luis XIV, “l’État c’est Moi”. Más tarde, el idealismo humanista del primer bosquejo de aquella constitución se relativizó, excluyendo la utopía progresista de abolir la esclavitud.

El pensamiento conservador, en cambio, tradicionalmente ha procedido de forma inversa: si las comarcas son todas diferentes, entonces hay unas mejores que otras. Esta última observación sería aceptable para el humanismo si no llevase explícito uno de los principios básicos del pensamiento conservador: nuestra isla, nuestro bastión es siempre el mejor. Es más: nuestra comarca es la comarca elegida por Dios y, por lo tanto, debe prevalecer a cualquier precio. Lo sabemos porque nuestros líderes reciben en sus sueños la palabra divina. Los otros, cuando sueñan, deliran.

Así, el mundo es una permanente competencia que se traduce en amenazas mutuas y, finalmente, en la guerra. La única opción para la sobrevivencia del mejor, del más fuerte, de la isla elegida por Dios es vencer, aniquilar al otro. No es raro que los conservadores de todo el mundo se definan como individuos religiosos y, al mismo tiempo, sean los principales defensores de las armas, ya sean personales o estatales. Es, precisamente, lo único que le toleran al Estado: el poder de organizar un gran ejército donde poner todo el honor de un pueblo. La salud y la educación, en cambio, deben ser “responsabilidades personales” y no una carga en los impuestos a los más ricos. Según esta lógica, le debemos la vida a los soldados, no a los médicos, así como los trabajadores le deben el pan a los ricos.

Al mismo tiempo que los conservadores odian la Teoría de la evolución de Darwin, son radicales partidarios de la ley de sobrevivencia del más fuerte, no aplicada a todas las especies sino a los hombres y mujeres, a los países y las sociedades de todo tipo. ¿Qué hay más darviniano que las corporaciones y el capitalismo en su raíz?

Para el sospechosamente célebre profesor de Harvard, Samuel Huntington, “el imperialismo es la lógica y necesaria consecuencia del universalismo”. Para nosotros los humanistas, no: el imperialismo es sólo la arrogancia de una comarca que se impone por la fuerza a las demás, es la aniquilación de esa universalidad, es la imposición de la uniformidad en nombre de la universalidad.

La universalidad humanista es otra cosa: es la progresiva maduración de una conciencia de liberación de la esclavitud física, moral e intelectual, tanto del oprimido como del opresor en última instancia. Y no puede haber conciencia plena si no es global: no se libera una comarca oprimiendo a otras, no se libera la mujer oprimiendo al hombre, and so on. Con cierta lucidez pero sin reacción moral, el mismo Huntington nos recuerda: “Occidente no conquistó al mundo por la superioridad de sus ideas, valores o religión, sino por la superioridad en aplicar la violencia organizada. Los occidentales suelen olvidarse de este hecho, los no-occidentales nunca lo olvidan”.

El pensamiento conservador también se diferencia del progresista por su concepción de la historia: si para uno la historia se degrada inevitablemente (como en la antigua concepción religiosa o en la concepción de los cinco metales de Hesíodo) para el otro es un proceso de perfeccionamiento o de evolución. Si para uno vivimos en el mejor de los mundos posibles, aunque siempre amenazado por los cambios, para el otro el mundo dista mucho de ser la imagen del paraíso y la justicia, razón por la cual no es posible la felicidad del individuo en medio del dolor ajeno.

Para el humanismo progresista no hay individuos sanos en una sociedad enferma como no hay sociedad sana que incluya individuos enfermos. No es posible un hombre saludable con un grave problema en el hígado o en el corazón, como no es posible un corazón sano en un hombre deprimido o esquizofrénico. Aunque un rico se define por su diferencia con los pobres, nadie es verdaderamente rico rodeado de pobreza.

El humanismo, como lo concebimos aquí, es la evolución integradora de la conciencia humana que trasciende las diferencias culturales. Los choques de civilizaciones, las guerras estimuladas por los intereses sectarios, tribales y nacionalistas sólo pueden ser vistas como taras de esa geopsicología.

Ahora, veamos que la magnífica paradoja del humanismo es doble: (1) consistió en un movimiento que en gran medida surgió entre los religiosos católicos del siglo XIV y luego descubrió una dimensión secular de la creatura humana, y además (2) fue un movimiento que en principio revaloraba la dimensión del hombre como individuo para alcanzar, en el siglo XX, el descubrimiento de la sociedad en su sentido más pleno.

Me refiero, en este punto, a la concepción del individuo como lo opuesto a la individualidad, a la alienación del hombre y la mujer en sociedad. Si los místicos del siglo XV se centraban en su yo como forma de liberación, los movimientos de liberación del siglo XX, aunque aparentemente fracasados, descubrieron que aquella actitud de monasterio no era moral desde el momento que era egoísta: no se puede ser plenamente feliz en un mundo lleno de dolor. Al menos que sea la felicidad del indiferente. Pero no es por algún tipo de indiferencia hacia el dolor ajeno que se define cualquier moral en cualquier parte del mundo. Incluso los monasterios y las comunidades más cerradas, tradicionalmente se han dado el lujo de alejarse del mundo pecaminoso gracias a los subsidios y las cuotas que procedían del sudor de la frente de los pecadores. Los Amish en Estados Unidos, por ejemplo, que hoy usan caballos para no contaminarse con la industria automotriz, están rodeados de materiales que han llegado a ellos, de una forma o de otra, por un largo proceso mecánico y muchas veces de explotación del prójimo. Nosotros mismos, que nos escandalizamos por la explotación de niños en los telares de India o en las plantaciones en África y América Latina consumimos, de una forma u otra, esos productos. La ortopraxia no eliminaría las injusticias del mundo —según nuestra visión humanista—, pero no podemos renunciar o desvirtuar esa conciencia para lavar nuestros remordimientos. Si ya no esperamos que una revolución salvadora cambie la realidad para que ésta cambie las conciencias, procuremos, en cambio, no perder la conciencia colectiva y global para sostener un cambio progresivo, hecho por los pueblos y no por unos pocos iluminados.

Según nuestra visión, que identificamos con el último estadio del humanismo, el individuo con conciencia no puede evitar el compromiso social: cambiar la sociedad para que ésta haga nacer, a cada paso, un individuo nuevo, moralmente superior. El último humanismo evoluciona en esta nueva dimensión utópica y radicaliza algunos principios de la pasada Era Moderna, como lo es la rebelión de las masas. Razón por la cual podemos reformular el dilema: no se trata de un problema de izquierda o derecha sino de adelante o atrás. No se trata de elegir entre religión o secularismo. Se trata de una tensión entre el humanismo y el trivalismo, entre una concepción diversa y unitaria de la humanidad y en otra opuesta: la visión fragmentada y jerárquica cuyo propósito es prevalecer, imponer los valores de una tribu sobre las otras y al mismo tiempo negar cualquier tipo de evolución.

Ésta es la raíz del conflicto moderno y posmoderno. Tanto el Fin de la historia como el Choque de civilizaciones pretenden encubrir lo que entendemos es el verdadero problema de fondo: no hay dicotomía entre Oriente y Occidente, entre ellos y nosotros, sino entre la radicalización del humanismo (en su sentido histórico) y la reacción conservadora que aún ostenta el poder mundial, aunque en retirada —y de ahí su violencia.

© Jorge Majfud, The University of Georgia, febrero de 2007

L’Humanisme, la dernière grande utopie d’Occident.

L’Occident n’a pas conquis le monde par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion, mais par la supériorité à appliquer la violence organisée. Les occidentaux oublient généralement ce fait, les non-occidentaux ne l’oublient jamais.

Une des caractéristiques de la pensée conservatrice tout au long de l’histoire moderne fut de voir le monde à travers des compartiments plus ou moins isolés, indépendants, incompatibles. Dans son discours, ceci est simplifié par une seule ligne de démarcation : Dieu et le diable, nous et ils, les véritables hommes et les barbares. Dans sa pratique, on répète l’ancienne obsession par des frontières de toute sorte : politiques, géographiques, sociales, de classe, de genre, etc. Ces murs épais sont élevés avec l’accumulation successive de deux louches de peur et d’une de sécurité.

Traduit dans un langage postmoderne, cette nécessité de frontières et de cuirasses est recyclée et vendue comme une micropolitique, c’est-à-dire, une pensée fragmentée (la propagande) et une affirmation locale des problèmes sociaux en opposition à la vision la plus globale et structurelle de l’Ere Moderne précédente.

Ces segments sont mentaux, culturels, religieux, économiques et politiques, raison pour laquelle ils se trouvent en conflit avec les principes humanistes que prescrit la reconnaissance de la diversité en même temps qu’une égalité implicite au plus profond et au cœur de ce chaos apparent. Sous ce principe implicite sont apparus des Etats prétendument souverains il y a quelques siècles : même entre deux rois, il ne pouvait pas y avoir une relation de soumission ; entre deux souverains, il pouvait seulement y avoir des accords, pas d’obéissance. La sagesse de ce principe a été étendue aux peuples, prenant une forme écrite dans la première constitution des Etats-Unis. Reconnaître comme sujets de droit, les hommes et les femmes (“We the people…”) était la réponse aux absolutismes personnels et de classe, résumé dans la réplique cinglante de Louis XIV,”l’État c’est Moi”. Plus tard, l’idéalisme humaniste de la première heure de cette constitution a été relativisé, excluant l’utopie progressiste de l’abolition de l’esclavage.

La pensée conservatrice, par contre, a traditionnellement procédé de manière inverse : si les pays sont tous différents, toutefois quelques uns sont meilleurs que d’autres. Cette dernière observation serait acceptable pour l’humanisme si elle ne portait pas explicitement un des principes de base de la pensée conservatrice : notre île, notre bastion est toujours le mieux. En plus : notre pays est le pays choisi par Dieu et, par conséquent, doit régner à tout prix. Nous le savons parce que nos chefs reçoivent dans leurs rêves la parole divine. Les autres, quand ils rêvent, délirent.

Ainsi, le monde est une concurrence permanente qui s’est traduite, finalement, dans des menaces mutuelles et dans la guerre. La seule option pour la survie du meilleur, du plus fort, de l’île choisie par Dieu est de vaincre, d’annihiler l’autre. Il n’est pas rare que les conservateurs dans le monde soient définis comme individus religieux et, en même temps, qu’ils soient les principaux défenseurs des armes, qu’elles soient personnelles ou étatiques. C’est, précisément, la seule chose qu’ils tolèrent à l’État : le pouvoir d’organiser une grande armée où mettre tout l’honneur d’un peuple. La santé et l’éducation, en revanche, doivent relever des “responsabilités personnelles” et non être une charge sur les impôts des plus riches. Selon cette logique, nous devons la vie aux soldats, non aux médecins, ainsi que les travailleurs doivent le pain aux riches.

En même temps que les conservateurs haïssent la Théorie de l’évolution de Darwin, ils sont des partisans radicaux de la loi de survie du plus fort, non appliquée à toutes les espèces mais aux hommes et aux femmes, aux pays et aux sociétés de tout type. Qu’est-ce qu’il y de plus darwinien que les entreprises et le capitalisme à sa racine ?

Pour le très douteux professeur de Harvard, Samuel Huntington, “l’impérialisme est la conséquence logique et nécessaire de l’universalisme”. Pour nous les humanistes, non : l’impérialisme est seulement l’arrogance d’un secteur qui est imposé par la force aux autres, il est l’annihilation de cette universalité, c’est l’imposition de l’uniformité au nom de l’universalité.

L’universalité humaniste est autre chose : c’est la maturation progressive d’une conscience de libération de l’esclavage physique, moral et intellectuel, tant de l’oppressé que de l’oppresseur en dernier ressort. Et il ne peut pas y avoir pleine conscience s’il n’est pas global : on ne libère pas un pays en oppressant un autre, la femme ne se libère pas en oppressant à l’homme, et son contraire. Avec une certaine lucidité mais sans réaction morale, le même Huntington nous le rappelle : “L’Occident n’a pas conquis le monde par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion, mais par la supériorité à appliquer la violence organisée. Les occidentaux oublient généralement ce fait, les non-occidentaux ne l’oublient jamais”.

La pensée conservatrice aussi s’est différencie du progressiste par sa conception de l’histoire : si pour le première l’histoire se dégrade inévitablement (comme dans l’ancienne conception religieuse ou dans la conception des cinq métaux d’Hésiode (Poète grec, milieu du 8ème Siècle avant J.C.), pour l’autre c’est un processus d’amélioration ou d’évolution. Si pour l’un, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, bien que toujours menacé par des changements, pour l’autre le monde est bien loin d’être l’image du paradis et de la justice, raison pour laquelle le bonheur de l’individu n’est pas possible au milieu de la douleur d’autrui.

Pour l’humanisme progressiste, il n’y a pas d’individus sains dans une société malade comme il n’y a pas société saine qui inclut des individus malades. Il n’ y a pas d’ homme sain avec un problème grave au foie ou au cœur, comme un cœur sain dans un homme déprimé ou schizophrénique n’est pas possible. Bien qu’un riche soit défini par sa différence avec les pauvres, personne de véritablement riche n’est entouré de pauvreté.

L’humanisme, comme nous le concevons ici, est l’évolution intégratrice de la conscience humaine qui pénètre les différences culturelles. Les chocs de civilisations [1], les guerres stimulées par les intérêts sectaires, tribaux et nationalistes peuvent seulement être vues comme des tares de cette géo-psychologie.

Maintenant, voyons comment le paradoxe magnifique de l’humanisme est double :

1) ce fut un mouvement qui dans une grande mesure est apparu chez les Catholiques pratiquants du XIVème siècle et ensuite a découvert une dimension séculaire de la créature humaine, et

2) il a été en outre un mouvement qui en principe revalorisait la dimension de l’homme comme individu pour atteindre, au XXème siècle, la découverte de la société dans son sens le plus plein.

Je me réfère, sur ce point, à la conception de l’individu comme ce qui est opposé à l’individualité, à l’aliénation de l’homme et de la femme en société. Si les mystiques du XVème siècle se centraient sur « son soi » comme forme de libération, les mouvements de libération du XXème siècle, bien qu’apparemment ayant échoués, on a découvert que cette attitude de monastère n’était pas morale depuis le moment qu’elle était égoïste : on ne peut pas être pleinement heureux dans un monde plein de douleur. A moins que ce soit le bonheur de l’indifférent. Mais il ne l’est pas à cause d’ un certain type d’indifférence vers la douleur d’autrui qui définit toute morale n’emporte où dans le monde. Y compris dans les monastères et les Communautés les plus fermées, traditionnellement on se donnait le luxe de s’éloigner du monde des pécheurs grâce aux subventions et aux quotes-parts qui venaient de la sueur du front des ces mêmes pécheurs.

Les Amish aux Etats-Unis, par exemple, qui utilisent aujourd’hui des chevaux pour ne pas être contaminés par l’industrie des véhicules à moteur, sont entourés de matériels qui sont arrivés jusqu’ à eux, d’une manière ou d’une autre, par un long processus mécanique et souvent par l’exploitation du prochain. Nous-mêmes, qui nous nous scandalisons de l’exploitation d’enfants dans les métiers à tisser de l’Inde ou dans les plantations en Afrique et Amérique Latine, nous consommons, d’une manière ou d’une autre, ces produits. L’orthopraxie n’éliminerait pas les injustices du monde – selon notre vision humaniste -, mais nous ne pouvons pas renoncer ou affaiblir cette conscience pour laver nos remords. Si déjà nous n’espérons plus qu’une révolution salvatrice change la réalité et change les consciences, essayons, en revanche, de ne pas perdre la conscience collective et globale pour soutenir un changement progressif, fait par les peuples et non par quelques illuminés.

Selon notre vision, que nous identifions par le dernier stade de l’humanisme, l’individu avec conscience ne peut pas éviter l’engagement social : changer la société pour que celle-ci fasse naître, à chaque pas, un individu nouveau, moralement supérieur. Le dernier humanisme évolue dans cette nouvelle dimension utopique et radicalise quelques principes de la précédente Ere Moderne, comme l’est la rébellion des masses. Raison pour laquelle nous pouvons reformuler le dilemme : il ne s’agit pas d’un problème de gauche ou de droite mais d’avant ou d’arrière. Il ne s’agit pas de choisir entre religion ou sécularisme. Il s’agit d’une tension entre l’humanisme et le tribalisme, entre une conception diverse et unitaire de l’humanité et une autre opposée : la vision fragmentée et hiérarchique dont le but est de régner, d’imposer les valeurs d’une tribu sur les autres et en même temps nier tout type d’évolution.

Telle est la racine du conflit moderne et postmoderne. Tant la Fin de l’Histoire que le Choc de Civilisations prétendent cacher ce que nous estimons être le véritable problème de fond : il n’y a pas dichotomie entre l’Est et l’Occident, entre eux et nous, mais entre la radicalisation de l’humanisme (dans son sens historique) et la réaction conservatrice que brandit encore le pouvoir mondial, bien qu’en retrait -et à partir de là sa violence.

Par Jorge Majfud *

Paris, 2 février 2007.

* Jorge Majfud est auteur uruguayen et professeur de littérature latino-américaine à l’Université de Géorgie, Etats Unis. Auteur, entre autres livres, de “La reina de América” et de “La narración de lo invisible”.

Traduction de l’espanol pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi

Note :

[1] The clash of Civilizations , de Samuel Hungtington

Humanism, the West’s Last Great Utopia

One of the characteristics of conservative thought throughout modern history has been to see the world as a collection of more or less independent, isolated, and incompatible compartments.   In its discourse, this is simplified in a unique dividing line: God and the devil, us and them, the true men and the barbaric ones.  In its practice, the old obsession with borders of every kind is repeated: political, geographic, social, class, gender, etc.  These thick walls are raised with the successive accumulation of two parts fear and one part safety.

Translated into a postmodern language, this need for borders and shields is recycled and sold as micropolitics, which is to say, a fragmented thinking (propaganda) and a localist affirmation of  social problems in opposition to a more global and structural vision of the Modern Era gone by.

These regions are mental, cultural, religious, economic and political, which is why they find themselves in conflict with humanistic principles that prescribe the recognition of diversity at the same time as an implicit equality on the deepest and most valuable level of the present chaos. On the basis of this implicit principle arose the aspiration to sovereignty of the states some centuries ago: even between two kings, there could be no submissive relationship; between two sovereigns there could only be agreements, not obedience.  The wisdom of this principle was extended to the nations, taking written form in the first constitution of the United States.  Recognizing common men and women as subjects of law (“We the people…”) was the response to personal and class-based absolutisms, summed up in the outburst of Luis XIV, “l’Etat c’est Moi.”  Later, the humanist idealism of the first draft of that constitution was relativized, excluding the progressive utopia of abolishing slavery.

Conservative thought, on the other hand, traditionally has proceeded in an inverse form: if the regions are all different, then there are some that are better than others.  This last observation would be acceptable for humanism if it did not contain explicitly  one of the basic principles of conservative thought: our island, our bastion is always the best.  Moreover: our region is the region chosen by God and, therefore, it should prevail at any price.  We know it because our leaders receive in their dreams the divine word.  Others, when they dream, are delirious.

Thus, the world is a permanent competition that translates into mutual threats and, finally, into war.  The only option for the survival of the best, of the strongest, of the island chosen by God is to vanquish, annihilate the other.  There is nothing strange in the fact that conservatives throughout the world define themselves as religious individuals and, at the same time, they are the principal defenders of weaponry, whether personal or governmental.  It is, precisely, the only they tolerate about the State: the power to organize a great army in which to place all of the honor of a nation.  Health and education, in contrast, must be “personal responsibilities” and not a tax burden on the wealthiest.  According to this logic, we owe our lives to the soldiers, not to the doctors, just like the workers owe their daily bread to the rich.

At the same time that the conservatives hate Darwin’s Theory of Evolution, they are radical partisans of the law of the survival of the fittest, not applied to all species but to men and women, to countries and societies of all kinds.  What is more Darwinian than the roots of corporations and capitalism?

For the suspiciously celebrated professor of Harvard, Samuel Huntington, “imperialism is the logic and necessary consequence of universalism.”  For us humanists, no: imperialism is just the arrogance of one region that imposes itself by force on the rest, it is the annihilation of that universality, it is the imposition of uniformity in the name of universality.

Humanist universality is something else: it is the progressive maturation of a consciousness of liberation from physical, moral and intellectual slavery, of both the opressed and the oppressor in the final instant.  And there can be no full consciousness if it is not global: one region is not liberated by oppressing the others, woman is not liberated by oppressing man, and so on.  With a certain lucidity but without moral reaction, Huntington himself reminds us: “The West did not conquer the world through the superiority of its ideas, values or religion, but through its superiority in applying organized violence.  Westerners tend to forget this fact, non-Westerners never forget it.”

Conservative thought also differs from progressive thought because of its conception of history: if for the one history is inevitably degraded (as in the ancient religious conception or in the conception of the five metals of Hesiod) for the other it is a process of advancement or of evolution.  If for one we live in the best of all possible worlds, although always threatened by changes, for the other the world is far from being the image of paradise and justice, for which reason individual happiness is not possible in the midst of others’ pain.

For progressive humanism there are no healthy individuals in a sick society, just as there is no healthy society that includes sick individuals.  A healthy man is no possible with a grave problem of the liver or in the heart, like a healthy heart is not possible in a depressed or schizophrenic man.  Although a rich man is defined by his difference from the poor, nobody is truly rich when surrounded by poverty.

Humanism, as we conceive of it here, is the integrating evolution of human consciousness that transcends cultural differences.  The clash of civilizations, the wars stimulated by sectarian, tribal and nationalist interests can only be viewed as the defects of that geopsychology.

Now, we should recognize that the magnificent paradox of humanism is double: 1) it consisted of a movement that in great measure arose from the Catholic religious orders of the 14th century and later discovered a secular dimension of the human creature, and in addition 2) was a movement which in principle revalorized the dimension of man as an individual in order to achieve, in the 20th century, the discovery of society in its fullest sense.

I refer, on this point, to the conception of the individual as opposed to individuality, to the alienation of man and woman in society.  If the mystics of the 14th century focused on their self as a form of liberation, the liberation movements of the 20th century, although apparently failed, discovered that that attitude of the monastery was not moral from the moment it became selfish: one cannot be fully happy in a world filled with pain.  Unless it is the happiness of the indifferent.  But it is not due to some type of indifference toward another’s pain that morality of any kind is defined in any part of the world.  Even monasteries and the most closed communities, traditionally have been given the luxury of separation from the sinful world thanks to subsidies and quotas that originated from the sweat of the brow of sinners.  The Amish in the United States, for example, who today use horses so as not to contaminate themselves with the automotive industry, are surrounded by materials that have come to them, in one form or another, through a long mechanical process and often from the exploitation of their fellow man.  We ourselves, who are scandalized by the exploitation of children in the textile mills of India or on plantations in Africa and Latin America, consume, in one form or another, those products.  Orthopraxia would not eliminate the injustices of the world – according to our humanist vision – but we cannot renounce or distort that conscience in order to wash away our regrets.  If we no longer expect that a redemptive revolution will change reality so that the latter then changes consciences, we must still try, nonetheless, not to lose collective and global conscience in order to sustain a progressive change, authored by nations and not by a small number of enlightened people.

According to our vision, which we identify with the latest stage of humanism, the individual of conscience cannot avoid social commitment: to change society so that the latter may give birth, at each step, to a new, morally superior individual.  The latest humanism evolves in this new utopian dimension and radicalizes some of the principles of the Modern Era gone by, such as the rebellion of the masses.  For which reason we can formulate the dilemma: it is not a matter of left or right but of forward or backward.  It is not a matter of choosing between religion or secularism.  It is a matter of a tension between humanism and tribalism, between a diverse and unitary conception of humanity and another, opposed one: the fragmented and hierarchical vision whose purpose is to prevail, to impose the values of one tribe on the others and at the same time to deny any kind of evolution.

Thisis the root of the modern and postmodern conflict.  Both The End of History and The Clash of Civilizations attempt to cover up what we understand to be the true problem: there is no dichotomy between East and West, between us and them, only between the radicalization of humanism (in its historical sense) and the conservative reaction that still holds world power, although in retreat – and thus its violence.

Jorge Majfud, february 2007.

Translated by Bruce Campbell

El complejo de Malinche

A 16th century manuscript illustrating La Mali...

Image via Wikipedia

El complejo de Malinche

Las sociedades precolombinas eran matriarcales o al menos matrilineales, lo cual era una característica de las sociedades agrícolas. Los mapuches permitían la relación entre hermanos del mismo padre porque pertenecían a diferentes tótems. Los conquistadores españoles legislaron contra esta idea que consideraban una monstruosidad, pero los mapuches entendían lo mismo de los españoles que permitían el casamiento entre primos maternos. Para los mapuches, ésta era una relación incestuosa ya que ambos pertenecían al mismo tótem, no en cambio los primos paternos. Este sistema matrilineal se refleja también en la existencia de diosas mujeres, diosas de la fertilidad, como en Venezuela y otros pueblos o en la inexistencia del falo como símbolo de poder en México, quinientos años antes de Cristo.

Para el historiador Luis Vitale, la opresión de género no existía en la prehistoria porque ambos sexos realizaban las mismas tareas; “los primeros síntomas de opresión comienzan a manifestarse en la división del trabajo por sexo”.

Es probable que el sistema patriarcal no estaba tan avanzado en la América precolombina como lo estaba en la Europa del siglo XV. Mientras en Europa el feudalismo estaba basado en la propiedad privada, al mismo tiempo en América, aunque la mujer iba perdiendo espacio, aún mantenía más derechos debido a que el sistema de producción de las comunidades-base se mantenía entre pueblos como el inca o el azteca. En las crónicas de Cieza de León se ve una inversión de las funciones europeas en la región andina: la mujer trabaja la tierra y los hombres hacen ropa. Si bien es cierto que el inca y otros jefes mesoamericanos expresaban ya un tipo de organización masculina, en las bases de las sociedades indígenas las mujeres aún mantenían una cuota importante de poder que luego le será expropiado. ¿Cómo y cuando se produce el nacimiento del patriarcado y la consecuente opresión de la mujer? Más importante aun: ¿la opresión es un valor absoluto o relativo?

Del cambio de un sistema de subsistencia a un sistema donde la producción excedía el consumo, debió surgir no sólo la división del trabajo sino, también, la lucha por la apropiación de estos bienes excedentes. ¿Y quién sino los hombres estaban en mejores condiciones de apropiarse y administrar (en beneficio propio o en beneficio de la unificación de tribus) este exceso? No por una razón de fuerza doméstica, sino porque la misma sobreproducción —con sus respectivos períodos de escasez— necesitó de una clase de guerreros organizados que extendieran el dominio a otras regiones y proveyesen de esclavos para retroalimentar el nuevo sistema. Los ejércitos y las guerras serían así causa y consecuencia del patriarcado. Antes que para la defensa surgen para el ataque, para la invasión, con la lógica tendencia a sustituir al poder político por la fuerza de su propia organización armada. Y, como todo poder político y social necesita una legitimación moral, ésta fue proporcionada por mitos, religiones y una moral hecha a medida y semejanza del hombre y del sistema que lo beneficiaba y lo esclavizaba al mismo tiempo.

No obstante los nuevos imperios prehispánicos, en sus bases las mujeres continuaban compartiendo el poder y el protagonismo social que no tenían las europeas en sus propios reinos. La idea de la función “natural” de la mujer como ama de casa es resistida por las mujeres indo-americanas hasta que el modelo patriarcal europeo es impuesto por los conquistadores. Sin embargo, varios datos nos revelan que el patriarcado ya había surgido antes de la conquista en las clases altas, en la administración de los imperios. Varias crónicas y relatos tradicionales escritos en el siglo XVI —Cieza de León, pero ejemplo— nos refieren la costumbre de los oprimidos por los españoles a oprimir a sus propios hermanos más pobres, reproduciendo así la verticalidad del poder. También tenemos noticia por el Inca Gracilazo de la Vega, que el inca Auquititu ordenó perseguir a los homosexuales para que “en pública plaza [los] quemasen vivos […]; así mismo quemasen sus casas”. Y, con un estilo que no escapa al relato bíblico de Sodoma y Gomorra, “pregonasen por ley inviolable que de allí en delante se guardasen en caer en semejante delito, so pena de que por el pecado de uno sería asolado todo su pueblo y quemados sus moradores en general”. La persecución y ejecución de los homosexuales es un claro síntoma de un patriarcado incipiente, más si consideramos que no tenemos la misma historia de incineraciones de lesbianas. La valoración de la virginidad en la mujer es otro, pero este era mucho más raro y hasta inexistente entre los pueblos originarios de América.

Si bien podemos considerar que la división del trabajo pudo tener una función ventajosa para los dos sexos y para la sociedad en un determinado momento, también sabemos que el patriarcado, como cualquier sistema de poder, nunca fue democrático y mucho menos inocente en su moralización. En el mundo precolombino ese patriarcado incipiente se materializó en la presencia de jefes y caudillos indígenas que progresivamente fueron traicionando al resto de sus propias sociedades por un beneficio de género y de clase. Si bien es cierto que hubo algunos caudillos rebeldes —como Tupac Amaru—, también sabemos que los conquistadores se sirvieron de esta clase privilegiada para dominar a millones de habitantes de estas tierras. ¿Cómo se comprende que unos pocos de miles de españoles sometieran a civilizaciones avanzadísimas y gigantescas en número como la inca, la maya o la azteca, compuesta de millones de habitantes? Hubo muchos factores, como las enfermedades europeas —primeras armas biológicas de destrucción masiva—, pero ninguno de estos elementos hubiese sido suficiente sin la función servil de los caciques nativos. Éstos, para mantener el poder y los privilegios que tenían en sus sociedades se entendieron rápidamente con los blancos invasores. No es casualidad que en un mundo que luego se caracterizaría por frecuentes conductas machistas hayan surgido tantas mujeres rebeldes que, desde el nacimiento de América se opusieron al invasor y organizaron levantamientos de todo tipo. La traición de los caciques no fue sólo una traición de clase sino también una traición del patriarcado. No es casualidad que otra de las características que sufrimos aún hoy en América Latina sea, precisamente, la división. Esta división alguna vez fue un elemento estratégico de la dominación española sobre el continente mestizo; luego se convirtió en una institución psicológica y social, en una ideología que llevó a la formación de países y nacionalismos liliputienses o gigantescos egoísmos. La misma división que luego sirvió para mantener pueblos enteros en la más prolongada opresión.

Sin embargo, la idea de que la opresión surge con la división del trabajo —en este caso, división por sexos— es arbitraria si no asumimos que la opresión de la división del trabajo no radica en la división misma sino en la imposición de la misma. De otra forma, esta especialización podría entenderse como una colaboración estratégica. Ahora, ¿por qué la división debería darse por sexos? La respuesta positiva a esta pregunta dejaría de ser también arbitraria si consideramos un contexto neolítico o de expansión política, donde el trabajo agrícola y las luchas por la posesión de espacios y producción eran definidos por la fuerza y no por algún tipo de derecho más racional que sirviera a todos por igual. Lo cual indica que superado este contexto histórico la división del trabajo por sexos volvería ser parte de la arbitrariedad, impuesta por la violencia ideológica y moral del patriarcado. Queda, aun así, la posibilidad de la persistencia de una diferencia biológica que justifique, por ejemplo, el predominio masculino en el ajedrez o de la mujer en el lenguaje. Aun así, como las posible diferencias de inteligencias debidas al factor vagamente definido como “racial”, si existen son insignificantes cuando se comparan con las diferencias que impone una cultura o el nivel de educación de los individuos comparados.

Lo que podemos llamar “complejo de Malinche” aparece ya definido de otra forma en los versos acusatorios de Sor Juana en el siglo XVII. Es aquella mujer —y aquella sociedad— oprimida por un sistema patriarcal que se beneficia de las contradicciones del mismo sistema. Y es juzgada históricamente por las deficiencias morales de su manipulación, como si fuese un individuo aislado y no producto de un sistema y una mentalidad histórica que reproduce lo que condena.

Jorge Majfud

Lincoln University, agosto 2008

El sexo imperfecto. ¿Por qué Sor Juana no es Santa?

Cada poder hegemónico en cada tiempo establece los límites de lo normal y, en consecuencia, de lo natural. Así, el poder que ordenaba la sociedad patriarcal se reservaba (se reserva) el derecho incuestionable de definir qué era un hombre y qué era una mujer. Cada vez que algún exaltado recurre al mediocre argumento de que “así han sido las cosas desde que el mundo es mundo”, sitúa el origen del mundo en un reciente período de la historia de la humanidad.

Como cualquier sistema, el patriarcado cumplió con una función organizadora. Probablemente, en algún momento, fue un orden conveniente a la mayoría de la sociedad, incluida las mujeres. No creo que la opresión surja con el patriarcado, sino cuando éste pretende perpetuarse imponiéndose a los procesos que van de la sobrevivencia a la liberación del género humano. Si el patriarcado era un sistema de valores lógico para un sistema agrícola de producción y sobrevivencia, hoy ya no significa más que una tradición opresora y, desde hace tiempo, bastante hipócrita.

En 1583, el reverenciado Fray Luis de León escribió La perfecta casada como libro de consejos útiles para el matrimonio. Allí, como en cualquier otro texto de la tradición, se entiende que una mujer excepcionalmente virtuosa es una mujer varonil. “Lo que aquí decimos mujer de valor; y pudiéramos decir mujer varonil (…) quiere decir virtud de ánimo y fortaleza de corazón, industria y riqueza y poder”. Luego: “en el hombre ser dotado de entendimiento y razón, no pone en él loa, porque tenerlo es su propia naturaleza (…) Si va a decir la verdad, ramo de deshonestidades es en la mujer casta el pensar que puede no serlo, o que en serlo hace algo que le debe ser agradecido”. Luego: “Dios, cuando quiso casar al hombre, dándole mujer, dijo: ‘Hagámosle un ayudador su semejante’ (Gén. 2); de donde se entiende que el oficio natural de la mujer y el fin para que Dios la crió, es para que fuese ayudadora del marido”. Cien años antes de que Sor Juana fuese condenada por hablar demasiado y por defender su derecho de hablar, la naturaleza de la mujer estaba bien definida: “es justo que [las mujeres] se precien de callar todas, así aquellas a quienes les conviene encubrir su poco saber, como aquellas que pueden sin verg��enza descubrir lo que saben, porque en todas es no sólo condición agradable, sino virtud debida, el silencio y el hablar poco”. Luego: “porque, así como la naturaleza, como dijimos y diremos, hizo a las mujeres para que encerradas guardasen la casa, así las obligó a que cerrasen la boca. (…) Así como la mujer buena y honesta la naturaleza no la hizo para el estudio de las ciencias ni para los negocios de dificultades, sino para un oficio simple y doméstico, así les limitó el entender,  por consiguiente les tasó las palabras y las razones”. Pero el moralizador de turno no carecía de ternura: “no piensen que las crió Dios y las dio al hombre sólo para que le guarden la casa, sino para que le consuelen y alegren. Para que en ella el marido cansado y enojado halle descanso, y los hijos amor, y la familia piedad, y todos generalmente acogimiento agradable”.

Ya en el nuevo siglo, Francisco Cascales, entendía que la mujer debía luchar contra su naturaleza, que no sólo estaba determinada sino que además era mala o defectuosa: “La aguja y la rueca —escribió el militar y catedrático, en 1653— son las armas de la mujer, y tan fuertes, que armada con ellas resistirá al enemigo más orgulloso de quien fuere tentada”. Lo que equivalía a decir que la rueca era el arma de un sistema opresor.

Juan de Zabaleta, notable figura del Siglo de Oro español, sentenció en 1653 que “en la poesía no hay sustancia; en el entendimiento de una mujer tampoco”. Y luego: “la mujer naturalmente es chismosa”, la mujer poeta “añade más locura a su locura. (…) La mujer poeta es el animal más imperfecto y más aborrecible de cuantas forma la naturaleza (…) Si me fuera lícito, la quemara yo viva. Al que celebra a una mujer por poeta, Dios se la de por mujer, para que conozca lo que celebra”. En su siguiente libro, el abogado escribió: “la palabra esposa lo más que significa es comodidad, lo menos es deleite.” Sin embargo, el hombre “por adorar a una  mujer le quita adoración al Criador”. Zabaleta llega a veces a crear metáforas con cierto valor estético: la mujer en la iglesia “con el abanico en la mano aviva con su aire el incendio en que se abraza”. (1654)

En 1575, el médico Juan Huarte nos decía que los testículos afirman el temperamento más que el corazón, mientras que en la mujer “el miembro que más asido está de las alteraciones del útero, dicen todos los médicos, es el cerebro, aunque no haya razón en qué fundar esta correspondencia”. Hipócrates, Galeno, Sigmund Freud y la barra brava de Boca Juniors estarían de acuerdo. El sabio e ingenioso, según el médico español, tiene un hijo contrario cuando predomina la simiente de la mujer; y de una mujer no puede salir hijo sabio. Por eso cuando el hombre predomina, siendo bruto y torpe sale hijo ingenioso.

En su libro sobre Fernando, otro célebre moralista, Baltasar Gracián, dedica unas líneas finales a la reina Isabel. “Lo que más ayudó a Fernando —escribió el jesuita— [fue] doña Isabel su católica consorte, aquella gran princesa que, siendo mujer, excedió los límites de varón”. Aunque hubo mujeres notables, “reinan comúnmente en este sexo las pasiones de tal modo, que no dejan lugar al consejo, a la espera, a la prudencia, partes esenciales del gobierno, y con la potencia se aumenta su tiranía. (…) Ordinariamente, las varoniles fueron muy prudentes”. Después: “En España han pasado siempre plaza de varones las varoniles hembras, y en la casa de Austria han sido siempre estimadas y empleadas”. (1641)

Creo que la idea de la mujer varonil como mujer virtuosa es consecuente con la tolerancia al lesbianismo del sistema de valores del patriarcado que, al mismo tiempo, condenaba la homosexualidad masculina a la hoguera, tanto en Medio Oriente, en Europa como en entre los incas imperiales. Donde existía un predominio mayor del matriarcado, ni la virginidad de la mujer ni la homosexualidad de los hombres eran custodiadas con tanto fervor.

Una mujer famosa —beatificada, santificada y doctorada por la iglesia Católica— Santa Teresa, escribió en 1578: “La flaqueza es natural y es muy flaca, en especial en las mujeres”. Recomendando un extremo rigor con las súbditas, la futura santa argumentaba: “No creo que hay cosa en el mundo, que tanto dañe a un perlado, como no ser temido, y que piensen los súbditos que puedan tratar con él, como con igual, en especial para mujeres, que si una vez entiende que hay en el perlado tanta blandura… será dificultoso el gobernarlas”. Pero esta naturaleza deficiente no sólo impedía el buen orden social sino también el logro místico. Al igual que Buda, en su célebre libro Las moradas la misma santa reconocía la natural “torpeza de las mujeres” que dificultaba alcanzar el centro del misterio divino.

Es del todo comprensible que una mujer al servicio del orden patriarcal, como Santa Teresa, haya sido beatificada, mientras otra religiosa que se opuso abiertamente a esta estructura nunca haya sido reconocida como tal. Yo resumiría el lema de Santa Teresa con una sola palabra: obediencia, sobre todo obediencia social.

Santa Teresa murió de vieja y sin los martirios propios de los santos. Sor Juana, en cambio, debió sufrir la tortura psicológica, moral y, finalmente física, hasta que murió a los cuarenta y cuatro años, sirviendo a su prójimo en la peste de 1695. Pero nada de eso importa para canonizarla santa cuando “la peor de todas” cometió el pecado de cuestionar la autoridad. ¿Por qué no proponer, entonces, Santa Juana Inés de la Cruz, santa de las mujeres oprimidas?

Quienes rechazan los méritos religiosos de Sor Juana aducen un valor político en su figura, cuando no meramente literario. En otro ensayo ya anotamos el valor político de la vida y muerte de Jesús, históricamente negado. Lo político y lo estético en Santa Teresa —la “patrona de los escritores”— llena tanto sus obras y sus pensamientos como lo religioso y lo místico. Sin embargo, una posición política hegemónica es una política invisible: es omnipresente. Sólo aquella que resiste la hegemonía, que contesta el discurso dominante se hace visible.

Cuando en una plaza le doy un beso en la boca a mi esposa, estoy ejerciendo una sexualidad hegemónica, que es la heterosexual. Si dos mujeres o dos hombres hacen lo mismo no sólo están ejerciendo su homosexualidad sino también un desafío al orden hegemónico que premia a unos y castiga a otros. Cada vez que un hombre sale a la calle vestido de mujer tradicional, inevitablemente está haciendo política —visible. También yo hago política cuando salgo a la calle vestido de hombre (tradicional), pero mi declaración coincide con la política hegemónica, es transparente, invisible, parece apolítica, neutral. Es por esta razón que el acto del marginal siempre se convierte en política visible.

Lo mismo podemos entender del factor político y religioso en dos mujeres tan diferentes como Santa Teresa y Sor Juana. Quizás ésta sea una de las razones por la cual una ha sido repetidamente honrada por la tradición religiosa y la otra reducida al círculo literario o a los seculares billetes de doscientos pesos mexicanos, símbolo del mundo material, abstracción del pecado.

Jorge Majfud

Diciembre de 2006

Sexo y poder: para una semiótica de la violencia

En 1992 el chileno Ariel Dorfman estrenó su obra La Muerte y la Doncella. Aunque sin referencias explícitas, el drama alude a los años de la dictadura de Augusto Pinochet y a los primeros años de la recuperación formal de la democracia en Chile. Paulina Salas es el personaje que representa a las mujeres violadas por el régimen y por todos los regímenes dictatoriales de la época, de la historia universal, que practicaron con sadismo la tortura física y la tortura moral. La violación sexual tiene, en este caso y en todos los demás, la particularidad de combinar en un mismo acto casi todas las formas de violencia humana de la que son incapaces el resto de las bestias animales. Razón por la cual no deberíamos llamar a este tipo de bípedos implumes “animales” sino “cierta clase tradicional de hombre”.

Otro personaje de la obra es un médico, Roberto Miranda, que también representa a una clase célebre de sofisticados colaboradores de la barbarie: casi siempre las sesiones de tortura eran acompañadas con los avances de la ciencia: instrumentos más avanzados que los empleados por la antigua inquisición eclesiástica en europea, como la picana eléctrica; métodos terriblemente sutiles como el principio de incertidumbre, descubierto o redescubierto por los nazis en la culta Alemania de los años treinta y cuarenta. Para toda esta tecnología de la barbarie era necesario contar con técnicos con muchos años de estudio y con una cultura enferma que la legitimara. Ejércitos de médicos al servicio del sadismo acompañaron las sesiones de tortura en América del Sur, especialmente en los años de la mal llamada Guerra Fría.

El tercer personaje de esta obra es el esposo de Paulina, Gerardo Escobar. El abogado Escobar representa la transición, aquel grupo encargado de zurcir con pinzas las sangrantes y dolorosas heridas sociales. Como ha sido común en América Latina, cada vez que se inventaron comisiones de reconciliación se apelaron primero a necesidades políticas antes que morales. Es decir, la verdad no importa tanto como el orden. Un poco de verdad está bien, porque es el reclamo de las víctimas; toda no es posible, porque molesta a los violadores de los Derechos Humanos. Quienes en el Cono Sur reclamamos toda la verdad y nada más que la verdad fuimos calificados, invariablemente de extremistas, radicales y revoltosos, en un momento en que era necesaria la Paz. Sin embargo, como ya había observado el ecuatoriano Juan Montalvo (Ojeada sobre América, 1866), la guerra es una desgracia propia de los seres humanos, pero la paz que tenemos en América es la paz de los esclavos. O, dicho en un lenguaje de nuestros años setenta, es la paz de los cementerios.

Paulina lo sabe. Una noche su esposo regresa a casa acompañado por un médico que amablemente lo auxilió en la ruta, cuando el auto de Gerardo se descompuso. Paulina reconoce la voz de su violador. Después de otras visitas, Paulina decide secuestrarlo en su propia casa. Lo ata a una silla y lo amenaza para que confiese. Mientras lo apunta con un arma, Paulina dice: “pero no lo voy a matar porque sea culpable, Doctor. Lo voy a matar porque no se ha arrepentido un carajo. Sólo puedo perdonar a alguien que se arrepiente de verdad, que se levanta ante sus semejantes y dice esto yo lo hice, lo hice y nunca más lo voy a hacer”.

Finalmente Paulina libera a su supuesto torturador sin lograr una confesión de la parte acusada. No se puede acusar a Dorfman de crear una escena maniqueísta donde Paulina no se toma venganza, acentuando la bondad de las víctimas. No, porque la historia presente no registra casos diferentes y mucho menos éstos han sido la norma. La norma, más bien, ha sido la impunidad, por lo cual podemos decir que La Muerte y la Doncella es un drama, además de realista, absolutamente verosímil. Además de estar construido con personajes concretos, representan tres clases de latinoamericanos. Todos conocimos alguna vez a una Paulina, a un Gonzalo y a un Roberto; aunque no todos pudieron reconocerlos por sus sonrisas o por sus voces amables.

Un problema que se deriva de este drama trasciende la esfera social, política y tal vez moral. Cuando el esposo de Paulina observa que la venganza no procede porque “nosotros no podemos usar los métodos de ellos, nosotros somos diferentes”, ella responde con ironía: “no es una venganza. Pienso darle todas las garantías que él me dio a mí”. En varias oportunidades Paulina y Roberto deben quedarse solos en la casa. Sin la presencia conciliadora y vigilante del esposo, Paulina podría ejercer toda la violencia contra su violador. De esta situación se deriva un problema: Paulina podría ejercer toda la fuerza física hasta matar al médico. Incluso la tortura. Pero ¿cómo podría ejercer la otra violencia, tal vez la peor de todas, la violencia moral? “Pienso darle todas las garantías que él me dio a mí”, podría traducirse en “pienso hacerle a él lo mismo que él me hizo a mí”.

