Les élections en Barbarie

Más sobre la primavera árabe (Spanish)                              

Après le triomphe du parti des Frères musulmans en Egypte, la presse occidentale n’a pas manqué d’exprimer son inquiétude. Quelques articles d’opinion suivis d’une pléthore de commentaires anonymes en bas de page les ont même qualifiés de « terroristes-prêts-à-nous-envahir », ce qui permettrait de justifier probablement quelque nouvelle intervention diplomatique, économique ou militaire dans la zone – de la part des mêmes qui, face aux véritables tragédies humanitaires, prennent leur temps, se cantonnent aux discours ou détournent le regard.

De toute façon, même si nous n’avons pas encore ce type de réponses internationales, la grande presse au moins – la presse bâillonnée qui bâillonne – joue son rôle traditionnel en réveillant les tribalismes ancestraux.

Pour nous qui sommes favorables à un progrès de l’histoire dans la ligne des droits des majorités et des minorités, des libertés individuelles et collectives qui passent avant toute hiérarchie politique et sociale, les réactions des islamistes les plus conservateurs ne représentent aucune promesse d’avancée dans une telle direction mais plutôt le contraire. Encore moins les puristes fanatiques comme les Talibans qui se prennent pour les maîtres de toute la morale de cet univers et se croient autorisés à l’imposer aux autres ; ou encore les dictateurs religieux ou séculiers à l’ancienne comme Al-Assad en Syrie, qui, dès qu’ils sentent leur trône menacé, fusillent des innocents dans leur propre peuple. 
Pour autant, les réactions basées sur n’importe quelle autre tradition religieuse n’en sont pas moins agressives et arbitraires, non tant par leur aspect religieux mais surtout de par leurs intérêts matériels. Comme dans les lettres de Christophe Colomb et dans les chroniques de tous ses successeurs, alors que sur chaque page on peut lire le nom de Dieu répété à l’envi, on observe en même temps de quelle façon leurs actions les conduisent toujours à l’or maudit des peuples sauvages.
Au cours des dernières décennies, l’accusation de terrorisme a facilité non seulement l’abolition de la maxime de Jésus qui préconise de tendre l’autre joue à son agresseur – ce qui peut se comprendre – mais elle a aussi introduit une prescription très audacieuse et créative qui dit : nous devons agresser celui qui pourrait nous agresser un de ces jours. C’est ce qu’on appelle l’autodéfense préventive. N’importe quelle loi de n’importe quel Code civil, ancien ou moderne, la condamnerait en tant que crime absurde ou paranoïaque. Mais pas les lois internationales qui sont restées médiévales et ne reposent pas sur le droit mais sur l’intérêt et la force. Même la plus ancienne des règles morales de l’histoire civilisée, répétée par les sages de la Chine à La Nouvelle Angleterre et en Extrême Occident – « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » – est violée chaque jour au nom du droit à l’autodéfense.

Si nous étions naïfs, nous trouverions curieux que nous, les démocrates occidentaux, ayons soutenu des dictatures comme celle de Moubarak en Egypte et que lorsque le peuple élit quelqu’un selon le système électoral au nom duquel nous avons envahi plusieurs pays, nous les qualifions de terroristes simplement parce que nous n’aimons pas le vainqueur ou parce qu’il représente la culture et la religion de « l’ennemi ». La démocratie, c’est bon pour nous qui sommes civilisé et qui savons choisir, mais c’est mauvais pour eux parce que ce sont des barbares et qu’ils ne savent pas ce qu’ils veulent. Il en est de même pour notre nationalisme qui est du patriotisme, le bon, le nationalisme des autres   étant un terrorisme dangereux.

C’est étonnant que nous, les Occidentaux, appelions « terroristes-prêts-à-nous-envahir » les Égyptiens ou certains de leurs gouvernements dont nous devons nous protéger- et nous prémunir- quand on sait que l’Egypte comme n’importe quel autre pays périphérique n’a jamais envahi aucun pays occidental. L’Occident par contre possède une longue histoire d’invasions et de destructions de ce pays qui va   des invasions militaires par la France et l’Angleterre jusqu’aux invasions économiques comme par exemple celle en rapport avec l’histoire de son coton. Les puissances occidentales ont pillé et détruit ce pays assez régulièrement. Nous pouvons en voir une petite partie symbolique dans les musées du monde riche nommée par celui-ci « donations généreuses » – donations typiques des pays colonisés ou sous contrôle étranger.

Les Égyptiens n’ont jamais fait la même chose à aucune puissance occidentale non pas qu’ils soient « bons » mais probablement parce qu’ils ne possèdent pas d’armée aussi héroïque. Nous continuons néanmoins à répéter ce que la grande presse – le bras droit des pouvoirs sectaires, une autre forme de poursuite de la politique par d’autres moyens -injecte quotidiennement dans l’esprit et le cœur des démocrates, rationnels et compatissants.

 Auparavant, les cartes européennes désignaient les régions du nord de l’Afrique sous le nom de Barbarie. Aujourd’hui, la grande presse les qualifie de terroristes ou fanatiques qui veulent prendre le contrôle du monde. Ce sont deux façons de perpétuer la peur en Occident   et des agressions en perspective en Orient. Comme la grande presse de l’autre côté n’est pas très différente, au lieu d’un Dialogue des Cultures et des Civilisations, nous sommes face à une guerre des Sourds étendue, qui comme toute guerre sert les intérêts de quelques-uns au nom de tous.

Il est évident qu’un grand nombre de lecteurs intelligents n’adhèrent pas à ce discours. On peut supposer que ceux-ci seront chaque jour plus nombreux et les statistiques   rendent plus nerveux et plus agressifs ceux qui contrôlent le pouvoir dans le monde. Pour le moment, néanmoins, pendant qu’ils planifient quelque nouvelle révolution démocratique, ils continuent d’appliquer la bonne vieille méthode : mentez, faites peur, il en restera toujours quelque chose.