Es entonces que surge una significativa asimetría: ¿por qué Paulina no podría violar sexualmente a su antiguo violador? Es decir, ¿por qué ese acto de aparente violencia, en un nuevo coito heterosexual, no resultaría una humillación para él y sí una nueva humillación para ella?

El mi novela La reina de América (2001) cuando la protagonista logra vengarse de su violador, ahora investida con el poder de una nueva posición económica, contrata a hombres que secuestran al violador y, a su vez, lo violan en una relación forzosamente homosexual mientras ella presencia la escena, como en un teatro, la violencia de su revancha. ¿Por qué no podía ser ella quién humillara personalmente al agresor practicando su propia heterosexualidad? ¿Por qué esto es imposible? ¿Es parte del lenguaje ético-patriarcal que la víctima debe conservar para vengarse? ¿Deriva, entonces, tanto la violencia moral como la dignidad, de los códigos establecidos por el propio sexo masculino (o por el sistema de producción al que responde el patriarcado, es decir, a la forma de sobrevivencia agrícola y preindustrial)?

Octavio Paz, mejorando en El laberinto de la soledad (1950) la producción de su coterráneo Samuel Ramos (El perfil del hombre en la cultura de México, 1934), entiende que “quien penetra” ofende, conquista. “Abrirse (ser “chingado”, “rajarse”), exponerse es una forma de derrota y humillación. Es hombría no “rajarse”. “Abrirse”, significa una traición. “Rajada” es la herida femenina que no cicatriza. El mismo Jean-Paul Sarte veía al cuerpo femenino como portador de una abertura.

Opuesto a la virginidad de María (Guadalupe), está la otra supuesta madre mexicana: la Malinche, “la chingada”. Desde un punto de vista psicoanalítico, son equiparables —¿sólo en la psicología masculina, portadora de los valores dominantes?— la tierra mexicana que es conquistada, penetrada por el conquistador blanco, con Marina, la Malinche que abre su cuerpo. (El conquistador que sube a la montaña o pisa la Luna, ambos sustitutos de lo femenino, no clava solo una bandera; clava una estaca, un falo.) Malinche no hace algo muy diferente que los caciques que le abrieron las puertas al bárbaro de piel blanca, Hernán Cortés. Malinche tenía más razones para detestar el poder local de entonces, pero la condena su sexo: la conquista sexual de la mujer, de la madre, es una penetración ofensiva. La traición de los otros jefes masculinos —olvidemos que eran tribus sometidas por otro imperio, el azteca— se olvida, no duele tanto, no significa una herida moral.

Pero es una herida colonial. El patriarcado no es una particularidad de las antiguas comunidades de base en la América precolombina. Más bien es un sistema europeo e incipientemente un sistema de la cúpula imperial inca y azteca. Pero no de sus bases donde todavía la mujer y los mitos a la fertilidad —no a la virginidad— predominaban. La aparición de la virgen india ante el indio Juan Diego se hace presente en la colina donde antes era de culto de la diosa Tonantzin, “nuestra madre”, diosa de la fertilidad entre los aztecas.

Ahora, más acá de este límite antropológico, que establece la relatividad de los valores morales, hay elementos absolutos: tanto la víctima como el victimario reconocen un acto de violación: la violencia es un valor absoluto y que el más fuerte decide ejercer sobre el más débil. Esto es fácilmente definido como un acto inmoral. No hay dudas en su valor presente. La especulación, el cuestionamiento de cómo se forman esos valores, esos códigos a lo largo de la historia humana pertenecen al pensamiento especulativo. Nos ayudan a comprender el por qué de una relación humana, de unos valores morales; pero son absolutamente innecesarios a la hora de reconocer qué es una violación de los derechos humanos y qué no lo es. Por esta razón, los criminales no tienen perdón de la justicia humana —la única que depende de nosotros, la única que estamos obligados a comprender y reclamar.

Jorge Majfud

Diciembre de 2006

The University of Georgia

Les tortionnaires pleurent aussi

Mais ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre

L’oubli est une institution centrale dans tout type de mythe. Sur l’oubli on élève des statues et des monuments que le temps pétrifie et rend intouchables. Sous l’ombre de ces statues agonise la revendication des victimes. Un vieil exemple dans notre pays est le génocide indigène qui, pour plusieurs, est politiquement incovenable de reconnaître. Pour des raisons évidentes de mythologie nationale. On n’a pas entendu non plus le repentir public de ces hauts prêtres qui bénissaient les armes du dictateur Videla avant qu’il n’écrase son peuple; ou de ces autres prêtres qui légitimèrent de façons diverses et abondantes les dictatures de ce côté et de l’autre du Rio de la Plata. Ni de ces médecins qui collaborèrent dans des sessions systématiques de tortures.

N’espérons pas un repentir des criminels afin de les humilier. Ils s’humilièrent eus-mêmes. Mais ils ne réclament ni l’oubli ni le pardon, ni même n’ont eu la  valeur de se repentir des crimes les plus bas qu’à connus l’humanité.

En 1979, Mario Benedetti publia au Mexique la brève oeuvre de théâtre “Pedro et le capitaine”. Je ne peux pas dire que ce soit le meilleur de Mario, à partir d’un point de vue strictement littéraire – supposant qu’en littérature puisse exister quelque chose de « strictement littéraire » — il nous sert comme témoignage politique et culturel d’une époque: le tortionnaire aux gants blancs retire la capuche à sa victime et lui confesse: “il y a quelques collègues qui ne veulent pas que le détenu les voit. Et ils ont en cela quelque raison. Le châtiment génère des rancunes et personne ne sait jamais ce qu’apportera le futur. Qui te dit qu’un de ces jours cette situation ne s’inversera pas et que ce ne sera pas toi qui sera là à m’interroger ? Il existe d’autres prédictions dans l’oeuvre de Benedetti, mais je me les réserve par pudeur devant le récent suicide d’un des militaires cités devant la justice. Cependant, le tortionnaire de Pedro reconnaît qu’une semblable possibilité était improbable: les terroristes d’état avaient pris leurs mesures.

Cependant, sur deux choses se trompèrent ceux qui pensèrent ainsi: premièrement l’impunité parfaite n’est pas possible; deuxièmement, ceux qui aujourd’hui interrogent ces monstres de notre civilisation jouissent de toutes les garanties d’une jugement avec défense, sans contraites physiques et sans menaces pour leurs familles – le point le plus faible de ceux qui supportèrent la torture jusqu’à la mort.

La seule torture des hommes – pour les appeler de quelque façon —  comme le lieutenant colonel José Nino Gavazzo, comme le colonel Jorge « pajarito » [1] Silveira, comme le colonel Giberto Vàsquez, comme le colonel Ernesto Ramas, comme le colonel Luis Maurente, et comme les ex-policiers Ricardo « Conejo »[2] Medina et José Sande Lima, est l’exposition publique de leur manque de dignité, maintenant que nous écartons tout type de remord. Une autre oeuvre de théâtre a exprimé cette condition. Dans “La Mort et la Jeune Fille” (1992), Ariel Dorfman réfléchit par la voix d’un de ses personnages. Pauline, la femme violée, qui reconnaît dans un médecin son tortionnaire, projette un jugement clandestin et à un moment le menace: “Mais je ne vais pas vous tuer parce que vous êtes coupable, Docteur, je vais vous tuer parce que vous n’avez pas l’ombre d’un repentir. Je peux seulement pardonner à quelqu’un qui se repent véritablement, qui se lève devant ses semblables et dit: cela je l’ai fait, je l’ai fait et jamais plus je ne le referai”. Le supposé tortionnaire est finalement libéré afin de convivre parmi ses victimes. Je ne prends pas un exemple réel: je prends un exemple vraisemblable qui inclue des milliers d’exemples réels.

Cette obscène convivance de victimes et de victimaires a contaminé l’âme de nos sociétés. Ni la mort ni la réclusion du peu d’anciens assassins qui restent ne résolvent rien en soi. Mais la valeur de la justice est toujours absolue. Dans notre cas, au moins, suffirait quelconque des deux raisons: premièrement, l’impunité est un affront moral pour les victimes et le pire exemple pour le reste de la société ; deuxièmement, le soupçon et le présugé s’arrogent le droit de (pré) juger de la même façon tous ceux qui paraissent égaux, par quelque arbitraire ou circonstantielle condition, comme peut l’être le fait d’appartenir ou d’avoir appartenu à l’armée. Ceux qui sont libres de faute devraient être les premiers à se joindre à l’appel universellement légitime du reste de la société. Ou à se résigner à leur propre honte et à celle d’autrui.

Six militaires et deux ex-policiers ont été envoyé en prison pour la disparition d’une seule personne dans un pays voisin. Sans doute c’est un échantillon disproportionné. Mais c’est déjà cela, et si les lois du passé doivent peser sur les nouvelles générations, ce devrait être les historiens qui prennent à charge le travail que jamais les juges ne purent réaliser dans quelconque démocratie minimum. Comme l’a si bien suggéré le gouvernement actuel de Tabaré Vázquez, il n’y aura pas une « histoire officielle ». Cette réussite d’une démocratie mûre, est une possibilité qui n’est pas considérée par l’imagination de ceux qui s’indignent chaque fois qu’un professeur donne sa version des faits historiques les plus récents. Que préfèrent-ils, le silence complice? Ou peut-être la version unique, « officielle » des vieux terroristes d’état? Ou l’ingénue et machiavélique dialectique du “je sais ce que je dis parce que je l’ai vécu” ? (comme s’ils n’y avaient pas autant d’expériences opposées d’un même fait, autant de “je sais ce que je dis” contradictoires de personnes qui vécurent à un même époque).

Quoique les nouveaux historiens – considérés dans toute leur diversité sociale – n’ont pas le pouvoir d’administrer le châtiment, déjà avec la vérité nous aurons presque toute la justice que réclament ceux qui perdirent en 1989 la lutte contre la Loi d’Impunité ; la vérité que réclament les nouvelles générations qui doivent souffrir de nos vieux traumas, parce que l’histoire n’est pas ce qui est écrit dans les « textes uniques » , mais les idées et les passions des morts qui survivent, inévitablement, pour le bien ou pour le mal, chez les vivants.

Quoique les auteurs d’un terrorisme organisé sur tout un continent paient pour la disparition d’une seule personne et non pour la mort et la torture de milliers, c’est déjà cela ; parce que de cette façon, au moins, nous dérogeons à la vielle coutume selon laquelle un voleur de poules allait irrémédiablement en prison pendant  que les génocides étaient toujours absous –comme si sur le marché du crime il y avait toujours un escompte pour les grossistes. Certains militaires devraient être reconnaissants qu’on puisse encore faire des discours publics en protestation à ceux qui réclament la vérité. La vaillance que la majorité d’entre-eux ne purent jamais mettre en preuve dans aucune guerre – exceptée celle dans les sessions de tortures et de viols de femmes – ressurgit avec tout l’orgueil de l’impunité. Ils jouissent d’un droit qu’ils nièrent violemment à un pays  pendant plus d’une décade ; et stratégiquement, ils continuèrent à le lui nier vingt-cinq années de plus. Jusqu’à aujourd’hui. Un droit qui leur sert afin de protester à ce qu’ils entendent comme une « provocation », un dangereux « révisionisme », un incommode rappel, un affront à l’Institution. Un droit qui leur sert  à démontrer qu’encore ils ne comprennent rien, ou qu’ils ne veulent rien comprendre. Ils ne comprennent pas que dans une démocratie minimum on ne peut vivre sans réviser le passé, sans exiger la vérité et la justice – selon une justice minimum. Encore, ils ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre.

Ils se trompent, d’un autre côté, ceux qui croient que ces horreurs ne vont pas se répéter à l’avenir. Cela a été cru par l’humanité depuis des temps antérieurs aux césars. Depuis ces temps l’impunité ne les pas empêchées: elle les a promues, complice d’une lâcheté ou de la complaisance d’un présent apparemment stable et d’une morale apparemment confortable.

Jorge Majfud

Université de Géorgie

Septembre 2006

[1] Pajarito: petit oiseau  [ N. du T.  ]

[2] Conejo: lapin  [ N. du T. ]

La frustración original

La frustración original

Bosquejo para una teoría de la incomunicación

 

Hay por lo menos tres sueños que fueron persistentes desde mi infancia: en el primero yo intentaba desesperadamente decir algo, pero abría la boca y las palabras no salían; en el segundo intentaba caminar y aunque me inclinaba exageradamente hacia adelante mis piernas no respondían de forma coordinada; en el tercer sueño ya podía hablar y caminar, pero el tema central era una fuga sin fin, mezcla de miedo y de placer por perderme de la agresión de una turba de gente, probablemente representantes de la ley, que no entendía mis argumentos de inocencia. Mirando retrospectivamente, veo que este último tema de la serie es también central de mis tres novelas. En todas hay algún espacio cerrado y alguien imaginando salidas. Pero ahora me interesa bosquejar el problema del primer sueño.

Mi hijo acaba de cumplir un año y en este tiempo de estrecha convivencia he ido reconociendo aquellos sueños obsesivos, mis primeras frustraciones, en las suyas. Al ayudarlo a caminar he revivido mi propia frustración por hacerlo de forma armónica. Ciertos pánicos de vértigo, caídas, su cuerpo exageradamente adelantado para ayudar a producir un paso que no se produce, manos y pies que no responden como queremos.

Pero sin duda la mayor frustración de este pequeño, como la mía y —conjeturo— como la frustración de mujeres y hombres a lo largo de la historia, es la precariedad de la comunicación. Durante todo su primer año, una persona sólo tiene un signo para expresar lo más importante: el llanto. Aún con todas las variaciones posibles, para dos adultos que han olvidado ese primer lenguaje metafísico, es siempre el mismo o casi el mismo llanto. Un llanto para decir que tiene hambre, para pedir agua, para decir que se cae de sueño, para decir que le duele el estómago, la cabeza, los dientes, las manos que mordieron esos dientes, para decir que tiene calor o frío, para decir que tiene fiebre o no sabe lo que tiene. Un solo signo para decir que está frustrado porque un solo signo no es suficiente para tanta complejidad de emociones. Poco a poco va incorporado la risa, primero como expresión de alegría y después, es probable, como signo interesado de complicidad. El juego con una pequeña pelota de baseball que el niño arroja desde su cuna y se ríe a carcajadas —una de sus primeras carcajadas— cuando descubre que puede compartir con su padre o con su madre un par de reglas básicas, se convierte en un hecho de comunicación. La pelota (la herramienta, las dendritas y axones) es como una nueva palabra que se integra a un nuevo lenguaje, las reglas del juego. El solo placer lúdico no alcanza a explicar ese grito de satisfacción. Esa plenitud que no encontraba jugando solo, significa el fenómeno de haber creado o descubierto otra forma de comunicación, de liberación de sus propios límites. ¿Qué no es toda la cultura sino la radicalización de este intento de liberación del individuo que muchas veces acaba en la opresión propia y ajena? El pequeño ha descubierto un secreto que lo proyecta más allá de la frustración fundamental, poniéndola en suspenso en el juego. Pero en los momentos más intensos de su vida, el llanto sigue siendo el signo principal, como una mezcla indiscriminada y simultánea de todas las palabras y todos los lenguajes. En su vida adulta, como todos nosotros, estará obligado a abusar de la risa y de la sonrisa. En casi todas las fotos lo obligarán a sonreír, a demostrar que está feliz aunque no lo esté, reprimirá el llanto y, como en la niñez, lo reservará sólo para ciertos momentos intensos de su vida, que todos deseamos sean los menos posibles.

De alguna forma la comunicación del niño se produce, pero la frustración es una experiencia quizás imborrable, quizás la primera de todas las frustraciones en la vida y la frustración que desencadena todo lo demás: el lenguaje, la escritura, la construcción de puentes, casas, automóviles, discursos políticos, crímenes pasionales, declaraciones de amor.

Ahora ¿cómo se reproduce esta ansiedad de comunicación en la sociedad? ¿Existe alguna relación entre el desarrollo de un individuo y el desarrollo de la historia? Podemos sostener la hipótesis de que la comunicación en nuestro mundo global expresa una necesidad de sobrevivencia tan antigua como la invención de la escritura en Sumeria o de los signos y los mitos en el paleolítico. Pero esta necesidad funcional también es el reflejo de una fijación psicológica, producto de la “frustración original” de la comunicación. La mayoría de los textos religiosos, sino todos, aparte de los intereses ideológicos particulares de cada momento, en general estructuran su narración de la historia humana como la consecuencia de la incomunicación con el Padre. No obstante, la lectura teológica de cada grupo en el poder interpretará esta condición humana como simple desobediencia, no sólo porque puede ser una interpretación teológica sensata para un Dios como el judeocristianomusulmán sino, sobre todo, porque es una interpretación conveniente para quienes narran desde un espacio de poder social. Así, “querer saber” y “pecado de desobediencia” han sido ligados recurrentemente desde los mitos cosmogónicos hasta los mitos políticos más sofisticados.

¿Qué proporción de las horas de teléfono celular, de correos electrónicos o de cualquier otra actividad pública es estrictamente necesaria en su función de producción y reproducción? Quizás una ínfima parte. La mayor parte del tiempo la dedicamos a comunicarnos por el ejercicio en sí mismo de la comunicación. La comunicación forma parte de un “inter-yo”, el nosotros que nunca se logra plenamente. En casos, como en el momento histórico presente, parecería que la obsesión principal no radica tanto en la comunicación como medio sino como fin: la frustración por la palabra no dicha se traduce en un monólogo interminable. En ocasiones, cuando dos personas hablan por teléfono, en el fondo realizan la superposición de dos monólogos. En el monólogo, el individuo espera la satisfacción de ser escuchado y satisfecho. Escuchar no es tan importante como ser escuchado; en un blog, en un foro de discusión, leer no es tan importante como ser leído, lo que se demuestra por la opinión inmediata del lector que no culminó la lectura del artículo que discute. En cualquier caso la atención que pone el individuo alienado sobre el otro es un requisito social para ser escuchado, para ser expuesto en una cultura progresivamente narcisista. Como en una discusión doméstica, donde la comunicación está igualmente frustrada, como en el llanto del niño: lo que importa no es escuchar sino ser escuchados, hacer prevalecer los argumentos propios. Pero como ambos contendientes dialécticos procuran lo mismo, lo único mutuo es la frustración, cuando no el engaño de una comunicación frustrada.

Quizás este fenómeno sea una reacción lógica contra la cultura anterior, donde durante siglos se escuchaba y se leía infinitamente más de lo que se escribía o se hacía valer una opinión contestataria. Con la nueva tendencia cultural y tecnológica, la proporción se ha alterado de tal forma que se podría decir, exagerando un poco, que hoy en día se escribe más de lo que se lee, se opina más de lo que se escucha, se investiga y se analiza. Mirando este modelo, no sería absurdo imaginar un próximo equilibrio del péndulo, producto de una maduración de una cultura que deje de ver a las nuevas tecnologías como juguetes y comience a verlas como herramientas de su propia liberación.

Es probable que estemos en una etapa de la historia donde ya aprendimos a hablar pero no aún a comunicarnos. Y nuestros argumentos caen en la nada lo que nos obliga a huir sin cesar. Es probable que las leyendas en las camisetas, con la cuales creemos expresar nuestras ideas sociales en tres o cuatro palabras —o esos pensamientos y emociones prefabricados por Microsoft—, no sea otra cosa que ese grito mudo que los demás escuchan pero no saben interpretar correctamente. ¿Es probable que el eterno y afiebrado proselitismo político y religioso sea la expresión más voraz de este grito?

Si la ansiedad de justicia procede de esta frustración de la comunicación, ¿qué papel juega el poder en esta relación? Quizás el silencio es la forma que tiene el poder social —la voz ciega del padre, del hermano mayor— de resolver la incomunicación por la fuerza, radicalizándola, alienando a los individuos en una naturaleza engañosamente equilibrada y en paz. Y es esta reacción, la del silencio impuesto, nuevo combustible sobre el fuego de la frustración original de la incomunicación y deseo, con frecuencia violento, de justicia para el incomunicado.

 

 

Jorge Majfud

Lincoln University, Julio 2008

 

 

 

 

Compro sonrisa alegre

 

Algunos meses atrás, por mentirle a la policía, el cantante británico Boy George recibió de un juez una condena ejemplar: debió barrer las calles de Nueva York durante cinco días. Nadie preguntó al juez si los barrenderos que hacen el mismo trabajo año tras año han sido condenados por algún delito o simplemente por ser pobres. Los barredores habituales se maravillaron de tener un representante famoso que dignificaba aún más su rutina diaria. Tal vez porque uno compra todo lo que no es. Tal vez porque la fábrica de sueños de Ricos y Famosos es la droga de los pobres y anónimos. Por su parte, la estrella del rock, reparado en su falta, rodeado y perseguido cinco días por un ejército de fotógrafos, agradeció el castigo como una de sus mejores experiencias de su vida. Ahora sí Odiseo podía contar que había descendido los infiernos para regresar fortalecido y purificado.

Sí, claro, todo trabajo es dignificante. Sobre todo aquellos que necesitamos que alguien haga y nadie quiere hacer. Pero tal vez podemos deducir que algunos trabajadores han sido castigados, no por un juez sino por la sociedad. Por diferentes motivos: o no han querido “superarse” o han nacido en un hogar pobre. O porque Dios lo quiso así, según algunos calvinistas.

Cierro el diario. Una camarera irradiando alegría nos llama. Nos sentamos a la mesa de un restaurante con la secreta certeza de que llegará alguien (generalmente otra joven mujer) con una sonrisa amable y con los modales más delicados a preguntarnos qué queremos comer. Me pregunto dónde están las mujeres mayores, las feas y amargadas. No esperamos otra cosa, y si la norma no se cumple, nos quejamos: somos clientes serios, pagamos y queremos que nos atienda alguien feliz. Si ha sido un mal día para esa joven, si ha sido maltratada por el gerente, si su novio la ha abandonado, no nos importa: nos debe sonreír; el gerente y nosotros, los clientes, exigimos que no nos interrumpan el sueño de la felicidad. Para eso pagamos. Si el servicio nos parece insuficiente y no estamos dispuestos a quejarnos al gerente, por apatía o por compasión, no le dejaremos propina. Ella lo sabe, lo necesita, y por lo tanto nos sonreirá amablemente aunque se esté muriendo.

De hecho, esa es la ética profesional que nos imponemos cada uno de nosotros: cuando tengo un mal día, cuando recibo una mala noticia o simplemente cuando una leve nube de depresión me desinfla el ánimo, evito que sus efectos entren el en espacio laboral. Como soy profesor de una universidad observo estrictamente este divorcio al entrar al salón de clase: allí muestro o demuestro que soy planamente feliz, es decir, un verdadero profesional. La felicidad, sobre todo la felicidad de plástico, es un requisito de la efectividad. El sistema lo premiará: ningún empleador correría el riesgo de emplear a alguien que no es capaz de este divorcio, de este fingimiento. Es más: el fingimiento deberá consistir en que uno sea capaz de demostrar que efectivamente es feliz aún cuando es infeliz. Si es capaz de esto, el empleo es suyo.

Si es una felicidad fingida mejor, porque eso nos aproxima a la máquina —a una máquina feliz: la verdadera felicidad perturba la producción, la rutina. En el caso de nuestro mundo productivista, además de la felicidad obligatoria debemos demostrar otras virtudes que para el cristianismo primitivo serían pecados capitales. Una de ellas es la ambición. Una persona sin ambición es un empleado sospechoso. Sin fuertes ambiciones, un empleado no tratará de ganarle el puesto a su compañero de trabajo, no aspirará a ascender en la estructura y, por lo tanto, no beneficiará a una empresa que, a su vez, está inserta en un mundo donde la competencia —no la cooperación— es la ley principal.

Esta ley se cumple para cualquier negocio donde rija la ley del comercio. Incluso la he observado en países que no necesariamente se caracterizan por ser capitalistas, como los países árabes: el comercio es una forma de vida y en ella los códigos de alegría o de tristeza no responden a la alegría ni a la tristeza sino al proceso de regateo. Una vez fuera de este proceso, una vez consumada la transacción, el vendedor y el comprador se transforman en otra clase de seres humanos, casi siempre en una clase más humana.

No considero que el comercio sea una maldición. Por el contrario, gracias al comercio los pueblos se han conocido, unos a otros, desde tiempos anteriores a los fenicios. El comercio ha propagado la cultura, el diálogo de las culturas, repetidamente negado por las guerras que, paradójicamente, estaban motivadas por el comercio, o por las ambiciones que no podía satisfacer el verdadero comercio.

Pero en nuestro mundo no hay respiro. Incluso el drama y la tragedia están rigurosamente administrados por el productivismo. La televisión que invade nuestras intimidades lleva consigo la misma ley implícita en la publicidad y contradicha en los informativos. Si los informativos insisten en mostrarnos el dolor del mundo —el Hades—, obsesivamente, la publicidad nos devuelve al sueño primordial de la perpetua felicidad. Felicidad que, asumimos, sólo pertenece nuestro mundo productivista. El dolor viene del mundo ajeno, del atraso. Pero, como autistas, no podemos relacionar el dolor de los informativos con la felicidad de la publicidad, pese a su obscena proximidad. Nos cuesta imaginar que tal vez uno sea la causa y consecuencia de la otra.

Salimos de nuestros trabajos en un mal día y dejamos de fingir felicidad. Entonces entramos en un restaurante o a una tienda y pagamos para que otros finjan la suya. Esa joven mujer debe demostrarnos que es hermosa, maquillándose y vistiéndose a la perfección; debe demostrarnos que es feliz, que su trabajo es el motivo de su felicidad; además, si está embarazada o es madre, deberá demostrarle al resto del mundo que sus náuseas y dolores no le impiden tener los mejores pensamientos, los sentimientos más positivos.

No podemos sentir desde fuera de nuestra propia cultura: sabemos que es mentira, pero, aún sabiéndolo, no estamos dispuestos a renunciar a ese derecho.

Sin embargo el sistema no es perfecto. Tiene grietas por donde lo humano se expresa en todas sus contradicciones, incluso con resentimiento. Cuando estas felices mujeres envejecen y se arrugan y pierden toda la simpatía, derivan a un puesto más permanente, como funcionarias del estado. Allí, cada vez que uno se acerca a hacer un trámite encontrará esta frustración, la ausencia de la simpatía capitalista. Si son inspectoras o de ellas depende la suerte de un infeliz que deja sus esperanzas en algún trámite público, peor: las otrora muchachas, hermosas y felices, se han convertido en viejas frustradas, con una mirada despreciativa y un gesto policíaco, dictatorial.

En las oficinas del estado la simpatía capitalista desaparece. No obstante, el capitalismo es tan hábil que, aún habiendo producido ese ejército de hombres y mujeres frustrados, aún necesitando de ellos para materializar un mecanismo que él mismo no puede sustituir —los servicios estatales—, le atribuye esa tristeza burocrática a la maldición socialista. Y como los funcionarios y nosotros, los clientes que debemos sufrir la incapacidad burocrática y las frustraciones de sus funcionarios, hemos desarrollado nuestra sensibilidad en la cultura de la felicidad obligatoria, fácilmente creeremos en ese discurso. Al fin y al cabo, ¿por qué habríamos de creerle a dos viejas amargadas que no hacen bien su trabajo y no a dos jóvenes hermosas que son felices? ¿Por qué no habríamos de creer en un sistema que es capaz no sólo de obligarnos a fingir felicidad sino, incluso, que es capaz de hacernos creer que somos, efectivamente, felices; que lo que hacemos lo hacemos por elección propia y que si nos deprimimos a veces bajo tanta presión eso no se debe a la cultura sino a la imperfecta naturaleza humana?

Pero no hay salida. No podemos sentir desde afuera de nuestra cultura, de nuestra propia deformación: exigimos se nos venda una sonrisa alegre, aunque sea mentira. La tristeza es gratis y viene sola.

 

 

 

Jorge Majfud

The University of Georgia, 26 de cotubre de 2006.

 

 

 

 

Si l’Amérique latine avait été une entreprise anglaise.

 

Dans le cadre d’une récente étude à l’Université de Georgia, une étudiante a rencontré une jeune colombienne et a enregistré leur entretien. La jeune femme a retracé son expérience en Angleterre et comment les Anglais souhaitaient connaître la réalité de la Colombie. Après que la fille ait détaillé les problèmes que connaissait son pays, un Anglais a observé le paradoxe selon lequel l’Angleterre étant plus petite et ayant moins de ressources naturelles que la Colombie, celle-ci était beaucoup plus riche. Sa conclusion a été tranchante : “Si l’Angleterre avait administré la Colombie comme une entreprise, aujourd’hui les colombiens seraient beaucoup plus riches”.

La jeune fille a ressenti de la gêne, parce que la démonstration prétendait mettre en évidence à quel point nous sommes incapables en Amérique latine. La maturité lucide de la jeune colombienne était évidente au cours de la rencontre, mais sur le moment elle n’avait pas trouvé les mots pour répondre à un fils du vieil empire. La chaleur du moment, le cynisme de cet anglais lui ont empêché de lui rappeler que sur beaucoup d’aspects l’Amérique latine avait été gérée comme une entreprise britannique et que, par conséquent, l’idée non seulement était peu originale mais, en outre, elle faisait partie de la réponse du pourquoi l’Amérique latine elle était tellement pauvre, en admettant que la pauvreté c’est la pénurie de capitaux et non de conscience historique.

D’accord : Les trois cent ans d’une colonisation monopolistique, rétrograde et fréquemment brutale ont pesé lourd sur le continent latino-américain , ce qui a consolidé dans l’esprit de nos peuples une psychologie réfractaire à toute légitimation sociale et politique (Alberto Montaner a appelé à cette caractéristique culturelle “la légitimité suspecte originale du pouvoir”). Après les semi indépendances du 19ème Siècle, non seulement le “progrès” des chemins de fer anglais fut une espèce de cage dorée- aux dires d’Eduardo Galeano -, de camisole de force pour le développement autochtone latino-américain, mais quelque chose de semblable à ce que nous pouvons voir en Afrique : au Mozambique, par exemple, pays qui est étendu de nord vers le sud, les chemins le traversaient d’est en ouest.

L’empire britannique sortait ainsi les richesses de ses colonies centrales en passant au-dessus de la colonie portugaise. En Amérique latine nous pouvons encore voir les réseaux routiers et des chemins de fer confluant toujours vers les ports (d’anciens bastions des colonies espagnoles que les rebelles indigènes considéraient avec une infinie rancœur depuis le haut des montagnes sauvages et que les propriétaires terriens voyaient comme l’aboutissement du progrès possible pour des pays ralentis par mère “nature”).

Il est évident que ces observations n’exemptent pas les latino-américains, d’assumer leurs responsabilités propres. Nous sommes conditionnés par une infrastructure économique, mais non déterminés par elle, comme un adulte n’est pas attaché irrémédiablement aux traumatismes de son enfance. Nous devons sûrement faire face en ces jours à d’autres camisoles de force, conditionnements qui nous viennent de dehors et de l’intérieur, à l’inévitable soif d’hégémonie de grandes puissances mondiales qui ne sont pas disposées à des changements stratégiques, d’une part, et de la fréquente culture locale de l’immobilité, d’autre part. En premier lieu, il est nécessaire de perdre l’innocence ; deuxièmement nous avons besoin de courage pour nous autocritiquer, pour nous changer et changer le monde.

 

Dr. Jorge Majfud

Traduction pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi

 

* Auteur uruguayen et professeur de littérature latino-américaine à l’Université de Géorgie, Etats Unis. Auteur, entre autres livres, de “La reina de América” et de “La narración de lo invisible”.

 

 

 

 

 

las campañas electorales

El bombardeo de los símbolos / III

 

Superman, la Mujer Maravilla y las campañas electorales (Parte III)

 

No es casualidad que la forma tradicional de ver y de construir la realidad a través de individuos agrupados, de buenos contra malos, propia del telesermón religioso y de los comics de superhéroes, sea idéntica a la promovida por los tradicionales medios masivos de difusión. Una cámara de televisión no puede abarcar lógicas abstractas, ni realidades más allá de individuos o pequeños grupos. No puede, no interesa y frecuentemente no conviene. El principio preplatónico de ver para creer es inseparable de su oscuro cómplice que prescribe creer para ver. Por esta razón el infatigable sermón mediático es necesario para ordenar el espectáculo visual de una realidad hiper-fragmentada, de una sociedad autista. Su mayor fuerza radica en que, contrario a los discursos contestatarios, la ideología de este sermón es transparente, aséptico.

A lo sumo una cámara de televisión logra abarcar una manifestación masiva, pero este tipo de imágenes ocupa un espacio insignificante y suele asociarse a lo irracional, a la “violencia”, cuando es allí donde está parte de la racionalidad histórica. Igual es la lógica de una telenovela, donde se caricaturiza la bondad o la maldad de cada personaje. Éstos están presos de su condición, no pueden cambiar: la mala no puede hacerse buena ni viceversa. Ningún acto positivo salva al malo; ningún delito condena al bueno ante el juicio del espectador, quien no sólo es físicamente pasivo sino que no es dueño de sus propias emociones. En esta lucha programada de buenos contra malos, las estructuras sociales son sepultadas. Cuando la empleada-víctima derrota a la patrona-mala y la desplaza en su posición social, reproduce y confirma —con el poderoso instrumento de la emoción y con cierto aire de crítica social— el mismo vicio estructural, ideológico y cultural que existía al comienzo. El happy ending es la llave que clausura definitivamente la ansiedad previamente creada, cualquier posible crítica.

Aunque mil imágenes nunca podrán reemplazar una sola palabra, en el discurso social, como en la iconolástica Edad Media, una sola imagen sigue valiendo por mil palabras. Aunque el poder se sigue educando y formando en la tradicional cultura letrada, las sociedades que todavía no salen de su tradicional rol de masa productora, son educadas principalmente en la cultura de la imagen, del fragmento. Las grandes revistas como Times suelen poner rostros individuales en sus tapas, no ideas. También las grandes cadenas de televisión y las páginas principales de los diarios más leídos acentúan esta característica de una forma inequívoca, sobre todo cuando algún miserable escándalo sexual sirve de alimento semanal para la valoración propia y la condena ajena. Durante meses, años, cada análisis se despliega a partir de dos fracturas: (1) las palabras y (2) los individuos.

Así también, las elecciones nacionales parecen un concurso de Miss Universo, donde se pone al candidato bajo la lupa para revelar sus emociones, sus pequeños vicios y debilidades y hasta su estado de salud. En Estados Unidos todos conocían las críticas del ex soldado John Kerry a la guerra de Viet-Nam. Pero en el 2004, pocas semanas antes de las elecciones, perdió la presidencia porque un grupo de veteranos combatientes manifestaron que el candidato en realidad había sido un mal compañero. Aparte de feo, un chico malo. Faltó acusarlo de no seguir las reglas de los Boy Scouts. De sus ideas o del debate ideológico de aquel momento nadie se acuerda. En la campaña del 2008, los candidatos siguen hablando en primera persona y buscan desesperadamente demostrar sus “valores”. En realidad, la ansiedad es por no contradecir el discurso social, construido en base a slogans repetidos, al tiempo que se integra otra tradición: satisfacer la ansiedad de lo nuevo y del cambio sin cambiar y sin proponer nunca nada nuevo. Aunque la palabra change (cambio) integra cada lema de la actual campaña electoral, se dedica más tiempo en dejar claro que el individuo que propone el cambio —el programa del partido no importa— posee valores conservadores y no operará ninguna variación radical en la sociedad.

El método consiste en que cada candidato hable de sus sentimientos religiosos, de sus pequeños pecados ya superados —elemento imprescindible de humanización entre tanta perfección—, de sus hábitos de buenos padres o buenas madres, de su capacidad de emocionarse y llorar de vez en cuando, de la firmeza de sus temperamentos a las tres de la madrugada. Todos hombres y mujeres listos para salvar al país y a la humanidad, como Superman o Wonder Woman —al fin la igualdad de sexos—, por la fuerza del brazo justiciero de él y del “lazo de la verdad” de ella que, como un narcótico o una picana eléctrica, impone al villano la virtud de la obediencia y el vómito de la verdad ante la irresistible belleza femenina. Como en el psicoanálisis primitivo, la verdad se revela en el tropiezo semántico. Razón por la cual todos los días se está a la espera de algún lapsus de este o aquel candidato. Apenas producido, se echa a andar la gigantesca maquinaria del análisis político y así se deja correr una o dos semanas más entre acalorados debates sobre semántica. Estos análisis son siempre previsibles y nunca radicales. Y un análisis que no es radical no aporta ningún cambio de la misma forma que no produce ningún cambio un político radical. Sobre todo porque rara vez llega al poder. Este quizás sea el punto central que no han comprendido los “pastores de la liberación” de Barack Obama.

El actual molde analítico de los mass media es el siguiente: El candidato X dijo esa palabra y durante la semana se discute qué quiso decir, enmascarado en un lenguaje paralelo sobre “un profundo debate de ideas y valores”. Cuando la opinión mediática interpreta algo diferente a los valores dominantes o lo “políticamente correcto”, el candidato X convoca las cámaras de televisión para pedir disculpas públicas —demostrando su buen corazón— o se justifica explicando que dicha palabra ha sido sacada de contexto, por lo cual donde decía “claro” en realidad quería decir “oscuro”, que aunque parecía criticar a la Vaca Sagrada en realidad la estaba defendiendo, porque siempre ha estado comprometido de corazón con dicha vaca. Alguno, incluso, recurre a las lágrimas para demostrar “su lado humano”. Este recurso arrojó excelentes resultados a favor de Hillary Clinton en al menos dos estados pero después tuvo un efecto contrario cuando se sospechó que el abuso del recurso demostraba una debilidad demasiado femenina en tiempos de guerra.

Al poner al individuo y cada una de sus palabras bajo una lupa cósmica, cualquier crítica global o estructural desaparece. Todo lo cual es consecuente con las dos últimas generaciones: una habituada a la publicidad fragmentada de la televisión; la otra al texto hiperfragmentado de los celulares. Ésta no es una observación del todo pesimista. Sólo una observación sobre la difícil transición que vive la humanidad hacia una liberación que sea más efectiva que su propia narcotización.

Podemos asumir que el individuo existe desde el momento en que ejerce un mínimo de libertad, una libertad siempre condicionada por un mundo material y por una cultura. Esta sería la mejor perspectiva del existencialismo, difícil sino imposible de rebatir. Pero el individuo se define por los otros, por sus contemporáneos y por miles de años y millones de muertos que viven de alguna forma en él. Negar cualquier tipo de libertad en el individuo es propio de del pensamiento antihumanista y de gran parte de la tradición religiosa. Afirmar y promover la idea de que sólo hay individuos independientes interactuando con un mundo que no está dentro suyo no es una herencia del humanismo sino otra antigua arbitrariedad que forma parte también de la insospechada herencia que todos llevamos dentro, como individuos y como sociedad. Y la cultura en todos sus órdenes —desde la telenovela, el comic hasta la política menor— se encarga de promover esta idea como si fuese una condición natural del mundo de los seres humanos. Individuos, palabras, poco más.

 

Jorge Majfud

Lincoln University of Pennsylvania ,

Mayo 2008.

 

 

 

Le bombardement des symboles

I : L’échec du marxisme

 

Récemment un groupe de chercheurs espagnols est arrivé à la conclusion que l’extinction des hommes de Neandertal, il y a plus de vingt mille ans – ces gnomes et nains à long nez qui pullulent dans les contes traditionnels de l’Europe – a découlé d’une infériorité fondamentale par rapport aux hommes de Cromagnon. Selon José Carrión de l’Université de Murcia nos prédécesseurs homo sapiens possédaient une plus grande capacité symbolique, tandis que les Neandertals étaient plus réalistes et par conséquent inférieurs comme société. Personne ne croit aujourd’hui aux mythes de nos grands-parents, cependant leur utilité est semblable à celle du géocentrisme ptoléméen qui à son époque a servi à prédire des éclipses.

Selon une vision primitive darwinienne – propre aux néo conservateurs antidarwiniens -, le monde continue d’être une concurrence entre Neandertals et Cromagnons. Seul sert de gagner, parce que “nos valeurs” sont supérieures, puisque ce sont “des valeurs de Dieu”. Nous autres nous pensons le contraire : ce type de dynamique pourrait ne pas mener au succès des cromagnons mais à l’extinction des deux rivaux sous la logique arbitraire de Superman, selon laquelle “les bons ce sont nous et c’est pourquoi nous devons anéantir les méchants”. Il y a une différence avec notre époque : nous ne sommes pas totalement dans cette préhistoire et, si nous souscrivons a minima à un progrès possible de l’histoire selon les valeurs de l’humanisme, nous pouvons interpréter que ces lois darwiniennes ne s’appliquent pas brutalement à l’espèce humaine ou à la culture de coopération et de solidarité mais fait partie de la même sélection naturelle qui a dépassé l’époque des cavernes.

Cependant quelques principes de cette époque restent encore valables. Par exemple, la force que confère une croyance solide, qu’importe sa véracité. Ainsi se sont levés tous les empires comme l’empire Romain, arabe et les empires Européens et américains qui en ont découlés. Plusieurs d’entre eux devaient théologiquement se tromper, mais tous ont eu du succès grâce à un type de fanatisme messianique. Aussi ont-ils coulé.

Si les mythes ancien totémiques ont favorisé quelques tribus par rapport aux autres, les mythes modernes sociaux discriminent d’une forme plus complexe en favorisant des classes sociales, des groupes ou des sectes financières, des intérêts nationaux et parfois raciaux, etc.

Voyons un exemple contemporain. Il n’y a pas longtemps quelqu’un signalait avec une assurance inébranlable l’échec du marxisme dans le monde.

—Pourquoi pensez-vous que le marxisme a échoué ? Ai-je demandé.

—Il suffit de voir ce qui est arrivé en Union soviétique et dans les pays socialistes et avec des terroristes comme Che Guevara.

Ce monsieur n’avait jamais lu un seul texte de Marx ou de ses disciples, mais il avait beaucoup regardé la télévision et, surtout, il avait reçu quelques cours sur “la lutte antisubversive”, de même qu’il était affublé d’une douzaine de lieux communs assaisonnés avec l’éloquence de la répétition.

—En réalité, sortir un pays analphabète de la périphérie et le transformer en quelques décennies en puissance mondiale n’est pas un grand échec – ai-je commenté par esprit de contradiction, malgré mon mépris profond pour l’époque de Staline et ses conséquences.

—Par exemple, la lutte de classes est un acte criminel.

—Tout à fait d’un accord. Surtout parce qu’elle existe. Bien que maintenant il ne s’agisse pas des princesses de sang bleu et de paysans criminels avec un visage de crapaud.

Bien sûr, voir l’Union Soviétique comme le marxisme mis en pratique est un abus dans tous les sens. Si Marx avait vécu à l’époque et sur cette terre, il aurait aussi été un exilé en Angleterre. Non parce que l’Angleterre était un empire bon mais parce que c’était un empire arrogant, comme tout empire, qui ne s’est senti jamais menacé par les intellectuels. Ce qui était un avantage considérable pour quelqu’un qui devait écrire une analyse historique comme Le Capital pour être lu et discuté durant les siècles à venir, même après l’Union Soviétique et l’Empire Britannique aient disparu.

Mais encore si nous assumions que le marxisme a échoué comme organisation politique cela ne veut pas dire que le marxisme ait échoué comme courant de pensée et d’action sociale. Paradoxalement, là où il est plus le vivant aujourd’hui c’est dans les universités étasuniens, où, d’une forme ou dune autre, il utilise comme l’un des instruments d’analyse les plus récurrents de la réalité. De cette réalité que les réalistes neandertals ne veulent pas voir. Et voilà que l’on ne peut pas dire que ces centres vivent dans les nuages parce que, ils sont mesurés selon les valeurs traditionnelles des “pragmatiques hommes d’affaires”, ce sont ces universités à travers leurs différentes sections les centres économiques qui directement ou non laissent aux pays des revenus astronomiques, sans compter chacune des inventions, systèmes et instruments contemporains qui s’utilisent dans les coins les plus lointains de la planète, pour le bien et le mal.

En laissant d’un côté ce détail, il suffirait de se situer au XVIIIe siècle ou au XIXe pour se rendre compte que ce qu’ils nomment “le marxisme” n’a pas échoué mais tout le contraire. (Il est clair que le marxisme a inspiré des barbaries. Mais les barbares et les génocides s’inspirent de toute chose. Si non, demandez à n’importe quelle religion si dans son histoire elle n’a pas des tonnes de poursuivis, torturés et massacrés au nom du Dieu et la Morale). Sans l’héritage du marxisme, la pensée actuelle, l’antimarxiste, se trouverait nue et perdue dans le monde du XXIe siècle. Et pas seulement la pensée. Une bonne partie des réussites et de la reconnaissance des égalités des oppressés – de l’humanité oppressée – a été accélérée par ce courant radical, depuis les luttes sociales réussies au XIXe siècle pour les droits des ouvriers, pour le combat de l’esclavage en Amérique et celui des paysans dans les fabriques vénéneuses de la Révolution Industrielle en Europe, pour les droits égalitaires de la femme jusqu’à la rébellion des peuples colonisés au XXe siècle. Toutes les réformes et revendications qui ont été menées avec un succès relatif et toujours précaire au XXIe siècle jusqu’à oublier qu’à un moment elles ont été combattues comme émanant du Démon ou de subversifs ressentis, souvent condamnées comme cette “voix du peuple” faisant partie du sermon au service de l’intérêt d’une minorité au pouvoir.

Quelques intellectuels de droite ont publié que tous ces progrès humanistes ont été obtenus grâce au “bon cœur” d’hommes et de femmes de foi religieuse. Cependant, leurs églises et institutions non seulement ont historiquement été là, condamnant ces luttes de libération comme “une corruption immorale du progrès”, justifiant des répressions et des massacres pendant les temps de barbarie mais de plus leurs sphères d’action avaient presque toujours leurs centres dans le pouvoir même, non pour le critiquer mais pour le légitimer. Ce qui n’est pas une condition naturelle d’aucune église en particulier, mais l’un de ces fléaux que les humains transmettent dans toute autre sphère sociale, comme le révèlent, le peu d’Évangiles qui nous sont restés.

D’un autre côté, le rejet épidermique de la tradition de la pensée marxiste ne découle pas non plus uniquement de l’apparent athéisme, puisque les Théologiens de la libération ont démontré que l’on peut croire au Dieu, être chrétien et en même temps souscrire avec cohérence à une pensée marxiste ou, au moins, une pensée progressiste de l’histoire. En fait nous pouvons comprendre le christianisme primitif comme l’humanisme radical, opposé aux structures hiérarchiques et politiques du christianisme postérieur, surgi sous la bénédiction et à la mesure politique de l’empereur Constantino.

Jusqu’à maintenant, le christianisme né d’un condamné subversif mort, portait trois siècles d’échecs et de poursuite de la part de l’Empire. Mais aussi trois de ses meilleurs siècles, avant le succès spectaculaire politique de l’année 313

 

 

 

II: Politique de Dieu

“Es tan fecunda la sagrada Escritura,

que sin demasía, ni proligidad, sobre vna cláusula se puede hazer vn libro, no dos capítulos”.

 

Francisco de Quevedo, Política de Dios, Govierno de Christo (1626).

 

Cela n’a jamais été facile de reconnaître que Jesus a été condamné à mort pour des raisons politiques. Jésus s’est incarné avec beaucoup de dimensions humaines, mais selon la tradition religieuse rien à voir avec l’une des conditions les plus humaines qui pouvait habiller le fils de Dieu. Cependant, ni Jésus ni l’église officielle de Constantin ont manqué de cette dimension, bien que ce fut deux politiques opposées la plupart de temps. La Rome de Pilates n’avait pas d’intérêt religieux dans l’exécution et s’est occupé de confondre un délit politique avec un délit moral, après avoir exécuté le turbulent avec d’autres inculpés ? détenus communs ou après l’avoir comparé avec l’autre subversif moins dangereux de l’époque, du nom de Barrabás. Il est certain que, selon les peu d’Évangiles qui ont échappé à l’empereur Constantin, l’ ordre religieux juif de l’époque a avalisé et a provoqué cette décision, mais elle ne manquait pas non plus de motivations politiques : encore oppressés comme nation, les administrateurs de la Loi ne voulaient pas perdre les privilèges mesquins de classe que garantissait l’Empire romain, stratégie que tous les empires de l’histoire ont répétée avec rigueur.

Les classes nobles ont toujours été internationales : entre elles, elles ont fait la guerre et l’amour, sans importer la culture, la religion ni la langue. Mais elles ont toujours fait attention à ne pas se mélanger avec leur propre peuple, qui leur fournissait des aliments et de la chair à canon pour la guerre, inévitablement assaisonnée du sentiment émouvant de la propagande patriotique quand ce n’était pas du sacrifice religieux. Excepté dans les contes de fées où nous trouvons quelques exceptions, comme les paysans valeureux qui arrivent à séduire leur princesse dans un conflit entre mâles. Mais dans aucun cas il s’agit de contestataires mais précisément de restaurateurs des privilèges du roi ou de l’aristocratie.

Maintenant, si nous considérons que le christianisme moderne se fonde en l’année 325, avec l’élimination arbitraire de dizaines d’Évangiles barrés d’apocryphes, il n’est pas incongru de penser que tous ces textes qui mentionnaient la rébellion de Jésus et d’autres groupes subversifs contre Rome ont été pudiquement passés sous silence. De même, la responsabilité de l’empire romain sur le magnicide est passé de la faute du peuple juif jusqu’au succès politique, économique et militaire d’Israël au XXe siècle, où le même concept assumé est devenu un tabou politiquement incorrect. (L’antisémitisme, qui était une vertu éthique dans l’Europe de la Renaissance, a toujours été contre les principes de l’humanisme professés par les catholiques et les athées – comme le principe d’égalité et le droit à la différence – mais n’est pas passé d’une manière décisive à la clandestinité si ce n’est à la fin de la Deuxième Guerre.) Finalement cette Église qui a décidé d’une forme mystique la validité de seuls quatre Évangiles ce fut la même qui avait été légitimée et officialisée douze ans avant par le pouvoir de l’empereur. Constantin n’a pas seulement mis son nom sur la capitale du monde, précédemment Byzance, mais a aussi mis sa signature sur la nouvelle religion officielle de l’empire, à laquelle il ne comprenait peu ou pas grand chose, mais il a été capable de choisir la théologie finale de l’Église comme ses intérêts politiques d’unification. L’Empire ne poursuivait déjà plus, ni jetait les chrétiens aux lions et il fallait oublier et accuser quelqu’un d’autre. Surtout oublier le facteur politique du Fils de Dieu qui, paradoxalement, ne fut étranger à rien d’humain.

La tradition théologique et le discours ecclésiastique n’ont jamais vu le facteur politique derrière leurs actions, derrière leur propre histoire. Mais cette dimension peut être perçue à travers de nombreux points de vue dans la révolution provoquée par le Messie, y compris depuis la théologie même. Le dépassement du précédent nationalisme du Père ne cesse d’être un exemple. Mais la cécité politique fut de tous les temps une vision de classe contagieuse. Quand la pensée européenne, spécialement depuis le marxisme, a remarqué cette dimension idéologique du discours hégémonique et de la dynamique de l’histoire, le sermon traditionnel a attribué la capacité d’être politique et idéologique à tout ce qui était pensé et produit en dehors des murs épais des églises. On a prétendu que la politique était incompatible avec la religion ou, tout au moins, qu’on pouvait l’expurger d’un cloître, d’un couvent ou d’un ermitage bien que le clergé s’occupait d’elle.

Le sermon religieux traditionnel continue d’être incapable de voir cette réalité au-delà de l’individu, raison pour laquelle toute référence à l’histoire, à la société comme quelque chose de plus que l’ensemble d’âmes isolées déclanche toutes les alarmes dialectiques. Pour ceux-ci, une société est un tas d’individus, une espèce de Société Anonyme, par moment autist. Le salut est un problème individuel, à tel point qu’un homme ou une femme peut atteindre le Paradis et être heureux bien que sa bienaimée de toute la vie ait été envoyée à l’enfer pour être athée ou diverger avec les canons de la religion.

D’autre part, je comprends qu’aujourd’hui c’est l’Église Catholique l’une des églises qui a le plus changé depuis le Vatican II de 1962. Non grâce au Vatican mais malgré lui. Malgré la réaction conservatrice de Jean Paul II et le rejet théologique persistant du cardinal de l’époque Joseph Ratzinger dans les années 80, l’église ou les églises catholiques chaque jour se sont de plus en plus identifiées aux valeurs des théologiens de la libération. L’histoire se répète : les changements surgissent des vaincus, depuis la clandestinité, depuis les marges du pouvoir politique. Bien qu’avec un langage toujours conservateur, leurs valeurs, surtout en Amérique Latine, continuent de s’éloigner progressivement de cette pratique traditionnelle qui consistait à légitimer et à appuyer les classes oligarchiques quand elles ne bénissaient pas explicitement les dictatures militaires, nées des propres intérêts agricoles des classes dominantes. Le parfum de l’antiquité qu’on respire dans les petites églises catholiques peu à peu passe d’une représentation de l’oppression aux minorités à un refuge politique – spirituel de ces minorités. La raison repose sur le fait que l’intolérance politique- religieuse s’est déposée dans les sectes protestantes qui entourent les centres du pouvoir mondial, aujourd’hui en déclin mais encore avec une force suffisante pour dicter par la force de ses muscles la “morale correcte” et la politique des héros type Rambo. Le narcotique salvateur des télé-évangelistes a certainement pris le rôle politique des sermons catholiques du Moyen Âge et jusqu’à une période bien avancée du XXe siècle, quand on confondait le martyr céleste avec le soldat qui tombait en défendant l’empire au moment où on accusait de politique ou de marxiste celui qui osait controverser cette relation incestueuse.

 

 

Jorge Majfud, Lincoln University of Pennsylvania , Mai 2008.

 

 

 

O bombardeio dos símbolos

 

 

O fracasso do marxismo (I)

 

Recentemente, um grupo de pesquisadores espanhóis concluiu que a extinção dos neandertais há mais de vinte mil anos – estes gnomos e anõezinhos narigudos que pululam nos contos tradicionais da Europa – deveu-se a uma inferioridade fundamental em relação aos cromagnons. Segundo José Carrión, da Universidade de Murcia, nossos antepassados homo sapiens possuíam uma maior capacidade simbólica, enquanto que os neandertais eram mais realistas e, portanto, inferiores como sociedade. Hoje ninguém acreditaria nos mitos daqueles nossos avós, não obstante sua utilidade se pareça com a do geocentrismo ptolomaico que, em sua época, serviu para predizer eclipses.

De acordo com uma primitiva visão darwiniana – própria dos neoconservadores antidarwinianos –, o mundo segue sendo uma competição entre neandertais e cromagnons. Somente ganhar vale, porque “nossos valores” são superiores, já que são “os valores de Deus”. Outros pensam o contrário: este tipo de dinâmica não poderia levar ao êxito dos cromagnons, mas, sim, à extinção de ambos contendores, sob a lógica arbitrária de Superman, segundo a qual “os bons somos nós e por isso devemos aniquilar os maus”.

Há uma diferença com nossos tempos: não estamos totalmente naquela pré-história e, se subscrevemos minimamente um possível progresso da história, segundo os valores do humanismo, podemos interpretar que estas leis darwinianas não se aplicam a frio na espécie humana ou a cultura de cooperação e solidariedade é parte da própria seleção natural que superou o estado cavernícola.

Entretanto, ainda restam em pé alguns princípios daquela época. Por exemplo, a fortaleza que confere uma crença sólida, sem importar sua veracidade. Assim foram erguidos todos os impérios como o romano, o islâmico e os que vieram a seguir, europeus e americanos. Entre eles algum teria que estar teologicamente equivocado, mas todos tiveram sucesso graças a algum tipo de fanatismo messiânico. Também assim afundaram.

Se os antigos mitos totêmicos favoreceram algumas tribos sobre as outras, os modernos mitos sociais discriminam de forma mais complexa, favorecendo classes sociais, grupos ou seitas financeiras, interesses nacionais e, às vezes, raciais etc.

Vejamos um exemplo contemporâneo. Não faz muito tempo alguém me apontava com inabalável obviedade a derrota do marxismo no mundo.

– Por que pensa você que o marxismo fracassou? – perguntei.

– Basta ver o que ocorreu na União Soviética e nos países socialistas e com terroristas como Che Guevara.

Este senhor nunca havia lido um só texto de Marx ou de seus seguidores, mas havia visto muita televisão e, sobretudo, recebera alguns cursos sobre “luta anti-subversiva”, estando, portanto, municiado com uma dezena de lugares comuns temperados com a eloqüência da repetição.

– Na realidade, arrancar um país analfabeto da periferia e convertê-lo por várias décadas em potência mundial não parece um grande fracasso – comentei por pura birra, apesar de meu profundo desprezo pelos tempos de Stalin e seus conseqüentes.

– A luta de classes, por exemplo, é um ato criminoso.

– Completamente de acordo. Sobretudo porque existe. Ainda que agora não se trate de princesas de sangue azul e camponeses criminosos com cara de sapo.

Claro que ver a União Soviética como o marxismo posto em prática é uma arbitrariedade com próprios e alheios. Se Marx, então, houvesse vivido lá naquela terra, igualmente teria sido exilado na Inglaterra. Não porque a Inglaterra fosse um império bondoso, senão porque era um império arrogante, como todo império, que nunca se sentiu ameaçado pelos intelectuais. O que era uma considerável vantagem para alguém que devia escrever uma análise histórica como O Capital para ser lido e discutido pelos séculos vindouros, ainda quando a União Soviética ou o Império Britânico houvessem desaparecido.

Mas ainda se assumíssemos que o marxismo fracassou como organização política, isso não quer dizer que o marxismo tenha falido como corrente de pensamento e de ação social. Puro paradoxo, é nas universidades norte-americanas onde o marxismo está mais vivo e, de uma forma ou de outra é usado como um dos mais recorrentes instrumentos de análise da realidade. Esta realidade que os realistas neandertais não querem ver. E não se pode dizer que esses centros vivem nas nuvens porque, mesmo medido de acordo com os valores tradicionais dos “pragmáticos homens de negócios”, são essas universidades, através de seus diferentes títulos, os centros econômicos que direta e indiretamente legam ao país astronômicos ganhos econômicos, sem contar cada um dos inventos, sistemas e instrumentos contemporâneos que são utilizados nos lugares mais remotos do planeta, para o bem e para o mal.

Deixando de lado este detalhe, bastaria situar-se no século XVIII ou no XIX para perceber que isso que chamam “marxismo” não fracassou, muito pelo contrário. (Claro que o marxismo inspirou barbaridades. Mas os bárbaros e genocidas buscam inspiração em qualquer coisa. Senão, perguntem a qualquer religião se em sua história não há toneladas de perseguidos, torturados e massacrados em nome de Deus e da Moral.)

Sem a herança do marxismo, o pensamento atual, inclusive o antimarxista, estaria nu e perdido no mundo do século XXI. E não só o pensamento. Uma boa parte dos sucessos e do reconhecimento das igualdades dos oprimidos – da humanidade oprimida – foram acelerados por esta corrente radical, desde as exitosas lutas sociais no século XIX pelos direitos dos trabalhadores, pelo combate à escravidão na América e a dos camponeses nas venenosas fábricas da Revolução Industrial na Europa, pelos direitos igualitários da mulher até a rebelião dos povos colonizados no século XX. Todas as revisões e reivindicações foram continuadas com relativo alcance e sempre precário no século XXI, até ser esquecido que, em seu momento, foram combatidas como próprias do Demônio ou de subversivos ressentidos, não poucas vezes condenados por essa “voz do povo” criada pelo sermão na medida do interesse de uma minoria no poder.

Alguns intelectuais de direita divulgaram que todos esses progressos humanistas foram alcançados graças ao “bom coração” dos homens e mulheres de fé religiosa. Não obstante, suas igrejas e instituições não só estiveram historicamente ali, condenando essas lutas de libertação como “corrupções imorais do progresso”, justificando repressões e matanças durante os tempos de barbárie, já que suas esferas de ação quase sempre tinham seus centros no próprio poder, não para criticá-lo e, sim, para legitimá-lo. O qual não é uma condição natural de nenhuma igreja em particular, mas uma destas pragas que os humanos transmitem em qualquer outra esfera social, tal como o revelam os poucos Evangelhos que nos restaram.

Por outro lado, o rechaço epidérmico à tradição do pensamento marxista tampouco se deve unicamente a um aparente ateísmo, já que os Teólogos da Libertação demonstraram que se pode crer em Deus, ser cristão e ao mesmo tempo subscrever com coerência um pensamento marxista ou, ao menos, progressista da história. De fato, podemos entender o cristianismo primitivo como um humanismo radical, oposto às estruturas hierárquicas e políticas do cristianismo posterior, surgido sob a bênção e a medida política do imperador Constantino.

Até este momento, o cristianismo nascido de um subversivo condenado à morte, trazia três séculos de derrotas e perseguição por parte do Império. Mas também três de seus melhores séculos, antes do espetacular êxito político do ano 313.

 

Política de Deus (II)

 

“É tão fecunda a sagrada Escritura, que, sem demasia, nem prolixidade, sobre uma cláusula se pode fazer um livro, não dois capítulos”.

Francisco de Quevedo. Política de Dios, Govierno de Christo (1626).

Nunca foi fácil reconhecer que Jesus foi condenado à morte por razões políticas. Jesus encarnou muitas dimensões humanas mas, segundo a tradição religiosa, nada teve a ver com uma das condições mais humanas que podia vestir o filho de Deus. Entretanto, nem Jesus nem a igreja oficial de Constantino careceram dessa dimensão, embora fossem duas políticas opostas na maior parte do tempo. A Roma de Pilatos não tinha nenhum interesse religioso na execução, e cuidou de confundir um delito político com um delito moral, ao justiçar o revoltoso junto com outros réus comuns, ou ao equipará-lo com outro subversivo menos perigoso da época, de nome Barrabás.

É certo que, segundo os poucos Evangelhos que se salvaram do imperador Constantino, a classe religiosa judia da época avalizou e promoveu essa decisão, mas isto tampouco carecia de motivações políticas: ainda oprimidos como nação, os administradores da Lei não queriam perder os mesquinhos privilégios de classe que o Império romano garantia, estratégia que todos os impérios da história repetiram com rigor.

As classes nobres sempre foram internacionais: entre elas fizeram a guerra e o amor, sem importar a cultura, a religião nem o idioma. Mas sempre se precaveram de não se misturar com seus próprios povos, que lhes proviam de alimentos e carne de canhão para a guerra, inevitavelmente temperada com o comovedor sentimento da propaganda patriótica, quando não do sacrifício religioso. Exceto nos contos de fadas, onde encontramos algumas exceções, como os valorosos camponeses que chegam a ganhar a princesa em uma contenda entre machos. Mas, em nenhum caso, trata-se de contestadores senão, precisamente, de restauradores dos privilégios do rei ou da aristocracia.

Agora, se consideramos que o cristianismo moderno é fundado no ano 325, com a eliminação arbitrária de dezenas de evangelhos tachados de apócrifos, não é raro pensar que todos aqueles textos que mencionavam a rebelião de Jesus e outros grupos subversivos contra Roma hajam sido pudicamente silenciados. Da mesma forma, da responsabilidade do império romano pelo magnicídio, passou-se à culpa do povo judeu até o êxito político, econômico e militar de Israel, no século XX, onde o próprio, assumido, converteu-se em um tabu politicamente incorreto. (O anti-semitismo, que era uma virtude ética na Europa do Renascimento, sempre esteve contra os princípios do humanismo professado por católicos e ateus – como o princípio da igualdade e o direito à diferença – mas não passou decisivamente à clandestinidade, a não ser até o fim da Segunda Guerra.)

No final, a Igreja, que decidiu de forma mística a validade de só quatro Evangelhos, foi a mesma que havia recebido a legitimação e oficialização do poder 12 anos antes, de parte do imperador. Constantino não só colocou seu nome na capital do mundo, antes Bizâncio, mas apôs também sua assinatura na nova religião oficial do império, da qual entendia pouco ou nada, embora fosse capaz de decidir a teologia final da Igreja conforme seus interesses políticos de unificação. O Império já não perseguia nem jogava cristãos aos leões, e havia que esquecer e culpar algum outro. Sobretudo, esquecer o fator político do Filho de Deus que, paradoxalmente, não foi alheio a nada humano.

A tradição teológica e o discurso eclesiástico nunca viram o fator político atrás de suas ações, atrás de sua própria história. Mas esta dimensão pode ser observada de muitos pontos de vista na revolução provocada pelo Messias, inclusive desde a própria teologia. A superação do nacionalismo anterior do Pai não deixa de ser um exemplo. Porém, a cegueira política representou por muito tempo uma contagiosa visão de classe.

Quando o pensamento europeu, especialmente desde o marxismo, assinalou esta dimensão ideológica do discurso hegemônico e da dinâmica da história, o sermão tradicional atribuiu a capacidade de ser político e ideológico a tudo o que fosse pensado e produzido fora dos espessos muros das igrejas. Pretendeu-se que a política fosse incompatível com a religião ou, ao menos, que era possível expurgá-la de um claustro, de um convento ou de uma ermida enquanto o clero se ocupava dela.

O sermão religioso tradicional continua sendo incapaz de ver esta realidade mais além do indivíduo, razão pela qual qualquer referência à história, à sociedade como algo mais que um conjunto de almas isoladas, faz soar todos os alarmas dialéticos. Para estes, uma sociedade é o acúmulo de indivíduos, uma espécie de Sociedade Anônima, autista, por momentos. A salvação é um problema individual, ao extremo que um homem ou uma mulher possa alcançar o Paraíso e ser feliz ainda que sua amada de toda a vida haja sido lançada ao inferno por atéia ou por discrepar do cânon religioso.

Por outro lado, entendo que, hoje em dia, é a Igreja Católica uma das igrejas que mais mudou, desde o Vaticano II de 1962. Não graças ao Vaticano, senão apesar dele. Apesar da reação conservadora de João Paulo II e do persistente rechaço teológico do então cardeal Joseph Ratzinger, nos anos 80, à igreja ou às igrejas católicas que a cada dia se identificam mais com os valores dos teólogos da libertação.

A história se repete: as mudanças surgem dos derrotados, desde a clandestinidade, das margens do poder político. Embora com uma linguagem sempre conservadora, seus valores, sobretudo na América Latina, continuam distanciando-se progressivamente daquela prática tradicional que consistia em legitimar e apoiar as classes oligárquicas, quando não explicitamente abençoavam as ditaduras militares, nascidas dos próprios interesses agropecuários das classes dominantes.

O odor da antigüidade que se respira nas pequenas igrejas católicas pouco a pouco deixa de representar a opressão às minorias para converter-se em refúgio político-espiritual dessas minorias. A razão apóia que a intolerância político-religiosa tenha se assentado nas seitas protestantes, que rodeiam os centros do poder mundial, hoje em declive, mas ainda com vigor suficiente para ditar, pela força de seus músculos, a “moral correta” e a política dos heróis do tipo Rambo. O narcótico salvador dos televangelistas assumiu definitivamente o papel político que, certa vez, tiveram os sermões católicos da Idade Média, e até bem depois no século XX, quando se confundia o mártir celestial com o soldado que caía defendendo o império, ao mesmo tempo em que se acusava de político ou de marxista a quem se atrevesse a questionar essa relação incestuosa.

 

Superman, a Mulher Maravilha e as campanhas eleitorais (III)

 

Não é casualidade que a forma tradicional de ver e construir a realidade através de agrupamento de indivíduos, de bons contra maus, própria do telesermão religioso e dos comics de super-heróis, seja idêntica à promovida pelos tradicionais meios massivos de difusão. Uma câmera de televisão não pode abarcar lógicas abstratas, nem realidades além de indivíduos ou pequenos grupos. Não pode, não interessa e, freqüentemente, não convém.

Embora mil imagens nunca poderão substituir uma só palavra, no discurso social, como na iconoclasta Idade Média, uma só imagem segue valendo por mil palavras. Ainda que o poder siga educando e formando, na tradicional cultura letrada, as sociedades que ainda não deixaram seu histórico papel de massa produtora são educadas, principalmente, na cultura da imagem, do fragmento. As grandes revistas como Times costumam colocar rostos individuais em suas capas, não idéias. Também as grandes redes de televisão e as principais páginas dos jornais diários mais lidos acentuam essa característica de uma forma inequívoca, sobretudo quando algum miserável escândalo sexual serve de alimento semanal para a valorização própria e a condenação alheia. Durante meses, anos, cada análise se desprende a partir de duas fraturas: (1) as palavras e (2) os indivíduos.

Assim, também as eleições nacionais parecem um concurso de Miss Universo, onde o candidato é posto sob uma lupa para revelar suas emoções, seus pequenos vícios, debilidades e até seu estado de saúde. Nos Estados Unidos todos conheciam as críticas do ex-soldado John Kerry à guerra do Vietnã. Mas, em 2004, poucas semanas antes das eleições, ele perdeu a presidência porque um grupo de veteranos combatentes afirmou que o candidato, na realidade, havia sido um mau companheiro. Além de feio, um menino mau. Faltou acusá-lo de não seguir as regras dos escoteiros. De suas idéias ou do debate ideológico daquele momento ninguém lembra. Na campanha de 2008, os candidatos seguem falando na primeira pessoa e buscam desesperadamente demonstrar seus “valores”.

De fato, a ansiedade é não contradizer o discurso social, construído em base a slogans repetidos, ao mesmo tempo que outra tradição é integrada: satisfazer a ansiedade do novo e da mudança sem mudar e sem propor nunca nada novo. Embora a palavra change (mudança) faça parte de cada lema da atual campanha eleitoral, dedica-se mais tempo em deixar claro que o indivíduo que propõe a mudança – o programa do partido não importa – possui valores conservadores e não operará nenhuma variação radical na sociedade.

O método consiste em que cada candidato fale de seus sentimentos religiosos, de seus pequenos pecados já superados – elemento imprescindível de humanização entre tanta perfeição –, de seus hábitos de bons pais ou boas mães, de sua capacidade de se emocionar e chorar de vez em quando, da firmeza de seu temperamento às três da madrugada. Todos homens e mulheres prontos para salvar o país e a humanidade, como Superman ou Wonder Woman – enfim a igualdade de sexos –, pela força do braço justiceiro dele e do “laço da verdade” dela que, como um narcótico ou choque elétrico, impõe ao vilão a virtude da obediência e o vômito da verdade diante da irresistível beleza feminina.

Como na psicanálise primitiva, a verdade revela-se no tropeço semântico. Razão pela qual, todos os dias, espera-se algum lapso deste ou daquele candidato. Apenas produzido, põe-se em marcha a gigantesca maquinaria da análise política e, assim, deixa-se correr uma ou duas semanas mais entre acalorados debates sobre semântica. Essas análises são sempre previsíveis e nunca radicais. E uma análise que não é radical não aporta nenhuma mudança, da mesma forma que um político radical não produz nenhum câmbio. Acima de tudo porque rara vez chega ao poder. Este, talvez, seja o ponto central incompreendido pelos “pastores da libertação” de Barack Obama.

O atual molde analítico dos mass media é o seguinte: o candidato X disse essa palavra, e durante a semana discute-se o que quis dizer, mascarado em uma linguagem paralela sobre “um profundo debate de idéias e valores”. Quando a opinião midiática interpreta algo diferente dos valores dominantes, ou o “politicamente correto”, o candidato X convoca as câmeras de televisão para pedir desculpas públicas – demonstrando seu bom coração –, ou se justifica explicando que a referida palavra fora retirada de contexto, pelo qual onde dizia “claro” na verdade queria dizer “escuro”, que, embora parecesse criticar a Vaca Sagrada, na realidade a defendia, porque sempre esteve comprometido de coração com a tal Vaca. Algum, inclusive, recorre às lágrimas para demonstrar “seu lado humano”. Este recurso amealhou excelentes resultados em favor de Hillary Clinton em ao menos dois estados, mas, depois, teve um efeito contrário, quando se suspeitou que o abuso do truque revelava uma fraqueza demasiado feminina em tempos de guerra.

Ao colocar o indivíduo e cada uma de suas palavras sob uma lupa cósmica, qualquer crítica global ou estrutural desaparece. O que é conseqüente com as duas últimas gerações: uma habituada à publicidade fragmentada da televisão; a outra ao texto hiperfragmentado dos celulares. Esta não é uma observação totalmente pessimista, mas somente um olhar sobre a difícil transição que vive a humanidade rumo a uma liberação que seja mais efetiva do que sua própria narcotização.

Podemos assumir que o indivíduo existe desde o momento em que exerce um mínimo de liberdade, uma liberdade sempre condicionada por um mundo material e por uma cultura. Esta seria a melhor perspectiva do existencialismo, difícil, senão impossível de rebater. Mas o indivíduo define-se pelos outros, por seus contemporâneos e por milhares de anos e milhões de mortos que vivem de alguma forma nele. Negar qualquer tipo de liberdade no indivíduo é próprio do pensamento anti-humanista e de grande parte da tradição religiosa. Afirmar e promover a idéia de que só existem indivíduos independentes, interagindo com um mundo que não está dentro de si, não é uma herança do humanismo, mas outra antiga arbitrariedade que também forma parte do insuspeitado legado que todos interiormente carregamos, como indivíduos e como sociedade. E a cultura em todas suas categorias – desde a telenovela, os comics até a política menor – encarrega-se de promover esta idéia como se fosse uma condição natural do mundo dos seres humanos. Indivíduos, palavras, pouco mais.

 

Ser nós mesmos: voyeurs, bem-sucedidos e excitados (IV)

 

Há dez anos, o programa Big Brother* começava a monopolizar os principais horários da televisão na Argentina e Uruguai. O êxito da proposta não só radicava no sonho de ser bem-sucedido por inação, mas na crescente cultura do voyeur castrado que, pouco a pouco, se radicalizou. Desde o confortável turista do primeiro mundo que se interessa em conhecer in situ a miséria alheia a programas de televisão de todo tipo, onde alguém morre de fome de verdade, ou um aventureiro se propõe a morrer de fome de brincadeira durante 30 dias em uma aldeia da Tanzânia, até o rapaz que sai à procura das emoções da guerra, enquanto grava com sua câmera e conta em seu blog a magnífica experiência da morte alheia.

Dos antigos egípcios até nossos dias, a moda foi sempre a estratégia das classes altas para se distinguir da chusma. Como a chusma sempre foi chusma, não tanto por sua pobreza mas por sua ansiedade em parecer com as classes dominantes, tratava-se de copiar o estilo dos nobres e ricos até que estes não tivessem outro remédio que voltar a mudar de estilo. Décadas atrás, cultivou-se uma espécie de voyeurismo de classe: a classe operária olhava e copiava os pequenos vícios – já que não os grandes – das classes bem-sucedidas, da ciranda e da antiga realeza européia. Para repor e esquecer de sua esgotante jornada, os produtores consomem tudo aquilo que os consumidores produzem.

Mas a frivolidade democratizou-se e agora também tornou-se interessante introduzir uma câmera em uma favela do Rio de Janeiro ou nos subúrbios de Medellín. Para aqueles que não suportam emoções tão fortes, há o voyeurismo sobre um grupo de jovens ociosos da classe média, como o Big Brother, ou sobre a vida de um homem pobre que se fez rico vendendo discos ou tomates, o que exemplifica as bondades democráticas do sistema dominante.

O sistema capitalista não requer grandes teóricos; é suficiente, com a simplicidade de um caso exitoso entre um milhão dos que “ainda não chegaram lá”, que conte sua assombrosa história coroada pela demagógica moral de “querer é poder”. As explicações complexas não têm lugar porque são destinadas aos voyeurs do sucesso; aos excitados, não aos bem-sucedidos. Nada melhor que o fracasso para ansiar pelo êxito e confirmar a sabedoria de Niurka Marcos e o Show de Cristina ensinando a seus espectadores desde Miami: “é preciso ser positivos. Eu sou positiva. É por isso que alguns têm tudo o que temos e outros não têm nada”. Fatores extra-anímicos – como, por exemplo, o fato de que os imigrantes cubanos que chegam à América de forma ilegal recebem status legal, enquanto o resto não pode aspirar outra coisa que manter sua condição de eternos fugitivos – são meros detalhes próprios de mentes pessimistas.

Como as imagens não bastam, é necessário que o protagonista de vertiginosas aventuras, como é  a inação perpétua do Big Brother, expresse cada um de seus sentimentos e explique quem é. Os outros sempre são uma boa desculpa para falar de si próprio. Nos confessionários, cada um luta para ser reconhecido como autêntico, embora em nenhum outro lugar finja-se mais que na confissão midiática. “Penso que vou ganhar porque sempre fui eu mesma”. “Ganhei porque fui autêntico todo o tempo, lutei até a morte para ser eu mesmo e mostrar o jeito que sou”.

Recentemente, no concurso Nuestra Belleza Latina realizado pela rede Univisión, em Miami, as candidatas confirmaram a regra. Até o fastio. “Penso que minha maior virtude foi ser eu mesma, nunca mudar e defender sempre o mais autêntico que levo no íntimo”. “Eu vou ganhar o concurso porque sempre fui eu mesma. Este sempre foi meu objetivo e as pessoas reconhecem e gostam”. “Eu me mostro como sou, sempre revelei meu eu mais verdadeiro”. “Minha filha foi reconhecida por ser sempre ela própria. Só peço isso, que siga sendo autêntica” etc.

Ao mesmo tempo que cada bela concorrente luta pela originalidade que a destaque do resto, pela lógica do concurso e da cultura midiática, devem evitar essa rara virtude humana. Basta observá-las caminhando ou em pé, sorrindo e equilibrando-se com a eterna perna direita à frente da esquerda, variação do cânone egípcio imposto pelos faraós mortos.

Se as americanas são ruivas ou são quase americanas, a Belleza Latina deve excluir as Marilyn Monroe, ainda que em Montevidéu ou Buenos Aires essas sejam um tipo tão comum como em Utah ou Nebraska. Entretanto, esta diferença não deve ser tão grande que a distancie do cânone da típica Barbie de pele bronzeada, nem das ruivas do Cone Sul, nem das índias da América Central e dos Andes. Tanto os rostos indígenas como os afro-americanos se julgarão mais belos quanto menos sejam “eles mesmos”, o que se deduz da obsessiva necessidade de eliminar pintas, clarear mechas e afinar lábios e narizes.

Salvo raras exceções, todas as concorrentes parecem com as Marilyn de Andy Warhol ou a série de Barbie dolls, o que leva os jurados a outra originalidade:

Animador: – Não gostaria de estar no lugar do júri…

Jurado: – É sim, a eliminação foi uma decisão muito, muito difícil.

É lógico. À parte de que todas cumprem com o ritual que responde aos nossos desejos estéticos e sexuais – produto hormonal em cumplicidade com nossos preconceitos e fixações infantis –, uma se parece com a outra, ao mesmo tempo que repetem a mesma ansiedade de serem elas próprias, “autênticas”.

Se todos somos produto de cópias, heranças e reciclagens, um concurso de beleza é a exacerbação de uma regra social específica, neste caso o da “beleza latina”, que exclui o desejo pela beleza da mulher caucasiana, travestindo uma em outra. Ninguém pode ganhar fora destes limites éticos e estéticos.

No entanto, em um reality show onde o trabalho é destacar-se sem inventar nada novo, o mérito limita-se à difícil tarefa de ser a gente mesmo, sem perder a originalidade e sem deixar de ser uma cópia ou uma paródia dos demais. Seguramente, a aleivosa fantasia de ser “a gente mesmo” e de morrer pelo que os outros dizem, não nasceu com esta cultura do eu alienado, mas é ali onde se consolidou como paradigma ético.

Aceitarão algum dia que esse “eu autêntico”, esse “ser eu mesmo” não é outra coisa que a somatória de cópias, de retalhos de outros, produto inequívoco de uma cultura que fabrica fraturas ideológicas, psicológicas, éticas, estéticas e econômicas? Ou, por acaso, essa forma de caminhar com os pés trocados, com o direito à esquerda e o esquerdo à direita são invenções originais de cada um? Esse jeito de rir, de pentear-se, de parar, de falar, esse modo de alourar-se com freqüência, de parecer com a Marilyn Monroe ou Ricky Martin, essa maneira de cada um é original ou meras repetições, desesperados transformismos do caráter?

Por outro lado, ainda assumindo que existe uma essência do ego, pura e descontaminada, surgida no momento do parto ou formada na infância, por que essa exaltação ética de “ser eu mesmo sem jamais mudar”? Será que não há nada para melhorar? Será que não faltariam algumas melhorias em semelhante palácio? Podemos aceitar que uma dose de frivolidade é necessária na vida de qualquer um. Mas quando se transforma no único pão de cada dia, é lícito suspeitar.

 

Dr. Jorge Majfud

Maio/Junho de 2008, Lincoln University of Pennsylvania .

 

* NdT: Chamado de Gran Hermano nos países citados pelo autor no original.

 

 

 

 

Política de Dios

El bombardeo de los símbolos (II)

 

“Es tan fecunda la sagrada Escritura, que sin demasía, ni proligidad, sobre vna cláusula se puede hazer vn libro, no dos capítulos”.

Francisco de Quevedo. Política de Dios, Govierno de Christo (1626).

 

 

 

Parte II: Política de Dios

 

Nunca ha sido fácil reconocer que Jesús fue condenado a muerte por razones políticas. Jesús se encarnó con muchas dimensiones humanas, pero según la tradición religiosa nada tuvo que ver con una de las condiciones más humanas que podía vestir el hijo de Dios. Sin embargo, ni Jesús ni la iglesia oficial de Constantino carecieron de esta dimensión, aunque fuesen dos políticas opuestas la mayor parte del tiempo. La Roma de Pilatos no tenía ningún interés religioso en la ejecución y se cuidó de confundir un delito político con un delito moral, al ajusticiar al revoltoso junto con otros reos comunes o al equipararlo con otro subversivo menos peligroso de la época, de nombre Barrabás. Es cierto que, según los pocos Evangelios que se salvaron del emperador Constantino, la clase religiosa judía de la época avaló y promovió esta decisión, pero esto tampoco carecía de motivaciones políticas: aún oprimidos como nación, los administradores de la Ley no querían perder los mezquinos privilegios de clase que garantizaba el Imperio romano, estrategia que repitieron con rigor todos los imperios de la historia.

Las clases nobles siempre fueron internacionales: entre ellas hicieron la guerra y el amor, sin importar la cultura, la religión ni el idioma. Pero siempre se cuidaron de no mezclarse con sus propios pueblos, que les proveían de alimentos y carne de cañón para la guerra, inevitablemente sazonada con el conmovedor sentimiento de la propaganda patriótica cuando no del sacrificio religioso. Excepto en los cuentos de hadas donde encontramos algunas excepciones, como valerosos campesinos que llegan a ganarse a la princesa en una contienda entre machos. Pero en ningún caso se trata de contestatarios sino precisamente en restauradores de los privilegios del rey o de la aristocracia.

Ahora, si consideramos que el cristianismo moderno se funda en el año 325, con la eliminación arbitraria de decenas de evangelios tachados de apócrifos, no es raro pensar que todos aquellos textos que mencionaban la rebelión de Jesús y otros grupos subversivos contra Roma hayan sido pudorosamente silenciados. De la misma forma, de la responsabilidad del imperio romano por el magnicidio se pasó a la culpa del pueblo judío hasta el éxito político, económico y militar de Israel en el siglo XX, donde el mismo asumido se convirtió en un tabú políticamente incorrecto. (El antisemitismo, que era una virtud ética en la Europa del Renacimiento, siempre estuvo en contra de los principios del humanismo profesado por católicos y ateos —como el principio de igualdad y el derecho a la diferencia— pero no pasó decisivamente a la clandestinidad sino hasta el fin de la Segunda Guerra.) Al fin y al cabo la Iglesia que decidió de forma mística la validez de sólo cuatro Evangelios fue la misma que había recibido la legitimación y oficialización del poder doce años antes, por parte del emperador. Constantino no sólo puso su nombre a la capital del mundo, antes Bizancio, sino que puso también su firma en la nueva religión oficial del imperio, de la cual entendía poco o nada pero fue capaz de decidir la teología final de la Iglesia según sus intereses políticos de unificación. El Imperio ya no perseguía ni tiraba cristianos a los leones y había que olvidar y culpar a algún otro. Sobre todo olvidar el factor político del Hijo de Dios que, paradójicamente, no fue ajeno a nada humano.

La tradición teológica y el discurso eclesiástico nunca vieron el factor político detrás de sus acciones, detrás de su propia historia. Pero esta dimensión se puede ver desde muchos puntos de vista en la revolución provocada por el Mesías, incluso desde la misma teología. La superación del nacionalismo anterior del Padre no deja de ser un ejemplo. Pero la ceguera política fue por muchos tiempos una contagiosa de visión de clase. Cuando el pensamiento europeo, especialmente desde el marxismo, advirtió esta dimensión ideológica del discurso hegemónico y de la dinámica de la historia, el sermón tradicional atribuyó la capacidad de ser político e ideológico a todo lo que fuese pensado y producido fuera de los espesos muros de las iglesias. Se pretendió que la política incompatible con la religión o, al menos, se podía expurgarla de un claustro, de un convento o de una ermita mientras el clero se ocupaba de ella.

El sermón religioso tradicional continúa siendo incapaz de ver esta realidad más allá del individuo, razón por la cual cualquier referencia a la historia, a la sociedad como algo más que un conjunto de almas aisladas hace sonar todas las alarmas dialécticas. Para éstos, una sociedad es el cúmulo de individuos, una especie de Sociedad Anónima, por momentos autista. La salvación es un problema individual, al extremo que un hombre o una mujer puede alcanzar el Paraíso y ser feliz aunque su amada de toda la vida haya sido derivada al infierno por atea o por discrepar con el canon religioso.

Por otra parte, entiendo que hoy en día es la Iglesia Católica una de las iglesias que más ha cambiado desde el Vaticano II de 1962. No gracias al Vaticano sino a pesar de él. A pesar de la reacción conservadora de Juan Pablo II y del persistente rechazo teológico del entonces cardenal Joseph Ratzinger en los años ’80, la iglesia o las iglesias católicas cada día se identifican más con los valores de los teólogos de la liberación. La historia se repite: los cambios surgen de los derrotados, desde la clandestinidad, desde los márgenes del poder político. Aunque con un lenguaje siempre conservador, sus valores, sobre todo en América Latina, continúan alejándose progresivamente de aquella práctica tradicional que consistía en legitimar y apoyar las clases oligárquicas cuando no explícitamente bendecían las dictaduras militares, nacidas de los propios intereses agrícolaganaderos de las clases dominantes. El olor a antigüedad que se respira en las pequeñas iglesias católicas poco a poco pasa de representar la opresión a las minorías para convertirse en refugio político-espiritual de esas minorías. La razón estriba en que la intolerancia político-religiosa se ha asentado en las sectas protestantes que rodean los centros del poder mundial, hoy en declive pero aún con la fuerza suficiente para dictar por la fuerza de sus músculos la “moral correcta” y la política de los héroes tipo Rambo. El narcótico salvador de los televangelistas ha tomado definitivamente el rol político que alguna vez tuvieron los sermones católicos de la Edad Media y hasta bien avanzado el siglo XX, cuando se confundía el mártir celestial con el soldado que caía defendiendo al imperio al tiempo que se acusaba de político o de marxista a quien se atrevía a cuestionar esta relación incestuosa.

 

Jorge Majfud

Lincoln University of Pennsylvania ,

Mayo 2008.

 

 

 

Le bombardement des symboles

 

I : L’échec du marxisme

Récemment un groupe de chercheurs espagnols est arrivé à la conclusion que l’extinction des hommes de Neandertal, il y a plus de vingt mille ans – ces gnomes et nains à long nez qui pullulent dans les contes traditionnels de l’Europe – a découlé d’une infériorité fondamentale par rapport aux hommes de Cromagnon. Selon José Carrión de l’Université de Murcia nos prédécesseurs homo sapiens possédaient une plus grande capacité symbolique, tandis que les Neandertals étaient plus réalistes et par conséquent inférieurs comme société. Personne ne croit aujourd’hui aux mythes de nos grands-parents, cependant leur utilité est semblable à celle du géocentrisme ptoléméen qui à son époque a servi à prédire des éclipses.

Selon une vision primitive darwinienne – propre aux néo conservateurs antidarwiniens -, le monde continue d’être une concurrence entre Neandertals et Cromagnons. Seul sert de gagner, parce que “nos valeurs” sont supérieures, puisque ce sont “des valeurs de Dieu”. Nous autres nous pensons le contraire : ce type de dynamique pourrait ne pas mener au succès des cromagnons mais à l’extinction des deux rivaux sous la logique arbitraire de Superman, selon laquelle “les bons ce sont nous et c’est pourquoi nous devons anéantir les méchants”. Il y a une différence avec notre époque : nous ne sommes pas totalement dans cette préhistoire et, si nous souscrivons a minima à un progrès possible de l’histoire selon les valeurs de l’humanisme, nous pouvons interpréter que ces lois darwiniennes ne s’appliquent pas brutalement à l’espèce humaine ou à la culture de coopération et de solidarité mais fait partie de la même sélection naturelle qui a dépassé l’époque des cavernes.

Cependant quelques principes de cette époque restent encore valables. Par exemple, la force que confère une croyance solide, qu’importe sa véracité. Ainsi se sont levés tous les empires comme l’empire Romain, arabe et les empires Européens et américains qui en ont découlés. Plusieurs d’entre eux devaient théologiquement se tromper, mais tous ont eu du succès grâce à un type de fanatisme messianique. Aussi ont-ils coulé.

Si les mythes ancien totémiques ont favorisé quelques tribus par rapport aux autres, les mythes modernes sociaux discriminent d’une forme plus complexe en favorisant des classes sociales, des groupes ou des sectes financières, des intérêts nationaux et parfois raciaux, etc.

Voyons un exemple contemporain. Il n’y a pas longtemps quelqu’un signalait avec une assurance inébranlable l’échec du marxisme dans le monde.

—Pourquoi pensez-vous que le marxisme a échoué ? Ai-je demandé.

—Il suffit de voir ce qui est arrivé en Union soviétique et dans les pays socialistes et avec des terroristes comme Che Guevara.

Ce monsieur n’avait jamais lu un seul texte de Marx ou de ses disciples, mais il avait beaucoup regardé la télévision et, surtout, il avait reçu quelques cours sur “la lutte antisubversive”, de même qu’il était affublé d’une douzaine de lieux communs assaisonnés avec l’éloquence de la répétition.