Jorge Majfud

 Tlaxcala 

Translated by  Pascale Cognet

Edited by  Fausto Giudice فاوستو جيوديشي

Le patriotisme des riches

Donald Trump

Donald Trump

Politique et économie aux États-Unis : Le patriotisme des riches

par Jorge Majfud *

Dans tout le monde, le riches presque ils n’émigrent pas, presque n’entrent pas dans le forces armée qu’ils envoient à ses guerres et qui rassasient tout de suite des honneurs et d’applaudissements, et ils maudissent l’État qui leur suce le sang. Quand les économies vont bien, ils exigent des diminutions d’impôts pour soutenir la prospérité et quand les choses vont mal exigent que le maudit État les sauve de la catastrophe (avec l’argent des impôts, ceci va sans dire).

Depuis la crise financière de 2008, le plus grand souci de la classe moyenne usaméricaine a été le chômage et le déficit, les deux hérités du gouvernement républicain de George Bush. A l’intérieur de ce parti, le « Tea Party » a surgi avec une force qui lui a permis de dominer sa rhétorique mais peut-être ceci sera sa propre ruine dans les proches élections, qui en principe se leur présentent favorables. Son drapeau est l’idéologie Reagan-Thatcher et l’orthodoxie de s’opposer à toute augmentation des impôts. Ils assurent que l’on ne peut pas pénaliser ceux qui triomphent, les riches, avec des impôts, parce qu’ils sont les riches qui créent les postes de travail quand la richesse commence à se répandre depuis là-haut. Dans un débat en 2008, Obama a commenté que les partisans de cette théorie (plutôt, une idéologie) avec la crise avaient découvert que quand on attend que la richesse ruisselle depuis là-haut, la douleur commence à monter depuis en bas.

Les actuelles données (pour ne pas aller loin) contredisent la théorie du « trickle-down » portée à l’extrême par le dernier gouvernement républicain, puisque la capacité d’avarice de « là-haut » est illimitée, pour ne pas dire à l’infinie, et le chômage n’a pas baissé dans ces dernières années, mais le contraire.

Bien que dans le pays 700.000 postes de travail ne soient pas détruits par mois comme a été fait il y a une paire d’années, la création de nouveaux postes continue d’être faible (entre 15.000 et 250.000 par mois ; un rythme salutaire pour descendre 9.2 pour cent de chômage devrait être de 300.000 nouveaux postes par mois).

D’un autre côté, dans la dernière année la productivité a grandi dans des proportions plus grands et, surtout, les bénéfices des grandes compagnies. Chaque semaine on peut lire dans les quotidiens spécialisés les résultats de bénéfices gigantesques, d’un industriel ou des services qui ont augmenté ses gains de 30, 50 ou 60 pour cent, comme quelque chose de normal et routinier. N’importe lequel de ces pourcentages ils signifient quelques milliards de dollars. En incluant les auparavant laisse pour mortes automotrices de Detroit. Sans entrer dans des détails comment la classe moyenne, a travers l’État, a financé le sauvetage de tous ces géants, sans élection et sous la menace dont quelque chose de pire pouvait avoir arriver.

Depuis les années 80, la richesse d’haut continue de s’accumuler et le chômage en bas continue attendre depuis 2009 des niveaux historiques. Des études ont montré que cette différence entre riches et pauvres (Bureau of Economic Analysis), une caractéristique latinomericaine, a grandi sous cette idéologie du trickle-down .

Bien avant la crise de 2008, quand existait encore un excédent hérité de l’administration Clinton, les républicains ont réussi à réduire les impôts pour les couches les plus riches, parmi eux les groupes pétroliers. Cette période de faveur prenait fin cette année et il a été étendu par le propre Obama sous pression républicaine, peu de temps après que les Démocrates perdaient le contrôle de la Chambre basse. Alors, le président Obama a été fort critiqué par son propre parti pour donner plus de concessions aux Républicains que pour exiger de ceux-ci un peu en échange.

Cependant, dans ces dernières semaines les positions se sont polarisées. Dans l’une des dernières réunions avec les républicains, Obama, lui qui ne perd jamais son calme, il s’est s’abruptement levé en menaçant : « ne me prouvez pas ». Devant les négociations pour augmenter le plafond d’endettement (une pratique normale aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays ; seulement dans l’administration Bush la même mesure a été votée sept fois) les républicains continuent d’essayer de suspendre et d’éliminer plusieurs programmes d’aide sociale et en se refusant de monter radicalement les impôts aux plus riches (dans de nombreux cas, des multimillionnaires).

Parleur part, les démocrates et le président Obama se refusent à réduire les services sociaux et dans une contrepartie ils exigent augmenter les impôts aux plus riches. J’ai écouté certains millionnaires en se demandant pourquoi ils ne payaient pas plus impôts quand ce sont eux, précisément, qu’ont plus de possibilités de contribuer quand le pays a besoin. Quand le pays de la moitié vers le bas a besoin de cela, faudrait préciser. Mais ils ne sont pas apparemment ces millionnaires qui font du lobbies en faisant pression dans les congrès des pays.

De toute façon, et malgré tout ce mise-en-scène républicaine, je n’ai pas de doutes de ce qu’avant le 2 août le parlement votera une nouvelle hausse du plafond d’endettement. Pourquoi ? Simplement parce que cella arrange aux dieux investisseurs de Wall Street. Non parce qu’il y a des travailleurs au chômage ou des soldats sans jambes dans l’attente de la charité de l’État qui les a envoyés au front en échange d’un discours et des quelques médailles.

Jorge Majfud
Jacksonville University

Paris, le 20 juillet 2011.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

Intolérance en France : « Notre langue est meilleure parce qu’elle est comprise »

Photographie de Carla Bruni nu pour le magazin...