—En réalité, sortir un pays analphabète de la périphérie et le transformer en quelques décennies en puissance mondiale n’est pas un grand échec – ai-je commenté par esprit de contradiction, malgré mon mépris profond pour l’époque de Staline et ses conséquences.

—Par exemple, la lutte de classes est un acte criminel.

—Tout à fait d’un accord. Surtout parce qu’elle existe. Bien que maintenant il ne s’agisse pas des princesses de sang bleu et de paysans criminels avec un visage de crapaud.

Bien sûr, voir l’Union Soviétique comme le marxisme mis en pratique est un abus dans tous les sens. Si Marx avait vécu à l’époque et sur cette terre, il aurait aussi été un exilé en Angleterre. Non parce que l’Angleterre était un empire bon mais parce que c’était un empire arrogant, comme tout empire, qui ne s’est senti jamais menacé par les intellectuels. Ce qui était un avantage considérable pour quelqu’un qui devait écrire une analyse historique comme Le Capital pour être lu et discuté durant les siècles à venir, même après l’Union Soviétique et l’Empire Britannique aient disparu.

Mais encore si nous assumions que le marxisme a échoué comme organisation politique cela ne veut pas dire que le marxisme ait échoué comme courant de pensée et d’action sociale. Paradoxalement, là où il est plus le vivant aujourd’hui c’est dans les universités étasuniens, où, d’une forme ou dune autre, il utilise comme l’un des instruments d’analyse les plus récurrents de la réalité. De cette réalité que les réalistes neandertals ne veulent pas voir. Et voilà que l’on ne peut pas dire que ces centres vivent dans les nuages parce que, ils sont mesurés selon les valeurs traditionnelles des “pragmatiques hommes d’affaires”, ce sont ces universités à travers leurs différentes sections les centres économiques qui directement ou non laissent aux pays des revenus astronomiques, sans compter chacune des inventions, systèmes et instruments contemporains qui s’utilisent dans les coins les plus lointains de la planète, pour le bien et le mal.

En laissant d’un côté ce détail, il suffirait de se situer au XVIIIe siècle ou au XIXe pour se rendre compte que ce qu’ils nomment “le marxisme” n’a pas échoué mais tout le contraire. (Il est clair que le marxisme a inspiré des barbaries. Mais les barbares et les génocides s’inspirent de toute chose. Si non, demandez à n’importe quelle religion si dans son histoire elle n’a pas des tonnes de poursuivis, torturés et massacrés au nom du Dieu et la Morale). Sans l’héritage du marxisme, la pensée actuelle, l’antimarxiste, se trouverait nue et perdue dans le monde du XXIe siècle. Et pas seulement la pensée. Une bonne partie des réussites et de la reconnaissance des égalités des oppressés – de l’humanité oppressée – a été accélérée par ce courant radical, depuis les luttes sociales réussies au XIXe siècle pour les droits des ouvriers, pour le combat de l’esclavage en Amérique et celui des paysans dans les fabriques vénéneuses de la Révolution Industrielle en Europe, pour les droits égalitaires de la femme jusqu’à la rébellion des peuples colonisés au XXe siècle. Toutes les réformes et revendications qui ont été menées avec un succès relatif et toujours précaire au XXIe siècle jusqu’à oublier qu’à un moment elles ont été combattues comme émanant du Démon ou de subversifs ressentis, souvent condamnées comme cette “voix du peuple” faisant partie du sermon au service de l’intérêt d’une minorité au pouvoir.

Quelques intellectuels de droite ont publié que tous ces progrès humanistes ont été obtenus grâce au “bon cœur” d’hommes et de femmes de foi religieuse. Cependant, leurs églises et institutions non seulement ont historiquement été là, condamnant ces luttes de libération comme “une corruption immorale du progrès”, justifiant des répressions et des massacres pendant les temps de barbarie mais de plus leurs sphères d’action avaient presque toujours leurs centres dans le pouvoir même, non pour le critiquer mais pour le légitimer. Ce qui n’est pas une condition naturelle d’aucune église en particulier, mais l’un de ces fléaux que les humains transmettent dans toute autre sphère sociale, comme le révèlent, le peu d’Évangiles qui nous sont restés.

D’un autre côté, le rejet épidermique de la tradition de la pensée marxiste ne découle pas non plus uniquement de l’apparent athéisme, puisque les Théologiens de la libération ont démontré que l’on peut croire au Dieu, être chrétien et en même temps souscrire avec cohérence à une pensée marxiste ou, au moins, une pensée progressiste de l’histoire. En fait nous pouvons comprendre le christianisme primitif comme l’humanisme radical, opposé aux structures hiérarchiques et politiques du christianisme postérieur, surgi sous la bénédiction et à la mesure politique de l’empereur Constantino.

Jusqu’à maintenant, le christianisme né d’un condamné subversif mort, portait trois siècles d’échecs et de poursuite de la part de l’Empire. Mais aussi trois de ses meilleurs siècles, avant le succès spectaculaire politique de l’année 313.

 

 

 

II: Politique de Dieu

 

“Es tan fecunda la sagrada Escritura, que sin demasía, ni proligidad, sobre vna cláusula se puede hazer vn libro, no dos capítulos”.

Francisco de Quevedo, Política de Dios, Govierno de Christo (1626).

 

 

Cela n’a jamais été facile de reconnaître que Jesus a été condamné à mort pour des raisons politiques. Jésus s’est incarné avec beaucoup de dimensions humaines, mais selon la tradition religieuse rien à voir avec l’une des conditions les plus humaines qui pouvait habiller le fils de Dieu. Cependant, ni Jésus ni l’église officielle de Constantin ont manqué de cette dimension, bien que ce fut deux politiques opposées la plupart de temps. La Rome de Pilates n’avait pas d’intérêt religieux dans l’exécution et s’est occupé de confondre un délit politique avec un délit moral, après avoir exécuté le turbulent avec d’autres inculpés ? détenus communs ou après l’avoir comparé avec l’autre subversif moins dangereux de l’époque, du nom de Barrabás. Il est certain que, selon les peu d’Évangiles qui ont échappé à l’empereur Constantin, l’ ordre religieux juif de l’époque a avalisé et a provoqué cette décision, mais elle ne manquait pas non plus de motivations politiques : encore oppressés comme nation, les administrateurs de la Loi ne voulaient pas perdre les privilèges mesquins de classe que garantissait l’Empire romain, stratégie que tous les empires de l’histoire ont répétée avec rigueur.

Les classes nobles ont toujours été internationales : entre elles, elles ont fait la guerre et l’amour, sans importer la culture, la religion ni la langue. Mais elles ont toujours fait attention à ne pas se mélanger avec leur propre peuple, qui leur fournissait des aliments et de la chair à canon pour la guerre, inévitablement assaisonnée du sentiment émouvant de la propagande patriotique quand ce n’était pas du sacrifice religieux. Excepté dans les contes de fées où nous trouvons quelques exceptions, comme les paysans valeureux qui arrivent à séduire leur princesse dans un conflit entre mâles. Mais dans aucun cas il s’agit de contestataires mais précisément de restaurateurs des privilèges du roi ou de l’aristocratie.

Maintenant, si nous considérons que le christianisme moderne se fonde en l’année 325, avec l’élimination arbitraire de dizaines d’Évangiles barrés d’apocryphes, il n’est pas incongru de penser que tous ces textes qui mentionnaient la rébellion de Jésus et d’autres groupes subversifs contre Rome ont été pudiquement passés sous silence. De même, la responsabilité de l’empire romain sur le magnicide est passé de la faute du peuple juif jusqu’au succès politique, économique et militaire d’Israël au XXe siècle, où le même concept assumé est devenu un tabou politiquement incorrect. (L’antisémitisme, qui était une vertu éthique dans l’Europe de la Renaissance, a toujours été contre les principes de l’humanisme professés par les catholiques et les athées – comme le principe d’égalité et le droit à la différence – mais n’est pas passé d’une manière décisive à la clandestinité si ce n’est à la fin de la Deuxième Guerre.) Finalement cette Église qui a décidé d’une forme mystique la validité de seuls quatre Évangiles ce fut la même qui avait été légitimée et officialisée douze ans avant par le pouvoir de l’empereur. Constantin n’a pas seulement mis son nom sur la capitale du monde, précédemment Byzance, mais a aussi mis sa signature sur la nouvelle religion officielle de l’empire, à laquelle il ne comprenait peu ou pas grand chose, mais il a été capable de choisir la théologie finale de l’Église comme ses intérêts politiques d’unification. L’Empire ne poursuivait déjà plus, ni jetait les chrétiens aux lions et il fallait oublier et accuser quelqu’un d’autre. Surtout oublier le facteur politique du Fils de Dieu qui, paradoxalement, ne fut étranger à rien d’humain.

La tradition théologique et le discours ecclésiastique n’ont jamais vu le facteur politique derrière leurs actions, derrière leur propre histoire. Mais cette dimension peut être perçue à travers de nombreux points de vue dans la révolution provoquée par le Messie, y compris depuis la théologie même. Le dépassement du précédent nationalisme du Père ne cesse d’être un exemple. Mais la cécité politique fut de tous les temps une vision de classe contagieuse. Quand la pensée européenne, spécialement depuis le marxisme, a remarqué cette dimension idéologique du discours hégémonique et de la dynamique de l’histoire, le sermon traditionnel a attribué la capacité d’être politique et idéologique à tout ce qui était pensé et produit en dehors des murs épais des églises. On a prétendu que la politique était incompatible avec la religion ou, tout au moins, qu’on pouvait l’expurger d’un cloître, d’un couvent ou d’un ermitage bien que le clergé s’occupait d’elle.

Le sermon religieux traditionnel continue d’être incapable de voir cette réalité au-delà de l’individu, raison pour laquelle toute référence à l’histoire, à la société comme quelque chose de plus que l’ensemble d’âmes isolées déclanche toutes les alarmes dialectiques. Pour ceux-ci, une société est un tas d’individus, une espèce de Société Anonyme, par moment autist. Le salut est un problème individuel, à tel point qu’un homme ou une femme peut atteindre le Paradis et être heureux bien que sa bienaimée de toute la vie ait été envoyée à l’enfer pour être athée ou diverger avec les canons de la religion.

D’autre part, je comprends qu’aujourd’hui c’est l’Église Catholique l’une des églises qui a le plus changé depuis le Vatican II de 1962. Non grâce au Vatican mais malgré lui. Malgré la réaction conservatrice de Jean Paul II et le rejet théologique persistant du cardinal de l’époque Joseph Ratzinger dans les années 80, l’église ou les églises catholiques chaque jour se sont de plus en plus identifiées aux valeurs des théologiens de la libération. L’histoire se répète : les changements surgissent des vaincus, depuis la clandestinité, depuis les marges du pouvoir politique. Bien qu’avec un langage toujours conservateur, leurs valeurs, surtout en Amérique Latine, continuent de s’éloigner progressivement de cette pratique traditionnelle qui consistait à légitimer et à appuyer les classes oligarchiques quand elles ne bénissaient pas explicitement les dictatures militaires, nées des propres intérêts agricoles des classes dominantes. Le parfum de l’antiquité qu’on respire dans les petites églises catholiques peu à peu passe d’une représentation de l’oppression aux minorités à un refuge politique – spirituel de ces minorités. La raison repose sur le fait que l’intolérance politique- religieuse s’est déposée dans les sectes protestantes qui entourent les centres du pouvoir mondial, aujourd’hui en déclin mais encore avec une force suffisante pour dicter par la force de ses muscles la “morale correcte” et la politique des héros type Rambo. Le narcotique salvateur des télé-évangelistes a certainement pris le rôle politique des sermons catholiques du Moyen Âge et jusqu’à une période bien avancée du XXe siècle, quand on confondait le martyr céleste avec le soldat qui tombait en défendant l’empire au moment où on accusait de politique ou de marxiste celui qui osait controverser cette relation incestueuse.

 

Jorge Majfud, Lincoln University of Pennsylvania , Mai 2008.

 

 

 

Historia de un perdedor

Historia de un perdedor

 

Cuando un apersona escribe su currículum vitae sólo pone la lista de sus pequeños éxitos. Oculta siempre otra lista inconmensurable de fracasos y frustraciones. Yo no soy la excepción, pero de vez en cuando, como ahora, solicito incluir en mi legajo esta breve historia de frustraciones y derrotas que me enorgullecen.

En la campaña por el referéndum de 1980, las radios y la televisión de Uruguay repetían simpáticos jingles a favor del Sí. “Sí, por mi país, Sí por Uruguay, Sí por el progreso y Sí por la paz. Sí por el futuro, vamos a votar…” Aquellos que impulsaban la opción por el No para impedir que la dictadura militar se legalizara a sí misma, tenían negada la misma libertad de propaganda. Por entonces yo tenía diez años y no podía entender que los limpiaparabrisas funcionando un día de sol significaba un guiño anónimo que decía “no, no”. Por supuesto, como muchos votantes mayores, yo repetía esa simpática canción que aseguraba un país feliz y en paz, ante la mirada silenciosa y resignada de mi madre. Ella odiaba profundamente la dictadura y para evitarme problemas en la escuela no me aclaraba que esa bonita canción era parte de la misma violencia moral organizada por aquellos cavernícolas en nombre del progreso y la paz. Razón no le faltaba; una compañera de mi clase invirtió el jingle cambiando el Sí por el No y las maestras la mandaron a un rincón, a mirar la pared hasta que sonó la campana del mediodía. La inocencia que mis padres habían logrado reconstruir en mí, volvió a tropezar y darse de nariz ese día. Así creció mi Generación del Silencio, alimentada a base de mentiras y miedo.

El No ganó en noviembre de 1980. Es decir, para el caso, felizmente yo perdí. Aunque el teniente general Queirolo, convencido del triunfo del Sí, había manifestado antes de la derrota que “a los vencedores no se les ponen condiciones” —lo que demostraba la mentalidad democrática de esa Patria—, lo cierto es que toda la historia de los vencedores democráticos que siguieron después, como en otros países del continente, estuvo siempre especialmente condicionada. Democracias Especialmente Condicionadas.

Volví a perder cuando poco después descubrí la estafa: esa bonita canción había sido hecha para aquellos señores mandíbula de piedra y uniforme que nos miraban desde arriba. Aprendí que lo que parece ser, no es. Esta estafa moral se continuó unos años después en la secundaria, abundante de profesores pro-dictadura que enseñaban materias como “Educación Moral y Cívica”, cuando nuestro gobierno no era cívico, ni educado ni mucho menos moral. En aquellos centros de adoctrinamiento cívico donde con frecuencia nos expulsaban por alguna intrascendente rebeldía, se nos repetía cada día que vivíamos en una democracia, aunque en un período excepcional. Ese período excepcional duró once años, hasta 1984, y sus consecuencias se prolongaron por un par de décadas más, hasta el 2004. Mejor dicho, hasta hoy, cada vez que la justicia debe mendigar a la secta de los antiguos militares una palabra, un dato, un reconocimiento, un muerto.

En todas las elecciones que seguí con pasión en los años ‘80, todas ganó el partido Colorado, cuando mi interés estaba depositado en el otro partido tradicional, porque allí estaba un tal Wilson Ferreira, disidente pero tradicionalista como mi padre.

En 1989 voté por primera vez en un referéndum que pretendía derogar la ley que perdonaba los crímenes de lesa humanidad a los dictadores todavía con vida. Por supuesto que volví a perder, esta vez como feliz votante. La opción que defendía la impunidad de los militares había convencido a la mayoría de la población de lo bien que habíamos logrado la Paz perdonando crímenes de Estado. Al volver a la soledad de mi pequeño taller de estudiante, pinté en una pared: “Ha vencido el miedo. La razón histórica deberá esperar aún mucho más”. De todas formas siempre dejo en la razón un espacio para la duda, ya que la razón es la única que se atreve a dudar.

En las elecciones siguientes voté a un partido nuevo, el partido Verde Eto-Ecologista del profesor Rodolfo Tálice (1899-1999), que por entonces tenía noventa años y una energía intelectual como pocos. En la noche del 26 de noviembre de 1989 encendí la radio y, por casualidad, escuché el recuento de votos de la escuela donde yo había votado por la mañana: cientos de votos para un partido, cientos para el otro, “y un solo voto para el Partido Verde”, aparentemente anulado por estar plegado de forma inhabitual.

Durante los años ’90, voté a la izquierda. Eran los años de la euforia neoliberal de los partidos conservadores en Uruguay y de Menem en Argentina. En mi última elección en Uruguay, en 1999, estuve a punto de participar en la fiesta del triunfo histórico de la oposición. Más que un triunfo de la izquierda me interesaba la derrota de la derecha, enquistada en el poder desde el gobierno y sus onerosos cargos de confianza hasta el más humilde y con frecuencia improductivo cargo de desconfianza. Esa noche llegué a Montevideo mirando por la ventana del bus el clima de fiesta del Frente Amplio. Las encuestas a boca de urna lo daban como ganador. Al llegar a mi apartamento no pude entrar porque la llave se había roto y tuve que esperar cuatro o cinco horas hasta que un cerrajero lograse abrirla. Mientras, por el hall de entrada del edificio veía cómo los tradicionalistas poco a poco comenzaban a tomar las calles con sus banderas coloradas. Los mismos de siempre. Había ganado Jorge Batlle. Otra vez había perdido mi candidato.

Tal como lo anticipamos repetidas veces a mediados de esa década, pronto, cuando se agotara el recurso de ventas del modelo neoliberal criollo, sobrevendría la crisis. La crisis llegó en el 2001 en Argentina y un año después en Uruguay. Fue la peor en un siglo. Como a tantos obreros, profesionales o profesores de la clase media, a mí me afectó directamente. Por entonces era común trabajar siete meses cobrando medio sueldo. La otra mitad se recibía en cómodos insultos y humillaciones. Mientras los bancos se llevaban los ahorros y nuestros sueldos a otros paraísos financieros, yo aceptaba la invitación de un profesor norteamericano para continuar mi carrera en el exterior.

Cuando el partido de la oposición en Uruguay venció por primera vez en las elecciones del 2004, yo ya estaba en Estados Unidos. Tuve que imaginarme a través de los diarios esos ríos de gente festejando por las avenidas de todo el país. Nunca profesé admiración ciega ni grandes preferencias por ningún hombre o mujer dentro de ningún partido. Me lamentaba por no poder experimentar esa fiesta popular, compartir una vez en mi vida esa alegría, ese desconocido sentimiento de haber ganado en una contienda política, al menos como anónimo votante.

Ese mismo año, ese mismo mes, había asistido muy de cerca el proceso electoral entre demócratas y republicanos. Sin muchas esperanzas, estuve meses, días, horas, minuto a minuto observando el desarrollo y las estadísticas de las elecciones. Con un repentino dolor de muela, la noche de las elecciones tuve que asistir a la derrota de John Kerry y John Edwards, aparentemente la mejor opción.

Este año de 2008 no he podido evitar interesarme profundamente por el proceso electoral de Estados Unidos. Hace pocos días escuché de principio a fin el discurso que dio Barack Obama el 18 de marzo. Supuestamente debía ser una forma de defensa por las acusaciones que le hicieran de ser el amigo y aconsejado de un pastor “antipatriótico” y teólogo de la liberación. Obama no se defendió sino que, con elocuente precisión, pasó a la ofensiva y apuntó a la tradición de la disputa política de este país, a sus tabúes raciales y a las estrategias propagandísticas de la derecha en el poder. En un programa de televisión alguien se quejó del señor Obama: “nos ha insultado, por primera vez alguien nos ha tratado como si fuésemos adultos”. Aunque con algunos lugares comunes —al fin y al cabo es un político que necesita votos— me pareció un discurso intelectualmente impecable, frontal y organizado con el talento de un genio de la política. No obstante, por primera vez en muchas semanas, su rival demócrata, Hillary Clinton, lo ha pasado en las encuestas generales. De ganar Obama no significará un cambio radical en nada, pero sí el mayor y el mejor cambio posible. Aún perdiendo, no creo que en los años por venir se pueda evitar un terremoto generacional que irá más allá de la política.

He tenido la dudosa suerte de vivir en un tiempo interesante. Cruel, casi siempre abominable, pero interesante. Está de más decir que mi influencia en la política de mi país o de cualquier otro país ha sido y será siempre nula. No deseo otra cosa. Pero por las dudas yo le advertiría a cualquier candidato que nunca trate de conquistar mi preferencia.

 

 

Jorge Majfud

Athens, marzo 2008

 

 

¿De dónde viene la voz del pueblo?

 

Es probable que así como la rima servía a los trovadores para memorizar historias en una antigüedad sin prensa escrita, el ingenio cumpla la misma función de ayudamemoria. Pero si ingenio no es lo opuesto a genio, mucho menos es su sustituto. De ahí las fábulas y las parábolas. O los sofismas como: “Puedo resistir cualquier cosa, menos la tentación” (atribuido a Óscar Wilde); “un comunista es alguien que ha leído a Marx; un anticomunista es alguien que lo ha comprendido” (ídem, Ronald Reagan); o las más inteligentes ocurrencias de Groucho Marx. El sofisma es una minúscula pieza de ingenio que con frecuencia sustituye o pretende disimular la carencia de un pensamiento más complejo, algo así como el Reader’s Digest de la cultura universal.

La esperanzadora y popular frase de Lincoln, “puedes engañar a todos por poco tiempo, a unos pocos por todo el tiempo, pero no puedes engañar a todos por todo el tiempo” se parece a la de Churchill, “nunca tantos le debieron tanto a tan pocos”. Tal vez la geometría fonética – “…all the people part of the time, and part of the people all the time, but not all the people all the time”- conspire contra la verdad histórica. Depende lo que significa “poco tiempo” o “unos pocos”. Para déspotas y dictadores tal vez un par de décadas sea “tan poco”, pero para quienes deben sufrirlos media hora sea “tanto tiempo”.

Por otro lado, quién sabe si “engañar a mucha gente por mucho tiempo” no es otra forma triste de la verdad: si una mentira dura lo que dura una civilización, entonces ¿cómo vamos a definir esa mentira? Durante siglos, la idea de que el Sol giraba alrededor de la Tierra era unánime. El viejo sistema de Ptolomeo -bastante nuevo si consideramos que otros griegos entendían que en realidad la Tierra se movía alrededor del Sol- era la vox populi sobre cosmología. Los cálculos que consideraban el modelo de Ptolomeo podían predecir eclipses. Ese modelo cosmológico se derrumbó, poco a poco, a partir del Renacimiento. Hoy en día el heliocentrismo es vox populi. Suena por lo menos ridículo decir que en realidad el Sol gira alrededor de la Tierra. Sin embargo, esta realidad es innegable. Hasta un ciego puede verlo. Desde el punto de vista de un terrícola, paradójicamente nuestro punto de vista más común y casi siempre el único, lo que gira es el Sol, no la Tierra. Y si consideramos el primer principio einsteniano de que no hay punto de vista privilegiado ni sistema de observación único en el Universo, no hay ninguna razón para negar que el Sol gira alrededor de la Tierra. La idea heliocéntrica sólo es válida para un punto de vista (imaginario) exterior al Sistema Solar, punto de vista más simple y de más alta estética -de ahí su superioridad científica-, nunca experimentado por ser humano alguno pero fácil de concebir.

Otra paradoja de esta frase prefabricada: una de las primeras menciones escritas de vox populi, vox Dei la hace Flaccus Albinus Alcuinus hace más de mil años, precisamente para refutarla: …tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit (“…la cordura del vulgo es más bien locura”). Su raíz pagana y tal vez demagógica, autoriza al pueblo en nombre de Dios, pero/y es utilizada por toda una gama de ateos o anticlericales. Por otro lado, la burocracia que le han inventado a Dios para ayudarlo a administrar su Creación, ha practicado históricamente el lema contrario: “El poder del rey procede de Dios”. Por lo menos desde Tutankamon hasta los generalísimos y (no) muy católicos Franco, Videla, Pinochet y los neoconservadores norteamericanos. Tampoco El Vaticano recurrió jamás a la vox populi para elegir la vox Dei. ¿Cómo habría Dios de dotarnos de inteligencia y luego exigirnos una conducta de rebaño?

Desde los tiempos en que imperaba la propaganda feudal y teocrática y en tiempos de los reyes absolutistas, la vox populi fue una creación de (1) púlpitos y pupitres y de (2) historias populares de reyes y de princesas. No muy diferente a (2) las más actuales telenovelas y a las revistas de Ricos&Famosos donde se exponen las elegantes miserias de las clases dominantes para consumo moral del pueblo. Diferente, aunque no tanto, se forma hoy la vox populi en (1) los estrados políticos y los mass media dominantes.

No muy diferente de aquel primer debate blanco y negro de Nixon-Kennedy. ¿Existe algún candidato que se atreva a desafiar la sagrada opinión pública? Sí, sólo aquel que sabe no tiene probabilidades serias de ganar y no teme meter el dedo en la llaga. Pero los políticos con chance no pueden darse el lujo de incomodar esa vox populi, razón por la cual suelen acomodar el cuerpo hacia todo tipo de centros -el espacio ideológico creado por los medios- en nombre del pragmatismo. Si el objetivo mediato es la pesca de votos, ¿alguno se atrevería a decir algo que, de antemano, sabe que no caerá bien en la masa votante? Los candidatos no debaten; compiten en seducción, como si estuviesen cantando por un sueño.

Ahora, ¿quiere decir todo eso que el pueblo tiene la autoridad de imponer una conducta a sus propios candidatos? ¿Quiere decir que el pueblo tiene el poder? Para responder debemos considerar si esa opinión pública no es frecuentemente creada, o al menos influenciada por los grandes medios de comunicación -título de por sí falso y a veces demagógico-, como en la Edad Media era creada e influenciada desde el pupitre y la comunicación se reducía al sermón y el mensaje era, como hoy, el miedo.

Claro, no voy a defender la libertad de prensa en Cuba. Pero por otra parte, la repetida libertad de prensa del autoproclamado mundo libre bajo la lupa no luce igual. No me refiero sólo a la democrática autocensura de quien teme perder su empleo, o a los desempleados políticos que deben maquillar sus ideas para convencer a un posible empleador. Si en los países no libres la prensa está controlada por el Estado, ¿quién controla los medios y los fines en el mundo libre? ¿El pueblo? ¿Alguien que no pertenezca a la selecta familia de los grandes medios que ejercen la cobertura mundial, puede decidir qué tipo de noticias, qué tipo de ideas debe dominar el aire, la tierra y los mares como el pan nuestro de cada día? Cuando se dice que la nuestra es una prensa libre porque está regida por la libertad del mercado, ¿se está argumentando a favor o en contra de la libertad de la prensa y de los pueblos? ¿Quiénes deciden qué noticias y qué verdades deben ser repetidas 24 horas por CNN, Fox o Telemundo? ¿Por qué Paris Hilton llorando por dos semanas de cárcel -y luego vendiendo la historia de su delito y de su conversión moral- es primera plana y los miles de muertos por injusticias evitables son apenas un número junto con el pronóstico del tiempo?

Para completar la (auto)censura en nuestra cultura, cada vez que alguien se atreve a poner una lupa o garabatear interrogantes, es acusado de preferir los tiempos del estalinismo o algún rincón de Asia, donde la teocracia impera a su antojo. Éste es, también, parte de un conocido terrorismo ideológico del cual debemos estar intelectualmente alertas y resistentes.

La historia demuestra que los grandes cambios han sido impulsados, previstos o provocados por minorías atentas a las mayorías. Casi por regla, los pueblos han sido más bien conservadores, quizás debido a las históricas estructuras que le impusieron obediencias de plomo. La idea de que “el pueblo no se equivoca”, se parece mucho a la demagogia de “el cliente siempre tiene la razón”, aunque esté escrita con la otra mano. En el mejor sentido (humanístico), la frase vox populi, vox Dei puede referirse no a que el pueblo tiene necesariamente la razón, sino a que el pueblo es su propia razón. Es decir, toda forma de organización social lo tiene a él como sujeto y objeto. Excepto en una teocracia, donde esta razón es un dios que se arrepintió de haberle conferido libre albedrío a sus pequeñas criaturas. Excepto en el mercantilismo más ortodoxo, donde el fin es el progreso material y los medios la carne humana.

 

 

 

Jorge Majfud

The University of Georgia

Julio 2007

 

 

 

Where Does the Voice of the People Come From?

 

If naïve is not the opposite of genius, it is also not its substitute. This is the origin of fables and parables. Or of sophisms like: “I can resist anything, except temptation” (attributed to Oscar Wilde); “a communist is someone who has read Marx; an anti-communist is someone who has understood him” (Ronald Reagan); or Groucho Marx’s smartest bits. The sophism is a miniscule piece of naivety that frequently stands in for or pretends to cover up the absence of a more complex thought.

Lincoln’s hopeful and popular statement, “you can fool all the people part of the time, and part of the people all the time, but not all the people all the time,” is similar to Churchill’s, “never before have so many owed so much to so few.” Perhaps phonetic geometry – “…all the people part of the time, and part of the people all the time, but not all the people all the time” – conspires against historical truth. It depends on the meaning of “part of the time” and “part of the people.” For despots and dictators perhaps a couple of decades might be “so few” but to those who must suffer them a half an hour might be “so much time.”

For centuries, the idea that the Sun revolved around the Earth was unanimous. Ptolemy’s old system – pretty new if we consider that other Greeks believed that in reality the Earth moved around the Sun – was the “vox populi” on cosmology. The calculations that took Ptolemy’s model into account were able to predict eclipses. That cosmological model was overturned, bit by bit, beginning with the Rennaissance. Today heliocentrism is the “vox populi.” It at least sounds ridiculous to say that in reality the Sun revolves around the Earth. Nevertheless, this reality is undeniable. Even a blind man can see it. From the point of view of an earthling, what revolves is the Sun, not the Earth. And if we consider the first Einsteinian principle which holds that there is no privileged point of view nor solitary system of observation in the Universe, there is no reason to deny that the Sun revolves around the Earth. The heliocentric idea is only valid for a (imaginary) point of view outside the solar System, a simpler and more aesthetically accomplished point of view.

One of the first written mentions of vox populi, vox Dei is made by Flaccus Albinus Alcuinus more than a thousand years ago, precisely in order to refute it: …tumultuositas vulgi semper insaniae proxima sit (“…the good sense of the common people is more like madness”). Its pagan and perhaps demagogic roots authorize the people in the name of God but/and are used by a whole range of atheists or anti-clericals. On the other hand, the bureaucracy that has been invented for God in order to assist him in administering his Creation, has practiced historically the opposite slogan: “the power of the king originates from God.” At least from Tutankhamen through to the generalísimos and (not) very Catholic Franco, Videla, Pinochet and the U.S. neo-conservatives. Nor has the Vatican ever taken recourse to the “vox populi” in order to elect the “vox Dei.” How could God have given us intelligence and then demanded from us the conduct of a herd?

Since the times in which feudal and theocratic propaganda reined and in the times of the absolutist monarchs, the “vox populi” was a creation of (1) pulpits and school desks and of (2) popular stories about kings and princesses. Not very different from (2) are the most current soap operas and the magazines about the Rich&Famous where the elegant miseries of the dominant classes are placed on exhibit for the moral consumption of the people. Different from (1), although not by much, the “vox populi” is formed today on the political stage and in the dominant mass media.

Not very different from that first black-and-white Nixon-Kennedy debate. Does the candidate exist who dares to defy the sacred “public opinion”? Yes, only the one who knows that he has no serious likelihood of winning and is not afraid to stick his finger in the wound. But politicians with a chance cannot afford the luxury of making that “vox populi” uncomfortable, for which reason they tend to accommodate themselves to the center – the ideological space created by the media – in the name of pragmatism. If the ultimate goal is angling for votes, does anyone dare to say something that he knows, beforehand, will not be well received by the voting masses? Candidates do not debate; they compete in seduction, as if they were “singing for a dream.”

Now, does all this mean that the people have the authority to impose a behavior on their own candidates? Does it mean that the people have power? In order to respond we must consider whether that public opinion is not frequently created, or at least influenced by the large communication media – a title self-evidently false and at times demagogic – just like in the Middle Ages it was created and influenced from the pulpit and communication was reduced to the sermon and the message was, as today, fear.

Obviously, I am not going to defend freedom of the press in Cuba . But on the other hand the repeated freedom of the press of the self-proclaimed “free world” does not shine under close inspection. I am not referring only to the democratic self-censorship of those who fear losing their jobs, or to the unemployed politicians who must disguise their ideas in order to convince a potential employer. If in the “unfree” countries the press is controlled by the State, who controls the means (or media) and the ends in the free world? The people? Someone who does not belong to the select family of the large media that exercise “world coverage,” who can say what kind of news, what kind of ideas should dominate the air, the land and the seas like our daily bread? When it is said that ours is a free press because it is governed by the free market, is one arguing for or against the freedom of the press and of the people? Who decides which news and which truths should be repeated 24 hours a day by CNN, Fox or Telemundo? Why is it that Paris Hilton crying over a two-week jail stay – and then selling the story of her crime and of her “moral conversion” – is frontpage news but thousands of dead as a result of avoidable injustices are an item alongside the weather prediction?

In order to complete the (self)censorship in our culture, each time that someone dares to examine things closely or scribble out a few questions, they are accused of preferring the times of Stalinism or some corner of Asia where theocracy reigns at its whimsy. This is, also, part of a well-known ideological terrorism about which we must be intellectually alert and resistant.

History demonstrates that big changes have been driven, foreseen and provoked by minorities attentive to the majority. Almost as a rule, national peoples have been more conservative, perhaps owing to the historical structures that have imposed on them a leaden obedience. The idea that “the people are never wrong” is very similar to the demagoguery of “the client is always right,” even though it is written with the other hand. In the best (humanistic) sense, the phrase “vox populi, vox Dei” can refer not to the idea that the people necessarily are right, but to the idea that the people is its own truth. That is to say, every form of social organization has the people as subject and object. Except in a theocracy, where this rationality is a god who regrets having conferred free will on his little creatures. Except in the most orthodox mercantilism, where the end is material progress and the means to the end human flesh and blood.

 

 

By Dr. Jorge Majfud, August 2007.

Translated by Dr. Bruce Campbell

March 2008

 

 

 

Le faux dilemme entre la liberté et l’égalité.

 

 

1. Les différences que la liberté ne produit pas.

 

La loi V du Titre Premier de Las siete partidas, Les sept parties (*), reconnaissait le fait que le roi “est toujours mis à la place de Dieu”. Une idée semblable a survécu dans la même Espagne, huit siècles plus tard. La légende des pièces de cent pesetas à l’effigie du général Francisco Franco confirmait cette vieille prétention du pouvoir : “Caudillo de l’Espagne par la Grâce de Dieu”.

Ces lois du XIIIème siècle, promues par le roi Alfonso X le Sage, mettaient sur papier d’autres évidences. Par exemple, on reconnaissait qu’une des vertus d’honneur des chevaliers était leur cruauté. Les nobles devaient être “cruels pour ne pas avoir de remords de voler leurs ennemis, ni de les blesser ni de tuer”. (II, T 21, loi 2, pag. 195). Pour cette raison on choisissait un chevalier parmi mille – de là le mot militia, milice, militer – qui devait de préfère correspondre, selon les mêmes lois, à des bouchers, charpentiers et forgerons, parce que ces travailleurs étaient forts de leurs mains et étaient habitués à la violence.

Mais la différenciation “logique et naturelle” était non seulement de classes ; elle était aussi de sexe et de race. “Aucune femme – établissait le sage code -, bien qu’elle soit informée du droit ne peut être avocat lors d’un jugement ; et ceci pour deux raisons : la première, parce qu’il n’est pas chose nécessaire ni honnête que la femme prenne office d’homme en étant publiquement entourée avec les hommes pour raisonner pour un autre ; la deuxième, parce que anciennement l’on interdit les sages… ”  (III, T 6, loi 3, pág. 247-248) De même, les aveugles ne pouvaient pas non plus être des avocats parce qu’ils ne pouvaient pas voir les juges et leur rendre des honneurs.

Mais la loi européenne – tout comme les lois incas commentées par Guamán Poma Ayala – légiférait aussi sur le territoire intime du sexe. L’homme qui gisait avec une femme mariée n’était pas déshonoré, mais l’était bien la femme en l’imitant. Pourquoi ? Pour une raison d’inégalité naturelle : “l’adultère que fait l’homme avec une autre femme ne fait pas de dommages ni déshonore la sienne ; l’autre [oui ] parce que de l’adultère que ferait sa femme avec un autre, reste le mari déshonoré, en recevant la femme à un autre dans son lit, c’est pourquoi les dommages et les déshonneurs ne sont pas égaux, nécessaires est qu’il puisse accuser sa femme d’adultère si elle l’a fait, et elle pas à lui ; et ceci a été établi par d’anciennes lois, bien que selon le jugement de la sainte Église il ne soit pas ainsi” (T 17, Loi 2, p 402). Ce qui en passant rappelle que l’Église Catholique n’a pas toujours été plus conservatrice que la société qu’elle intégrait, bien que pour une raison politique elle tolérait des détails du type suivant : “Tellement mauvais en étant un certain chrétien qu’on retournerait juif, envoyons qu’ils le tuent pour cette raison, bien ainsi que s’il serait retourné héresiarque”  (T 24, loi 7, p 417).

 

2. Stratégies du faux dilemme.

 

Malgré toutes ces différences sociales établies par la loi et le sens commun de l’époque, le même code volumineux reconnaissait que l’esclavage est “la plus vil chose de ce monde”. (IV, T 23, loi 8). Autrement dit, “la liberté est la chose la plus chère que l’homme peut y avoir dans ce monde” (II, T 29, Loi 1, p 226).

C’est ici où nous découvrons une des aspirations humaines les plus profondes qui, en même temps, coexistait avec une violente démonstration de force imposée par le pouvoir de classe, le pouvoir de type et le pouvoir ecclésiastique. C’est-à-dire, l’élan (et l’ideoléxique) de liberté devait coexister en promiscuité avec son élan contraire : les intérêts sectaires de classe, de type, de race. Le principe de liberté n’était pas reconnu comme un processus de libération mais devait mortellement s’accommoder des inégalités établies par la tradition qui parlait et agissait – non sans violence – au nom de la liberté.

Autrement dit, l’idée de liberté ne survivait pas par les différences sociales mais malgré ces différences. Histoire qui nous rappelle toutes les dictatures modernes, qui s’appellent dictadures, dictamoles (sic. Pinochet) ou démocraties.

Nous que comprenons nous de l’histoire des cinq dernières cents années comme la progression imparfaite mais persistante de l’élan libertaire et égalitaire de l’humanisme, nous n’acceptons pas cet élément commun qu’oppose liberté à égalité. Ces égalités ne signifient pas uniformisation, élimination des diversités, mais tout le contraire : nous sommes également différents. Les différences humaines sont des différences horizontales ; non verticales. Les différences verticales sont des différences de pouvoir. Pour notre humanisme, démocratique est synonyme d’égalitaire. C’est la violence de l’inégalité celle qui impose des uniformisations ; c’est la volonté despotique d’une des parties de l’humanité sur les autres. Et la liberté est démocratique ou c’est simplement la dictature de la liberté : la dictature de quelques hommes libres sur d’autres qui ne le sont pas autant. Parce que pour exercer toute liberté nous avons besoin d’une quote-part minimale de pouvoir ; et si ce pouvoir est mal distribué, aussi le sera la liberté.

Cette vieille discussion entre liberté et égalité assume et confirme une dichotomie qui est ensuite traduite en étendards politiques et dans des discours idéologiques : depuis deux cent ans, ses noms sont libéralisme et socialisme, droite et gauche. Les positions antagoniques se disputent le terrain sémantique de la justice sociale sans mettre en question le faux dilemme posé ; en le confirmant.

L’idéal de liberté-et- d’égalité (liberté égale) est, pour le moment, une utopie : l’anarchie. Toutefois, voyons que la même valorisation négative de cet ideoléxique -l’anarchie est automatiquement associée au chaos -, non seulement est due à une raison de survie dans une société immature, mais aussi de l’exploitation primitive du plus fort. C’est-à-dire, l’organisation verticale et autoritaire de la société aurait pu avoir comme origine une raison d’organisation pour la survie du groupe, mais ensuite a dégénéré dans une tradition oppressive. C’est le cas du patriarcat ou du militarisme. Cependant, j’ose le dire, l’histoire des derniers mille ans a été une conquête progressive de l’anarchie, avec ses réactions correspondantes et logiques des oligarchies. Elle Continuera à coûter du sang et de la douleur, mais cette vague ne s’arrêtera pas .

La société étatique a survécu en Espagne jusqu’au XVIIIème siècle et de fait, bien que pas de droit, dans les sociétés latinoaméricaines jusqu’au XXe siècle : les indigènes, les créoles déshérités, les immigrants exilés, sous la commande du corregidor, du propriétaire terrien ou de la Mining & Fruit CO, ignoraient la jouissance de la pratique du droit égalitariste au nom du devoir ou de la productivité. D’une certaine manière, le libéralisme a été une forme de socialisme -tous les deux de fait sont le produit de l’Ere Moderne et de l’humanisme – ; pour tous les deux, l’individu doit être libéré des structures traditionnelles qui organisent la société de manière verticale. L’utopie marxiste d’une société sans gouvernement et sans bureaucratie – phénomène des pays communistes qui a tant déçu le Che Guevara -, ressemble beaucoup à l’utopie libérale d’une société composée d’individus libres. La différence entre ce libéralisme et le socialisme était située dans une intériorité chrétienne : pour l’un, l’égoïsme était le moteur de progrès ; tandis que pour l’autre, l’était la solidarité, la coopération. Raison pour laquelle l’un s’est mis à faire confiance au marché et l’autre dans le progrès de la morale du “nouvel homme”. La valorisation négative traditionnelle de l’égoïsme et la valeur positive de la solidarité est résolue en partie, par les nouveaux libéraux, en qualifiant l’un comme réaliste et l’autre comme ingénu. Comme réponse, les partisans de l’égalitarisme ont qualifié ce réalisme d’hypocrite et de sauvage et la prétendue ingénuité comme une valeur altruiste et humaine.

Mais la dichotomie est encore artificielle. Il suffirait de se demander : la liberté s’est elle exercée individuellement dans une société ou à travers les autres ? ; la liberté individuelle s’est exercée en collaboration ou en concurrence avec les autres ? Si la liberté de quelques uns produit de grandes différences de pouvoir, ne serait-il pas que la liberté de l’un est exercée contre la liberté de l’autre et grâce à ce raccourci ? Est-ce la même chose la liberté que le libéralisme ? Est -ce la même chose l’égalité que l’égalitarisme ? Est-ce la même chose l’individu que l’individualisme ?

Y compris en assumant qu’il y a des individus plus habiles que d’autres, pourquoi accepter que les premiers monopolisent ou accaparent des pans de pouvoir qui restreignent le pouvoir et la liberté des autres ? On assume qu’il n’y a pas de liberté dans un système qui impose l’égalité – l’égalitarisme -, mais on oublie qu’il n’y a pas non plus de liberté dans un système qui reproduit des différences qui seulement candidement peuvent être attribuées à l’“expression naturelle” des différentes habilités individuelles. Comme si quelqu’un ne savait pas que pour être un oppresseur, un exploitant ou un tyran, une grande intelligence n’est pas nécessaire ni de grandes valeurs morales : il suffit d’une ambition débordée, une cruauté inhumaine et une hypocrisie légitimée par quelque autre théorie conçue sur mesure pour le pouvoir du jour. Et quand l’opprimé ne collaborera pas, il suffit de la force anéantissante de la machine de militaire.

L’humanisme doit faire face à cette contradiction apparente sans contradiction : la recherche de liberté est seulement possible à travers une égalité progressive, de la même manière que la recherche d’égalité doit être donnée dans une libération progressive de l’humanité. Ce n’est ne pas bon d’annuler ou de retarder l’une au nom de l’autre.

 

 

Jorge Majfud

* The University of Georgia, 30 mars 2007.

 

(*) Alfonso X Le Sage. Les sept parties, 1265.

 

Traduction de l’espagnol de : Estelle et Carlos Debiasi.

 

América y la utopía que descubrió el capitalismo I

Milenio (Mexico)

Panamá América

 

América y la utopía que descubrió el capitalismo

(Parte I)

Si el humanismo de la Era Moderna significa una reacción y un desafío a la hegemónica autoridad eclesiástica y escolástica en el siglo XIV, al bordear el siglo XVI los humanistas reaccionan contra la realidad presente del Renacimiento. Por un lado contra el poder arbitrario de la iglesia católica y por el otro contra el poder creciente de la nueva cultura capitalista. En Diálogo de las cosas ocurridas en Roma (1527) de Alfonso de Valdés, por ejemplo, podemos reconocer la voz crítica desde dentro de la iglesia contra la corrupción del Vaticano. Otros humanistas católicos, como Erasmo de Rótterdam, sin preverlo, allanaron el camino crítico a la revolución protestante de Martin Lutero.

Pero un fenómeno significativo consiste en la aparición esporádica de utopías no relacionadas con la tradición bíblica. En palabras de Gramsci “la religione è la piú ‘mastodontica’ utopia” (Quaderni del Carcere, 1933). Una de ellas, quizás la más famosa, fue Utopia (1516) de Tomás Moro. Si bien esta obra tiene similitudes con La República de Platón, y se enmarca en una misma tradición intelectual, difiere en algunos elementos significativos. También es significativo el hecho que esta isla fuese ubicada en lo que sería después América y fuese descrita por Raphael Hythloday, un supuesto marinero al servicio de Américo Vespucio, el primer explorador en dejar constancia de su conciencia de un nuevo mundo. Sir Thomas More fue un lector atento de las crónicas de Vespucci. Esta isla de perfecta armonía, ética y material es, al decir de Joyce Herthzler, todo lo contrario de lo que era la Inglaterra de la época (History, 133). Según una de sus voces, Hythloday se encontró con ciudades llenas de gente y organizadas sobre códigos éticos y sabias leyes que trascendían las meras leyes del mercado. Uno de los valores centrales de Utopia radica en el concepto de igualdad, propia de los humanistas anteriores y fundamental en los revolucionarios de siglos posteriores, desde la revolución Francesa hasta las promovidas por el pensamiento marxista en el siglo XX. En materializar esta igualdad consiste el paso ético y revolucionario de una sociedad que progresa. Pero esta igualdad básica, entendida como inherente a la condición humana, encuentra su obstáculo más grande en la propiedad privada que conduce al ansia de conquista y a desarrollar el instinto de codicia. “Thus I do fully persuade myself, that no equal and just distribution of things can be made, nor that perfect wealth shall ever be among men, unless this propriety be exiled and banished”. En el Segundo libro de Utopia, Moro describe la sociedad perfecta donde sus individuos han alcanzado un nivel ético necesario para no desear tomar más de lo que necesitan. Si no existe la codicia, nadie debe temer que escaseen los bienes materiales. Si éstos no escasean, nadie pedirá más de lo que necesita. “Seeing there is abundance of all things, and that it is not to be feared, least any man will ask more than he needeth”. El elemento simbólico, el signo de estos tiempos, otra vez, es el oro. El símbolo de la codicia no significa nada donde no existe la codicia. La fiebre del oro es representada como un síntoma de infantilismo, es decir, de inmadurez histórica, propia de un individuo proveniente de una sociedad enferma o atrasada. Cuando un embajador cargado de joyas llega a Utopia, un niño se lo señala a su madre y ésta responde: “creo que ese debe ser el embajador de los tontos”.

Todos estos valores inversos a la naciente cultura capitalista y cristiano-renacentista aparecen anotados y repetidos en las cartas y crónicas de Américo Vespucio, casi siempre dirigidas a Lorenzo di Pier Francesco de Medici, en Florencia, entre 1500 y 1505. Sin embargo, Vespucio, a quien podemos considerar el primer antropólogo en América, es más un representante de la nueva mentalidad cristiano-capitalista que Moro, quien estaba preocupado por una crítica a su propia Europa desde un punto de vista humanista. Vespucio deja claro que los habitantes del Nuevo Mundo son bárbaros y se cuida de detallar y hacer verosímil el canibalismo de sus habitantes y la falta de “reglas”. No obstante muchas otras poblaciones carecían de estas costumbres aborrecibles por la sensibilidad civilizada. Vespucio encuentra grandes poblaciones “donde había tanta gente que era maravilla, y todos estaban sin armas, y en son de paz; fuimos a tierra con los botes y nos recibieron con gran amor”. Hablando de canibalismo, anota que “ellos se maravillan porque nosotros no matamos a nuestros enemigos, y no usamos su carne en las comidas”. Vespucio condena el canibalismo de los nativos al mismo tiempo que celebra sus propias matanzas. Allí donde no eran recibidos por las buenas se hacían recibir por las malas, hasta que “al fin de la batalla quedaban mal librados frente a nosotros, pues como están desnudos siempre hacíamos en ellos grandísima matanza, sucediéndonos muchas veces luchar 16 de nosotros con 2.000 de ellos y al final desbaratarlos, y matar muchos de ellos; y robar sus casas”. En una oración, casi derrotados, un portugués de 55 años se puso a orar y, gritando, dijo “hijos, dad la cara a las armas enemigas, que Dios os dará la victoria; y se puso de hinojos e hizo oración […] y al fin los desbaratamos, y matamos a 150 de ellos quemándoles 180 casas”. Cuando encuentran mujeres excepcionalmente grandes que los llevan para darles refresco, Vespucio y sus soldados se ponen de acuerdo “en raptar dos de ellas, que eran jóvenes de quince años, para hacer un regalo a estos Reyes”. Vespucio demuestra la misma mentalidad conquistadora que legitima sus crímenes por una empresa imperial y religiosa. En este mismo siglo, otro humanista, Michel de Montaigne acusaría en 1589 a los europeos de ser peores que los caníbales, ya que por ambición se permitía esclavizar a la mayor parte de la humanidad en nombre de la religión y la justicia. Shakespeare, poco después razonará que no era posible calificar de bárbaros y salvajes a los pueblos de la periferia; “lo que ocurre es que cada cual llama barbarie a lo que es ajeno a sus costumbres”. (Continúa)

Jorge Majfud

The University of Georgia

febrero 2008

América y la utopía que descubrió el capitalismo

(Parte II)

Al volver del Nuevo Mundo, Américo Vespucio refirió a sus europeos las extrañas virtudes que había encontrado del otro lado del océano. Los bárbaros carecían de la codicia y vivían en una región del mundo bendecida por el clima. Esa América poseía las bondades geográficas de la que carecía la tórrida África por lo que, como Colón, Vespucio “pensaba estar cerca del Paraíso terrenal” donde “dificultosamente tantas especies entrasen el en Arca de Noe”, mientras que sus habitantes “no tienen ni ley, ni fe ninguna y viven de acuerdo a la naturaleza. No conocen la inmortalidad del alma, no tienen entre ellos bienes propios, porque todo es común: no tienen límites de reinos y de provincias: no tienen rey: no obedecen a nadie, cada uno es señor de sí mismo, ni amistad ni agradecimiento, la que no le es necesaria, porque no reina en ellos codicia: habitan en común en casas hechas a la manera de cabañas muy grandes y comunes, y para gentes que no tienen hierro ni otro metal ninguno, se pueden considerar sus cabañas o bien sus casas, maravillosas, porque he visto casas de 220 pasos de largo y 30 de ancho, y hábilmente construidas y en una de esas casas había 500, o 600 almas” (Cartas, 1502).

Sus habitantes, insistía Vespucio, se distinguen por la belleza y juventud de sus cuerpos, aún al otro día de parir; rara vez se enferman y con frecuencia viven más de cien años; “los médicos tendrían un mal pasar en tal lugar”. Le llamó la atención que guerreen unas tribus con otras sin saber ellos mismos por qué lo hacían, “puesto que no tienen bienes propios, ni dominio de imperio, o reinos y no saben qué cosa es la codicia, o sea bienes, o avidez de reinar, la cual me parece es la causa de las guerras y de todo acto desordenado”. En otro momento asume que hace la guerra por pasión, no por ambición. “Sus habitantes no estiman cosa alguna, ni oro, ni plata, u otras joyas”, pero el conquistador, el empresario del naciente capitalismo europeo declara su esperanza de que “no pasarán muchos años que le aportará a este Reino de Portugal, grandísimo provecho y renta”.

Esta notable diferencia por la estimación de las riquezas metálicas, llega al punto de que en Europa, se queja Vespucio, “me calumnian porque dije que aquellos habitantes no estiman ni el oro ni otras riquezas”. “Pueden llamarse más justamente epicúreos que estoicos. No son entre ellos comerciantes ni mercan cosa alguna”. En La lettera de 1505 observa que aquellos los nativos “no usan entre ellos matrimonio, cada uno toma las mujeres que quiere, y cuando las quiere repudiar las repudia sin que se le tenga por injuria ni sea una vergüenza para la mujer, pues en esto tiene la mujer tanta libertad como el hombre”. “Las riquezas que en esta nuestra Europa y en otras partes usamos, como oro, joyas, perlas y otras riquezas, no las aprecian en nada, y aunque las poseen en sus tierras no trabajan para obtenerlas ni las estiman. Son liberales en el dar, que por maravilla os niegan cosa alguna”.

Estos rasgos de vital sensualidad y libertad sexual, junto con la carencia de codicia por valores monetarios, serán distintivos y opuestos de la Europa cristiano-capitalista —además de la rara costumbre de bañarse con mucha frecuencia— que criticarán los humanistas como Tomás Moro. En consonancia con los revolucionarios latinoamericanos del siglo XX, Moro revindicará el placer como condición inseparable de la felicidad humana. Para los utópicos, era una locura procurar el dolor o eliminar el placer de la vida, razón por la cual prescribían, sobre todo, los placeres intelectuales.

Tomás Moro, a través de la voz de sus personajes, hace explícita una crítica a su tiempo, señalando paradojas que hoy atribuimos a la lógica de una ideología o de una cultura hegemónica. Para Moro existía una conspiración entre los ricos del mundo procurando su propio beneficio bajo el venerable título de commonwealth. Más de tres siglos antes de Carlos Marx y más de cuatro siglos antes de Antonio Gramsci o Louis Althusser, Tomás Moro entendió que una clase hegemónica había inventado “todo tipo de artilugios, primero para mantenerse seguros, sin temor de perder sus riquezas injustamente obtenidas y segundo para continuar abusando del trabajo de los pobres a cambio de la menor compensación posible”.  El rechazo de un sistema y una cultura basada en la codicia y la propiedad, representada por la necesidad de oro y capitales, entiende la pobreza como una simple carencia de dinero, pero si éste desapareciera desaparecería la pobreza también. En Utopía —como en la América de Vespucio— no existe lo que codicia la Europa del Renacimiento —oro, dinero, capitales—, como tampoco existirá en La ciudad del Sol (1623) de Tomás Campanella. Los utópicos de Moro desprecian la guerra que no sea en defensa propia, es decir, las guerras de los conquistadores.

Como vimos en otros ensayos, para los revolucionarios y los escritores de la “Literatura del compromiso”, el oro será en América símbolo y realidad de su maldición, la corrupción y la pérdida de los valores comunistas que se expresan en Utopía. Según Herthzler, Platón era de la idea de que el comunismo eliminaría las razones del egoísmo y así aseguraría la solidaridad del estado (“Communism, he thought, would eliminate the motive of selfishness, and finally secure the solidarity of state”) Una vez en el poder de la isla de Cuba —la isla de Utopia, próxima al gran continente americano—, Ernesto Che Guevara se lamentará de la dificultad de destruir de una forma más rápida el sistema social basado en el dinero, aunque asume que ese tiempo utópico llegará más tarde o más temprano. “Porque el salario es un viejo mal, es un mal que nace con el establecimiento del capitalismo cuando la burguesía toma el poder destrozando el feudalismo, y no muere siquiera en la etapa socialista. Se acabará como último resto, se agotará digamos, cuando el dinero cese de circular, cuando se llegue a la etapa ideal, el comunismo”. (Obra, 1967).

Como presidente del Banco Nacional de Cuba, los billetes de cinco, diez y veinte pesos llevarán su firma, un garabato “Che” que, según el mismo autor, representaba toda su ironía por un símbolo que representaba el mal de la humanidad.

La tradición crítica asume que América fue, desde el inicio de la conquista, producto de las utopías europeas. Creo que son necesarias dos aclaraciones. Si asumimos este precepto, ampliamente sugerido por los datos que disponemos, debemos precisar de qué tradición estamos hablando. Por un lado el humanismo y por el otro el capitalismo cristiano, dos ideologías opuestas aunque muchas veces usadas como instrumentos ideológicos en colaboración. Una marcó para siempre el pensamiento occidental y la otra la práctica, gran parte responsable de la acción de Occidente sobre sí mismo y sobre el resto del mundo.

Por otra parte —en un trabajo más extenso desarrollamos este punto—, todavía queda pendiente aclarar el rol que jugó la presencia de América en las utopías europeas y viceversa, más allá de vincularlo a la mitología clásica europea, y qué parte procedió de la propia cosmología indoamericana, tan diferente a la dominante en Europa desde el principio de la Conquista americana y desde el nacimiento de la Era Moderna. Una hipótesis que debería ser problematizada radica en cuestionar la sobrevaloración de la herencia griega y europea en la formación de la cosmología americana y volver la mirada a esa “masa muda”, más bien enmudecida por la violencia de la Conquista primero y por las culturas hegemónicas de Europa y Estados Unidos después. Desde un punto de vista ilustrado, la presencia de la cosmovisión amerindia y de los pueblos colonizados en general ha sido casi inexistente hasta el siglo XX. Pero ha estado ahí, latente y determinante. Porque reprimido no significa muerto sino todo lo contrario.

Jorge Majfud

The University of Georgia

febrero 2008

El humanismo, la última gran utopía de Occidente

Una de las características del pensamiento conservador a lo largo de la historia moderna ha sido la de ver el mundo según compartimentos más o menos aislados, independientes, incompatibles. En su discurso, esto se simplifica en una única línea divisoria: Dios y el diablo, nosotros y ellos, los verdaderos hombres y los bárbaros. En su práctica, se repite la antigua obsesión por las fronteras de todo tipo: políticas, geográficas, sociales, de clase, de género, etc. Estos espesos muros se levantan con la acumulación sucesiva de dos partes de miedo y una de seguridad.

Traducido a un lenguaje posmoderno, esta necesidad de las fronteras y las corazas se recicla y se vende como micropolítica, es decir, un pensamiento fragmentado (la propaganda) y una afirmación localista de los problemas sociales en oposición a la visión más global y estructural de la pasada Era Moderna.

Estas comarcas son mentales, culturales, religiosas, económicas y políticas, razón por la cual se encuentran en conflicto con los principios humanísticos que prescriben el reconocimiento de la diversidad al mismo tiempo que una igualdad implícita en lo más profundo y valioso de este aparente caos. Bajo este principio implícito surgieron los estados pretendidamente soberanos algunos siglos atrás: aún entre dos reyes, no podía haber una relación de sumisión; entre dos soberanos sólo podía haber acuerdos, no obediencia. La sabiduría de este principio se extendió a los pueblos, tomando forma escrita en la primera constitución de Estados Unidos. El reconocer como sujetos de derecho a los hombres y mujeres comunes (“We the people…”) era la respuesta a los absolutismos personales y de clase, resumido en el exabrupto de Luis XIV, “l’État c’est Moi”. Más tarde, el idealismo humanista del primer bosquejo de aquella constitución se relativizó, excluyendo la utopía progresista de abolir la esclavitud.

El pensamiento conservador, en cambio, tradicionalmente ha procedido de forma inversa: si las comarcas son todas diferentes, entonces hay unas mejores que otras. Esta última observación sería aceptable para el humanismo si no llevase explícito uno de los principios básicos del pensamiento conservador: nuestra isla, nuestro bastión es siempre el mejor. Es más: nuestra comarca es la comarca elegida por Dios y, por lo tanto, debe prevalecer a cualquier precio. Lo sabemos porque nuestros líderes reciben en sus sueños la palabra divina. Los otros, cuando sueñan, deliran.

Así, el mundo es una permanente competencia que se traduce en amenazas mutuas y, finalmente, en la guerra. La única opción para la sobrevivencia del mejor, del más fuerte, de la isla elegida por Dios es vencer, aniquilar al otro. No es raro que los conservadores de todo el mundo se definan como individuos religiosos y, al mismo tiempo, sean los principales defensores de las armas, ya sean personales o estatales. Es, precisamente, lo único que le toleran al Estado: el poder de organizar un gran ejército donde poner todo el honor de un pueblo. La salud y la educación, en cambio, deben ser “responsabilidades personales” y no una carga en los impuestos a los más ricos. Según esta lógica, le debemos la vida a los soldados, no a los médicos, así como los trabajadores le deben el pan a los ricos.

Al mismo tiempo que los conservadores odian la Teoría de la evolución de Darwin, son radicales partidarios de la ley de sobrevivencia del más fuerte, no aplicada a todas las especies sino a los hombres y mujeres, a los países y las sociedades de todo tipo. ¿Qué hay más darviniano que las corporaciones y el capitalismo en su raíz?

Para el sospechosamente célebre profesor de Harvard, Samuel Huntington, “el imperialismo es la lógica y necesaria consecuencia del universalismo”. Para nosotros los humanistas, no: el imperialismo es sólo la arrogancia de una comarca que se impone por la fuerza a las demás, es la aniquilación de esa universalidad, es la imposición de la uniformidad en nombre de la universalidad.

La universalidad humanista es otra cosa: es la progresiva maduración de una conciencia de liberación de la esclavitud física, moral e intelectual, tanto del oprimido como del opresor en última instancia. Y no puede haber conciencia plena si no es global: no se libera una comarca oprimiendo a otras, no se libera la mujer oprimiendo al hombre, and so on. Con cierta lucidez pero sin reacción moral, el mismo Huntington nos recuerda: “Occidente no conquistó al mundo por la superioridad de sus ideas, valores o religión, sino por la superioridad en aplicar la violencia organizada. Los occidentales suelen olvidarse de este hecho, los no-occidentales nunca lo olvidan”.

El pensamiento conservador también se diferencia del progresista por su concepción de la historia: si para uno la historia se degrada inevitablemente (como en la antigua concepción religiosa o en la concepción de los cinco metales de Hesíodo) para el otro es un proceso de perfeccionamiento o de evolución. Si para uno vivimos en el mejor de los mundos posibles, aunque siempre amenazado por los cambios, para el otro el mundo dista mucho de ser la imagen del paraíso y la justicia, razón por la cual no es posible la felicidad del individuo en medio del dolor ajeno.

Para el humanismo progresista no hay individuos sanos en una sociedad enferma como no hay sociedad sana que incluya individuos enfermos. No es posible un hombre saludable con un grave problema en el hígado o en el corazón, como no es posible un corazón sano en un hombre deprimido o esquizofrénico. Aunque un rico se define por su diferencia con los pobres, nadie es verdaderamente rico rodeado de pobreza.

El humanismo, como lo concebimos aquí, es la evolución integradora de la conciencia humana que trasciende las diferencias culturales. Los choques de civilizaciones, las guerras estimuladas por los intereses sectarios, tribales y nacionalistas sólo pueden ser vistas como taras de esa geopsicología.

Ahora, veamos que la magnífica paradoja del humanismo es doble: (1) consistió en un movimiento que en gran medida surgió entre los religiosos católicos del siglo XIV y luego descubrió una dimensión secular de la creatura humana, y además (2) fue un movimiento que en principio revaloraba la dimensión del hombre como individuo para alcanzar, en el siglo XX, el descubrimiento de la sociedad en su sentido más pleno.

Me refiero, en este punto, a la concepción del individuo como lo opuesto a la individualidad, a la alienación del hombre y la mujer en sociedad. Si los místicos del siglo XV se centraban en su yo como forma de liberación, los movimientos de liberación del siglo XX, aunque aparentemente fracasados, descubrieron que aquella actitud de monasterio no era moral desde el momento que era egoísta: no se puede ser plenamente feliz en un mundo lleno de dolor. Al menos que sea la felicidad del indiferente. Pero no es por algún tipo de indiferencia hacia el dolor ajeno que se define cualquier moral en cualquier parte del mundo. Incluso los monasterios y las comunidades más cerradas, tradicionalmente se han dado el lujo de alejarse del mundo pecaminoso gracias a los subsidios y las cuotas que procedían del sudor de la frente de los pecadores. Los Amish en Estados Unidos, por ejemplo, que hoy usan caballos para no contaminarse con la industria automotriz, están rodeados de materiales que han llegado a ellos, de una forma o de otra, por un largo proceso mecánico y muchas veces de explotación del prójimo. Nosotros mismos, que nos escandalizamos por la explotación de niños en los telares de India o en las plantaciones en África y América Latina consumimos, de una forma u otra, esos productos. La ortopraxia no eliminaría las injusticias del mundo —según nuestra visión humanista—, pero no podemos renunciar o desvirtuar esa conciencia para lavar nuestros remordimientos. Si ya no esperamos que una revolución salvadora cambie la realidad para que ésta cambie las conciencias, procuremos, en cambio, no perder la conciencia colectiva y global para sostener un cambio progresivo, hecho por los pueblos y no por unos pocos iluminados.

Según nuestra visión, que identificamos con el último estadio del humanismo, el individuo con conciencia no puede evitar el compromiso social: cambiar la sociedad para que ésta haga nacer, a cada paso, un individuo nuevo, moralmente superior. El último humanismo evoluciona en esta nueva dimensión utópica y radicaliza algunos principios de la pasada Era Moderna, como lo es la rebelión de las masas. Razón por la cual podemos reformular el dilema: no se trata de un problema de izquierda o derecha sino de adelante o atrás. No se trata de elegir entre religión o secularismo. Se trata de una tensión entre el humanismo y el trivalismo, entre una concepción diversa y unitaria de la humanidad y en otra opuesta: la visión fragmentada y jerárquica cuyo propósito es prevalecer, imponer los valores de una tribu sobre las otras y al mismo tiempo negar cualquier tipo de evolución.

Ésta es la raíz del conflicto moderno y posmoderno. Tanto el Fin de la historia como el Choque de civilizaciones pretenden encubrir lo que entendemos es el verdadero problema de fondo: no hay dicotomía entre Oriente y Occidente, entre ellos y nosotros, sino entre la radicalización del humanismo (en su sentido histórico) y la reacción conservadora que aún ostenta el poder mundial, aunque en retirada —y de ahí su violencia.

Jorge Majfud

2 de febrero de 2007

L’Humanisme, la dernière grande utopie d’Occident.

L’Occident n’a pas conquis le monde par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion, mais par la supériorité à appliquer la violence organisée. Les occidentaux oublient généralement ce fait, les non-occidentaux ne l’oublient jamais.

Une des caractéristiques de la pensée conservatrice tout au long de l’histoire moderne fut de voir le monde à travers des compartiments plus ou moins isolés, indépendants, incompatibles. Dans son discours, ceci est simplifié par une seule ligne de démarcation : Dieu et le diable, nous et ils, les véritables hommes et les barbares. Dans sa pratique, on répète l’ancienne obsession par des frontières de toute sorte : politiques, géographiques, sociales, de classe, de genre, etc. Ces murs épais sont élevés avec l’accumulation successive de deux louches de peur et d’une de sécurité.

Traduit dans un langage postmoderne, cette nécessité de frontières et de cuirasses est recyclée et vendue comme une micropolitique, c’est-à-dire, une pensée fragmentée (la propagande) et une affirmation locale des problèmes sociaux en opposition à la vision la plus globale et structurelle de l’Ere Moderne précédente.

Ces segments sont mentaux, culturels, religieux, économiques et politiques, raison pour laquelle ils se trouvent en conflit avec les principes humanistes que prescrit la reconnaissance de la diversité en même temps qu’une égalité implicite au plus profond et au cœur de ce chaos apparent. Sous ce principe implicite sont apparus des Etats prétendument souverains il y a quelques siècles : même entre deux rois, il ne pouvait pas y avoir une relation de soumission ; entre deux souverains, il pouvait seulement y avoir des accords, pas d’obéissance. La sagesse de ce principe a été étendue aux peuples, prenant une forme écrite dans la première constitution des Etats-Unis. Reconnaître comme sujets de droit, les hommes et les femmes (“We the people…”) était la réponse aux absolutismes personnels et de classe, résumé dans la réplique cinglante de Louis XIV,”l’État c’est Moi”. Plus tard, l’idéalisme humaniste de la première heure de cette constitution a été relativisé, excluant l’utopie progressiste de l’abolition de l’esclavage.

La pensée conservatrice, par contre, a traditionnellement procédé de manière inverse : si les pays sont tous différents, toutefois quelques uns sont meilleurs que d’autres. Cette dernière observation serait acceptable pour l’humanisme si elle ne portait pas explicitement un des principes de base de la pensée conservatrice : notre île, notre bastion est toujours le mieux. En plus : notre pays est le pays choisi par Dieu et, par conséquent, doit régner à tout prix. Nous le savons parce que nos chefs reçoivent dans leurs rêves la parole divine. Les autres, quand ils rêvent, délirent.

Ainsi, le monde est une concurrence permanente qui s’est traduite, finalement, dans des menaces mutuelles et dans la guerre. La seule option pour la survie du meilleur, du plus fort, de l’île choisie par Dieu est de vaincre, d’annihiler l’autre. Il n’est pas rare que les conservateurs dans le monde soient définis comme individus religieux et, en même temps, qu’ils soient les principaux défenseurs des armes, qu’elles soient personnelles ou étatiques. C’est, précisément, la seule chose qu’ils tolèrent à l’État : le pouvoir d’organiser une grande armée où mettre tout l’honneur d’un peuple. La santé et l’éducation, en revanche, doivent relever des “responsabilités personnelles” et non être une charge sur les impôts des plus riches. Selon cette logique, nous devons la vie aux soldats, non aux médecins, ainsi que les travailleurs doivent le pain aux riches.

En même temps que les conservateurs haïssent la Théorie de l’évolution de Darwin, ils sont des partisans radicaux de la loi de survie du plus fort, non appliquée à toutes les espèces mais aux hommes et aux femmes, aux pays et aux sociétés de tout type. Qu’est-ce qu’il y de plus darwinien que les entreprises et le capitalisme à sa racine ?

Pour le très douteux professeur de Harvard, Samuel Huntington, “l’impérialisme est la conséquence logique et nécessaire de l’universalisme”. Pour nous les humanistes, non : l’impérialisme est seulement l’arrogance d’un secteur qui est imposé par la force aux autres, il est l’annihilation de cette universalité, c’est l’imposition de l’uniformité au nom de l’universalité.

L’universalité humaniste est autre chose : c’est la maturation progressive d’une conscience de libération de l’esclavage physique, moral et intellectuel, tant de l’oppressé que de l’oppresseur en dernier ressort. Et il ne peut pas y avoir pleine conscience s’il n’est pas global : on ne libère pas un pays en oppressant un autre, la femme ne se libère pas en oppressant à l’homme, et son contraire. Avec une certaine lucidité mais sans réaction morale, le même Huntington nous le rappelle : “L’Occident n’a pas conquis le monde par la supériorité de ses idées, de ses valeurs ou de sa religion, mais par la supériorité à appliquer la violence organisée. Les occidentaux oublient généralement ce fait, les non-occidentaux ne l’oublient jamais”.

La pensée conservatrice aussi s’est différencie du progressiste par sa conception de l’histoire : si pour le première l’histoire se dégrade inévitablement (comme dans l’ancienne conception religieuse ou dans la conception des cinq métaux d’Hésiode (Poète grec, milieu du 8ème Siècle avant J.C.), pour l’autre c’est un processus d’amélioration ou d’évolution. Si pour l’un, nous vivons dans le meilleur des mondes possibles, bien que toujours menacé par des changements, pour l’autre le monde est bien loin d’être l’image du paradis et de la justice, raison pour laquelle le bonheur de l’individu n’est pas possible au milieu de la douleur d’autrui.

Pour l’humanisme progressiste, il n’y a pas d’individus sains dans une société malade comme il n’y a pas société saine qui inclut des individus malades. Il n’ y a pas d’ homme sain avec un problème grave au foie ou au cœur, comme un cœur sain dans un homme déprimé ou schizophrénique n’est pas possible. Bien qu’un riche soit défini par sa différence avec les pauvres, personne de véritablement riche n’est entouré de pauvreté.

L’humanisme, comme nous le concevons ici, est l’évolution intégratrice de la conscience humaine qui pénètre les différences culturelles. Les chocs de civilisations [1], les guerres stimulées par les intérêts sectaires, tribaux et nationalistes peuvent seulement être vues comme des tares de cette géo-psychologie.

Maintenant, voyons comment le paradoxe magnifique de l’humanisme est double :

1) ce fut un mouvement qui dans une grande mesure est apparu chez les Catholiques pratiquants du XIVème siècle et ensuite a découvert une dimension séculaire de la créature humaine, et

2) il a été en outre un mouvement qui en principe revalorisait la dimension de l’homme comme individu pour atteindre, au XXème siècle, la découverte de la société dans son sens le plus plein.

Je me réfère, sur ce point, à la conception de l’individu comme ce qui est opposé à l’individualité, à l’aliénation de l’homme et de la femme en société. Si les mystiques du XVème siècle se centraient sur « son soi » comme forme de libération, les mouvements de libération du XXème siècle, bien qu’apparemment ayant échoués, on a découvert que cette attitude de monastère n’était pas morale depuis le moment qu’elle était égoïste : on ne peut pas être pleinement heureux dans un monde plein de douleur. A moins que ce soit le bonheur de l’indifférent. Mais il ne l’est pas à cause d’ un certain type d’indifférence vers la douleur d’autrui qui définit toute morale n’emporte où dans le monde. Y compris dans les monastères et les Communautés les plus fermées, traditionnellement on se donnait le luxe de s’éloigner du monde des pécheurs grâce aux subventions et aux quotes-parts qui venaient de la sueur du front des ces mêmes pécheurs.

Les Amish aux Etats-Unis, par exemple, qui utilisent aujourd’hui des chevaux pour ne pas être contaminés par l’industrie des véhicules à moteur, sont entourés de matériels qui sont arrivés jusqu’ à eux, d’une manière ou d’une autre, par un long processus mécanique et souvent par l’exploitation du prochain. Nous-mêmes, qui nous nous scandalisons de l’exploitation d’enfants dans les métiers à tisser de l’Inde ou dans les plantations en Afrique et Amérique Latine, nous consommons, d’une manière ou d’une autre, ces produits. L’orthopraxie n’éliminerait pas les injustices du monde – selon notre vision humaniste -, mais nous ne pouvons pas renoncer ou affaiblir cette conscience pour laver nos remords. Si déjà nous n’espérons plus qu’une révolution salvatrice change la réalité et change les consciences, essayons, en revanche, de ne pas perdre la conscience collective et globale pour soutenir un changement progressif, fait par les peuples et non par quelques illuminés.

Selon notre vision, que nous identifions par le dernier stade de l’humanisme, l’individu avec conscience ne peut pas éviter l’engagement social : changer la société pour que celle-ci fasse naître, à chaque pas, un individu nouveau, moralement supérieur. Le dernier humanisme évolue dans cette nouvelle dimension utopique et radicalise quelques principes de la précédente Ere Moderne, comme l’est la rébellion des masses. Raison pour laquelle nous pouvons reformuler le dilemme : il ne s’agit pas d’un problème de gauche ou de droite mais d’avant ou d’arrière. Il ne s’agit pas de choisir entre religion ou sécularisme. Il s’agit d’une tension entre l’humanisme et le tribalisme, entre une conception diverse et unitaire de l’humanité et une autre opposée : la vision fragmentée et hiérarchique dont le but est de régner, d’imposer les valeurs d’une tribu sur les autres et en même temps nier tout type d’évolution.

Telle est la racine du conflit moderne et postmoderne. Tant la Fin de l’Histoire que le Choc de Civilisations prétendent cacher ce que nous estimons être le véritable problème de fond : il n’y a pas dichotomie entre l’Est et l’Occident, entre eux et nous, mais entre la radicalisation de l’humanisme (dans son sens historique) et la réaction conservatrice que brandit encore le pouvoir mondial, bien qu’en retrait -et à partir de là sa violence.

* Jorge Majfud est auteur uruguayen et professeur de littérature latino-américaine à l’Université de Géorgie, Etats Unis. Auteur, entre autres livres, de “La reina de América” et de “La narración de lo invisible”.

Traduction de l’espanol pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi

Note :

[1] The clash of Civilizations , de Samuel Hungtington

Humanism, the West’s Last Great Utopia

One of the characteristics of conservative thought throughout modern history has been to see the world as a collection of more or less independent, isolated, and incompatible compartments.   In its discourse, this is simplified in a unique dividing line: God and the devil, us and them, the true men and the barbaric ones.  In its practice, the old obsession with borders of every kind is repeated: political, geographic, social, class, gender, etc.  These thick walls are raised with the successive accumulation of two parts fear and one part safety.

Translated into a postmodern language, this need for borders and shields is recycled and sold as micropolitics, which is to say, a fragmented thinking (propaganda) and a localist affirmation of  social problems in opposition to a more global and structural vision of the Modern Era gone by.

These regions are mental, cultural, religious, economic and political, which is why they find themselves in conflict with humanistic principles that prescribe the recognition of diversity at the same time as an implicit equality on the deepest and most valuable level of the present chaos. On the basis of this implicit principle arose the aspiration to sovereignty of the states some centuries ago: even between two kings, there could be no submissive relationship; between two sovereigns there could only be agreements, not obedience.  The wisdom of this principle was extended to the nations, taking written form in the first constitution of the United States.  Recognizing common men and women as subjects of law (“We the people…”) was the response to personal and class-based absolutisms, summed up in the outburst of Luis XIV, “l’Etat c’est Moi.”  Later, the humanist idealism of the first draft of that constitution was relativized, excluding the progressive utopia of abolishing slavery.

Conservative thought, on the other hand, traditionally has proceeded in an inverse form: if the regions are all different, then there are some that are better than others.  This last observation would be acceptable for humanism if it did not contain explicitly  one of the basic principles of conservative thought: our island, our bastion is always the best.  Moreover: our region is the region chosen by God and, therefore, it should prevail at any price.  We know it because our leaders receive in their dreams the divine word.  Others, when they dream, are delirious.

Thus, the world is a permanent competition that translates into mutual threats and, finally, into war.  The only option for the survival of the best, of the strongest, of the island chosen by God is to vanquish, annihilate the other.  There is nothing strange in the fact that conservatives throughout the world define themselves as religious individuals and, at the same time, they are the principal defenders of weaponry, whether personal or governmental.  It is, precisely, the only they tolerate about the State: the power to organize a great army in which to place all of the honor of a nation.  Health and education, in contrast, must be “personal responsibilities” and not a tax burden on the wealthiest.  According to this logic, we owe our lives to the soldiers, not to the doctors, just like the workers owe their daily bread to the rich.

At the same time that the conservatives hate Darwin’s Theory of Evolution, they are radical partisans of the law of the survival of the fittest, not applied to all species but to men and women, to countries and societies of all kinds.  What is more Darwinian than the roots of corporations and capitalism?

For the suspiciously celebrated professor of Harvard, Samuel Huntington, “imperialism is the logic and necessary consequence of universalism.”  For us humanists, no: imperialism is just the arrogance of one region that imposes itself by force on the rest, it is the annihilation of that universality, it is the imposition of uniformity in the name of universality.

Humanist universality is something else: it is the progressive maturation of a consciousness of liberation from physical, moral and intellectual slavery, of both the opressed and the oppressor in the final instant.  And there can be no full consciousness if it is not global: one region is not liberated by oppressing the others, woman is not liberated by oppressing man, and so on.  With a certain lucidity but without moral reaction, Huntington himself reminds us: “The West did not conquer the world through the superiority of its ideas, values or religion, but through its superiority in applying organized violence.  Westerners tend to forget this fact, non-Westerners never forget it.”

Conservative thought also differs from progressive thought because of its conception of history: if for the one history is inevitably degraded (as in the ancient religious conception or in the conception of the five metals of Hesiod) for the other it is a process of advancement or of evolution.  If for one we live in the best of all possible worlds, although always threatened by changes, for the other the world is far from being the image of paradise and justice, for which reason individual happiness is not possible in the midst of others’ pain.

For progressive humanism there are no healthy individuals in a sick society, just as there is no healthy society that includes sick individuals.  A healthy man is no possible with a grave problem of the liver or in the heart, like a healthy heart is not possible in a depressed or schizophrenic man.  Although a rich man is defined by his difference from the poor, nobody is truly rich when surrounded by poverty.

Humanism, as we conceive of it here, is the integrating evolution of human consciousness that transcends cultural differences.  The clash of civilizations, the wars stimulated by sectarian, tribal and nationalist interests can only be viewed as the defects of that geopsychology.

Now, we should recognize that the magnificent paradox of humanism is double: 1) it consisted of a movement that in great measure arose from the Catholic religious orders of the 14th century and later discovered a secular dimension of the human creature, and in addition 2) was a movement which in principle revalorized the dimension of man as an individual in order to achieve, in the 20th century, the discovery of society in its fullest sense.

I refer, on this point, to the conception of the individual as opposed to individuality, to the alienation of man and woman in society.  If the mystics of the 14th century focused on their self as a form of liberation, the liberation movements of the 20th century, although apparently failed, discovered that that attitude of the monastery was not moral from the moment it became selfish: one cannot be fully happy in a world filled with pain.  Unless it is the happiness of the indifferent.  But it is not due to some type of indifference toward another’s pain that morality of any kind is defined in any part of the world.  Even monasteries and the most closed communities, traditionally have been given the luxury of separation from the sinful world thanks to subsidies and quotas that originated from the sweat of the brow of sinners.  The Amish in the United States, for example, who today use horses so as not to contaminate themselves with the automotive industry, are surrounded by materials that have come to them, in one form or another, through a long mechanical process and often from the exploitation of their fellow man.  We ourselves, who are scandalized by the exploitation of children in the textile mills of India or on plantations in Africa and Latin America, consume, in one form or another, those products.  Orthopraxia would not eliminate the injustices of the world – according to our humanist vision – but we cannot renounce or distort that conscience in order to wash away our regrets.  If we no longer expect that a redemptive revolution will change reality so that the latter then changes consciences, we must still try, nonetheless, not to lose collective and global conscience in order to sustain a progressive change, authored by nations and not by a small number of enlightened people.

According to our vision, which we identify with the latest stage of humanism, the individual of conscience cannot avoid social commitment: to change society so that the latter may give birth, at each step, to a new, morally superior individual.  The latest humanism evolves in this new utopian dimension and radicalizes some of the principles of the Modern Era gone by, such as the rebellion of the masses.  For which reason we can formulate the dilemma: it is not a matter of left or right but of forward or backward.  It is not a matter of choosing between religion or secularism.  It is a matter of a tension between humanism and tribalism, between a diverse and unitary conception of humanity and another, opposed one: the fragmented and hierarchical vision whose purpose is to prevail, to impose the values of one tribe on the others and at the same time to deny any kind of evolution.

Thisis the root of the modern and postmodern conflict.  Both The End of History and The Clash of Civilizations attempt to cover up what we understand to be the true problem: there is no dichotomy between East and West, between us and them, only between the radicalization of humanism (in its historical sense) and the conservative reaction that still holds world power, although in retreat – and thus its violence.

Dr. Jorge Majfud

Translated by Dr. Bruce Campbell

Bruce Campbell is an Associate Professor of Hispanic Studies at St. John’s University in Collegeville, MN, where he is chair of the Latino/Latin American Studies program.  He is the author of Mexican Murals in Times of Crisis (University of Arizona, 2003); his scholarship centers on art, culture and politics in Latin America, and his work has appeared in publications such as the Journal of Latin American Cultural Studies and XCP: Cross-cultural Poetics.  He serves as translator/editor for the “Southern Voices” project at http://www.americas.org, through which Spanish- and Portuguese-language opinion essays by Latin American authors are made available in English for the first time.

Blanco x Negro = Negro

hillary and obama

Image by smallcaps via Flickr

Bianco x Nero = Nero (Italian)

Blanco x Negro = Negro

El centro de los debates en las internas del partido Demócrata de Estados Unidos es un caso interesante y, sea cual sea su resultado, significará un cambio relativo. No es ninguna sorpresa, para aquellos que lo han visto desde una perspectiva histórica. Sin duda, el más probable triunfo de Hillary Clinton no será tan significativo como puede serlo el de Obama. No los separa tanto el género o la raza, sino una brecha generacional. Una, representante de un pasado hegemónico; la otra, representante de una juventud algo más crítica y desengañada. Una generación, creo, que operará cambios importantes en la década siguiente.

Sin embargo, en el fondo, lo que aún no ha cambiado radicalmente son los viejos problemas raciales y de género. El centro y, sobre todo, el fondo de los debates han sido eso: gender or race, al mismo tiempo que se afirma lo contrario. Es significativo que en medio de una crisis económica y de temores de recesión, las discusiones más acaloradas no sean sobre economía, sino sobre género y raza. En la potencia económica que, por su economía, ha dominado o influido en la vida de casi todos los países del mundo, la economía casi nunca ha sido el tema central como puede serlo en países como los latinoamericanos. Igual, entiendo que el desinterés por la política es propio de la población de una potencia política a nivel mundial. Cuando hay déficit fiscal o caídas del PIB o debilitamiento del dólar, los más conservadores siempre han sacado sus temas favoritos: la amenaza exterior, la guerra de turno, la defensa de la familia –la negación de derechos civiles a las parejas del mismo sexo– y, en general, la defensa de los valores, esto es, los valores morales según sus propias interpretaciones y conveniencias. Pero ahora las más recientes encuestas de opinión indican que la economía ha pasado a ser uno de los temas principales de atención para la población. Esto ocurre cada vez que la maquinaria económica se aproxima a una recesión. Sin embargo, los candidatos a la presidencia temen desprenderse demasiado del discurso conservador. Quizás Obama ha ido un poco más lejos en este desprendimiento criticando el abuso de la religión y cierto tipo de patriotismo, mientras Hillary ha rescatado la breve y eficaz multilla de su esposo que en 1992, en medio de la recesión de la presidencia de George H. Bush, lo llevó a la victoria: “It’s the economy, stupid”. Su fácil consumo se debe a esa sencillez que entiende la generación McDonald.

Hillary Clinton es hija de un hombre y una mujer pero, a pesar de lo que pueda decir el psicoanálisis, todos la ven como una mujer, and period. Barack Obama es hijo de una blanca y un negro, pero es negro, y punto. Esto último se deduce de todo el lenguaje que se maneja en los medios y en la población. Nadie ha observado algo tan obvio como el hecho de que también puede ser considerado tan blanco como negro, si caben esas categorías arbitrarias. Esto representa la misma dificultad de ver la mezcla de culturas en el famoso melting pot: los elementos están entreverados, pero no se mezclan. De la fundición de cobre y estaño no surge el bronce, sino cobre o estaño. Se es blanco o se es negro. Se es hispano o se es asiático. El perjudicado es John Edwards, un talentoso hombre blanco que salió de la pobreza y parece no olvidarla, pero no tiene nada políticamente correcto para atraer. Ni siquiera es feo o maleducado, algo que mueva a un público compasivo.

Pero las palabras pueden –y en política casi siempre lo hacen– crear la realidad opuesta: Hillary Clinton dijo hace pocos días, en Carolina del Sur, que amaba estas primarias porque parece que se nominará a un afroamericano o a una mujer, y ninguno va a perder ni un solo voto por su género –aquí se evita la palabra sexo– o por su raza (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Razón por la cual Obama le habla a las mujeres y Clinton a los afroamericanos. Razón por la cual en Carolina del Sur casi el ochenta por ciento de la población negra y sólo el veinte por ciento de los blancos votó por Obama. Razón por la cual Florida y California –dos de los estados más hispanos de la Unión– se resistirán a apoyar a Obama, el representante de la otra minoría.

Así, mientras la costumbre ha pasado a despreciar la calificación de “políticamente correcto”, nadie quiere dejar de serlo. Los debates de las elecciones 2008 me recuerdan a la Cajita Feliz de McDonald. Tanto derroche de alegría, de felicidad, de sonrisas alegres no necesariamente significan salud.

La secretaria de Estado de la mayor potencia mundial es una mujer negra. Desde hace años, una mujer afroamericana tiene más influencia sobre vastos países que millones de hombres blancos. Sin embargo, la población negra de Estados Unidos –como la de muchos países latinoamericanos– continúa sin estar proporcionalmente representada en las clases altas, en las universidades y en los parlamentos, mientras que su representación es excesiva en los barrios más pobres y en cárceles donde compiten a muerte con los hispanos por la hegemonía de ese dudoso reino.

Jorge Majfud

enero 2008

Bianco x Nero = Nero

Il centro dei dibattiti all’interno del partito Democratico degli Stati Uniti è un caso interessante e, qualunque sia il risultato, significherà un cambiamento relativo. Non è una sorpresa per coloro che lo hanno visto da una prospettiva storica. Senza dubbio, la più probabile vittoria di Hillary Clinton non sarà così significativa come può esserlo quella di Obama. Non li separa tanto il genere o la razza, ma un divario generazionale. Una, rappresentante di un passato egemonico; l’altro, rappresentante di una gioventù un po’ più critica e disillusa. Una generazione, credo, che opererà cambiamenti importanti nel prossimo decennio.

Ciononostante, in fondo in fondo, quello che ancora non è cambiato radicalmente sono i vecchi problemi razziali e di genere. Il centro, e soprattutto, l’essenza dei dibattiti sono stati: gender or race, mentre si afferma il contrario. È significativo che nel mezzo di una crisi economica e di timori di recessione, le discussioni più accalorate non siano sull’economia, ma sul genere e sulla razza. Nella potenza economica che, dovuto alla sua economia, ha dominato o influito sulla vita di quasi tutti i paesi del mondo, l’economia non è stato quasi mai il tema centrale come può esserlo in paesi come quelli latinoamericani. Forse capisco che il disinteresse per la politica sia proprio della popolazione di una potenza politica di livello mondiale. Quando ci sono un deficit fiscale o delle cadute del PIL o l’indebolimento del dollaro, i più conservatori hanno sempre tirato fuori i loro temi preferiti: la minaccia esterna, la guerra di turno, la difesa della famiglia, la negoziazione di diritti civili alle coppie dello stesso sesso e, in generale, la difesa dei “valori”; questo è, i valori morali secondo le loro interpretazioni e i loro profitti. Ma adesso le più recenti indagini indicano che l’economia è diventata uno dei temi principali di attenzione per la popolazione. Questo succede ogni volta che il macchinario economico si avvicina a una recessione. Ciononostante, i candidati alla presidenza temono di staccarsi troppo dal discorso conservatore. Forse Obama è andato un po’ troppo lontano in questo distacco, criticando l’abuso della religione e un certo tipo di patriottismo mentre Hillary ha riscattato il breve ed efficace ritornello del suo sposo che nel 1992, nel mezzo della recessione della presidenza di George W. Bush, lo ha portato alla vittoria: “it’s the economy, stupid”. Il suo facile consumo si deve a questa semplicità che capisce la generazione McDonald.