Image by Hervé Corcia via Flickr

Nuestro idioma es mejor porque se entiende (Spanish)

Intolérance en France : 
« Notre langue est meilleure parce qu’elle est comprise »

Ou la pauvre « sans raison » sarkoziste

par Jorge Majfud

En France on continue et on approfondit la discussion et le rejet de l’usage du hijab et de la burka chez les musulmanes. Ceux qui proposent de légiférer pour interdire l’usage de ce type de toilette exotique et de peu de valeur esthétique pour nous, vont depuis les hommes politiques traditionnels de l’extrême droite européenne à une nouvelle gauche allergique, comme c’est le cas du maire communiste de Vénissieux.

Les arguments ne sont pas si variés. Presque toujours ils insistent sur les droits des femmes et, surtout, sur la « défense de nos valeurs » occidentales. Le président français lui même, Nicolas Sarkozy, a dit que « la burka n’est pas bienvenue sur le territoire de la République Française ». Par conséquent, l’état français a refusé la citoyenneté à une femme marocaine par ce qu’elle utilise un voile. Faiza Silmi est une immigrante mariée avec un citoyen français et mère de deux enfants français.

Pour le nombril du monde, les femmes habillées d’Occident sont plus libres que les femmes trop habillées du Moyen-Orient et plus libres que les femmes trop nues d’Afrique. L’axiome mathématique de transitivité ne s’applique pas. Si la femme est blanche et prend le soleil nue au bord de la Seine, elle est une femme libérée. Si elle est noire et fait de même au bord d’un ruisseau sans nom, c’est une femme opprimée. C’est l’anachronique axiome de que « notre langue est meilleure parce elle se comprend ». Ce qui en matière de vêtements équivaut à dire que les robotiques mannequins qui défilent sur les podiums sont le summum de la libération et du bon goût.

Probablement les pays africains, comme d’habitude, suivent l’exemple de l’Europe avant-gardiste et vont commencer à légiférer plus strictement sur les coutumes étrangères dans leurs pays. Ainsi, les Françaises et les Etasuniennes qui exercent leur droit humain de résider partout dans le monde devront se dépouiller de leursoutien-gorge et de toute toilette qui empêche de voir leurs seins, comme c’est la coutume et les valeurs de beaucoup de tribus africaines avec qui j’ai vécu.

Toutes les sociétés ont des lois qui règlent la pudeur selon leurs propres coutumes. Le problème réside dans le degré d’imposition. Encore plus, si au nom de la liberté d’une société ouverte, s’impose l’uniformité en niant une vraie différence, en prenant aux uns le droit dont jouissent les autres.

Si nous allons interdire le voile chez une femme, qui de plus fait partie de sa propre culture : pourquoi ne pas interdire les kimonos japonais, chapeaux texans, les lèvres peintes, les piercings, les tatouages avec croix et têtes de mort de toute espèce ? Pourquoi ne pas interdire la toilette que les religieuses catholiques utilisent et qui peut bien être considérée comme un symbole de l’oppression féminine ? Aucune religieuse ne peut sortir de son état d’obéissance pour devenir prêtre, évêque ou Pape, ce qui pour la loi de l’état séculier est une discrimination ouverte sexuelle. L’église Catholique, comme toute autre secte ou religion, a un droit à organiser son institution comme il lui paraît, mais comme nos sociétés ne sont pas des théocraties, aucune religion ne peut imposer ses règles au reste de la société ni avoir de privilèges sur une autre. La raison pour laquelle nous ne pouvons interdire à aucune religieuse l’usage de son habit, bien qu’il nous rappelle le tchador persan.

Couvrir le visage porte t-il atteinte à la sécurité ? Alors interdisons les lunettes noires, les perruques et les tatouages, les casques de motocyclettes, les masques médicaux. Interdisons les visages découverts, qui ne révèlent pas qu’en réalité ce monsieur si élégant pense voler une banque ou trahir la moitié du peuple.

Il n’arrive pas à monsieur Sarkozy de penser qu’imposer à une femme d’enlever le voile peut équivaloir en public à la même violence morale dont sa propre épouse souffrirait en étant obligée d’enlever son soutien-gorge pour recevoir le président du Mozambique.

Dans quelques régions de quelques pays islamiques — non dans la majorité, où les femmes étrangères se promènent avec des shorts plus en sécurité que dans un quartier de Philadelphie ou de San Pablo — le nijab est obligatoire comme pour nous utiliser un pantalon. Comme individu je peux dire que cela me paraît l’un des pires vêtements et comme humaniste je peux le repousser quand il s’agit d’une imposition contre la volonté explicite de celui qui l’utilise. Mais je ne peux pas légiférer contre un droit étranger au nom de mes propres coutumes. En supprime-t-on mes droits et ma liberté si ma voisine s’est mariée avec une autre femme ou si elle sort dans la rue couverte des pieds à la tête ou qu’elle se teint les cheveux en vert ? Si au nom de la morale, des valeurs de la liberté et du droit je vais promulguer des lois qui obligent ma voisine à s’habiller comme mon épouse ou si je vais lui refuser des droits civils dont je jouis, c’est moi le malade, pas elle.

Cette intolérance est commune dans nos sociétés qui ont promu les Droits de l’homme, mais qui ont aussi inventé les plus cruels instruments de torture contre des sorcières, des hommes de science ou des dissidents ; qui ont produit des camps d’extermination et qui n’ont pas eu de limites dans leur obsession prosélyte et colonialiste, toujours au nom de la bonne morale et du salut de la civilisation.

Mais les paradoxes sont une constante naturelle dans l’histoire. L’ancienne tradition islamique de relative tolérance envers le travail intellectuel, la diversité culturelle et religieuse, avec les siècles passant s’est convertie, dans beaucoup de pays, en une culture fermée, machiste et relativement intolérante. Les États-Unis, qui naissent comme une révolution laïque, des lumières et progressiste, sont devenus au cours du temps, un empire conservateur et malade d’une idéologie messianique. La France, le berceau des Lumières, des révolutions politiques et sociales, dans les derniers temps commence à montrer tous les traits d’une société fermée et intolérante.

La peur de l’autre fait que nous ressemblons à l’autre qui nous craint. Les sociétés espagnoles ou castillanes ont lutté pendant des siècles contre les autres Espagnols, les Maures et les Juifs. Dans le dernier millénaire et avant les vagues migratoires du XXe siècle, il n’y avait pas en Europe de société plus d’islamisée ni avec un sentiment plus anti islamique que celle d’Espagne.

Dans presque tous les cas, ces changements ont résulté de l’interaction d’un ennemi supposé politique, idéologique ou religieux. Un ennemi souvent convenable. A notre époque c’est l’immigration des peuples noirs, une espèce de modeste restitution culturelle aux empires abrasifs blancs du passé.

Mais il en ressort que maintenant une partie importante de cette société, comme celle des États-Unis et celles d’autres pays dits développés, nous dit et applique que « nos valeurs » résident dans la suppression des principes d’égalité, de liberté, de diversité et de tolérance pour maintenir une apparence occidentale dans la façon d’habiller des femmes. Avec cela, nous démontrons seulement que chaque fois nous ressemblons plus aux sociétés fermées que nous critiquons chez certains pays islamiques. Juste quand sont mises à l’épreuve nos valeurs sur la tolérance réelle à la diversité, on définit que ces valeurs sont une menace pour nos valeurs.

Le dilemme, s’il y a un, n’est pas l’Orient contre l’Occident mais l’humanisme progressiste contre le sectarisme conservateur, la société ouverte contre la société fermée.

Les valeurs de l’Occident comme celles de l’Orient sont admirables et méprisables. Cela fait partie d’une mentalité médiévale de tracer une ligne qui divise — « ou vous êtes avec nous ou vous êtes contre nous » — et oublier que chaque civilisation, chaque culture est le résultat de centaines et des milliers d’années de collaboration mutuelle. Considérons toute discipline, comme les mathématiques, la philosophie, la médecine ou la religion, pour comprendre que chacun de nous est le résultat de cette diversité infinie que les postmodernes n’ont pas inventé.

Rien de bon ne peut naître de la schizophrénie d’une société fermée. La menace principale sur « nos valeurs » est nous mêmes. Si nous critiquons quelques coutumes, quelques sociétés parce qu’elles sont fermées, cela n’a pas de sens défendre l’ouverture avec une serrure, défendre nos valeurs avec leurs valeurs, chercher à conserver « notre façon d’être » en copiant le pire d’eux.

Alors, si nous allons interdire de mauvaises coutumes : pourquoi ne commençons-nous pas par interdire les guerres et les invasions qui rien qu’au siècle dernier ont été une spécialité de « nos gouvernements » en défense de « nos valeurs » et qui ont laissé des pays détruits, des peuples et des cultures ravagés et des millions et millions et millions d’opprimés et massacrés ?

© Jorge Majfud

* Jorge Majfud. Ecrivain uruguayen et professeur de littérature latinoaméricaine dans l’Université de Jacksonville, aux Etats-Unis.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

India elige el sexo del bebé y aborta a sus niñas

india kerala boat people

Image by FriskoDude via Flickr

Por: Ana Gabriela Rojas

En India cada vez más familias abortan cuando saben que están esperando una hija. Esa fue la conclusión más alarmante de los primeros resultados del censo 2011 que confirma que los indios ya son 1.210 millones y  representan el 17% de la población mundial, aunque aumentan a ritmo menos acelerado y cada vez hay menos analfabetismo.
El  gran fallo, sin embargo, ha sido comprobar que aumenta el “feminicidio”, o aborto selectivo de mujeres. Ahora en India, por cada mil varones de hasta 6 años hay solo 914 niñas. Esta tendencia no es nueva: inició en los años ochenta con la popularización de las ecografías, coinciden los expertos, pero es la diferencia más grande en la historia del país del sur de Asia. Hace 10 años,  en el censo pasado,  la diferencia era de 927 por cada mil.

A pesar de que el Gobierno ha implementado algunas medidas, como prohibir a los doctores anunciar el sexo del bebé, la situación sigue empeorando, coinciden los expertos. Hay un gran negocio detrás.

 

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À quoi sert la littérature ?

La Nausée

Image via Wikipedia

¿Para qué sirve la literatura? (Spanish)

What good is literature, anyway? (English)

¿Para qué sirve la literatura? (II) (Spanish)

What good is literature? (II) (English)

À quoi sert la littérature ?

par Jorge Majfud


Vous avez certainement, à de nombreuses reprises, essuyé la provocante question : « Bon, et à quoi sert la littérature ? », presque toujours dans la bouche d’un pragmatique homme d’affaires, ou, pire encore, d’un Goering de service, un de ces demi-dieux qui attendent toujours tapis dans les recoins de l’histoire, pour, dans les moments de plus grande faiblesse, sauver la patrie et l’humanité en brûlant des livres et en montrant aux hommes comment être des hommes. Et pour l’écrivain des coups ! Puisque rien n’est pire pour une personne avec des complexes d’infériorité que la proximité de quelqu’un qui écrit. Parce que s’il est vrai que notre financial time a fait de la plus grande partie de la littérature une pratique odieuse grâce à l’industrie du divertissement, il reste encore dans l’inconscient collectif l’idée qu’un écrivain est un subversif, un apprenti sorcier qui va çà et là mettant le doigt où ça fait mal, en disant des absurdités, dérangeant comme le ferait un enfant turbulent à l’heure de la sieste. Et il est assurément tout cela s’il prétend à une certaine valeur. N’est-ce pas la mission la plus profonde de la littérature au cours des cinq cents dernières années ? Pour ne pas remonter aux Grecs anciens désormais hors de portée pour un esprit humain qui tel un chien s’est finalement fatigué de courir après la voiture de son maître et se laisse emmener par le collier qui lui serre le cou.