Hillary Clinton è figlia di un uomo e di una donna ma, malgrado quello che possa dire la psicoanalisi, tutti la vedono come una donna, and period. Barack Obama è figlio di una bianca e di un nero, ma è nero punto e basta. Quest’ultimo si deduce da tutto il linguaggio che viene impiegato nei mezzi di comunicazione e all’interno della popolazione. Nessuno ha osservato qualcosa di tanto ovvio come il fatto che possa essere considerato tanto bianco quanto nero, se si ammettono quelle categorie arbitrarie. Ciò rappresenta la stessa difficoltà che si ha nel vedere la mescolanza di culture nel famoso “melting pot”: gli elementi vengono mescolati, ma non si mescolano. Dalla fusione di rame e stagno non nasce il bronzo, ma rame e stagno. Si è bianco o si è nero. Si è ispano-americano o si è asiatico. Chi ne è danneggiato è John Edwards, un  talentuoso uomo bianco che è venuto fuori dalla povertà e sembra non averla dimenticata, ma non ha nulla di politicamente corretto per essere affascinante. Non è neppure brutto o maleducato, qualcosa che possa muovere un pubblico compassionevole.

Ma le parole possono e in politica quasi sempre lo fanno, creano la realtà opposta: Hillry Clinton ha detto pochi giorni fa, in Carolina del Sud, che amava queste primarie perché sembra che verrà nominato un afro-americano o una donna e nessuno perderà neppure un solo voto a causa del suo genere, qui si evita la parola “sesso”, o della sua razza (��I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Ragione per la quale Obama parla alle donne e Hillary agli afro-americani. Ragione per la quale, la Florida e la California, due degli stati più ispano-americani dell’Unione faranno resistenza ad appoggiare Obama, il rappresentante dell’altra minoranza.

Così, mentre abitudinariamente si è passati a disprezzare la qualifica di “politicamente corretto”, nessuno vuole smettere di esserlo. I dibattiti delle elezioni 2008 mi ricordano la Scatoletta Felice di McDonald. Tanto spreco di allegria, felicità, sorrisi allegri non necessariamente significano salute. La Segretaria di Stato della più grande potenza mondiale è una donna nera. Da tempo, una donna afro-americana ha più influenza su vasti paesi di milioni di uomini bianchi. Ciononostante, la popolazione nera degli Stati Uniti, come quella di molti paesi latinoamericani, non è ancora proporzionalmente rappresentata all’ interno delle classi alte, nelle università e nei parlamenti mentre la sua rappresentanza è eccessiva nei quartieri più poveri e nelle carceri dove competono a morte con gli ispano-americani a causa dell’egemonia di questo dubbioso regno.

Jorge Majfud

Tradotto da  Giorgia Guidi

Hillary e Barack: gênero e raça

Branco x Negro = Negro

O centro dos debates no interior do partido Democrata dos Estados Unidos é um caso interessante, seja qual for seu resultado, significará uma mudança relativa. Não é nenhuma surpresa para aqueles que o observaram a partir de uma perspectiva histórica. Sem dúvida, o triunfo mais provável de Hillary Clinton não será tão significativo como seria o de Obama. Não são o gênero ou a raça que os separam tanto, mas sim um abismo entre gerações. Uma, representante de um passado hegemônico; a outra, representante de uma juventude um pouco mais crítica e desiludida. Uma geração, acredito, que operará mudanças importantes na década seguinte.

Entretanto, em essência, o que ainda não mudou radicalmente são os velhos problemas raciais e de gênero. O centro e, sobretudo, o fundo dos debates foram: gender or race, ao mesmo tempo em que se afirma o contrário. É significativo que, em meio a uma crise econômica e de temores à recessão, as discussões mais acaloradas não sejam sobre economia, mas sobre gênero e raça. Na potência econômica que, por sua economia, dominou ou influiu na vida de quase todos os países do mundo, a economia quase nunca foi o tema central, como pode ocorrer em países como os latino-americanos.

Igualmente, entendo que o desinteresse pela política é próprio da população de uma potência política global. Quando existem déficit fiscal ou quedas do PIB, ou debilitamento do dólar, os mais conservadores sempre acenam com seus temas favoritos: a ameaça exterior, a guerra da vez, a defesa da família – a negação de direitos civis aos casais de mesmo sexo – e, em geral, a defesa dos  “valores”, isto é, os valores morais segundo suas próprias interpretações e conveniências.

Mas, agora, as mais recentes pesquisas de opinião indicam que a economia passou a ser um dos assuntos principais que chamam a atenção da população. Isto acontece sempre que a máquina econômica se aproxima de uma recessão. Contudo, os candidatos à presidência temem se desprender demasiadamente do discurso conservador. Talvez Obama tenha ido um pouco mais longe nesse descolamento, criticando o abuso da religião e certo tipo de patriotismo, enquanto Hillary resgatou o breve e eficaz estribilho de seu esposo que o levou à vitória em 1992, em plena recessão da presidência de George H. Bush: “É a economia, estúpido”. Seu consumo fácil deve-se a essa singeleza que a geração McDonald compreende.

Hillary Clinton é filha de um homem e uma mulher, porém, apesar do que possa dizer a psicanálise, todos a vêem como uma mulher, and period. Barack Obama é filho de uma branca e um negro, mas é negro, e ponto. O último se deduz de toda a linguagem que é manejada nos meios e na população. Ninguém observou algo tão óbvio como o fato de que também ele pode ser considerado tão branco como negro, se é que cabem essas categorias arbitrárias. Isto representa a mesma dificuldade em ver a mescla de culturas no famoso “melting pot”: os elementos estão misturados, mas não se mesclam. Da fundição de cobre e estanho não surge o bronze, mas cobre ou estanho. Se é branco ou se é negro. Se é hispano ou se é asiático. O prejudicado é John Edwards, um talentoso homem branco que saiu da pobreza e parece não esquecê-la, mas que não tem nada de politicamente correto para atrair. Nem sequer é feio ou mal educado, algo que se dirija a um público compassivo.

Mas as palavras podem – e na política quase sempre o fazem – criar a realidade oposta: Hillary Clinton disse há poucos dias, na Carolina do Sul, que amava estas primárias porque parece que se nomeará a um afro-americano ou a uma mulher, e nenhum vai perder nem um só voto por seu gênero – aqui a palavra “sexo” é evitada – ou por sua raça (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Razão pela qual Obama fala às mulheres e Clinton aos afro-americanos. Razão pela qual a Flórida e a Califórnia – dois dos estados mais hispânicos da União – resistirão a apoiar Obama, o representante de outra minoria.

Assim, embora o hábito tenha passado a depreciar a qualificação de “politicamente correto”, ninguém quer deixar de sê-lo. Os debates das eleições 2008 lembram-me do lanche Feliz do McDonalds. Tanto esbanjamento de alegria, de felicidade, de sorrisos alegres, não necessariamente significam saúde. A Secretária de Estado da maior potência mundial é uma mulher negra. Há anos, uma mulher afro-americana tem mais influência sobre vastos países que milhões de homens brancos. Mesmo assim, a população negra dos Estados Unidos – como a de muitos países latino-americanos – continua sem estar proporcionalmente representada nas classes altas, nas universidades e nos parlamentos, enquanto que sua representação é excessiva nos bairros mais pobres e nas prisões onde competem à morte com os hispanos pela hegemonia nesse duvidoso reino.

Jorge Majfud

Traduzido por  Omar L. de Barros Filho

Branco x Negro = Negro

Tradução: Naila Freitas/Verso Tradutores

Hillary Clinton é filha de um homem e de uma mulher, mas, apesar do que possa dizer a psicanálise, é vista por todos como uma mulher, e ponto. Barack Obama é filho de uma branca e de um negro, mas é negro e ponto. A análise é de Jorge Majfud, da Universidade da Geórgia (EUA).

O centro dos debates nas internas do Partido Democrata dos Estados Unidos é um caso interessante e seja qual for seu resultado, vai significar uma mudança relativa. Não é nenhuma surpresa para aqueles que estão vendo tudo a partir de uma perspectiva histórica. Não há dúvida de que o mais provável triunfo de Hillary Clinton não vai ser tão significativo quanto pode vir a ser o de Obama. O que separa os dois não é tanto o gênero ou a raça, mas a geração que cada um representa. Uma, representante de um passado hegemônico; a outra, representante de uma juventude um pouco mais crítica e desenganada. Esta última, uma geração, eu acho, que fará mudanças importantes na próxima década.

Contudo, no fundo o que ainda não mudou radicalmente são os velhos problemas raciais e de gênero. O centro, e principalmente o fundo, dos debates têm sido isso: gender or race, ao mesmo tempo que se afirma o contrário. É significativo ver que no meio de uma crise econômica e dos temores por uma recessão, as discussões mais exaltadas não são sobre economia, mas sobre gênero e raça. Na potência econômica que, justamente devido à sua economia, vem dominando ou influenciando a vida de quase todo o mundo, a economia quase nunca tem sido o tema central, como pode ser em países como os latino-americanos. De qualquer modo, entendo que a falta de interesse pela política é algo próprio da população de uma potência política de nível mundial.

Quando ocorre um déficit fiscal, ou uma queda no PIB, ou um enfraquecimento do dólar, os mais conservadores sempre tiram da manga seus temas favoritos: a ameaça exterior, a guerra do momento, a defesa da família —a negociação de direitos civis para os casais de mesmo sexo— e, em geral, a defesa dos “valores”, ou seja, dos valores morais segundo suas próprias interpretações e conveniências. Mas agora, as mais recentes pesquisas de opinião indicam que a economia passou a ser um dos principais temas de atenção para a população. Isto acontece cada vez que a máquina econômica está próxima de uma recessão. Contudo, os candidatos à presidência temem largar cedo demais o discurso conservador.

Talvez Obama tenha ido um pouco mais longe nesse caminho quando critica o abuso da religião e um certo tipo de patriotismo, enquanto Hillary resgatou o breve e eficaz slogan de seu esposo, que em 1992, no meio da recessão do período presidencial de George H. Bush, serviu para levá-lo à vitória: “it’s the economy, stupid”. É consumido com tanta facilidade por ter essa simplicidade que a geração McDonald’s entende.

Hillary Clinton é filha de um homem e de uma mulher, mas, apesar do que possa dizer a psicanálise, é vista por todos como uma mulher, e ponto. Barack Obama é filho de uma branca e de um negro, mas é negro e ponto. Isto é o que se deduz de toda a linguagem da mídia e da população. Ninguém observou até agora algo tão óbvio quanto o fato de que ele poderia ser considerado tanto branco quanto negro, se é que cabem essas categorias arbitrárias. Isto apresenta a mesma dificuldade que ver a mistura de culturas no famoso “melting pot”: os elementos estão embaralhados, mas não de misturam. Da fundição do cobre e do estanho não surge o bronze, mas cobre ou estanho. Se é branco ou se é negro. Se é hispano o se é asiático. Quem sai prejudicado é John Edwards, um talentoso homem branco que saiu da pobreza mas não parece ter esquecido dela, mas que não tem nada politicamente correto para atrair votos. Nem sequer é feio ou mal-educado, nada que possa mobilizar um público compassivo.

Mas as palavras podem — e na política quase sempre fazem isso — criar a realidade oposta: Hillary Clinton disse há poucos dias, na Carolina do Sul, que amava estas primárias porque ao que parece será escolhido um afro-americano ou uma mulher e nenhum dois dois irá perder um só voto devido ao seu gênero —aqui ela evita a palavra “sexo”— ou pela sua raça (“I love this primary because it looks like we are going to nominate an African-American man or a woman and they aren’t going to lose any votes because of their race or gender”). Razão pela qual Obama fala para as mulheres e Clinton para os afro-americanos. Razão pela qual a Flórida e a Califórnia — dois dos estados mais hispanos da União — irão resistir a apoiar Obama, o representante da outra minoria.

Assim, enquanto o costume passou a desprezar o “politicamente correto”, ninguém quer deixar de sê-lo. Os debates das eleições de 2008 me lembram o McLanche Feliz do McDonald’s: tanto esbanjar alegria, felicidade e sorrisos alegres não necessariamente significa saúde. A Secretária de Estado da maior potência mundial é uma mulher negra. Há muitos anos que uma mulher afro-americana tem mais influência sobre vastos países do que milhões de homens brancos. Contudo, a população negra dos Estados Unidos —assim como a de muitos países latino-americanos— continua não estando proporcionalmente representada nas classes mais altas, nas universidades e nos parlamentos, ao mesmo tempo que sua representação é excessiva nos bairros mais pobres e nas cadeias, onde competem até a morte com os hispanos pela hegemonia desse duvidoso reino.

Jorge Majfud, The University of Georgia .

Tradução: Naila Freitas/Verso Tradutores

Barack Hussein Obama: ¿las palabras pueden?

En un reciente debate emitido por CNN entre los candidatos demócratas, una Hillary Clinton ofuscada, quizás por su derrota dos días antes en las preliminares de Iowa, reprochó a los demás candidatos de abusar de la palabra “cambio”. Lo significativo es que esta palabra es la preferida también por los republicanos, al igual que la frase “enough is enough” (“ya basta”). John Edwards también insistió, como lo ha hecho desde el 2004, que ningún cambio es posible hasta que no se quiebre el poder de los grandes lobbys que dominan el poder político y la economía de este país. Estas corporaciones “nunca renunciarán voluntariamente al poder, y todos lo que piensan así viven en el País de Nunca Jamás”. (They “won’t voluntarily give the power away and those who think so are living in Neverland!”.) En gran parte, quien es aludido de vivir en Nerverland –como Michael Jackson y Peter Pan– es Barack Obama.

Pero el error de Edwards, Richardson y Clinton radica en no entender que la política, especialmente la política norteamericana, no se mueve según argumentos, razonamientos o datos. Éstos sólo sirven para legitimar un deseo popular o una acción de gobierno. Como lo anotamos en otro ensayo, son los estados de ánimo el motor de los electores. Si hay un candidato que representa una fuerte esperanza de ser o de estar –motivada por el miedo o por el cansancio–, más allá de cualquier realidad, ése será el vencedor. Si ese candidato es capaz de hacer volar a sus electores como Peter Pan en Neverland, no sólo resultará vencedor, sino que Neverland terminará por imponerse como el paradigma de la realidad y el pragmatismo. No hay nada más poderoso que la imaginación. Lo mismo ocurrió con el imperio islámico, movido por una fe radical que habían perdido los romanos, y con otros imperios, como el español –al principio inferior cultural y militarmente al imperio musulmán– que surgió por la fuerza de la creencia en su destino celestial, contra los musulmanes y los aztecas, y cayó por la burocratización de esa misma fe. Esto será así por unas décadas más, hasta que la sociedad global madure su perfil multipolar.

“No basta con repetirlo –dijo la senadora Clinton–; hay que saber hacerlo. Y para saber quién puede hacerlo se debe ver la experiencia y el historial de cada candidato. (“Change is just a word if you don’t have the strength and experience to actually make it happen”.) La observación iba dirigida, no sólo con la mirada de un rostro rígido y sin paciencia, sino por la repetida alusión al senador de Illinois, Barack Obama, de no tener experiencia política necesaria para gobernar. Obama se mostró débil en esta oportunidad, con ideas un poco vagas. Hubiese bastado con recordar que al ahora atacado presidente le había sobrado experiencia desde el principio. A diferencia de John Edwards, que insistió apasionadamente con cifras sobre la catástrofe del gobierno del presidente Bush, Obama se limitó a insistir en los aspectos positivos de un “nuevo comienzo”. Respondiendo a la senadora Clinton, titubeó unas palabras que al principio pudieron sonar “políticamente inconvenientes”. Cuando lo correcto y tradicional es asociarse al prestigio los “hechos” y las “acciones”, tal vez porque no tenía la experiencia del gobernador hispano de Nuevo México, Bill Richardson, para responder a la senadora; Obama balbuceó unas palabras que en principio pudieron sonar débiles, pero que la realidad de la voluntad popular está confirmando como su mayor fuerza: “Las palabras valen –dijo–; con las palabras se puede cambiar esta realidad”.

Esta expresión me recordó el reciente libro colectivo de la Unicef Las palabras pueden, en el cual fuimos invitados a participar. Muchas veces insistí, tal vez por mi doble experiencia de arquitecto y escritor, que la realidad está hecha más con palabras que con ladrillos. Esta afirmación se debía al aspecto negativo de las palabras organizadas en las narraciones sociales de una cultura hegemónica: me refería a las palabras del poder, a la manipulación ideológica, a lo “políticamente correcto”, a los clichés, a los ideoléxicos, etcétera. Sin embargo, por otro lado, podemos ver su aspecto positivo o, al menos, optimista: con las palabras se puede cambiar el mundo. Es demasiado optimista pero no del todo utópico. Esta confianza en las palabras puede ser más propia de nuestro amigo Eduardo Galeano, pero nunca pensamos escucharla en un candidato serio a la presidencia de Estados Unidos en su sentido de cambio, de (tibia) rebelión. Primero por la historia político partidaria y geopolítica de este país. Luego por la excesiva confianza de la cultura angloamericana en los “hechos” y su menosprecio por las “palabras”, las ideas y todo lo que proceda del lado intelectual del ser humano.

Estados Unidos está a un paso de un cambio significativo. Como previmos, este cambio, en medio de una marea conservadora que lleva 30 años, puede producirse en la próxima década. Y este es el año crucial.

Lo más probable es que un candidato demócrata se lleve la presidencia. Hace cuatro años pensé que sería una mujer, Hillary. Como es casi la norma, una mujer hija o esposa de algún prestigioso ex gobernante, como ha sido la norma hasta ahora. Desde hace un buen tiempo pensamos que ese presidente puede ser Obama. Aunque el poder destruye cualquier cambio significativo, podemos pensar que de todos los candidatos, salvo el disidente republicano Ron Paul –con un sorprendente apoyo que casi iguala al obtenido por Rudy Giuliani, pero lejos de llegar a la presidencia–, Barack Obama es quien mejor representa ese posible cambio y, más, es quien mejor está habilitado para encarnarlo. No a pesar de su escasa experiencia, sino por eso mismo.

Barack Hussein Obama parece ser un candidato marcado por un fuerte y hasta paradójico simbolismo. Su nombre no lo beneficia, a no ser por una radical interpretación psicoanalítica (que también se dio en la Reconquista ibérica): recuerda fonéticamente tres veces a personajes musulmanes, un presidente, un dictador y la obsesión número uno de este país. Por otro lado, si en los siglos anteriores era común que el patrón blanco embarazara a la sirvienta negra, Obama es producto de una simetría. No es descendiente de esclavos africanos, sino el hijo de un musulmán negro de Kenia y una laica blanca de Missouri. La peor combinación para los influyentes conservadores. Nació en Honolulu, cuando sus padres estudiaban en la universidad, y se crió en Indonesia, el país musulmán más poblado del mundo. No fue amamantado por nodrizas negras sino por una familia blanca, típica clase madia norteamericana, luego de la separación de sus padres. Obama es un universitario exitoso, según los cánones actuales; abogado y conferencista. Es, en el fondo, no sólo un ejemplo para la minoría negra norteamericana, sino para la blanca también: representa el paradigma del despojado, del Moisés nacido en desventaja que se encumbra en lo más alto de la pirámide política-económica de un pueblo.

Pero por esto mismo también representa la mayor amenaza para el ala conservadora de esta sociedad, que es la que retiene el mayor poder económico y sectario, aquel que nunca saldrá a la luz sino como meras especulaciones o bajo etiquetas como “teorías de la conspiración”.

Obama se ha opuesto desde el principio a la guerra de Irak, ha dicho que se entrevistaría con Fidel Castro, que socializaría la salud y otros servicios, además de una larga lista de manifestaciones de voluntad políticamente incorrectas que poco a poco comienzan a ser premiadas ante la mirada atónita de los radicales y hasta de los más moderados neocons, acostumbrados al poder. La acusación de vivir en Neverland puede terminar emocionalmente asociándolo al consolidado precepto de “I have a dream” de Martin Luther King.

Tal vez Obama triunfe en las internas demócratas. Si lo hace, más fácil le resultará vencer a los republicanos y llegar a la presidencia. Tal vez impulse esos cambios que, tarde o temprano llagarán a este país. Ojalá no alcance el mismo destino trágico de John F. Kennedy o del otro soñador negro.

© Jorge Majfud

Athens, enero 2008

La sociedad amurallada

Con el paso de los años, y gracias a una atenta observación de sus clientes, el doctor Salvador Uriburu había descubierto que la mayoría de la población de Calataid carecía del origen europeo que alardeaba. En sus ojos, en sus manos, persistían los esclavos nígros que repararon las murallas en el siglo IX y seguramente los más antiguos esclavos que construyeron las cisternas en tiempos de Garama. En sus gestos rituales persistían los seguidores de Kahina, la sacerdotisa del desierto africano convertida al judaísmo antes de la llegada del islam. Dentro de la minoría blanca, también la diversidad era notable, pero había sido puesta en suspenso mientras estaban ocupados en considerarse la clase representativa (y fundadora) del pueblo. Los mismos ojos azules podían encontrarse detrás de unos párpados rusos o detrás de otros irlandeses; los mismos cabellos rubios podían cubrir un cráneo germano u otro gallego. ¿Cómo era posible -había escrito Salvador Uriburu- que un pueblo tan diverso fuese tan racista y, al mismo tiempo, desbordara tanto patriotismo, tanto amor fanático por una misma bandera? ¿Cómo se puede venerar el conjunto y al mismo tiempo despreciar las partes que lo conforman? Al menos que la veneración patriótica no sea otra cosa que la Mentira Necesaria que una de las partes alimenta para usar a las otras partes en beneficio propio.

En una de sus últimas apariciones públicas, en mayo de 1967, en la sala de notables del club Libertad, el doctor Uriburu había ensayado un ejercicio que molestó a los nuevos tradicionalistas, una vez que fueron capaces de descifrar el cuestionamiento. Salvador Uriburu había dibujado, en una pizarra negra, una serie de al menos 15 triángulos, círculos y cuadrados. Cuando preguntó a los presentes cuántos tipos de dibujos veían allí, todos estuvieron de acuerdo en que veían tres. Cuando les pidió que eligieran uno de esos tres tipos, todos eligieron el grupo de los triángulos, y el doctor volvió a preguntarles cuántos grupos veían en el grupo de triángulos. Todos dijeron que había, por lo menos, dos grupos: un grupo de triángulos isósceles y un grupo de triángulos rectángulos.

—Más o menos isósceles y más o menos rectángulos —dijo uno con perspicacia, advirtiendo que los dibujos no eran perfectos.

—Las figuras no son perfectas —confirmó Salvador Uriburu—, como los humanos. Y como los humanos todos vieron primero las diferencias, aquello que las figuras tenían de diferente, antes que ver lo que tenían en común.

—No es verdad —dijo alguien—, los triángulos tienen algo en común entre sí. Cada uno tiene tres lados, tres ángulos.

—También los círculos y los cuadrados tienen algo en común: todos son figuras geométricas. Pero nadie observó que también había un único grupo de dibujos, el grupo de las figuras geométricas.

Salvador Uriburu no puso nombres ni aclaró el ejemplo, como era su costumbre. A quien le caiga el sayo que se lo ponga. Pero después de meses de discutir la extraña y pedante exposición de las figuritas del doctor, el pastor George Ruth Guerrero llegó a la conclusión de que este tipo de pensamiento le venía al doctorcito de la secta de los humanistas y, seguramente, de los alumbrados.

—El grupo de las figuras geométricas —concluyó el pastor, con el índice erecto— representaba a la humanidad e cada grupo de figuras representaba una raza, una religión, una desviación e ansí sucesivamente. Los humanistas quieren facernos creer que la verdad no existe; que es igual la fe de los moros e de los judíos que la verdadera fe de los cristianos, la raza de los elegidos e la raza de los pecadores, la moral de nostros padres e la sodomía de los modernos, los vestidos de nostras mujeres e la desnudez impúdica de las nigerianas.

Lo acusaron de gnóstico. Se sabía, por rumores y por revistas llegadas de la Francia, que el Heterodoxo había conquistado el resto de Europa con una creencia insólita: la verdad no existía; cualquier herejía podía ser tomada como un sustituto de la verdadera fe y de la razón lógica. Y se decía que alguien intentaba introducir todo eso en Calataid.

La alusión fue directa, pero el doctor Uriburu no respondió. La última vez que entró en la sala de notables, en agosto de 1967, se esperaba que dijera que estaba a favor o en contra de esta superstición, que definiera, de una vez por todas, de qué lado estaba. En lugar de esto, salió con otra de sus figuras que no se correspondía con su profesión de científico, y mucho menos con la del creyente, lo que demostraba su irremediable descenso en el misticismo, en la secta de los alumbrados que, se decía, se reunía todos los jueves en una cámara desconocida de las antiguas cisternas.

—Una vez un hombre subió a una montaña de arena —dijo— y al llegar a la cumbre decidió que ésa era la única montaña del desierto. Sin embargo, enseguida advirtió que otros habían hecho lo mismo, desde otras cumbres. Entonces dijo que la suya, la que estaba bajo sus pies, era la verdadera. Otro hombre, tal vez una mujer, decidió bajar de su duna y subió a otra, y luego a otra, hasta que comprendió (quizás sobre la duna más alta) que las dunas eran muchas, infinitas para sus fuerzas. Entonces, cansado, dijo que el desierto no era una duna de arena en particular, sino todas las dunas juntas. Dijo que había unas dunas más altas y otras más pequeñas, que un solo puñado de arena, de cualquiera de ellas, no representaba a una duna en particular sino a todo el desierto, pero que ninguno, como ninguna de las dunas, era el desierto, completamente. También dijo que las dunas se movían, que aquella duna verdadera, que permitía la única perspectiva del desierto y de sí mima, cambiaba permanentemente de tamaño y de lugar, y que ignorarlo era parte inseparable de cualquier verdad única. A diferencia de otro caminante exhausto, este descubrimiento no lo llevó a negar la existencia de todas las dunas, sino la pretensión arbitraria de que sólo había una en la inmensidad del desierto. Negó que un puñado de arena tuviera menos valor y menos permanencia que aquella duna arbitraria y pretenciosa. Es decir, negó unas ideas y afirmó otras; no fue indiferente a la eterna búsqueda de la verdad. Y por eso fue igualmente perseguido en nombre del desierto, hasta que una tormenta de arena puso fin a la disputa.

Un silencio indescriptible siguió al nuevo enigma del doctor. Luego un murmullo reprimido llenó la sala. Alguien tomó la palabra para anunciar el final de la reunión y recordó la fecha de la próxima. Sonó la campana; todos se levantaron y salieron sin saludarlo. Sabía que también les molestaba que dudase de la tolerancia y de la libertad de Calataid, recurriendo a metáforas como si fuese una víctima de la Inquisición o viviese en tiempos del bárbaro Nerón.

Uriburu se quedó sentado, mirando por la ventana los viejos y rapaces que pasaban montando en bicicletas y no podían verlo, con las manos en los bolsillos de su saco, jugando con un puñado de arena. Perdió la razón veinte días después. Un extraño diagnóstico, de su puño y letra, concluía que Calataid padecía de “autismo social”. El autismo, decían sus libros, es producto del crecimiento acelerado del cerebro que, en lugar de aumentar la inteligencia, la reduce o la hace inútil debido a la presión de la masa encefálica contra las paredes del cráneo. Para el doctor Uriburu, más preocupado por la arqueología que por la biología, las murallas de Calataid habían provocado el mismo efecto con el crecimiento de su orgullo o de población. Por lo tanto, era inútil pretender curar a los individuos si la sociedad estaba enferma. De hecho, suponer que la sociedad y los individuos son dos cosas diferentes es un artificio de la vista y de la medicina, que identifica cuerpos, no espíritus. Y Calataid era incapaz de relacionar dos hechos diferentes con una explicación común. Más aún: era incapaz de reconocer su propia memoria, grabada escandalosamente en las piedras, en los vacíos húmedos de sus entrañas, y negada o encubierta por el más reciente invento de una tradición.

Jorge Majfud,

febrero 2003

Mémoire douce de la barbarie:

La prison de Liberté

Mes vieux amis ont toujours ri de ma mémoire quoique, avec les années, ils ont crû en prudence et m’ont gardé leur amitié. Le meilleur sentiment dont je suis redevable envers ma mémoire est la nostalgie. Une profonde nostalgie. D’entre le pire est l’inutile regret.

Les paradoxes du destin ont fait que j’eus à regretter les années de la dictature militaire dans mon pays; j’eus la malchance de croître et d’abandonner mon enfance à cette époque. Ce n’est pas à la barbarie que je dois être reconnaissant et qui paraît, du reste, l’éclairer, si ce n’était par l’illimitée nécessité humaine qui jamais ne se repose. Une fois, dans une classe de littérature au secondaire, nous demandions à la professeure pourquoi on ne parlait pas d’Onetti, étant donné qu’il avait reçu, deux années auparavant, le prix Cervantes d’Espagne, et que, il était un des classiques d’actualité de notre pays. La réponse, contondante, fut que Juan Carlos Onetti avait tout reçu de son pays – éducation, renommée, etc. –, et que par la suite il s’en était allé en exil parler en mal de son propre pays. Il n’est pas nécessaire de commenter de tels ex abrupto. Seulement on attend de quelqu’un qui s’est dédié à la littérature une vision moins étroite de l’existence. On suppose qu’une personne avec cet étrange métier a vécu plusieurs vies et a eu à sentir et à penser le monde à partir de d’autres prisons. Cependant, il n’en est pas ainsi; la nécessité n’est pas la simple carence de quelque chose, mais le résultat d’un long apprentissage, presque toujours basé sur la pratique. Si ce rappel occupe encore dans sa mémoire quelque espace, peut-être fait-il partie de son quota de regrets. J’ajouterai que cette professeure, selon mon jugement, n’était pas une mauvaise personne. Peut-être était-elle plus heureuse que les autres professeures de littérature que j’eus par la suite pendant des années. La seule chose qu’elles avaient en commun était une certaine sensualité, insoupçonnable, par la façon de se vêtir ou de parler.

A ce que je vois, c’est qu’il ne serait pas rare que quelqu’un pense, pendant que je signale que je grandis en des temps de dictature, que je lui suis reconnaissant, que je lui dois mon éducation et, peu s’en faut, la vie, et que par conséquent, je devrais lui témoigner quelque reconnaissance. Bien sûr que la réponse est non. Comme disait Borges – si souvent aveugle, mais non moins si souvent brillant – une personne naît où elle peut. A moi me revint de naître à un moment historique où la politique – ou, pour mieux dire, son antithèse: la barbarie – s’infiltrait par les fentes des portes et des fenêtres, jusqu’à détruire des familles entières. Une de celles-là fut, bien sûr, ma famille. Mais je ne vais pas entrer dans ceci maintenant.

Je ne peux éviter de rappeler cette nuit noire «la prison de Liberté», là en Uruguay. Avant, j’avais connu des dépôts moindres à l’occasion de visites que ma famille rendait à mon grand-père, Ursino Albernaz, le vieux rebelle, le révolutionnaire, le mouton noir d’une famille de paysans conservateurs. Mon grand-père avait été renié par sa première famille; il lui restait celle que lui-même avait construite et, sans le vouloir, détruite aussi. Il fut torturé par plusieurs «petits soldats de la patrie». Je passerai sous silence le nom de voisins, quoiqu’ils vivent encore et que je n’aie de preuves que la confession de mes êtres chéris, maintenant tous décédés; je dirai seulement que le célèbre “Nino” Govazzo fut d’entre ses lâches inquisiteurs. Quoique l’adjectif «lâche» est une redondance historique, car les dictatures ne soulignent aucun acte héroïque, ni de ses soldats et encore moins de ses généraux. Ni même ne purent en inventer; non seulement parce qu’elles manquaient d’imagination, mais parce que ni eux-mêmes ne se croyaient lorsqu’ils s’accrochaient des étoiles et des médailles à leurs uniformes, une après l’autre, jusqu’à se couvrir toute la poitrine de ferraille qu’ils portaient orgueilleusement dans les fêtes sociales. Il ne reste que le souvenir de la permanente et obsessive propagande détaillant les horreurs d’autrui. Ou les démonstrations d’amour des religieux partisans de Pinochet qui, dans les années 90’, défilaient avec les portraits des disparus sous le régime et montrant une légende qui disait : “Grâce à Dieu, ils sont morts”. (Récemment était ici à l’Université de Géorgie le célèbre Frederic Jameson qui, avec son habituel clin d’œil provocateur, rappela les coutumes narratives des empires, le plaisir du succès et de la torture : l’épique appartient aux vainqueurs pendant que le romantisme est le propre des perdants. Cependant, c’est ce dernier qui demeure. En Amérique Latine, il n’y eut même jamais une épique des vainqueurs. Qui peut imaginer un écrivain, si petit soit-il, repêchant quelque chose des misérables succès de nos Attila?)

De ces courses en enfer, mon grand-père en sortit avec une rotule claquée et quelques coups qui ne furent pas si démoralisateurs comme ceux dont dû souffrir son fils cadet, Caito, mort avant de voir la fin de ce qu’il appelait «les temps obscurs». Au début des années 70’, ils montèrent tous les deux au plus grand espace symbolique de la dictature : ils furent envoyés à la prison de Liberté.

Je me souviens de la prison de la Liberté à partir d’infinis points de vue. Pour nous les enfants qui allions là, le long voyage était une promenade, quoique nous devions toujours nous lever tôt pour ensuite attendre sur le côté d’une route, par nuits froides et pluvieuses. Attendre, toujours attendre sur la route, dans les terminaux d’omnibus, aux interminables postes de sécurité, dans les couloirs et les salles de tripotage. Enfants, nous ne pouvions imaginer que tout ce processus, en plus d’être épuisant, était humiliant. Cela nous sauvait l’innocence, ou la presque innocence, parce que je sus toujours ce que signifiait cela: c’était quelque chose dont nous ne pouvions parler. Des années plus tard, un de mes personnages nomma cette génération: “la génération du silence”, et je crois qu’il donna ses raisons, en plus de cela. Ce «silence» signifiait, pour moi, qu’il existait une contradiction tragique entre le discours officiel et ma propre vie. Dans l’humble école de Tacuarembó dans laquelle j’étais, cette école qui laissait dégoutter sur nos cahiers les jours de pluie, on nous parlait de la justice et de l’ordre pacifique qui régnaient sur le pays grâce aux Soldats de la Patrie. Des années plus tard, à l’école secondaire, on nous répétait encore que nous vivions en démocratie. Pendant que nous devions écouter et répéter tout cela sur la place publique, pendant les étés, dans une cuisine rurale de Colonie, rarement illuminée par une lanterne de mantille, j’écoutais les histoires de personnes inconnues au sujet d’hommes et de femmes jetés à partir d’avions dans le Rio de la Plata, un art de la dictature argentine. Quinze années plus tard, ce seraient ces mêmes confessions, de la part de l’ex-capitaine de navires Adolfo Scilingo, qui scandaliseraient le monde. Cela se passait en 1995, selon mes souvenirs; je lus cette nouvelle dans quelque pays d’Europe – par l’architecture ce pourrait être Prague -, ce qui me donna une idée de la suspecte innocence du monde et d’une bonne partie de notre société. Suite à Scilingo ou Tilingo (*), je me ravisai argumentant que tout cela avait été un «roman».

Si je libère ma mémoire à partir du premier «check point» qui a précédé l’entrée à la monstrueuse prison de Liberté, tout de suite me vient à la conscience des militaires de toutes parts portant des bottes noires, des femmes chargées de bourses, des enfants se plaignant du passage rapide de leurs mères, des malédictions en secret, des invocations à Dieu. Par la suite, un salon ressemblant à une station de train, gris, de tous côtés. Le ciel aussi gris et le plancher humide marqué par les bottes qui allaient et venaient. Un militaire à moustaches taillées et remplissant des formulaires et autorisant les gens à passer. Je ne sais pas pourquoi, il ressemblait à un Videla aux yeux clairs, aux lèvres serrées et à voix de commandement. Par la suite, une petite salle où d’autres militaires tâtaient les visiteurs. Puis, un chemin d’asphalte conduisant à un autre édifice. Une pièce sans fenêtre. Un portrait de José Artigas vêtu en lancier militaire. Plus tu attends, plus tu as envie d’aller aux toilettes et de ne pas pouvoir y aller. Une belle enfant qui me sourit parmi tout ce dégoût. Ses cheveux roux brillaient dans la pénombre de la petite salle. Mais, en ce qui me concerne, ce qui m’avait impressionné, c’était son regard, innocent (cela me revient maintenant), rempli de tendresse. Quelque chose d’improbable dans cet enfer.

A un certain moment, mon grand-père se leva et alla au téléphone parler à son fils. Une épaisse vitre les séparait. Ce même soir, ou bien un autre semblable, il lui avoua qu’il avait été là, en prison, où il s’était convertit en ce pour lequel il avait été emprisonné. Quelque temps plus tard, il me répéta aussi la même conviction : s’il était tombé injustement, maintenant, du moins, il avait une justification qui rendait toutes ses années de jeunesse plus supportables. Maintenant il avait une cause, une raison, quelque chose pour laquelle se sentir fier et racheté.

Par la suite les enfants continuèrent par une autre porte et sortirent dans une cour tendrement équipée de jeux d’enfants. L’oncle était là avec sa grosse moustache et son éternel sourire. Sa calvitie naissante et ses questions infantiles : “Comment ça va à l’école ?”. A mon côté, je me souviens de mon frère regardant d’une façon absorbée mon oncle et mon cousin plus âgé. M., s’éjectant d’un toboggan. Caíto l’attrapait, le remontait de nouveau et, à travers les cris de joie de M., en venait à lui demander : “Comment vont les papas?” “Alors, as-tu une fiancée?”

Mais nous, nous n’étions pas là pour cela. Je me rapprochai de l’oncle et lui dis, à voix très basse, afin que le gardien qui marchait par-là n’entende pas le message que j’avais pour lui. Il devint sérieux.

Par la suite, je me souviens de lui de l’autre côté d’une clôture barbelée, marchant en file indienne avec les autres prisonniers. J’avais envie de pleurer mais me contins. Mon cousin cria son nom et il fit comme s’il se touchait la nuque en bougeant les doigts. Je le vis s’éloigner, la tête inclinée vers le sol. L’oncle avait été torturé avec différentes techniques : ils l’avaient submergé plusieurs fois dans un ruisseau, traîné dans un champ couvert d’épines. Plus tard je sus que lorsqu’ils lui apportèrent son épouse elle se tira une balle dans le cœur . Mon frère et moi, ce jour de 1973 ou 1974, étions dans ce camp de Tacuarembó, jouant dans la cour près de la route. Lorsque nous entendîmes le coup de feu, nous allâmes voir ce qui arrivait. La tante Marta, que je connaissais à peine, était étendue sur un lit et une tache couvrait sa poitrine. Par la suite entrèrent des personnes que je ne pus reconnaître à une aussi grande distance et nous obligèrent à sortir. Mon frère aîné avait six ans et commença à se demander : “Pourquoi naissons-nous si nous devons mourir?” La maman, la grand-mère Joaquina, qui était une inébranlable chrétienne, celle que je ne vis jamais dans aucune église, dit que la mort n’est pas quelque chose de définitif mais seulement un passage pour le ciel. Excepté pour ceux qui s’enlèvent la vie

–Alors, la tante Marta n’ira pas au ciel?

–Peut-être que non – répondait ma grand-mère –, quoique cela personne ne le sait.

Il plaisait à un employé de mon père, de jouer avec les rimes, qu’il répétait chaque fois utilisant une seule voyelle :

Estaba la calavera

Sentada en un butaca

Y vino la muerte y le preguntó

Por qué estaba tan flaca? (**)

Lorsqu’elle arriva ici, son visage déformé par tant de «a» me rappelait la mort. La tante Marta était froide et morte. Plus tard j’eus un rêve qui se répéta souvent. Je gisais immobile mais conscient dans un sous-sol rempli de déchets. Quelqu’un, avec la voix de ma grand-mère disait : “Laisse-le, il est mort”. Alors, il était doublement abandonné : par moi-même et par les autres. Ce rêve, comme certains autres – quoique les critiques littéraires se plaisent à répéter que les rêves n’ont d’importance qu’à ceux qui les rêvent – sont transcrits, presque littéralement, dans mon premier roman. Mon frère et moi nous sûmes, par déduction secrète, pourquoi elle l’avait fait. Quoique maintenant je pense que personne ne peut culpabiliser personne d’un suicide sinon celui qui presse la gâchette ou qui se pend à un arbre. Ni même un dictateur. Laisser pour son propre suicide des lettres rendant responsable quelqu’un qui n’est pas présent à ce moment est de compléter la lâcheté de l’acte suprême d’évasion – et une preuve posthume de la manipulation des émotions d’autrui que la mort exerça ou voulut exercer de son vivant. Dans le cas de la tante Marta, ce ne fut pas un acte politique; elle fut seulement victime de la politique et de ses propres faiblesses.

L’oncle Caíto mourut peu de temps après être sortit de prison, en 1983, presque dix années plus tard, lorsqu’il avait 39 ans. Il était malade du cœur. Il mourut pour cette raison ou d’un inexplicable accident de moto, sur un chemin de terre, au milieu de la campagne.

Jorge Majfud

Université de Géorgie

Février 2006

(*) “bête”

(**) Était la tête de mort

Assise sur un fauteuil

Et vint la mort et lui demanda

Pourquoi était-elle si maigre?

Traduit de l’Espagnol par : Pierre Trottier, mai 2006

Trois-Rivières, Québec, Canada

La realidad del deseo

La realidad del deseo

El 28 de octubre de 1963, Ernesto Che Guevara le contestaba a Pablo Díaz González, quien había escrito un artículo apologético sobre el propio Guevara: “debo agradecerte lo bien que me tratas; demasiado bien creo. Me parece, además, que tú también te tratas bastante bien”. La sorna rioplatense y, a la vez, la frontalidad —chocante y poco diplomática, según recordó Jorge Edwards en una reunión de embajadores en La Habana— no se detiene ahí: “La primera cosa que debe hacer un revolucionario que escribe historia es ceñirse a la verdad como un dedo en un guante. Tú lo hiciste, pero el guante era de boxeo y así no se vale. Mi consejo: relee el artículo, quítale todo lo que tú sepas que no es verdad y ten cuidado con todo lo que no te conste que sea verdad”. Significativamente, el 26 de febrero de 1964, en el Año de la Economía, en otra carta a José Madero Mestre el mismo Guevara responde: “Solo una afirmación para que piense: Anteponer la ineficiencia capitalista con la eficiencia socialista en el manejo de la fábrica es confundir deseo con realidad. Es en la distribución donde el socialismo alcanza ventajas indudables”. Más adelante: “Desgraciadamente, a los ojos de la mayoría de nuestro pueblo, y a los míos propios, llega más la apologética de un sistema que el análisis científico de él. Esto no nos ayuda en el trabajo de esclarecimiento y todo nuestro esfuerzo está destinado a invitar a pensar…” La idea de Guevara sobre el “hombre nuevo” iba más allá de la simple buena distribución, simplificada en una carta informal, pero ese no es el punto que voy a abordar ahora.

El ejemplo sirve para introducir la actitud con que se aborda la actual tesis del descalabro de Estados Unidos en la literatura ensayística y periodística más reciente. Claro que en este caso parece estar apoyado por aquello que el mismo Guevara reclamaba: un análisis científico, objetivo, de los economistas, además de “confundir deseo con realidad”. Pero como vimos en otra oportunidad, si por algo se caracteriza la ciencia es por sus errores, aunque, a diferencia de los errores teológicos, políticos, metafísicos y religiosos, la ciencia suele tener la honestidad de reconocerlos. A los otros les basta con no reconocer un error para que no exista.

Podemos aceptar como hecho histórico que la economía norteamericana —como la de muchos otros países— tiene un comportamiento cíclico, como las manchas del Sol. Es probable, según todos los cálculos, que más que cíclico se trate de una progresivo enlentecimiento de la Gran Maquinaria. No obstante, en cada análisis se dejan afuera algunos factores que pueden ser decisivos para cualquier pronóstico. Uno de ellos es el factor psicológico y cultural.

El mayor capital que ha tenido siempre Estados Unidos es su optimismo crónico. Yo los he visto hundirse en el más profundo pantano y estirar la mano con entusiasmo por la existencia de una pequeña rama. La queja, una de nuestras características latinoamericanas, es rara entre esta gente. Su optimismo llega a los límites de un fructífero autoengaño: cuando se hacen ricos después de apostar el alma en un arriesgado negocio, se lo atribuyen a Dios. Pero cuando quiebran o su casa se incendia por un rayo, no culpan al Cielo de la tragedia sino a la naturaleza o a un error de cálculo. Y si se sienten obligados a atribuirle a Dios sus males —al fin y al cabo nada ocurre sin Su consentimiento—, lo justifican con el libro de Job: sólo se trata de una prueba del Señor a la inquebrantable fe de sus preferidos. Más allá de la verdad o falsedad teológica de este razonamiento, de lo que no quedan dudas es de su invalorable función político-económica e, incluso, existencial.

No hace mucho una muchacha me mostraba las fotos de su casa arrasada por el incendio provocado por un rayo. Mientras describía el pasado irreconocible de cada escombro, iba señalando lo poco que se había salvado del fuego como si se tratase de una ganancia. Para completar, me comentó todo lo que había aprendido de Benjamín Franklin, a raíz del desastre. En otra oportunidad, vi cómo un hombre subía a la montaña de escombros en la que había quedado convertida su casa después de un huracán. Después de hurgar un rato, rescató una camisa y un par de objetos más y los levantó como si fuese un trofeo, para que lo vieran los demás con una sonrisa que despistaría a cualquier extranjero.