Et pourtant, la littérature est toujours là, dérangeante depuis le début, vu que pour dire ses vérités il lui suffit d’un crayon et un papier. Sa valeur insigne est toujours la même : ne pas se résigner ni à la complaisance du peuple ni à la tentation de la barbarie. Pour tout cela il y a la politique et la télévision. Alors oui définitivement nous pourrions dire que la littérature sert à beaucoup de choses. Mais comme nous savons que nos inquisiteurs de service sont spécialement préoccupés par l’utilité et les bénéfices, il faudrait leur rappeler qu’il est bien difficile que, dans un esprit étroit, réside une grande intelligence. Une grande intelligence dans un esprit étriqué, tôt ou tard, finit étouffée. Ou elle devient haineuse et perverse. Mais, évidemment, une grande intelligence, perverse et haineuse, peut difficilement comprendre cela. Alors quand il ne s’agit même pas d’une grande intelligence…

De temps à autre, un politicien, un bureaucrate, un investisseur malin décide d’étrangler les humanités grâce à une coupe dans le budget de l’éducation, dans un ministère de la culture ou simplement en déchargeant toute la force du marché sur les très actives fabriques de sensibilités préfabriquées.

Bien plus sincères sont les fossoyeurs qui nous regardent dans les yeux et, avec amertume ou simple ressentiment, nous jettent à la figure leurs convictions comme s’ils n’étaient habités que d’une seule question : à quoi sert la littérature ?

Certains brandissent ce type d’instruments non comme doute philosophique mais comme une pelle mécanique qui, lentement, élargit une fosse pleine de cadavres vivants.

Les fossoyeurs sont de vieilles connaissances. Ils vivent ou font semblant de vivre mais ils sont toujours agrippés au pouvoir du moment. En haut ou en bas, ils ne cessent de répéter, avec des voix de morts-vivants, des superstitions utilitaristes sur le progrès et la nécessité.

Répondre sur l’inutilité de la littérature dépend de ce qu’on entend par « utilité », non de ce qu’on entend par « littérature ». L’épitaphe est-elle utile ? Et la pierre tombale sculptée, le maquillage, le sexe avec amour, les adieux, les pleurs, le rire, le café ? Est-ce que le football est utile, les programmes de télévision, les photos qui s’échangent sur les réseaux sociaux, les courses de chevaux, le whisky, les diamants, les trente pièces de Judas et le repentir ?

Rares sont ceux qui s’interrogent sérieusement sur l’utilité du football ou de la cupidité de Madoff. Ils ne sont pas rares (ou ils n’ont pas eu le temps suffisant) ceux qui demandent ou assènent à quoi sert la littérature ? Le foot est, dans le meilleur des cas, innocent. Bien souvent il s’est fait le complice des manipulateurs et des fossoyeurs.

La littérature, lorsqu’elle n’a pas été complice des manipulateurs, a été de la littérature. Ses détracteurs ne font pas allusion au respectable marché des best-sellers des émotions préfabriquées. Jamais personne n’a demandé avec autant d’insistance à quoi sert une bonne affaire ? Dans le fond, ce type de littérature n’est pas un souci pour les détracteurs de la littérature. C’est autre chose qui les inquiète. Ce qui les inquiète c’est la littérature.

Les meilleurs athlètes olympiques ont montré jusqu’où peut aller le corps humain. Les coureurs de Formule 1 également, moyennant quelques artifices. Même chose pour les astronautes qui ont marché sur la Lune, la pelle qui construit et détruit. Les grands auteurs ont montré tout au long de l’histoire jusqu’où peut aller l’expérience humaine, celle qui importe vraiment, l’expérience émotionnelle, le vertige des idées et la multiple profondeur des émotions.

Pour les fossoyeurs, seule la pelle est utile. Pour les morts-vivants aussi.

Pour les autres qui n’ont pas oublié leur condition d’êtres humains et qui osent aller plus loin que les limites étroites de leur propre expérience, pour les condamnés qui déambulent parmi les fosses communes mais ont retrouvé la passion et la dignité d’êtres humains, pour eux, c’est la littérature qui est utile.

Jorge Majfud, 4 de marzo de 2011

majfud.org

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Antonio Lopez.

Oulala (France)


Tout le poids de la loi

ruined beauty

Odpusti Naše Grehe (Slovenian)Image by Hilarywho via Flickr

Odpusti Naše Grehe  (Slovenian)

Tout le poids de la loi


Dans la matinée du 27 juillet, les journaux et la télévision donnèrent la nouvelle d’un rare crime commis à Sayago. Deux indigents avaient donné la mort à un troisième, possiblement dans la nuit du jour précédent. Quoique sans arriver à inquiéter, la nouvelle en a surpris plusieurs. Ce qui est raisonnable et, ce qui est plus habituel, c’est de tuer pour de l’argent, par orgueil ou pour quelque passion familiale. Et rien de cela ne pouvait avoir un pygmée vivant dans les décharges de la ville.

Jamais on ne sut exactement le motif de l’agression; et alors personne ne voulût en savoir plus lorsque le juge donna aux assassins dix années de prison. Mais moi, le juge, jamais je n’oublierai le cas et, quelques années plus tard, je visitai les prisonniers dans leur cellule. Je le fis en secret, comme d’habitude, parce que les gens se plaisent à dire que j’avais une préférence pour les criminels plutôt que pour les victimes. Maintenant si je devais dicter une sentence de nouveau, je leurs donnerais dix autres années supplémentaires; non par justice, mais par compassion. Je crois que je peux m’expliquer.