El optimismo americano es uno de los factores principales de su economía y de su historia. Aunque la cultura de la cuantificación lo simplifique bajo la etiqueta de “consumer confidence”, no se trata de un optimismo circunstancial, dictado por la realidad, sino un optimismo crónico, a veces ciego, consolidado por una cultura. Si bien el optimismo ciego puede perder a mucha gente, a un norteamericano lo salva, si no para Dios o para la justicia, al menos para la economía. Entre los escombros siempre ven una oportunidad de levantar algo mejor, aunque la lógica indique lo contrario. Este es un país acostumbrado a las catástrofes y, además, construido en la idea de una amenaza permanente. De ahí esa tendencia periódica a tolerar la sustitución de la defensa por un ataque.

Por otro lado, no se trata de un país habitado por un único yankee con una ideología única. Hay profundas divisiones sobre lo que debe ser el futuro. Aunque los conservadores más radicales quieran hacer creer que el Mal siempre viene de afuera —con esa tendencia feudalista a las murallas, físicas y mentales—, para muchos liberals y otros opositores el mayor problema radica en su interior, en las poderosas elites que desde la oscuridad dirigen la fuerza bruta. Ante este diagnóstico, a veces tenebroso, persisten en un optimismo crónico de que pronto estos males serán superados.

No sin paradoja, los conservadores más radicales han operado un cambio en la tradición liberal de este país. En la narración de la historia reciente, se acepta que a mediados de los ’90 se produjo una “revolución conservadora”. En mi opinión, ésta se inició a principio de los ’80, como reacción al temblor cultural de los ’60. De igual forma, es posible que Estados Unidos se encuentre hoy al borde de una revolución silenciosa que se profundice en la próxima década. Es probable que ese terremoto sea más radical de lo que podemos imaginar en este momento. Porque tampoco se debe subestimar la capacidad de una rebelión cultural en un país que nació de una revolución histórica y tiene por derecho constitucional la desobediencia civil. Ni se debe subestimar el optimismo de la izquierda norteamericana, uno de los más resistentes a los cataclismos de los últimos treinta años.

En los años ’60 los intelectuales latinoamericanos insistieron sobre el valor del optimismo como un factor revolucionario, como el motor creador de la nueva realidad. Este estímulo de carácter moral —que no tenía nada de materialismo dialéctico— fue responsable del último gran temblor de la historia del continente. Fue derrotado por la maquinaria reaccionaria de los ejércitos tradicionales, por insuficiencia propia o por el exceso del optimismo capitalista.

Quizás el pragmatismo norteamericano consista en no ver la realidad. Su optimismo crónico confunde deseo con realidad. Cuando la realidad no se ajusta al deseo, peor para ella.

Jorge Majfud

The University of Georgia

Octubre 2007

La réalité du désir : L’optimisme chronique étasunien

Par Jorge Majfud *

Le 28 octobre 1963, Ernesto Che Guevara répondait à Pablo Diaz González, qui avait écrit un article apologétique sur le même Guevara :

« je dois te remercier de me traiter si bien ; trop bien je crois. Il me semble, de plus, que tu traites assez bien aussi. »

Le ton sarcastique du Rio de la Plata et, en même temps, le caractère frontal -choquante et peu diplomatique-, comme s’est souvenu Jorge Edwards lors d’une réunion d’ambassadeurs à La Havane – ne s’arrête pas là :

« La première chose que doit faire un révolutionnaire qui écrit l’histoire est de ceindre la vérité comme un doigt dans un gant. Tu l’as fait, mais le gant était de boxe et ainsi cela ne sert à rien. Mon conseil : relit l’article, enlève tout ce que tu sais qui n’est pas vrai et prend soin avec tout ce dont tu n’es pas sûr qu’il le soit. »

De façon significative, le 26 février 1964, durant l’Année de l’Économie, dans une autre lettre à José Madero Mestre le même Guevara répond :

« Une affirmation seulement pour que vous réfléchissiez : Préférer l’inefficacité capitaliste à l’efficacité socialiste dans la gestion des usines, c’ est de confondre désir avec réalité. C’est dans la répartition que le socialisme atteint des avantages indubitables. »

Plus loin :

« Malheureusement, aux yeux de la majorité de notre peuple, et au miens, l’apologétique d’un système y parvient plus que l’analyse scientifique de celui-ci. Cela ne nous aide pas dans notre travail d’élucidation et tout notre effort est destiné à inviter à penser … »

L’idée de Guevara sur l’ « homme nouveaux » allait au-delà de la simple bonne répartition, simplifiée dans une lettre informelle, mais ce n’est pas le point que je vais aborder maintenant.

L’exemple sert à introduire l’attitude avec laquelle est abordée l’actuelle thèse de l’effondrement des États-Unis dans la littérature essayiste et journalistique plus récente. Il est clair que dans ce cas elle semble être appuyée par ce que le même Guevara réclamait : une analyse scientifique, objective, des économistes, en plus de “confondre désir avec réalité”. Mais comme nous avons déjà vu dans une autre occasion, si la science se caractérise bien par quelque chose c’est par ses erreurs, bien que, à la différence des erreurs théologiques, politiques, métaphysiques et religieuses, la science ait l’honnêteté de les reconnaître. Les autres il leur suffit de ne pas reconnaître l’erreur pour qu’elle n’existe pas.

Nous pouvons accepter comme fait historique que l’économie étasunienne -comme celle de beaucoup d’autres pays – a un comportement cyclique, comme les taches du Soleil. C’est probable, selon tous les calculs que plus que cyclique, il s’agisse d’un ralentissement progressif de la Grande Machinerie. Cependant, dans chaque analyse, restent hors analyse, quelques facteurs qui peuvent être décisifs pour tout pronostic. L’un d’eux est le facteur psychologique et culturel.

Le principal capital qu’ont toujours eu les États-Unis c’est leur optimisme chronique. Je les ai vu couler dans le marais le plus profond et étirer la main avec enthousiasme à cause de l’existence d’une petite branche. La plainte, l’une de nos caractéristiques latino-américaines, est rare parmi ces gens. Leur optimisme arrive aux limites d’une auto tromperie fructueuse : quand ils deviennent riches, après avoir parié leur âme dans une affaire risquée, ils l’attribuent à Dieu. Mais quand ils font faillite ou que leur maison prend feu à cause de la foudre, ils n’accusent pas le Ciel de la tragédie mais la nature ou une erreur de calcul. Et s’ils se sentent obligés d’attribuer à Dieu leurs malheurs – rien n’arrive finalement sans Son consentement-, ils le justifient avec le livre de Job : il s’agit seulement d’une épreuve du Seigneur inébranlable à la foi de ses préférés. Au-delà de la vérité ou de la fausseté théologique de ce raisonnement, ce qui ne fait pas de doute c’est son inestimable fonction politico-économique et, y compris, existentielle.

Il n’y a pas longtemps une fille me montrait les photos de sa maison terrassée par un incendie provoqué par la foudre. Tandis qu’elle décrivait le passé méconnaissable de chaque ruine, elle remarquait le peu des choses qui avaient été sauvées du feu comme s’il s’agissait d’un gain. Pour compléter, elle m’a commenté tout ce quelle ‘avait appris de Benjamin Franklin, à la suite du désastre. Dans une autre occasion, j’ai vu comment un homme montait sur la montagne de décombres qu’était devenue sa maison après un ouragan. Après avoir remué un moment, il a pu sauver une chemise et deux objets et il les a levés comme si c’était un trophée, pour que les autres le voient avec un sourire qui dérouterait tout étranger.

L’optimisme étasunien est l’un des facteurs principaux de son économie et de son histoire. Bien que la culture de la quantification le simplifie sous l’étiquette de « consumer confidence  », il ne s’agit pas d’un optimisme circonstanciel, dicté par la réalité, mais d’un optimisme chronique, parfois aveugle, consolidé par une culture. Bien que l’optimisme aveugle puisse perdre beaucoup de gens, il sauve un Étasunien, si ce n’est pour Dieu ou la justice, au moins pour l’économie. Parmi les décombre, ils voient toujours une occasion de lever quelque chose de meilleur, bien que la logique indique le contraire. C’est un pays habitué aux catastrophes et, de plus, construit dans l’idée d’une menace permanente. De là cette tendance périodique de tolérer la substitution de la défense par une attaque.

D’un autre côté, il ne s’agit pas d’un pays habité par un yankee unique avec une idéologie unique. Il y a des divisions profondes sur ce que doit être leur avenir. Bien que les conservateurs les plus radicaux veuillent faire croire que le Malheur vient toujours de dehors – avec cette tendance féodale aux murailles, physiques et mentales-, pour beaucoup de liberals et autres adversaires le plus grand problème réside dans son intérieur, dans les élites puissantes qui depuis l’obscurité dirigent la force brute. Devant ce diagnostic, parfois ténébreux, ils persistent dans un optimisme chronique dont qui fait que bientôt ces malheurs seront surpassés.

Non sans paradoxe, les conservateurs les plus radicaux ont opéré un changement dans la tradition libérale de ce pays. Dans la narration de l’histoire récente, il est accepté que vers le milieu des années 90 s’est produit « une révolution conservatrice ». Selon mon opinion, celle-ci s’est initiée au début des années 80, en réaction au tremblement culturel des années 60. D’une forme égale, il est possible que les États-Unis se trouvent aujourd’hui au bord d’une révolution silencieuse qui va s’approfondir durant la prochaine décennie. Il est probable que ce tremblement de terre soit plus radical que nous pouvons imaginer en ce moment. Parce qu’il ne faut pas non plus sous-estimer la capacité d’une rébellion culturelle dans un pays qui est né d’une révolution historique et qui a droit dans la constitution à la désobéissance civile. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’optimisme de la gauche étasunienne, l’une des plus résistantes aux cataclysmes des trente dernières années.

Dans les années 60 les intellectuels latinoaméricains ont insisté sur la valeur de l’optimisme comme un facteur révolutionnaire, comme un moteur créateur de la nouvelle réalité. Cette stimulation de caractère moral – qui n’avait rien du matérialisme dialectique – a été responsable du dernier grand tremblement de l’histoire du continent. Elle a été battue par la machinerie réactionnaire des armées traditionnelles, par sa propre insuffisance ou par l’excès de l’optimisme capitaliste.

Peut-être le pragmatisme étasunien consiste à ne pas voir la réalité. Son optimisme chronique confond désir avec réalité. Quand la réalité ne s’adapte pas au désir, tant pis pour elle.

* Jorge Majfud est professeur à The University of Georgia.

Traduction de l’espagnol pour El Correo de : Estelle et Carlos Debiasi

Rebeldes à la carte

Diarios de Motocicleta

Bitacora (La Republica)

Rebeldes à la carte

En 1772 José Cadalso escribió Eruditos a la violeta, la parodia de un manual para aprender todo lo necesario de las artes y las ciencias en siete días. Por entonces, para la aristocracia y la nueva burguesía, la cultura era un simple medio para presumir en sociedad. En nuestro tiempo eso ya no es posible; no porque falten los pedantes sino porque la cultura de lo grave es estratégicamente despreciada cuando no ignorada. La frivolidad y la pereza intelectual ya no son obstáculos para la fama y el éxito sino un requisito.

Aunque revolución alude a “giro radical”, es decir, “vuelta de dirección”, en el contexto histórico de la Era moderna (simplifiquemos: 1650-1950) significó lo contrario: era la radicalización de lo que se entendía como “progreso de la historia”. Es decir, consistía en evitar precisamente una “vuelta atrás”, una reacción, lo que en gran parte se logró en el breve período de la Posmodernidad. Hasta finales del siglo XX las fuerzas reaccionaras en América Latina se sirvieron del poder de la fuerza militar. Luego, esa particularidad del margen se apropió de un recurso propio del centro. En su segunda gran obra, Les damnés de la terre (1961), Frantz Fanon ya había observado en África que cuando la burguesía colonialista se da cuenta de los inconvenientes de sostener su dominación por la fuerza, decide mantener un combate sobre el terreno de la cultura. Ernesto Che Guevara —que probablemente sintió una fuerte influencia del filósofo negro— razonaba en 1961, doce años antes del golpe de estado en Chile: “si un movimiento popular ocupara el gobierno de un país por amplia votación popular, y resolviese, consecuentemente, iniciar las grandes transformaciones sociales que constituyen el programa por el cual triunfó […] es lógico pensar que el ejército tomará partido por su clase, y entrará en conflicto con el gobierno constituido. Ese gobierno puede ser derribado mediante un golpe de estado más o menos incruento y volver a empezar el juego de nunca acabar”. Guevara se equivocó muchas veces, pero en esto la historia le dio la razón.

En la actualidad, con los ejércitos tradicionales en franca decadencia por todas partes (¿veremos en el siglo XXI el fin de los ejércitos?), el status quo se sirve del discurso de la neutralidad y del culto a un sustituto de su adversario. El principio es el mismo que rige para inmunizar a una persona contra alguna enfermedad usando una vacuna hecha en base al mismo virus esterilizado para provocar un aumento de la reacción inmunológica del cuerpo.

En América Latina, cuando los adolescentes piensan en un icono de la rebeldía piensan en grupos como RBD (“Rebelde”), un grupo musical nacido de una telenovela mexicana. Como bien satirizó el comediante Adal Ramones con su indiscutible genio histriónico, la rebeldía de estos “rebeldes” es terrible: qué padre animarse a usar la corbata del colegio floja y de un costado, teñirse el pelo de una onda que, way, re-rebbelde, qué padre tantos escuincles de la high so rebeldes. La canción bandera de este grupo repite hasta el hastío que “soy rebelde cuando no sigo a los demás / y soy rebelde cuando me juego hasta la piel”. Otra prueba de que la realidad se construye más con palabras que con ladrillos: si se trata de que todos sigan una conducta de rebaño, se identifica esa misma conducta con el valor contrario. “No seguir a los demás” significa, exactamente, repetir todo lo que hacen los demás. O repetir lo que tres señores inventaron una noche entre cuatro paredes y sacando cuentas, para que el rebaño se identifique con “la realidad de la calle” o “la verdadera realidad”. Así tenemos re-rebeldes con la corbata de un costado y el pelo teñido de rojo, terribles actos de osadía en un mundo que nos ha hecho libres de elegir entre cien marcas diferentes del mismo desodorante, entre condones y combustibles con aromas frutales o de flores salvajes.

Al mismo tiempo que se repiten lugares comunes, se repite también la inocente pretensión de ser absolutamente originales. Incluso la idea de que ser progresista pretende significar un rechazo a todo lo dado, todo lo heredado de la historia en nombre de la originalidad, es paradójica. Pero si negásemos o destruyésemos todo lo que existe, no seríamos progresistas sino reaccionarios. No hay progreso posible sin una memoria y sin el reconocimiento de un proceso histórico previo (la ideología posmodernista niega todo posible progreso, excepto el tecnológico; de ahí su complaciente reacción o indiferencia radical). Ese proceso se realiza con sus propias contradicciones, avances y retrocesos, suponiendo un objetivo común de la historia, del cual soy partidario. El mismo Pablo Picasso, paradigma del genio creador, del destructor del pasado y de la creación de realidades inexistentes hasta él, fundamentó toda su obra en un inicial, profundo y serio estudio sobre las artes plásticas. El mismo cubismo posterior le debe al arte africano casi toda su originalidad. Lo mismo podemos decir de The Beatles y todo aquel grupo verdaderamente “creador”. La idea del creador, del artista innovador que destruye todos los cánones para crear un arte “rebelde”, en base a su propia ignorancia, no es más que una vana voluntad de contestar a la sociedad que se le opone y ejercitar, al mismo tiempo, su propia pereza intelectual. Pero de ninguna forma es un acto original y mucho menos independiente de esas fuerzas hegemónicas que guían su rebeldía. Ser famoso por quince minutos, como profetizó Andy Warhol, o por tres meses de inactividad bajo la lupa que confiere la fama, como los personajes de Gran Hermano cuyo paradigma moral es “ser uno mismo”—como si “uno mismo” no fuese el resultado de una deformación social, ideológica y cultural—, revindicar que “detrás de su obra y sus actos” no hay nada más que el “yo del artista”, libre y rebelde, es una fantasía. Ni siquiera es una fantasía del individuo, ni siquiera es producto de su rebeldía sino todo lo contrario: es la consecuencia lógica y complaciente de una cultura del consumo que vende la idea de libertad del individuo, de una ideología del vaciamiento del significado (Barthes, Derrida, Lyotard), una cultura del consumo sin ventanas ni puertas de salidas que convierte a la cultura ya no en una inquisidora de su propias raíces sino en una sirvienta de las necesidades del mercado, del apaciguamiento social e ideológico, de la domesticación del rebelde recluido en su propio yo que se cree original y aislado y, sin embargo, se parece a una lata de sopas Campbell en una góndola de Wall Mart o de Carrefour. Pero visto desde una perspectiva histórica más amplia, no hay libertad ni hay originalidad ni hay individuo. Hay masa, consumidora y complaciente. El artista es eso: no un creador, sino un reproductor (comprometido). Razón de la paradoja inicial: el rebelde no es un revolucionario, es un conservador. Por el contrario, el progresista no es un elefante en el bazar de la civilización; es un constructor de “nuevas realidades” a partir de la conservación y rescate de un tesoro infinitamente superior a sus propias fuerzas: toda la obra de la humanidad, recogida por la historia, por la memoria viva de la crítica permanente, por un respeto mínimo a la cultura de las culturas.

Hay momentos en la historia en que las fuerzas conservadoras se sirven de los rebeldes esterilizados, en que los individuos que pretenden ser originales en base a un conocido elogio a la ignorancia, apenas son reaccionarios, ya que pretender ser originales sin una cultura previa, sin una memoria y sin la valoración y cuidado de la obra histórica que la humanidad ha realizado siglo tras siglo, es pretender ser un hombre de las cavernas en la era digital. Es decir, un hombre sin historia, sin memoria colectiva, orgulloso de su originalidad, de su rebeldía liliputiense.

El problema no está en la forma. El problema surge cuando en nombre de la originalidad se bombardea la catedral de Colonia o Notre Dame o el Taj Mahal para levantar allí un supermercado o una discoteca. Y si estos monumentos de la memoria han sido producto de la injusticia social de su momento, por eso mismo lo ha de estimar la cultura. A nadie se le ocurriría quitar de allí las pirámides de Gizeh porque fueron construidas por esclavos. Por eso los soldados de Napoleón, cuando se divertían disparándole a la Esfinge eran bárbaros. No porque aprobemos la esclavitud sino por lo contrario: porque la pérdida de la memoria colectiva, de la memoria —viva o muerta— de la historia nos hunde en la esclavitud de la mediocridad, requisito indispensable para cualquier tipo de opresión. Al decir de F. Nietzsche en El nacimiento de la tragedia, “la jovialidad del esclavo [es la] que no sabe hacerse responsable de ninguna cosa grave, ni aspirar a nada grande, ni tener algo pasado o futuro en mayor estima que el presente”.

Jorge Majfud

The University of Georgia

Setiembre 2007

Diarios de motocicleta y

los rebeldes de nuestro tiempo

En 1773, el falso “indio neto”, Concolorcolvo, realizó junto con Don Alonso un viaje por Sudamérica, iniciado en el Río de la Plata y culminado en Perú. No sólo el recorrido geográfico es semejante al realizado casi dos siglos después por Ernesto Guevara y Alberto Grandos sino también la pretendida legitimación intelectual de la crónica y el rechazo de la historización libresca de Europa. En su diario de viaje, Concolorcorvo anotó que los criollos sabían más de la historia europea que de la suya propia, tópico que reaparecerá en Diarios de motocicleta en el mismo espacio mítico: Perú. Pero si la ideología del falso inca victimizaba a los abnegados conquistadores y difamaba a los salvajes habitantes de estas tierras, el punto de vista del nuevo mártir latinoamericano debía ser el opuesto. Como nos dice Joseph Campbell (en El héroe de las mil caras), el héroe mítico debe hacer un viaje de iniciación, descender al infierno antes de la iluminación. En un lenguaje latinoamericanista, esto significa concientização. Una vez obtenida, procede la comunicación del Hombre Nuevo y finalmente su sacrificio. El mito es más que la realidad y menos también. Mircea Eliade (en El mito del eterno retorno) nos recuerda su naturaleza oral, es decir, alejada de las complejidades del texto escrito y del tiempo histórico, lineal. Todo mito, luego de alcanzado su arquetipo, se mantiene invariable, funcional a un determinado conocimiento que se supone inmanente a todo ser humano, más allá de su tiempo y de su contexto.

En Diarios de motocicleta el mismo texto fílmico incluye, al inicio, una autoreferencia a otro par célebre y desigual (necesariamente desigual, entiendo, porque se trata, además, de héroes dialécticos): Don Quijote y Sancho Panza. La identificación de La poderosa con Rocinante —ambos son nombres paradójicos— pretende completar la composición mítico-estética; la motocicleta cumple una función simbólica, al extremo del fetiche, ya que desaparece rápidamente en la historia pero predomina en el título y en toda la iconografía de la obra. El par Granados-Guevara invertirá sus papeles a medida que avance la narración, al igual que lo hicieron los mismos personajes de Cervantes, en su momento. Pero esta última referencia se pierde en la película. Importa más anotar que también la alusión al antihéroe manchego es una alusión directa —aunque no deliberada— al héroe latino, desde Cervantes: el héroe en tiempos de la Contrarreforma —al igual que el Robin Hood en tiempos de la peste negra, de las revueltas campesinas y del cuestionamiento al papado— se lanza al mundo, a la aventura, para hacer justicia. Como si fuera una oscura herencia gnóstica, para nuestra subcultura católica el mundo es el orden del demiurgo, del mal. América Latina es una de sus últimas creaciones. Por lo tanto, como El Zorro, el héroe latino sólo puede ser marginal. Diferente —y no sin paradoja histórica—, para el héroe protestante (Superman & Co., incluido un héroe gótico como Batman) los buenos están en el poder y los malos escondidos en la clandestinidad, en cavernas profundas, amenazando con adueñarse de un mundo que ya tiene dueño. Superman no es un héroe dialéctico y por eso es solitario; cuando Batman pierde a Robin en los años ‘90, radicaliza ese mismo perfil: expresión pura de la fuerza bruta, de la hegemonía que no se cuestiona ni rinde explicaciones de sus acciones. “Luchar por la justicia” no es más que restablecer el poder hegemónico imperante que los marginales quieren destruir. Ambos, el héroe latino y el héroe anglosajón, ocultan sus identidades; los primeros se la ocultan al poder central, los segundos a los villanos marginales. Ambos se travisten, porque el poder como la verdad siempre están ocultos. Pero si el héroe latino es mítico el anglosajón es mitómano. La batalla trascendente (por el poder, por la verdad) se produce en el cielo o en el infierno, pero nunca en el plano medio de los mortales. Diarios de motocicleta narra el nacimiento de uno de estos héroes míticos (de perfil latino) que, en el recorrido de su largo viaje, debe sumergirse en el Hades antes de ascender al Olimpo. La atracción irresistible consiste en narrarlo desde el espacio humano, vulnerable, no mítico. Semejante, sería una película que narre la vida de Jesús antes de su bautismo en el río Jordán.

Como la independencia de América Latina nunca aconteció, era natural el surgimiento de una figura redentora y es natural su sobrevivencia mítica. Más profundo aún que la ideología que encarnó como ideal supremo, era la necesidad del mesías que rescataría a un pueblo largamente oprimido, empantanado, como pocos, en su propio pasado, bajo la doble tentación de matar al opresor o dejarse seducir por él hasta los límites de las “relaciones carnales” (sic Carlos Menem). Ahora, si bien el Che Guevara histórico es mucho más que un arquetipo, es sólo éste, el arquetipo mítico, el que aparece en el subtexto de Diarios de motocicleta —y en los consumidores de “rebeldes” anglosajones—, recreado desde sus propias debilidades humanas. Pese a todo, el mito del Che Guevara no puede alcanzar la categoría absoluta de los mitos antiguos. Se lo impiden la enorme cantidad de documentos escritos y una mentalidad moderna proclive a la duda crítica. Por otro lado, se lo facilita una cultura ultramoderna: habiendo renunciado a su principal vocación, la revolución, nuestro tiempo se ha decidido por la iconolatría y la mitologización de la historia, por un pensamiento basado en lenguajes —en sistemas independientes de juegos, como el informático—, no en ideas que busquen la comprensión global de cada una de sus partes. Sumergida en un mar de textos digitales, la mentalidad ultramoderna se descansa en la micronarrativa de la publicidad, en la imagen simbólica y en el slogan, simplificador y repetitivo. El nuevo fetiche lleva la marca de su propio tiempo: el consumo estético y la antidialéctica publicitaria. Para ésta, más allá de cualquier narrativa está el mensaje directo, fragmentario. No hay relación entre un evento y el próximo, lo cual no es entendido como un defecto sino como una virtud. (Es nuestra etapa de autismo social e histórico, propia de una transición.) Pero para que cada evento entre en el círculo del consumo, debe adecuarse a los parámetros desproblematizadores. El arte abandona sus pretensiones de cambiar las expectativas de los consumidores y se especializa en satisfacer esas mismas expectativas, según una cultura hegemónica mayor que se caracteriza por su práctica mitómana. Es decir, la obra de arte —en este caso Diarios de motocicleta— debe alejarse de lo “políticamente incorrecto” lo cual incluye, también, confirmar un perfil de rebeldía, de individualidad del héroe. Así se forja el paradigma del rebelde integrado, para el cual la rebeldía consiste en cambiarse el color de pelo y ponerse aros en la lengua para “expresarse a sí mismo”. De la misma forma, también el héroe o el intelectual apocalíptico se transforma en un lubricante de la gran maquinaria, en lubricante complaciente de la masa.

Ambas carencias y virtudes del mito moderno afectan a la película Diarios de motocicleta: si no hay mito absoluto, sino mito problemático, tampoco una reconstrucción del mito tradicional puede estar a salvo de los extremos de la crítica. Toda obra de arte posee un componente político y al mismo tiempo es más que política; pero en ocasiones esta dimensión es tan gravitante que resulta tan artificial excluirla de un análisis de la obra como describir la sonrisa de la Gioconda sin considerar algún tipo de emoción en el referente. A ello sumemos que, como ocurre en casi todo el cine cubano desde la Revolución, el texto más importante no está explícito en la obra misma, en la narración fílmica, sino en su propio contexto. Es decir, es lo que podríamos llamar una obra de arte histórica. A diferencia de Edipo Rey (obra de arte mitológica), para la cual el contexto es irrelevante o apenas anecdótico. Excluir el contexto político-histórico en las películas del Nuevo Cine Latinoamericano y del más actual cine cubano (dentro y fuera de la isla), sería una exageración semejante a reducir el Pato Donald a su subtexto ideológico. Lo cual no es imposible, porque el subtexto existe, pero el resultado de semejante ejercicio es más propio del arte mismo que del análisis crítico: es una creación libre, estimulada por el referente; no una creación crítica, condicionada por aquel. El contexto hollywoodense, en cambio, puede ser desconsiderado, no por su ausencia sino por su omnipresencia. El cine revolucionario o problemático es una respuesta a una hegemonía y, por lo tanto, se transforma en un arte político. De igual forma, la heterosexualidad, al ser asumida como hegemónica, pierde ese (explícito) carácter político; el gay, por el contrario, al confrontarse con una reivindicación inevitablemente transforma su sexualidad en un hecho político.

En Diarios de Motocicleta la hibridez consiste en unir estos dos polos, en partes desiguales. El héroe revolucionario, pasada la amenaza histórica, no se convierte en pieza de museo sino en algo más inofensivo: es integrado. Pero para su digestión, antes debe ser pasterizado hasta lograr un carácter opuesto al Che Guevara histórico. También el mito pierde sus aristas filosas (políticas, por ejemplo); se convierte en producto de consumo: rápido, fácil, desechable. Si en apariencia vence la ética del rebelde, en definitiva triunfa su propia neutralización como elemento problemático, ya que no hay un compromiso material del neorebelde sino su propia complacencia simbólica. La ética del rebelde es neutralizada con la estética hegemónica.

En otro plano, entiendo que no es la emotividad de la película, como ha anotado profusamente la crítica, su punto más débil. Después de Bertolt Brecht pareciera que es casi imposible reconocer en el arte de catarsis algún mérito. Después del gran Nietzsche y del no tan grande Ortega y Gasset, la masa ha pasado a ser la receptora de todo el desprecio de la inteligencia culta. Mercado y espíritu son antagónicos, como la cantidad lo es a la calidad; por lo tanto, según esta escuela, pueblo y profundidad deben serlo también. Pero el arte no es nada sin las emociones y éstas no son propiedad de una elite de intelectuales (menos de intelectuales inconmovibles). Por otro lado, para este tipo de complejos, es más fácil el rechazo que la apología, ya que en la primera el crítico se coloca a sí mismo en un plano superior a la obra en cuestión y en el segundo renuncia al privilegio. La crítica se ha mofado del “sentimentalismo” de Diarios de motocicleta, lo cual es característico de cualquier comentarista que se ubique en el plano de privilegio por el solo hecho de sonreírse: llorar, emocionarse, es de seres inferiores, generalmente femeninos y con poca penetración crítica. Por las dudas, hay que mofarse de las emociones. Pero si esta película logra emocionar es por mérito propio, más aún si lo hace en momentos de cierta cursilería. Ahora, si esta inocencia es el motivo de la emoción de un grupo social, deberíamos reconocer que nuestro juicio debe ser relativo a los objetivos de una obra de arte. También Shakespeare hace llorar con un amor cursi y romántico como el de Romeo y Julieta. (Hoy en día, otros genios hacen llorar con amores más sofisticados; pero más bien se trata de un llanto intelectual.)

Podemos anotar, entonces, que los mayores defectos de esta película están, no en su capacidad de emocionar a un grupo social x, sino en su incapacidad de sostener la emoción en un grupo social y —asumido como superior al grupo social x—, interrumpiéndola con momentos de inverosímil inocencia de su protagonista. Desde este punto de vista (y), Diarios de Motocicleta falla en varios momentos, de forma progresiva hasta alcanzar un final muy inferior a cualquier expectativa. Si la historia no podía incluir el momento trágico de su muerte —lo que hubiese completado el canon clásico, para un grupo social x— al menos se pudo haber dejado abierto el final con un verdadero cambio psicológico en el protagonista. Un viaje y una concientización merecen, al menos, un bildungsroman.

Sin embargo, Diarios de Motocicleta se sostiene por un metatexto infinito: sin él, la película sería el road movie de un ocioso señorito de la clase media burguesa de Buenos Aires. Nada en ella nos muestra a un hombre excepcional, sino todo lo contrario. Incluso, si por un lado se pretende resaltar la honestidad original del protagonista, sus facultades intelectuales están permanentemente puestas en duda. El discurso “latinoamericanista” que atrapa la atención de Alberto y del resto de las personas en medio de su fiesta de cumpleaños, en el leprosario de San Pablo, es más propio de Cantinflas que de un futuro mito de la política mundial. El final es totalmente decepcionante. La despedida de Ernesto y Alberto en un aeropuerto de Venezuela es patética. Hay que imaginarse a un Che Guevara confesando, con una gran dificultad de expresión oral, que el viaje lo había cambiado. ¿No se trataba, precisamente, de eso? Pero el protagonista debe decirlo porque la película fracasa al mostrar ese cambio. Tampoco era necesario que comentara, como si ni él se lo creyese: “Tantas injusticias, ¿no?…” seguido de unos puntos suspensivos que revelan la carencia de lo que más proliferaba en el Che Guevara histórico, en el héroe dialéctico: su verborragia, aunque a veces desprolija; su creatividad literaria condensada en aforismos, luego convertidos en refranes populares o en muletillas del propio Jean-Paul Sartre. Si estas palabras pudieron haber sido las verdaderas palabras que pronunció Ernesto Guevara en ese preciso momento, habría que quitarlas por inverosímiles. En la vida diaria, la mayoría de las cosas que decimos son triviales y hasta estúpidas. Pero procuramos no ponerlas en un libro. Menos en el final de una película que tiene al Che Guevara como protagonista central. Todo lo cual nos hace pensar que cuando Salles eligió el tema de su próxima película realizó la mitad de una gran obra; pero la otra mitad era demasiado grande.

Finalmente, anotemos que la canción de Jorge Drexler, ganadora del primer Oscar a la música para una canción en español, no forma parte de la emotividad de la narración. Esta asociación, música-historia, históricamente ha sido fructífera: cuando uno de los términos del par fallaba, era salvado por el otro. En este caso la canción premiada fue relegada al final, como cortina musical de los créditos, cuando la hipnosis de la historia se ha interrumpido y los espectadores comienzan a pensar dónde dejaron el auto. Drexler tiene composiciones harto más impactantes que “Al otro lado del río”, pero, como todo premio, éste también forma parte de un contexto que debe ser analizado más ampliamente por la crítica. Una de las claves es el mismo hecho de que la mitomanía de la academia no lo dejó interpretar su propia canción en la entrega de los premios (la ausencia de un Che García Bernal en la premiación, en protesta por este hecho, es la respuesta del rebelde integrado que se corresponde con las expectativas del mercado y con el estilo de su lenguaje), eligiendo a Antonio Banderas (El Zorro), por su imagen y no, obviamente, por su voz. Lo que hubiese equivalido a entregarle el premio Nobel a Mario Benedetti a condición de que el discurso de agradecimiento lo dijera Jennifer López, explicando cómo pensaba decorar la Casa Blanca si fuese presidenta de Estados Unidos (sic).

Jorge Majfud

Athens, diciembre 2005

Diarios de motocicleta. Dir. Walter Salles. Brasil, 2004.Dur.: 115 min.

Journal de motocyclette

Jorge Majfud

Université de Géorgie

Traduit de l’espagnol par :

Pierre Trottier, janvier 2006

Trois-Rivières, Québec, Canada

Journal de motocyclette (film), Réalisateur Walter Salles. Brésil 2004, durée : 115 minutes.

En 1773, le faux «indien archétypal» Concolorcolvo, réalisa, joint à Don Alonso, un voyage en Amérique du Sud, qui débuta par le Rio de la Plata pour se terminer au Pérou. Non seulement le parcours géographique réalisé il y a deux siècles est semblable à celui entreprit par Ernesto Guevara et Alberto Granados mais aussi est semblable la prétendue légitimation intellectuelle et le rejet de «l’historisation» livresque européenne. Dans son journal de voyage, Concolorcolvo nota que les créoles en savaient plus sur l’histoire européenne que sur leur propre histoire, cliché qui réapparaîtra dans Journal de motocyclette, cliché du même espace mythique  : le Pérou. Mais si l’idéologie du faux inca victimisait les dévoués “conquistadors” et diffamait les sauvages habitants de ces terres, le point de vue du nouveau martyr latino-américain devrait être à l’opposé. Comme nous le dit Joseph Campbell (dans Le héros aux mille figures), le héros mythique doit faire un voyage aux enfers avant l’illumination. Dans le langage latino-américaniste, cela signifie conscientisation. Une fois obtenue, advient la communication de l’Homme Nouveau et, finalement, son sacrifice. Le mythe est plus que la réalité, et moins aussi. Mircea Eliade dans Le mythe de l’éternel retour nous rappelle sa nature morale, c’est-à-dire, éloignée des complexités du texte écrit et du temps historique, linéaire. Tout mythe, à la suite d’avoir atteint son archétype, reste invariable, fonctionnel pour une connaissance déterminée qu’on suppose immanente à tout être humain, au-delà de son époque et de son contexte.

Dans Journal de motocyclette, ce même texte filmique inclut, au commencement, une auto-référence à un autre héros célèbre et inégal (nécessairement inégal j’entends, parce qu’il s’agit, en plus, de héros dialectiques)  : Don Quichotte et Sancho Panza. L’identification de la Poderosa avec Rossinante –les deux sont des noms paradoxaux– prétend compléter la composition mythique-esthétique  ; la motocyclette accomplit une fonction symbolique, à l’extrême du fétiche, quoiqu’elle disparaisse rapidement dans l’histoire mais prédomine dans le titre et dans toute l’iconographie de l’œuvre. Celle de Granados-Guevara inversera leurs rôles à mesure qu’avancera la narration, de même que firent les personnages de Cervantès, en leur temps. Mais cette dernière référence se perd dans le film. Il importe plus de noter que l’allusion aussi à l’anti-héros de la Mancha est une allusion directe –quoique non délibérée– au héros latino, à partir de Cervantès : le héros des temps de la Contre-Réforme –à l’égal de Robin des bois du temps de la peste noire, des révoltes paysannes et du questionnement envers la papauté– se lance à la poursuite du monde, de l’aventure, afin de faire justice. Comme s’il s’agissait d’un obscur héritage gnostique pour notre sous-culture catholique, le monde est de l’ordre du démiurge, du mal. L’Amérique Latine est une de ses dernières créations. Pour le moment, comme Zorro, le héros latino ne peut être que marginal. Cela est différent –et non sans paradoxe historique– pour le héros protestant (Superman & Co., incluant un héros gothique comme Batman) : les bons sont au pouvoir et les méchants cachés dans la clandestinité, dans de profondes cavernes, menaçant de gouverner le monde qui, déjà, possède un maître. Superman n’est pas un héros dialectique et c’est pour cela qu’il est solitaire ; lorsque Batman perd Robin, dans les années 90, ce même profil se radicalise : l’expression pure de la force brute, de l’hégémonie qui ne se questionne pas, qui n’a pas de comptes à rendre. “Lutter pour la justice” n’est rien de plus que rétablir le pouvoir hégémonique régnant que les marginaux veulent détruire. Les deux, le héros latino et le héros anglo-saxon, cachent leur identité : les premiers la cachent au pouvoir central, les seconds chez les paysans marginaux. Les deux se travestissent parce que le pouvoir comme la vérité sont toujours cachés. Mais si le héros latino est mythique, le héros anglo-saxon est mythomane. La bataille transcendante (pour le pouvoir, pour la vérité) se produit dans le ciel ou en enfer, mais jamais sur le plan moyen des mortels. Journal de motocyclette raconte la naissance d’un de ces héros mythiques (de profil latino) qui, dans le parcours de son long voyage, doit s’immerger dans l’Hadès avant son ascension sur l’Olympe. L’attraction irrésistible consiste à le raconter à partir de l’espace humain, vulnérable, non mythique. Pareillement serait un film qui raconterait la vie de Jésus avant son baptême dans le Jourdain.

Comme l’indépendance de l’Amérique Latine ne fut jamais réalisée, l’apparition d’une figure rédemptrice allait de soi, et sa survivance aussi. Plus profonde encore que l’idéologie qu’elle incarna comme idéal suprême était la nécessité du messie qui rachèterait un peuple longuement opprimé, embourbé comme peu d’autres, dans son passé, sous la double tentation de tuer l’oppresseur ou de se laisser séduire par lui jusqu’aux limites des «relations charnelles» (sic. Carlos Menem). Maintenant, encore que le Che Guevara est beaucoup plus qu’un archétype, c’est seulement lui, l’archétype mythique, celui qui apparaît dans les sous-titres de Journal de motocyclette – et dans les consommations de «rebelles» anglo-saxons -, recréé à partir de ses propres faiblesses humaines. Malgré tout, le mythe du Che Guevara ne peut atteindre la catégorie absolue des mythes antiques. Il en est empêché par l’énorme quantité de documents écrits et par une mentalité moderne encline au doute critique. D’un autre côté, cela est facilité par une culture ultra-moderne : ayant renoncé à sa principale vocation, la révolution, notre époque s’est décidée pour l’iconolâtrie et la mythologisation de l’histoire, par un penser basé sur les langages – sur des systèmes indépendants de jeux, comme l’informatique -, non sur des idées qui cherchent la compréhension globale de chacune de ses parties. Submergée dans une mer de textes digitaux, la mentalité ultra-moderne se repose dans la micro-narration de la publicité, dans l’image symbolique et sur le slogan simplificateur et répétitif. Le nouveau fétiche porte la marque de son propre temps : la consommation esthétique et l’anti-dialectique publicitaire. Pour celle-ci, en deçà de quelconque narration est le message direct, fragmentaire. Il n’y a pas de relation entre un événement et le suivant, lequel n’est pas compris comme un défaut mais comme une vertu. (C’est notre étape d’autisme social et historique propre à une transition). Mais, afin que chaque événement entre dans le cercle de la consommation, il doit s’adapter aux paramètres déproblémisateurs. L’art abandonne ses prétentions de changer les attentes des consommateurs et se spécialise à satisfaire ces mêmes attentes selon une culture hégémonique plus grande qui se caractérise par sa pratique mythomane. C’est dire, l’œuvre d’art – dans ce cas Journal de motocyclette – doit s’éloigner du «politiquement incorrect» lequel inclut, aussi, de confirmer un profil de rébellion, d’individualité du héros. Ainsi se forge le profil du rebelle intégré, pour lequel la rébellion consiste à changer la couleur de ses cheveux et à se mettre des anneaux sur la langue afin de «s’exprimer à lui-même». De la même façon, le héros aussi ou l’intellectuel apocalyptique se transforme en lubrifiant de la grande machine, en lubrifiant complaisant de la masse.

Les deux, les carences et les vertus du mythe moderne affectent le film. Journal de motocyclette : s’il n’y a pas de mythe absolu, sinon de mythe problématique, une reconstruction du mythe traditionnel non plus ne peut être à l’abri des sujets de la critique. Toute œuvre d’art possède une composante politique, et en même temps, est plus que politique ; mais, en certaines occasions, cette dimension est si gravitante qu’il devient si artificiel de l’exclure de l’analyse de l’œuvre comme de décrire le sourire de la Joconde sans considérer quelque type d’émotion dans le référent. A cela nous ajoutons que, comme cela arrive dans presque tout le cinéma cubain depuis la Révolution, le texte le plus important n’est pas explicite dans l’œuvre elle-même, dans la narration filmique, mais dans son propre contexte. C’est-à-dire, c’est ce que nous pourrions appeler une œuvre d’art historique. A la différence d’Œdipe Roi (œuvre d’art mythologique) pour laquelle le contexte est sans importance ou à peine anecdotique. Exclure le contexte politico-historique des films du Nouveau Cinéma latino-américain, et du plus actuel cinéma cubain (dans l’île et à l’extérieur) serait une exagération semblable à réduire le Canard Donald à ses sous-titres idéologiques. Ce qui n’est pas impossible, parce que le sous-titre existe, mais le résultat d’un semblable exercice est plus du propre de l’art même que de l’analyse critique : c’est une création libre, stimulante pour le référent, non une création critique conditionnée par cette dernière. Le contexte hollywoodien, en échange, peut être inconsidéré, non par son absence mais par son omniprésence. Le cinéma révolutionnaire ou problématique est une réponse à une hégémonie et, pour le moment, se transforme en un art politique. D’égale façon, l’hétérosexualité, à être assumée comme hégémonique, perd ce (explicite) caractère politique ; le gai, au contraire, à se confronter dans une revendication inévitablement transforme sa sexualité en un fait politique.

Dans Journal de motocyclette, l’hybridité consiste à unir ces deux pôles, en parties inégaux. Le héros révolutionnaire, passée la menace historique, ne se convertit pas en une pièce de musée mais en quelque chose de plus inoffensif : il est intégré. Et pour sa digestion, il doit être pasteurisé jusqu’à obtenir un caractère opposé à celui du Che Guevara historique. Ainsi, le mythe perd ses artistes aiguisés (politiques, par exemple) ; il se convertit en produit de consommation : rapide, facile, jetable. Si, en apparence, vainc l’éthique du rebelle, en définitive triomphe sa propre neutralisation comme élément problématique, puisqu’il n’y a pas de compromis matériel du néo-rebelle mais sa propre complaisance symbolique. L’éthique du rebelle est neutralisée par l’éthique hégémonique.

Sur un autre plan, je comprends que ce n’est pas l’émotivité du film, comme l’a noté abondamment la critique, son point le plus faible. A la suite de Bertolt Brecht, il paraîtrait que c’est presque impossible de reconnaître dans l’art de catharsis quelque mérite. A la suite du grand Nietzsche et du non moins grand Ortega y Gasset, la masse est devenue la réceptrice du mépris de l’intelligence culte. Marché et esprit sont antagoniques, comme la quantité l’est de la qualité ; pour le moment, selon cette école, le peuple et la profondeur doivent l’être aussi. Mais l’art n’est rien sans les émotions, et ces dernières ne sont pas la propriété d’une élite d’intellectuels (encore moins d’intellectuels inébranlables). D’un autre côté, pour ce type de complexes, le rejet est plus facile que l’apologie, puisque dans le premier cas le critique se met lui-même sur un plan supérieur à l’œuvre en question, et, dans le deuxième cas, il renonce à ce privilège. La critique s’est moquée du «sentimentalisme» de Journal de motocyclette, ce qui est caractéristique de quelconque commentateur qui se situe sur le plan du privilège par le seul fait de sourire : pleurer, s’émouvoir, cela appartient aux êtres inférieurs, généralement féminins et avec peu de pénétration critique. En cas de doute, il n’y a qu’à rire des émotions. Mais si ce film arrive à émouvoir c’est par son propre mérite, plus encore s’il le fait en des moments de certain snobisme. Maintenant, si cette innocence est le motif de l’émotion d’un groupe social, nous devrions reconnaître que notre jugement doit être relatif aux objectifs d’une œuvre d’art. Shakespeare aussi fait pleurer avec un amour maniéré et romantique comme celui de Roméo et Juliette. (Jusqu’à ce jour, d’autres génies font pleurer avec des amours plus sophistiqués ; mais il s’agit bien plus d’un pleur intellectual).