L’indigent assassiné était le docteur Enriquez, celui qui avait porté cette vie sans toit pendant les derniers six mois. Eusebio Enriquez était un chirurgien et avait perdu sa fille aînée dans une salle d’opération le 24 janvier, où lui–même prétendait la soulager d’une maladie incurable. Le chirurgien n’avait aucune raison de se sentir coupable, mais peu importe les raisons parce que, subitement, il devint fou et s’en fût de sa maison. Il traversa la ville sous une pluie de janvier et s’abandonna du côté des voies ferrées, à Sayago. Il se laissa pousser la barbe, devint sale et négligea ses vêtements; il maigrit rapidement et son visage se fit plus obscur et creusé, ce qui lui donna une apparence méconnaissable de sannyasin hindou. Il se rendit si en marge de la société qu’il cessa d’exister pour le gouvernement et pour le monde, et pour cette raison personne ne put le retrouver. Peu de temps après, il rencontra Facundo et Barbarroja, les deux hommes qui plus tard le tueraient à coup de barre de fer. Ni Facundo ni Barbarroja n’étaient des criminels, mais les gens en avaient peur ou, pour mieux dire, les fuyaient, comme si la pauvreté était contagieuse. Tandis qu’il y avait des gens qui croyaient en Dieu ou à l’Enfer et qui leurs donnaient des aumônes. Mais, peu à peu, la bonne conscience et les subsides décrûrent, et ces misérables en vinrent à intégrer l’inconscient national, la honte dissimulée d’une économie prospère ou prétentieuse.

Les deux hommes traînaient une vie presque nomade. Ils habitaient tous ou certains des recoins de la vieille station de chemin de fer, évitaient toujours que le gardien les découvre dormant dans quelque wagon abandonné, ou dans le dépôt de fer où ils se réfugiaient par temps de pluie. “Cet endroit est triste” se disait Enriquez, “tant mieux s’ils ne s’en rendent pas compte.”

Mais, je le répète, aucun des deux n’était capable de tuer un oiseau. Aussi il est vrai que pendant les six mois que dura cette convivialité, Enriquez ne leurs adressa la parole qu’une seule fois. Malgré tout, les mendiants ne lui gardèrent aucune rancœur. Ils savaient qu’il était un pauvre fou qui, autrefois, avait vécu comme les gens ordinaires, qu’il avait eu une maison et une auto et, jusqu’à une famille, parce qu’ils l’avaient vu fuir une femme élégante portant une robe propre. Ils avaient appris à cohabiter avec lui comme en famille, et paraissait muet ou handicapé. Certaines fois, lorsque le froid devenait intolérable et que ses mâchoires commençaient à trembler, ils lui donnaient une boîte de conserve replie d’herbes bouillantes. Et lui ne la repoussait pas.

Mais cet hiver fut l’un des pires dont se souviendront les mendiants. Les températures tombaient en dessous de zéro; les mares commençaient à geler et les pâturages devenaient blancs. Il était chaque fois plus difficile sinon impossible de se procurer des bouteilles de verre et encore plus de les vendre. Parce que les gens s’éloignaient de ces hommes qui, chaque année, dépérissaient toujours plus, négligeant leur barbe et leurs vêtements. Et ainsi, peu à peu, ils perdirent le peu de contact oral qui les réunissait au monde.

Barbarroja tomba malade de faim et Facundo commença à se plaindre toute la nuit de rhumatisme ou de quelqu’autre chose d’indéchiffrable. Les maladies et les souffrances crûrent jusqu’à se confondre en un unique enfer. Cependant, les deux mendiants continuaient d’espérer le printemps et la chaleur de l’été qui chaque jour paraissaient plus lointain.

Enriquez le savait. Il savait que cela pouvait être le dernier hiver de ses compagnons. Ils avaient les pieds gonflés et violets, leurs visages étaient pâles et renfoncés, leurs mains inutilisables. Seul les aidait un optimisme déprimant, selon lui.

Un matin, Enriquez ouvrit la bouche pour leurs dire la sentence de leur mort. Ce jour fut l’unique fois qu’ils parlèrent tous les trois et ils parlèrent durant des heures. Facundo et Barbarroja s’informèrent de qui était le fou et cela confirma presque tout ce qu’ils avaient imaginé. En réalité, le fou était ou avait été un homme riche. Un petit bourgeois, pour ses connaissances, mais un homme riche pour ces marginalisés.

La conversation se termina par un proposition du fou. “Il viendra plus de froid” leur dit-il, et “vous-mêmes mourrez. Déjà vous n’avez plus de défenses et vos corps agonisent. Ils endureront la souffrance jusqu’en septembre. Ou, dans le pire des cas, jusqu’en octobre. Mais vous mourrez. Et si vous avez la chance de survivre cette année, vous mourrez l’année prochaine, à la suite d’avoir souffert le double de ce que vous souffrirez cet hiver. Mais vous être si pauvre que vous n’avez ni même d’idées. Vous ne saurez pas comment sortir de cet enfer. Ni même de la façon la plus facile. Vous êtes si pauvre que vous n’avez même pas pensé à aller en prison où les gens jouissent d’un lit avec des couvertures et un toit, où ils mangent presque tous les jours. Vous êtes si pauvres que vous n’avez même pas les forces suffisantes pour voler dans un marché, parce que si vous l’essayeriez, ils vous sortiraient à coup de pommes de terre et vous en termineriez sur le pavé avec le front ensanglanté. Et s’ils vous emprisonnaient pour vol, ils vous remettraient à la rue au bout de deux jours parce que les prisons sont pleines, et parce que même le juge aurait pitié de deux misérables affamés. Mais, comme je suis médecin, je vais vous dire quoi faire pour vous en sortir.”

Les mendiants se regardèrent pour se consulter. Ils ne savaient guère quoi en penser. Ils commençaient même à douter de l’histoire qu’il leurs avait racontée au début, au sujet de sa famille et de sa vie antérieure.

“Pour aller en prison, pour plusieurs années, vous devez me tuer. Ne me regardez pas ainsi comme des idiots. Dissimulez cette stupidité honnête qui vous fait puer dans vos vêtements.”