Nous pouvons noter, alors, que les plus grands défauts de ce film sont, non dans sa capacité d’émouvoir un groupe social x, mais dans l’incapacité à soutenir l’émotion chez un groupe social y – assumé comme supérieur au groupe social x – l’interrompant par des moments d’invraisemblable innocence de son protagoniste. A partir de ce point de vue (y), Journal de motocyclette échoue à plusieurs moments, de façon progressive, jusqu’à atteindre un final très inférieur à quelque attente. Si l’histoire ne pouvait inclure le moment tragique de sa mort –ce qui eut complété le canon classique, pour un groupe social x– au moins on a pu laissé ouvert le final avec un véritable changement psychologique chez le protagoniste. Un voyage et une conscientisation méritent, à tout le moins, un «bildungsroman».

Cependant, Journal de motocyclette se soutient par un méta texte infini : sans lui, le film serait un «road movie» d’un oisif petit monsieur de la classe moyenne bourgeoise de Buenos Aires. Rien en cela nous montre un homme exceptionnel, mais tout le contraire. Même, si d’un côté on prétend faire ressortir l’honnêteté originale du protagoniste, ses facultés intellectuelles sont mises en doute d’une façon permanente. Le discours «latino-américaniste» qui capte l’attention d’Alberto et du reste des personnes au milieu de la fête pour son anniversaire, à la léproserie de San Pablo, est plus le propre de Cantinflas que d’un futur mythe de la politique mondiale. Le final est totalement décevant. Les adieux d’Ernesto et d’Alberto dans un aéroport du Venezuela sont pathétiques. Nous avons à nous imaginer un Che Guevara avouant, avec une grande difficulté orale, que le voyage l’avait changé. Ne s’agissait-il pas, nécessairement, de cela ? Mais le protagoniste doit le dire parce que le film échoue à montrer ce changement. Il n’était pas nécessaire non plus qu’il commentât, comme si lui non plus ne l’avait cru : “tant d’injustices, non ?…” suivit de quelques points de suspension qui révèlent la carence de ce qui proliférait le plus chez le Che Guevara historique, chez le héros dialectique : sa «verborragie», quoique souvent non-exhaustive, sa créativité littéraire condensée en aphorismes, par la suite convertis en proverbes populaires ou en mots de Jean-Paul Sartre lui-même. Si ces paroles purent avoir été les véritables paroles que prononça Ernesto Guevara à ce moment précis, nous devrions les considérer comme invraisemblables. Dans la vie quotidienne, la plus grande partie des choses que nous disons sont triviales, voire même stupides. Mais nous tâcherons de ne pas les publier. Encore moins dans le final d’un film qui a comme protagoniste central Che Guevara. Tout ceci nous fait penser que, lorsque Salles choisit le thème de son prochain film, il réalisa la moitié d’une grande œuvre ; mais l’autre moitié est trop grande.

Finalement, notons que la chanson de Jorge Drexler, gagnante du premier Oscar consacré à la musique pour une chanson en espagnol, ne prend pas part à l’émotivité de la narration. Cette association musique-histoire, historiquement, a été fructueuse : lorsqu’un des termes de la paire manquait, il était sauvé par l’autre. Dans ce cas-ci, la chanson récompensée fur reléguée au final comme rideau musical de créance, lorsque l’hypnose de l’histoire se fut interrompue et que les spectateurs commençaient à penser au lieu où ils avaient garé leur voiture. Drexler a des compositions possédant plus d’impact que “De l’autre côté du fleuve”, mais comme tout prix, celui-ci fait aussi partie d’un contexte qui doit être analysé plus amplement par la critique. Une des clés est le fait même que la mythomanie de l’académie ne lui a pas laissé interpréter sa propre chanson pendant la cérémonie (l’absence d’un Che García Bernal, en protestation contre ce fait, est la réponse du rebelle intégré qui correspond aux attentes du marché et au style de son langage), choisissant Antonio Banderas (Zorro), pour son image et non, évidemment, pour sa voix. Ce qui eut équivalu à remettre le prix Nobel à Mario Benedetti à condition que le discours de remerciement fût prononcé par Jennifer López, expliquant comment elle pensait décorer la Maison Blanche si elle devait devenir présidente des États-Unis (sic).

Dr. Jorge Majfud

Athens, décembre 2005

Afroamérica

Afroamérica

 

 

 

En Uruguay todos los años se celebra el Día del Patrimonio nacional, que en realidad son tres días. Este año estuvo dedicado a la herencia afrouruguaya. En nuestro país, como en el resto de América Latina y en Estados Unidos, la reivindicación oficial de una cultura subalterna, representante de grupos étnicos históricamente marginados como lo ha sido la población negra y la indígena, es un arma de doble filo. En Uruguay, por ejemplo, el candombe y el carnaval han sido siempre identificados con hombres y mujeres de piel negra. Ambos son expresiones legítimas y valiosas de nuestro país, pero también esta suerte de especialización étnica ayuda a promover un estereotipo y, por lo tanto, resulta en un saco de fuerza psicológico y moral que impide o dificulta aquello por lo cual una cultura se define: herencia, renovación, crítica y creatividad.

Lo mismo podemos decir cuando se acusa de impostor a alguien que se define como amerindio o indígena por el hecho de no usar plumas en la cabeza o de hablar español o de no arrancarles el corazón a los turistas del mundo civilizado. Es decir, se acepta que un francés o un norteamericano no vistan ni se comporten como un burgués del siglo XVIII, porque se asume que hay una dinámica cultural, una evolución que hace legítimo un cambio radical dentro de una misma tradición. Pero se pone el grito en el cielo o se ironiza cuando un guaraní o un aymará escriben un correo electrónico o conducen el mismo automóvil que un americano moderno. O se acusa a los antiguos mexicanos de sacrificar víctimas humanas, como si no hubiesen sido capaces de evolucionar como evolucionó el cristianismo desde el siglo XVI, abandonando la repetida práctica de la tortura y la incineración pública de víctimas humanas, también en nombre de Dios, pero de un dios misericordioso.

Una de las mayores amenazas de una cultura hegemónica es la fosilización de aquellas otras que representan un cuestionamiento a su legitimidad o a su hegemonía. La idea monotemática de un hombre negro tocando un tambor y una mujer negra bailando semidesnuda, como objeto sexual de consumo interno y para la exportación, contribuye a restringir —no necesito aclarar que es mi opinión— la potencialidad de la población negra que de esa forma no se autorepresenta, ni es vista por los demás, como protagonista en otras áreas de la sociedad. Si es un pintor blanco, se destacará por sus temas “afro” y se dará un baño de “pueblo”, aunque el grupo aludido represente al nueve por ciento de la población. Probablemente será reconocido como un gran artista plástico y un mal tamborilero, ya que el blanco es asumido como el “observador natural” de la irracionalidad y la sensualidad del primitivo africano, según la centenaria tradición eurocéntrica. De la misma forma que, después del Renacimiento y de Miguel Ángel, abundan desnudos femeninos en la pintura europea (en algún caso, rodeados de hombres vestidos) y en los medios contemporáneos de entretenimiento: el que observa, el macho blanco, es quien domina y así realiza un juicio sexual y estético. Mirar, representar, es ordenar, establecer, dominar. El observado se hace objeto, se hace cosa. Y la crítica contribuye abstrayendo los valores estéticos de los valores éticos o ideológicos, aplaudiendo aquellos y negando éstos.

En resumen, al mismo tiempo que reconocemos el valor de una actividad cultural como el candombe y el carnaval, no debemos dejarnos hipnotizar por un edificio de símbolos y valores que por exceso de iluminación ocultan la rígida estructura principal que nos atrapa. Aunque los uruguayos nos autorepresentamos como antirracistas por excelencia, debemos reconocer que existe una discriminación social de hecho —aunque creo que nunca tan grave como en gran parte de Estados Unidos— que ha relegado a la población negra a un lugar casi inexistente en la política, en las universidades y en los altos puestos públicos y privados. Sí, existe una poderosa cultura afroamericana, afrocubana, afrouruguaya, etc. Pero definir a alguien como afroamericano por el mero color se su piel es parte de la violencia dulce. ¿Por qué los blancos no se llaman “euroamericanos”, incluso allí donde son minorías? Todo esto me recuerda a una emisora local en Mozambique que reportaba un accidente diciendo que habían resultado heridos “tres personas y dos macúas”. Las personas eran blancos; los macúas eran negros.

No en vano aquellos refugios de esclavos perseguidos que en Brasil se llamaban “quilombos”, en Uruguay y Argentina pasó a significar “prostíbulo”, “promiscuidad” o, en el mejor de los casos, “desorden”.  Nadie dice “blanco roñoso”, “blanco sucio”, o “estás haciendo cosa de blanco” (excepto en el caso del gallego inmigrante), pero al sustantivo “negro” se sigue naturalmente una larga lista de descalificativos que la costumbre ha hecho algo natural. “Café para negro no necesita azúcar”. “Negro fino” es un oximoron o una curiosidad, etc.

Si hoy vamos a la página de nuestra querida Universidad de la República del Uruguay, leeremos una actitud típica de nuestra historia que se expresa por eufemismos: “La población del Uruguay es de origen europeo, sobre todo español e italiano, sin perjuicio de otras nacionalidades, producto de una política inmigratoria de puertas abiertas. También existe una reducida presencia de la raza negra que llegó al país, de las costas africanas, en tiempos de la dominación española. En cuanto a la población indígena hace más de un siglo que los últimos indios desaparecieron de todo el territorio nacional, lo que diferencia a la población del Uruguay de la de los demás países de Hispanoamérica…”

La población indígena no “desapareció”; (1) usurparon sus tierras y los asesinaron a todos los que pudieron, en nombre de la civilización y (2) no desaparecieron como queremos creer, están ahí, mezclados de alguna forma en nuestras sangres y negados por nuestra cultura, como lo estaban árabes y judíos negados por la España imperial, que de esa forma organizó su propia decadencia. Aunque nunca nos lo dijeron en la escuela ni se menciona en la cultura pública, el sol de nuestra bandera, como el sol de la bandera argentina, no es otro que el Inti sol de los incas, en su diseño y en su origen, para no entrar a detallar que nuestro castellano está lleno de estructuras y palabras quechuas, guaraníes, etc. Por su parte, la población negra no “llegó” de turismo a este continente sino por la violencia del secuestro, por la violencia física y moral. La violencia física ha cesado, pero no aún la violencia moral y, deberíamos agregar, la “violencia cultural”. Con el agravante que la violencia física suele cicatrizar rápidamente; no tan fácilmente la violencia moral, como lo demuestra la psicología y la historia de los pueblos.

No es cierto que seamos tan blancos como nos hemos creído siempre, con una lógica que, con humor negro, se resumía en la expresión: “en Uruguay y Argentina somos más civilizados porque matamos a todos los salvajes”. Esta crítica necesaria no degrada los méritos que han tenido nuestros países contribuyendo a la historia, especialmente a principios de siglo XX y quizás en este principio de siglo XXI. Pero para seguir adelante primero debemos confesarnos. No ante el cura, sino ante nuestra propia conciencia histórica.

 

 

Jorge Majfud.

The University of Georgia

 

 

 

 

Afroamérique

Jorge Majfud

The University of Georgia

Traduction de Guy Everard Mbarga

 

 

L’Uruguay célèbre chaque année la Journée du Patrimoine national qui dure en fait trois jours. Cette année, elle a été dédiée à l’héritage afrouruguayen. Dans mon pays, comme dans le reste de l’Amérique Latine et aux États-Unis, la revendication officielle d’une culture subalterne, représentante de groupes ethniques historiquement marginalisés comme l’ont été les populations noires et indigènes est une arme à double tranchant.

En Uruguay, par exemple, le candombe et le carnaval ont toujours été identifiés avec les hommes et les femmes noirs. Les deux sont des expressions  légitimes et précieuses de notre pays, mais également, ce genre de spécialisation ethnique contribue à promouvoir un stéréotype, et devient ainsi une poche de force psychologique et morale qui empêche ou rend difficile ce par quoi une culture se définit : héritage, renouvellement, critique et créativité.

On peut dire la même chose lorsqu’on accuse d’imposture celui qui se définit comme amérindien ou indigène du fait qu’il ne met pas de plume sur la tête ou parce qu’il parle l’Espagnol ou parce qu’il n’arrache pas le cœur des touristes du monde civilisé.

Cela signifie que l’on accepte qu’un français ou un nord américain ne s’habillent pas ou ne se comportent pas comme un bourgeois du 18ème siècle, car on assume qu’il y a une dynamique culturelle, une évolution qui rend légitime  un changement radical au sein d’une même tradition.

Pourtant on est surpris ou l’on trouve ironique qu’un guaraní ou un aymará écrive un courrier électronique ou conduise la même automobile qu’un américain moderne.

Ou on accuse les anciens mexicains de faire des sacrifices humains, comme s’ils n’auraient pas été capables d’évoluer comme le christianisme l’a fait depuis le 16ème siècle, en abandonnant la pratique répétée de la torture et de l’incinération publique des victimes humaines, toujours au nom de Dieu, mais d’un dieu miséricordieux.

Une des plus grandes menaces d’une culture hégémonique est la fossilisation de ces autres qui représentent un questionnement à sa légitimité ou à son hégémonie. Pour la même raison, cette culture dominante applaudira et récompensera tout ce qui lui convient de maintenir dans des limites connues.

Aux États-Unis, on assume que les noirs sont de bons boxeurs et de bons basketteurs. Le vrai noir écoute du rap à un volume qui fait remuer son auto. Les automobiles des noirs sont extravagantes et ils ne fréquentent pas les universités. Les noirs marchent en dansant, mettent un foulard sur la tête, portes d’énormes pantalons et marchent en s’empoignant une partie de la braguette pour que leur vêtement ne tombe pas. Etcétera. Et on appelle tout cela “afro”, ce qui démontre que ce sont des réactions sans conséquences structurelles à une culture dominante, européenne , et par conséquent une conséquence de ce qui est européen, blanc. Tout cela n’a rien d’ “afro” si ce n’est la couleur obscure de la peau —tout au moins, je ne me souviens de rien de pareil de mon expérience en Afrique—; ils ont beaucoup plus de la culture blanche ou européenne, de l’idéologie capitaliste à la religion, en passant, naturellement par un ressentiment historique justifié, qui explose périodiquement face à n’importe quel petit incident.

Dans mon pays, l’idée monothématique d’un homme noir jouant au tambour et d’une femme noire qui danse à demi nue, comme objet sexuel de consommation interne et pour l’exportation, contribue à restreindre—pas besoin de clarifier, c’est mon avis— la potentialité de la population noire qui ne s’auto présente pas ainsi, et n’est pas vue par les autres comme acteur dans d’autres sphères de la société . Si c’est un peintre blanc, il se distinguera par ses sujets “afro” et prendra un bain de “foule”, même si le groupe évoqué représente 9% de la population. Il sera probablement reconnu comme un grand artiste plasticien et un mauvais joueur de tambour, puisque on assume que le blanc est l’”observateur naturel” de l’irrationalité et de la sensualité du primitif africain, selon la tradition eurocentrique centenaire.

De la même façon, après la Renaissance et Miguel Ángel, les nus de femmes abondent dans la peinture européenne (des fois entourés d’hommes vêtus) et dans les médias contemporains de divertissement : celui qui observe, le macho blanc est celui qui domine et réalise ainsi un jugement sexuel et esthétique. Regarder, représenter, c’est commander , établir, dominer. Celui qui est observé devient objet, devient chose. Et la critique y contribue en faisant abstraction des valeurs éthiques ou idéologiques, en applaudissant et en niant ceux-ci. C’est-à-dire en légitimant avec son prestige intellectuel.

En résumé, en même temps que nous reconnaissons la valeur d’une activité culturelle comme le candombe et le carnaval, je suggère que nous ne devrions pas nous laisser hypnotiser par un édifice de symboles et des valeurs qui par excès d’illumination occultent la structure rigide principale qui nous tient. Bien que nous les uruguayens nous nous auto représentions comme des antiracistes par excellence, nous devons reconnaitre qu’il existe une discrimination sociale de fait —même si je pense qu’elle n’est pas aussi grave que dans une grande partie des États-Unis— qui a relégué la population noire dans un lieu presqu’inexistant en politique, dans les universités et dans les hautes charges publiques et privés.

Pourquoi n’appelle-t-on pas “hispano”  un nord américain descendant de mexicains ou d’argentins blancs? La population noire du continent n’est pas venue en tourisme, mais par la violence de la culture européenne. Raison pour laquelle les noirs devraient s’appeler euro-américains, si ce n’était pas parce que cela signifierait un souvenir – rappel permanent d’une blessure qui reste ouverte. Oui, il existe une puissante culture aforaméricaine, afrocubaine, afrouruguayenne, etc. Mais définir quelqu’un comme  afroaméricain par le simple fait de sa couleur fait partie de la violence douce. Pourquoi les blancs ne s’appellent pas  “euro-américains”, même là ou ils sont minoritaires? Tout cela me rappelle une émission locale au Mozambique qui faisait un reportage sur un accident en disant que le bilan faisant état des blessés était de “trois personnes et deux macúas”. Les personnes étaient blanches; les macuas étaient noirs.

Ce n’est pas pour rien que les refuges d’esclaves  recherchés, qui au Brésil s’appelaient des “quilombos”, ont pris en Uruguay et en Argentine le sens de “bordel”, “promiscuité” ou dans le meilleur des cas de “désordre”. Personne ne dit “blanc crasseux”, “sale blanc”, ou “il fait des choses de blanc” (sauf dans le cas de l’immigrant galicien), mais le substantif “noir” est naturellement suivi d’une longue liste de mots dénigrants que la coutume a transformé en fait naturel. “Le Café pour noir n’a pas besoin de sucre”. “Noir fin” est un oxymoron ou une curiosité. “Candombero noir” est un irrationnel sans éducation, c’est ce personnage des bandes dessinées comiques qui dans tout le continent faisaient ressortir (ses) deux énormes lèvres, un petit cerveau plein d’innocence et un certain autisme chronique qui le rendait inapte à la politique , la littérature et les sciences.

Si nous visitions aujourd’hui la page de notre chère Université de la République de l’ Uruguay, nous lirons une attitude typique de notre histoire qui s’exprime par des euphémismes : “La population de l’Uruguay est d’origine européenne, surtout espagnole et italienne, sans le préjudice d’autres nationalités, produit d’une immigration à portes ouvertes. Il existe également une présence réduite de la race noire qui est arrivée au pays en provenance des côtes africaines, durant la période de domination espagnole.

Quant à la population indigène, il y a plus d’un siècle que les derniers indiens ont disparu de tout le territoire national, ce qui différencie la population de l’Uruguay de celle des autres pays Hispano-américains …”

La population indigène n’a pas  “disparu”; (1) ils ont usurpé leurs terres et ils ont assassinés tous ceux qu’ils ont pu, au nom de la civilisation et (2) n’ont pas disparu comme nous voulons le croire, ils sont là, mélangé d’une certaine manière dans notre sang et niés par notre culture, comme l’étaient les arabes et les juifs niés par l’Espagne impériale, qui a ainsi organisé sa propre décadence.

Bien qu’on ne nous l’a jamais dit à l’école, et qu’on ne le mentionne pas dans la culture publique, le soleil sur notre drapeau, comme celui sur le drapeau argentin, n’est rien d’autre que l’ Inti, le soleil des incas, dans son dessin et dans son origine, sans parler en détail de notre espagnol qui est plein de structures et de mots quechuas, guaranís, etc. Pour sa part, la population noire n’est pas “arrivée” en tourisme sur ce continent, sinon par le biais de la violence de l’enlèvement, par la violence physique et morale. La violence physique est terminée, mais la violence morale continue et nous devrions ajouter, la “violence culturelle”. Plus grave encore, si la violence physique cicatrise souvent rapidement; ce n’est pas aussi facile en ce qui concerne la violence morale comme le démontre la psychologie et l’histoire des peuples.

Ce n’est pas vrai que nous sommes aussi blancs que nous nous sommes toujours crû, dans une logique qui avec un humour noir se résumait en l’expression: “en Uruguay et en Argentin, nous sommes plus civilisés car nous tuons tous les sauvages”. Cette critique nécessaire n’abaisse  pas les mérites de nos pays qui ont contribué à l’histoire, particulièrement aux débuts du 20ème siècle et peut-être en ce début de 21ème siècle. Mais pour avancer, nous devons d’abord nous confesser. Pas devant le curé, mais devant notre propre conscience historique.

 

 

Jorge Majfud, écrivain,

de l’Université de Georgia.

 

Breve historia de la idiotez ajena

Breve historia de la idiotez ajena

Esta semana el biólogo James Watson volvió a insistir sobre la antigua teoría de la inferioridad intelectual de los negros. Hace más de diez años publicamos una reflexión sobre un estudio hecho por  Charles Murray y Herrnstein sobre “ethnic differences in cognitive ability” que mostraban gráficas de coeficientes intelectuales claramente desfavorables a la raza negra. Aunque la historia del las ciencias no difiere mucho del resto de la historia, con sus aciertos y sus tradicionales equívocos, sin proceder por un rechazo a epidérmico pensamos que valía la siguiente reflexión: “supongamos que un día se demuestre que hay razas menos inteligentes (y que se defina exactamente lo que quiere decir eso de “inteligencia”, sin recaer en una explicación escolar o zoológica). En ese caso, los seres humanos deberán estar mejor preparadas para la verdad. Esto quiere decir que debemos esperar que las razas se traten entre sí como si no estuviesen unas por encima de otras sino en la misma superficie redonda de Gea. Es decir, que no se traten como ahora se tratan suponiendo una inteligencia racial uniforme” (Crítica, 1998).

Watson, de paso, ha propuesto la manipulación genética para curar la estupidez, pero no menciona si es conveniente curar la estupidez antes de realizar cualquier manipulación genética. También los nazis —y quizás Michael Jackson— eran de la misma idea que Watson. Ni Hitler ni los nazis carecían de inteligencia ni de una alta moral de criminales. Como recordó un personaje del novelista Érico Veríssimo, “durante a era hitlerista os humanistas alemães emigraram. Os tecnocratas ficaram com as mãos e as patas livres”.

No vamos a problematizar aquí qué significa “sabiduría” por una razón de espacio, pero basta con observar que es algo que no se mide usando un gaussmeter sino recogiendo la experiencia de nuestra problemática especie, desde que se puso en pié. Pero sólo a modo de ejemplo veamos un caso que nos toca.

Por sus denuncias a la opresión de los indígenas americanos, Bartolomé de las Casas fue acusado de enfermo mental y sus indios de idiotas que merecían la esclavitud. Es cierto que sus crónicas y denuncias fueron aprovechadas para acusar a un imperio en decadencia por parte de la maquinaria publicitaria de otro imperio en ascenso, el británico. Pero esto es tema para otra reflexión.

Molesto por la crónica del religioso rebelde, el erudito español Marcelino Menéndez Pelayo en 1895 calificó a de las Casas de “fanático intolerante” y a Brevísima Historia, de “monstruoso delirio”. Su más célebre alumno y miembro de la Real Academia Española, Ramón Menéndez Pidal, fue de la misma opinión. En su publicitado y extenso libro, El padre Las Casas (1963) desarrolló la tesis de la enfermedad mental del sacerdote denunciante al mismo tiempo que justificó la acción de los conquistadores, como la muerte de tres mil indios en Cholula a manos de Hernán Cortés porque era una “matanza necesaria a fin de desbaratar una peligrosísima conjura que para acabar con los españoles tramaba Moctezuma”. Según Menéndez Pidal, Bartolomé de las Casas “era una víctima inconsciente de su delirio incriminatorio, de su regla de depravación inexceptuable”. Pero al regresar a España para denunciar las supuestas injusticias contra los indios, “se encontró con la gravísima sorpresa de que su opinión extrema sobre la evangelización del Nuevo Mundo tenía enfrente otra opinión, extrema también, en defensa de la esclavitud y la encomienda. Esa opinión estaba sostenida muy sabiamente por el Doctor Juan Ginés de Sepúlveda [a través de] un opúsculo escrito en elegante latín y titulado Democrates alter, sirve de justis belli causis apud Indos”. Una nota al pié dice: “Publicado con una hermosa traducción, por Menéndez Pelayo en Boletín de la Real Acad. De la Historia, XXI, 1891”. Ginés de Sepúlveda, basándose en la Biblia (Proverbios), afirmaba que “la guerra justa es causa de justa esclavitud […] siendo este principio y concentrándose al caso del Nuevo Mundo, los indios ‘son inferiores a los españoles como los niños son a los adultos, las mujeres a los hombres, los fieros y crueles a los clementísimos, […] y en fin casi diría como los simios a los hombres’”. Con frecuencia, Pidal confunde su voz narrativa con la de Sepúlveda. “Bien podemos creer que Dios ha dado clarísimos indicios para el exterminio de estos bárbaros, y no faltan doctísimos teólogos que traen a comparación los idólatras Cananeos y Amorreos, exterminados por el pueblo de Israel”. Según Fray Domingo de Soto, teólogo imperial, “por la rudeza de sus ingenios, gente servil y bárbara están obligados a servir a los de ingenio más elegante”. Menéndez Pidal insistía en su tesis de la incapacidad mental de quienes criticaban a los conquistadores, como “el indio Poma de Ayala, [que] mira con maliciosos ojos a dominicos, agustinos y mercedarios, mientras advierte que franciscanos, jesuitas y ermitaños hacen mucho bien y no toman limosna de plata”. Según Pidal, esto se debía a que “a esos indios prehistóricos, venidos de la edad neolítica, no era posible atraerlos con la Suma teológica de Santo Tomás de Aquino, sino con las Florecillas Espirituales del Santo de Asís”.

En su intención de demostrar la enfermedad mental del denunciante, Pidal se encuentra con indicios contrarios y resuelve, por su parte, una regla psicológica que lo arregla todo: “el paranoico, cuando sale del tema de sus delirios, es un hombre enteramente normal”. Luego: “Las Casas es un paranoico, no un demente o loco en estado de inconsciencia. Su lucidez habitual hace que su anormalidad sea caso difícil de establecer y graduar”. Que es como decir que era tan inteligente que no podía razonar correctamente, o por su lucidez veía ilusiones. Bartolomé de las Casas “vive tan ensimismado en un mundo imaginario, que queda incapaz para percibir la realidad externa”. Una confesión significativa: “Las Casas hubiera sido, dada su extraordinaria actividad, un excelente obispo en cualquier diócesis de España, pero su constitución mental le impedía desempeñar rectamente un obispado en las Indias”. De aquí se deducen dos posibilidades: (1) América tenía un efecto mágico-narcótico en algunas personas o (2) los obispos de España eran paranoicos como de las Casas pero por ser mayoría era tenido como algo normal.

Esta idea de atribuir deficiencias mentales en el adversario dialéctico, se renueva y extiende en libros masivamente publicitados sobre América Latina, como Manual del perfecto idiota latinoamericano (1996) y El regreso del idiota (2007). Uno de los libros objetos de sus burlas, Para leer al pato Donald (1972) de Ariel Dorfman y Armand Matterlart, parece contestar esta posición desde el pasado. El discurso de las historietas infantiles de Disney consiste en que, “no habiendo otorgado a los buenos salvajes el privilegio del futuro y del conocimiento, todo saqueo no parece como tal, ya que extirpa lo que es superfluo”. El despojo es doble, casi siempre coronado con un happy ending: “Pobres nativos. Qué ingenuos son. Pero si ellos no usan su oro, es mejor llevárselo. En otra parte servirá de algo”. Sócrates o Galileo pudieron hacerse pasar por necios, pero ninguno de aquellos necios que los condenaron pudieron fingir inteligencia. Eso en la teoría, porque como decía Demócrates, “el que amonesta a un hombre que se cree inteligente trabaja en vano”.

En Examen de ingenios para las ciencias (1575), el médico Juan Huarte compartía la convicción científica de la época según la cual el cabello rubio —como el de su rey, Felipe II— era producto de un vapor grueso que se levantaba del conocimiento que hace el cerebro al tiempo de su nutrición. Sin embargo, afirmaba Huarte, no era el caso de los alemanes e ingleses, porque su cabello rubio nace de la quema del mucho frío. La belleza es signo de inteligencia, porque es el cuerpo su residencia. “Los padres que quisieren gozar de hijos sabios y de gran habilidad para las letras, han de procurar que nazcan varones”. La ciencia de la época sabía que para engendrar varón se debía procurar que el semen saliera del testículo derecho y entrase en el lado derecho del útero. Luego Huarte da fórmulas precisas para engendrar hijos de buen entendimiento “que es el ingenio más ordinario en España”.

En la Grecia antigua, como dice Aristóteles, se daba por hecho que los pueblos que Vivian más al sur, como el egipcio, eran naturalmente más sabios e ingeniosos que los bárbaros que habitaban en las regiones frías. Alguna vez los rubios germánicos fueron considerados bárbaros, atrasados e incapaces de civilización. Y fueron tratados como tales por los más avanzados imperios de piel oscurecida por los soles del Sur. Lo que demuestra que la estupidez no es propiedad de ninguna raza.

Jorge Majfud

The University of Georgia, octubre 2007.

Leçons de l’histoire

Par  Jorge Majfud

Traduit par Gérard Jugant, révisé par Fausto Giudice

Le jour même où Christophe Colomb quittait le port de Palos, le 3 août 1492, expirait le délai accordé aux juifs d’Espagne pour abandonner leur pays, l’Espagne. Dans l’esprit de l’amiral il y avait au moins deux puissants objectifs, deux vérités irréfutables : les richesses matérielles de l’Asie et la religion parfaite de l’Europe. Avec le premier il pensait financer la reconquête de Jérusalem ; avec le second il devait légitimer le dépouillement. Le mot “or” déborda de sa plume comme le divin et sanglant métal déborda des bateaux des conquistadores qui le suivirent.

La même année, le 2 janvier 1492, était tombée Grenade, l’ultime bastion arabe dans la péninsule. 1492 fut aussi l’année de la publication de la première grammaire castillane (la première grammaire européenne en langue “vulgaire”). Selon son auteur, Antonio de Nebrija, la langue était la “compagne de l’empire”. Immédiatement, la nouvelle puissance continua la Reconquête avec la Conquête, de l’autre côté de l’Atlantique, avec les mêmes méthodes et les mêmes convictions, confirmant la vocation globalisatrice de tout empire. Dans le centre du pouvoir il devait y avoir une langue, une religion et une race.

Le futur nationalisme espagnol se construisit ainsi sur la base de la pureté de la mémoire. C’est un fait que huit siècles plus tôt juifs et wisigoths ariens avaient appelé puis aidé les musulmans pour qu’ils remplacent Rodéric et les autres rois wisigoths qui s’étaient battus pour la même purification. Mais celle-ci n’était pas la raison principale du mépris, parce que ce n’était pas la mémoire qui importait mais l’oubli.

Les rois catholiques et les successifs rois de droit divin en finirent (ou voulurent en finir) avec l’autre Espagne, l’Espagne métisse, multiculturelle, l’Espagne où se parlaient plusieurs langues et où se pratiquaient plusieurs cultes et se mélangeaient différentes races. L’Espagne qui avait été le centre de la culture, des arts et des sciences, dans une Europe plongée dans le retard, de violentes superstitions et le provincialisme du Moyen Age. Progressivement la péninsule ferma ses frontières aux différents.

Maures et juifs durent abandonner leur pays et émigrer en Barbarie (Afrique) ou dans le reste de l’Europe, où ils s’intégrèrent aux nations périphériques qui surgirent avec de nouvelles inquiétudes sociales, économiques et intellectuelles. Au sein du pays restèrent quelques enfants illégitimes, des esclaves africains qui ne sont quasiment pas mentionnés dans l’histoire la plus connue mais qui étaient nécessaires pour les indignes tâches domestiques.

La nouvelle Espagne victorieuse  s’enferma dans un mouvement conservateur (si je peux me permettre cet oxymore). L’État et la religion s’unirent stratégiquement pour un meilleur contrôle de leur peuple dans un processus schizophrénique d’épuration.

Quelques dissidents comme Bartolomé de las Casas furent confrontés dans un procès public à ceux qui, comme Ginés de Sepulveda, arguaient que l’empire avait le droit d’intervenir et de dominer le nouveau continent parce qu’il était écrit dans la Bible (Proverbes 11:29) que “le fou devient esclave du sage”. Les autres, les soumis, le sont pour leur “lenteur d’esprit et leurs coutumes inhumaines et barbares”.

Le discours du fameux et influent théologien, sensé comme tout discours officiel, proclamait : “[les natifs] sont les gens barbares et inhumains, étrangers à la vie civile et aux coutumes pacifiques, et il sera toujours juste et conforme au droit naturel que de tels gens se soumettent à l’empire et aux nations plus cultivées et humaines, pour que grâce à leurs vertus et à la prudence de leurs lois, ils abandonnent la barbarie et se résolvent à une vie plus humaine et au culte de la vertu”. Et à un autre moment : “[ils doivent] se soumettre par les armes, si par une autre voie ce n’est pas possible, ceux qui par condition naturelle doivent obéir à d’autres et refuser leur empire”.

A cette époque on ne recourait pas aux mots “démocratie” et “liberté” parce que jusqu’au XIXe siècle ils demeuraient en Espagne des attributs du chaos humaniste, de l’anarchie et du démon. Mais chaque pouvoir impérial à chaque moment de l’histoire joue le même jeu avec des cartes différentes. Quoique certaines, comme on le voit, ne sont pas si différentes.

En dépit d’une première réaction compatissante du roi Charles V et des Lois Nouvelles qui prohibaient l’esclavage des natifs américains (les Africains n’étaient pas considérés comme sujets de droit), l’empire, au travers de ses encomenderos*, continua à réduire en esclavage et à exterminer ces peuples “étrangers à la vie pacifique” au nom du salut et de l’humanisation.

Pour en finir avec les horribles rituels aztèques qui régulièrement sacrifiaient une victime innocente à leurs dieux païens, l’empire tortura, viola et assassina en masse, au nom de la loi et du Dieu unique, authentique. Selon le frère de las Casas, une des méthodes de persuasion était d’étendre les sauvages sur un gril et de les rôtir vivants.

Mais pas seulement la torture – physique et morale – et les travaux forcés désolèrent ces terres qui avaient été habitées par des milliers de personnes ; on employa aussi des armes de destruction massive, plus concrètement des armes biologiques. La grippe et la petite vérole décimèrent des populations entières parfois  de manière involontaire et d’autres fois de manière délibérée. Comme l’avaient découvert les Anglais au nord, l’envoi de cadeaux contaminés comme des vêtements de malades ou le lancer de cadavres pestilents avaient des effets plus dévastateurs que l’artillerie lourde.

Maintenant, qui a vaincu cet empire qui fut l’un des plus grands de l’histoire ? L’Espagne.

Avec une mentalité conservatrice traversant toutes les classes sociales, qui s’obstinait à la croyance de son destin divin, de “bras armé de Dieu” (selon Menendez Pelayo), l’empire s’effondrait dans son propre passé. Sa société se fracturait et la fracture entre les riches et les pauvres augmentait en même temps que l’empire s’assurait les ressources minérales qui lui permettaient de fonctionner. Les pauvres augmentèrent en nombre et les riches augmentèrent en richesses qu’ils accumulaient au nom de Dieu et de la patrie.

L’empire devait financer les guerres qu’il menait au-delà de ses frontières et le déficit fiscal croissait au point de devenir un monstre difficile à dominer. Les réductions d’impôts bénéficièrent principalement aux classes supérieures qui bien souvent n’étaient pas obligées de les payer ou étaient exemptés d’aller en prison pour leurs dettes et détournements de fonds.

L’État fit faillite plusieurs fois. L’inépuisable source de ressources minérales qui provenait de ses colonies, bénéficiaires des lumières de l’Évangile, n’était pas suffisante : le gouvernement dépensait plus que ce qu’il recevait des terres conquises, et devait recourir aux banques italiennes.

De cette manière, quand beaucoup de pays d’Amérique (celle appelée aujourd’hui Amérique latine) devinrent indépendants, il ne restait plus de l’empire que sa terrible renommée. Le frère Servando Teresa de Mier écrivit en 1820 que si le Mexique n’était pas encore indépendant, c’était par ignorance des gens, qui n’arrivaient pas à comprendre que l’empire espagnol n’était plus un empire, mais le coin le plus pauvre d’Europe.

Un nouvel empire se consolidait, le britannique. Comme les précédents et comme ceux qui viendront, l’extension de sa langue et la prédominance de sa culture seront donc un facteur commun. Un autre sera la publicité : L’Angleterre fit tout de suite écho aux chroniques du frère de las Casas pour diffamer le vieil empire au nom d’une morale supérieure. Morale qui n’empêcha pas des crimes et des violations du même genre. Mais bien sûr, ce qui vaut ce sont les bonnes intentions : le bien, la paix, la liberté, le progrès – et Dieu, dont l’omniprésence se démontre par sa Présence dans tous les discours.

Le racisme, la discrimination, la fermeture des frontières, le messianisme religieux, les guerres pour la paix, les grands déficits budgétaires pour les financer, le conservatisme radical perdirent l’empire. Mais tous ces pêchés se résume en un seul : l’orgueil, parce que c’est cela qui empêche une puissance mondiale de voir tous les pêchés antérieurs.  Ou s’il permet de les voir, c’est comme s’il s’agissait de grandes vertus

*L’encomendero était un Espagnol auquel la Couronne d’Espagne avait confié un territoire regroupant plusieurs centaines d’Indiens, l’encomienda.(NdT)

Breve história da idiotice alheia

Esta semana o biólogo James Watson tornou a insistir na antiga teoria da inferioridade intelectual dos negros. Esta antiga teoria foi apoiada no anos 90 por um estudo de Charles Murray e Herrnstein sobre “ethnic differences in cognitive ability” que mostravam gráficos de coeficientes intelectuais claramente desfavoráveis à raça negra. Agora Watson, en passant, propôs a manipulação genética para curar a estupidez, mas não diz se é conveniente curar a estupidez antes de realizar qualquer manipulação genética. Também os nazis — e talvez Michael Jackson — tinham a mesma ideia que Watson. Nem Hitler nem os nazis careciam de inteligência nem de uma alta moral de criminosos. Como recordava um personagem do escritor Érico Veríssimo, “durante a era hitleriana os humanistas alemães emigraram. Os tecnocratas ficaram com as mãos e as patas livres”.

Vejamos duas breves aproximações ao mesmo problema, uma filológica e outra biológica. Ambas ideológicas.

Pelas suas denúncias da opressão dos indígenas americanos, Bartolomé de las Casas foi acusado de doente mental e os seus índios de idiotas que mereciam a escravidão. É certo que as suas crónicas e denúncias foram aproveitadas para acusar um império em decadência por parte da maquinaria publicitária de outro império em ascensão, o britânico. Mas isto é tema para outra reflexão.

Em 1895 o erudito espanhol Marcelino Menéndez Pelayo qualificou Las Casas de “fanático e intolerante” e a Brevíssima História de “monstruoso delírio”. Seu aluno mais célebre, e membro da Real Academia Espanhola, Ramón Menéndez Pidal, foi da mesma opinião. No seu publicitado e extenso livro, El padre Las Casas (1963), desenvolveu a tese da enfermidade mental do sacerdote denunciante ao mesmo tempo que justificou a acção dos conquistadores, como a morte de três mil índios em Cholula a mãos de Hernán Cortés, porque era uma “matança necessária a fim de desbaratar uma perigosíssima conjura que Moctezuma tramava para acabar com espanhóis”. Segundo Menéndez Pidal, Bartolomé de las Casas “era uma vítima inconsciente do seu delírio incriminatório, da sua regra de depravação inexceptuável”. Mas ao regressar a Espanha para denunciar as supostas injustiças contra os índios, “deparou-se com a gravíssima surpresa de que a sua opinião extrema sobre a evangelização do Novo Mundo defrontava-se com outra opinião, também extrema, em defesa da escravidão e da encomienda . Essa opinião era sustentada muito sabiamente pelo Doutor Juan Ginés de Sepúlveda num opúsculo escrito em latim elegante e intitulado Democrates alter, sirve de justis belli causis apud Indos. Uma nota ao pé diz: “Publicado com uma formosa tradução por Menéndez Pelayo em Boletín de la Real Acad. De la Historia, XXX, 1891”. Ginés de Sepúlveda, baseando-se na Bíblia (Provérbios), afirmava que “a guerra justa é causa de justa escravidão […] sendo este princípio e concentrando-se no caso do Novo Mundo, os índios “são inferiores aos espanhóis como as crianças são aos adultos, as mulheres aos homens, os feros e cruéis aos clementes, […] e por fim quase diria como os símios aos homens”. Com frequência Pidal confunde a sua voz narrativa com a de Sepúlveda. “Bem podemos crer que Deus deu claríssimos indícios para o extermínio destes bárbaros, e não faltam doutíssimos teólogos que trazem para comparação os idólatras Cananeus e Amorreus, exterminados pelo povo de Israel”. Segundo o frade Domingo de Soto, teólogo imperial, “pela rudeza dos seus engenhos, gente servil e bárbara está obrigada a servir aos de engenho mais elegante”. Menéndez Pidal insistia na sua tese da incapacidade mental daqueles que criticavam os conquistadores, como “o índio Poma da Ayala olha com olhos maliciosos dominicanos, agostinianos e mercenários, enquanto percebe que franciscanos, jesuítas e ermitões fazem muito bem e não tomam esmola de prata”. Segundo Pidal, isto devia-se ao facto de que “a esses índios pre-históricos, vindos da idade neolítica, não era possível não era possível atraí-los com a Suma Teológica de S. Tomás de Aquino e sim com Florinhas Espirituais do Santo de Assis”.

Na sua intenção de demonstrar a enfermidade mental do denunciante, Pidal depara-se com indícios contrários e resolve, pelo seu lado, uma regra psicológica que arruma tudo; “o paranóico, quando sai do tema dos seus delírios, é um homem extremamente normal”. A seguir; “Las Casas é um paranóico, não um demente ou louco em estado de inconsciência. Sua lucidez habitual faz com que a sua anormalidade seja caso difícil de estabelecer e graduar”. O que equivale a dizer que era tão inteligente que não podia raciocinar correctamente, ou por sua lucidez via ilusões. Bartolomé de las Casas “vive tão ensimesmado num mundo imaginário que se torna incapaz de perceber a realidade externa, que é a transbordante energia desenvolvida pela Espanha nos descobrimentos geográficos”. Uma confissão significativa: “Las Casas teria sido, dada a sua extraordinária actividade, um excelente bispo em qualquer diocese da Espanha, mas a sua condição mental impedia-o de desempenhar correctamente um bispado na Índias”. Daqui deduzem-se duas possibilidade: (1) a América tinha um efeito mágico-narcótico em algumas pessoas ou (2) os bispos da Espanha eram paranóicos como de las Casas mas por serem maioria eram tidos como normais.

Esta ideia de atribuir deficiências mentais ao adversário dialéctico renova-se e estende-se em livros sobre a América Latina publicitados maciçamente, como oManual del perfecto idiota latinoamericano (1996) e El regreso del idiota (2007). Um dos livros objecto de suas zombarias, Para leer al pato Donald (1972) de Ariel Dorman e Armand Mattelart, parece contestar esta posição a partir do passado. O discurso das historietas infantis de Disney consistem em que, “não havendo concedido aos bons selvagens o privilégio do futuro e do conhecimento, todo saqueio não parece como tal uma vez que extirpa o que é supérfluo”. O roubo é duplo, quase sempre coroado por um happy ending: “Pobres nativos. Como são ingénuos. Mas se eles não utilizam o seu ouro, é melhor levá-lo. Em outra parte servirá para algo”.

Sócrates ou Galileu puderam fazer-se passar nos néscios, mas nenhum daqueles néscios que os condenaram puderam fingir inteligência. Isso na teoria, porque como dizia Demócrito, “o que admoesta um homem que se crê inteligente trabalha em vão”.

Em Examen de ingenios para las ciencias (1575), o médico Juan Huarte compartilhava a convicção científica da época segundo a qual o cabelo louro — como o do seu rei, Felipe II — era produto de um vapor grosso que se levantava pela força da inteligência. Contudo, afirmava Huarte, não era o caso dos alemães e ingleses porque o seu cabelo louro nasce da queima do excesso de frio. A beleza é sinal de inteligência, porque é o corpo a sua residência. “Os pais que quiserem gozar de filhos sábios e de grande habilidade para as letras hão de procurar que nasçam varões”. A ciência da época sabia que para engendrar varão devia-se procurar que o sémen saísse do testículo direito e entrasse no lado direito do útero. A seguir Huarte dá fórmulas precisas para engendrar filhos de bom entendimento “que é o engenho mais ordinário na Espanha”.

Na Grécia antiga, como diz Aristóteles, dava-se como assentado que os povos que viviam mais ao sul, como o egípcio, eram naturalmente mais sábios e engenhosos que os bárbaros que habitavam nas regiões frias. Houve época em que os louros germânicos foram considerados bárbaros, atrasados e incapazes de civilização. E foram tratados como tais pelos impérios mais avançados de pele escurecida pelos sois do Sul. O que demonstra que a estupidez não é propriedade de nenhuma raça.

Jorge Majfud

(*) Jorge Majfud, escritor uruguaio e professor da Universidade da Georgia, EUA.