Facundo et Barbarroja surent ou imaginèrent qu’en ce jour le fou était pire que jamais. Mais il continuait d’insister, avec un réalisme fanatique, sur la convenance de sacrifier un des trois.

– “Dieu nous punira” dit Barbarroja.
– “Dieu déjà vous a punis. Peut-être imaginez-vous un Enfer pire que celui-ci ? Voyez–vous ce que je vous dit ? Vous êtes si pauvres que vous n’avez pas d’idées. Déjà vous ne raisonnez plus. Dois-je venir pour vous dire ce que vous avez à faire ? De plus, pourquoi Dieu aurait-il à punir quelqu’un qui tue un assassin ? La Bible ne dit-elle pas « œil pour œil, dent pour dent » ? J’ai tué une enfant, ma propre fille. Auriez-vous de la compassion pour moi ?”

Les mendiants se levèrent et se retirèrent craintifs. Le fou commençait à leur faire peur pour de vrai. Le temps passa, une semaine ou deux, et ils n’en reparlèrent plus. Ni même ne l’approchaient et allaient jusqu’à éviter de le regarder. La journée du 24, il plût intensément. Facundo et Barbarroja emménagèrent dans le hangar de la station. Comme je l’ai dit auparavant, ils allaient là seulement les jours de pluie, parce que cela ennuierait le gardien de les trouver là. D’autre part, je crois qu’ils préféraient le wagon sans toit, parce qu’il était plus discret et que le vide noir de la hauteur de ce dépôt ne les dérangeait pas. (Malgré qu’ils vivent dans la rue et que je découvris qu’ils souffraient d’une forme rare d’agoraphobie).

Durant ce jour, le fou n’entra pas dans le hangar. Il demeurait sous la pluie toute la nuit comme un fantôme les mains dans les poches et regardait souvent dans le ciel les éclairs que la pluie obscure effaçait.

La journée du 25, le fou, épuisé par la faim et le peu d’envie de vivre, tomba inconscient. La journée du 26, les mendiants se décidèrent à lui apporter une tisane d’herbes bouillies. Mais il ne réagissait déjà plus. Son regard était perdu et à peine pouvait-il bouger les paupières. La peau était blanche et froide, il n’avait ni réaction ni sensibilité d’aucun type. Facundo appuya son oreille sur la poitrine du fou et constata qu’elle ne remuait presque plus. Pendant toute la nuit les deux hommes contrôlèrent en silence les quasis imperceptibles coups que rendait le cœur du fou. Ils attendirent et en prirent soin avec crainte et anxiété. Barbarroja commença à trembler comme jamais auparavant, les épaules contractées et sans pouvoir contrôler les lèvres qui paraissaient réciter un discours sans voix.

La journée du 27, le cœur du fou maintenant ne s’entendait plus et, à la nuit, ils le crurent mort. Mais il ne l’était pas. Par conséquent, la conclusion du médecin légiste était correcte : Eusebio Enriquez n’était pas mort de froid ni de faim, il fut assassiné de coups donnés par deux délinquants qui reconnurent le délit et qui se sauvèrent d’un lynchage certain à la sortie du procès, parce que la police les entraîna jusqu’à une camionnette où ils furent déposés comme déchets.

Jorge Majfud
Uruguay, 1998

Traduit de l’espagnol par:
Pierre Trottier, mai 2006
Trois–Rivières, Québec, Canada

Mémoires du sous-développement

Memories of Underdevelopment

Image via Wikipedia

Mémoires du sous-développement (I et II)

par Jorge Majfud

Une société manifeste un haut degré de développement par la manière dont ses membres se conduisent et à la qualité des relations que ceux-ci ont entre eux et non par un simple flot de capitaux.

Au grand Tomás Gutiérrez Alea

« I »

La production mal répartie

Lors de mon dernier séjour en Uruguay, j’ai entendu répéter quelques fois, dans des réunions entre amis, une blague du grand Luis Landriscina : un paysan insouciant était en train de dormir à l’ombre ; lorsqu’un Anglais lui demanda pourquoi il ne faisait pas produire son champ, l’autre lui répondit :

– Pour quoi faire ?

-Pour ensuite pouvoir te reposer, lui dit l’Anglais.

-Et qu’est-ce que je suis en train de faire ?, conclut avec malice l’éternel fatigué.

Cette histoire n’est pas seulement drôle, d’aucuns la trouvent empreinte d’une grande sagesse. Elle n’est pas mal en tant que philosophie personnelle, elle est très écologique et, au passage, c’est un camouflet dialectique qui est infligé à tous ces impérialistes qui nous ont tellement gâché notre histoire. En outre, le paysan latino-américain et le gaucho du Río de la Plata sont détenteurs d’une longue liste de vertus morales et humaines en général (la franchise, une rare avarice, le sens d’une fraternité humaine et non purement institutionnelle). Si à cela l’on ajoute une longue histoire de souffrances et d’exploitations, la critique radicale de l’une ou l’autre de leurs caractéristiques personnelles ou culturelles devient difficile. Mais personne n’est parfait et il convient de séparer la paille et le grain.

Ce genre de philosophie, qui est plutôt une pratique (ne pense pas au lendemain ; Dieu pourvoira pour l’homme comme il y pourvoit pour les oiseaux, selon Jésus et les Évangiles, dans le fond elle est chrétienne même si c’est le christianisme qui l’a enterrée plus profondément au nom d’un de ses produits contradictoires, le capitalisme), et ce type de personnage victimisé, que défendent, par correction politique, même les travailleurs les plus exploités, se répand encore sous diverses formes dans l’espace social de l’Amérique Latine.

Le problème se pose lorsque le sage insouciant, gourou créole ou simple pícaro [1] paresseux a besoin d’une aide urgente et en appelle à la solidarité, en maudissant le reste de la société (ou l’empire de « service » [2]) parce que « la richesse est mal répartie ».

Alors, au nom du politiquement correct, personne n’ose reconnaître que la production est également mal répartie, dans la famille, dans un pays et dans le monde. Et que les producteurs ne sont pas toujours les exploiteurs, que les inventeurs qui brevettent leurs efforts intellectuels ne sont pas toujours les responsables de la mauvaise répartition de la richesse et de la pauvreté dans ce monde mais, peut-être, tout le contraire.

À quel moment sommes-nous arrivés à ce défaut extrême de caractère ? La faiblesse de caractère est-elle une corruption de la civilisation ou appartient-elle à la nature la plus primitive de l’espèce humaine ? Ou est-ce simplement (confondre sa propre paresse avec la solidarité d’autrui) une défaillance intellectuelle de la pensée morale, de la volonté créatrice ?

Une nouvelle pensée de gauche ?

Il est probablement nécessaire de poser les bases d’une nouvelle pensée de gauche. J’ai conscience qu’une pensée ne peut être étiquetée et circonscrite par avance. S’il s’agit d’une pensée authentique, à sa naissance, nous ne pouvons savoir où elle nous mènera. Cela n’est possible qu’en théologie où l’on pose des prémisses en sachant d’avance que, en gros, les conclusions seront celles que nous souhaitons qu’elles soient, la confirmation d’une vérité ; non un mise en question radicale.

Toutefois, juste à titre d’hypothèse, peut-être pourrions-nous parler d’une refondation ou d’une nouvelle pensée de gauche : une pensée libre des complaisances populistes d’une autre époque qui ne perdrait pas sa radicalité dans la critique des sources de pouvoirs sectaires, catégorie dans laquelle on trouve les lobbies autant que le syndicalisme corporatif.

Je ne dis pas, bien entendu, que ce type de pensée de gauche (auto)critique n’existe pas. Le problème est qu’elle n’est pas visible en raison de son refus de la complaisance.

De toute évidence, nous ne pouvons nous faire beaucoup d’illusions sur son adoption par la classe politique car la nature de celle-ci est différente. Nous pouvons excuser en partie les politiques parce qu’ils doivent lutter contre les eaux impures des accords pragmatiques et stratégiques, parfois, mais seulement parfois, en vue d’un bien supérieur (je renvoie à mon bref essai, ‘Pense radicalement, agis avec modération’). Mais nous pouvons assurément l’exiger du reste de la société. En commençant, surtout, par la classe des intellectuels qui, contrairement à leur véritable fonction politique, devraient être moins soucieux d’éviter leur rôle historique de trouble-fêtes. L’intellectuel ne devrait manifester de crainte ou de complaisance ni avec César (l’intellectuel de droite) ni avec son peuple (l’intellectuel de gauche). Après tout, c’est cela qu’on appelait prophétiser, déjà depuis les critiques anciens de la Bible, malheureusement confondus avec ceux qu’on a appelés prophètes.

« II »

L’histoire de l’Uruguay et de l’Argentine a toujours souffert d’un certain bipolarisme. Des moments de grandes crises et de dépressions auto-destructrices, on passe à une euphorie tout aussi démesurée. Mais ce moral en dents de scie de la société du Rio de la Plata ne correspond pas à une réalité plus stable. Entre l’inondation de capitaux et le véritable développement il y a une distance considérable. Contrairement aux taux de croissance économique, la culture sociale du Rio de la Plata n’a pas avancé. En principe, on considère que ce sont les ressources économiques qui donnent une forme à ces relations mais il est très probable que, dans une grande mesure, ce soit exactement le contraire : une société montre un haut degré de développement à la manière dont se conduisent ses membres et à la qualité des relations que ceux-ci ont entre eux (Nous avons déjà consacré de nombreux essais à exposer les graves contradictions de certaines sociétés développées qui, comme l’Athènes de l’Antiquité, comme les États-Unis, manifestent un haut degré de civilité à l’intérieur de leurs frontières et une arrogance sauvage à l’extérieur.)

En dépit de certains progrès sociaux dans certains pays de notre région, nos sociétés du boom économique latino-américain présentent des villes excessivement sales et dangereuses, des extrêmes de somptueuse richesse et d’ultime misère, des policiers qui demandent encore des pots-de-vin ou que personne ne respecte, des citoyens qui contreviennent à toute norme sociale chaque fois qu’ils le peuvent, caillassages d’autobus gratuits et non sanctionnés, d’ingénieuses destructions des biens publics, des banlieues de plus en plus muselées, une jeunesse dissolue et abrutie par les aberrants « réseaux [3] sociaux » (le diable est dans les noms, dans les idéo-lexiques), des personnes honnêtes qui se sentent offensées par la moindre critique…

En Uruguay et en Argentine, on n’a jamais respecté rigoureusement la signalisation routière, les panneaux de STOP, mais, au moins, il y a quelques années on respectait les feux rouges. C’est exactement cela la mentalité du sous-développement qu’on s’évertue à nier. Elle n’a pas cédé, elle s’est renforcée avec la parodie importée de la consommation à outrance de gadgets importés.

Il suffirait de citer le niveau actuel du système éducatif selon certains standards internationaux. Bien que l’Uruguay se classe en deuxième position en Amérique latine dans les tests de PISA, abandonnant la première place au Chili, son rang parmi les pays participants à la dernière publication triennale, contredit la place d’honneur qu’il a occupé durant presque un siècle jusque dans les années soixante. Le fait que les derniers gouvernements aient augmenté le budget de l’éducation alors que les résultats ont baissé n’en est que la confirmation. Il est évident que l’investissement économique est crucial mais l’organisation du changement est toujours aussi défaillante, non seulement du point de vue administratif et stratégique mais aussi du point de vue de la culture générale : le modus operandi de la société reflété dans chaque individu. Ainsi, toute mesure pour lutter contre une réalité adverse se transforme en protestations dérisoires, agrémentées de discours et des mêmes pancartes, quand cela ne devient pas une négation destructrice sans objectif alternatif clair qui soit capable d’évaluer sa propre responsabilité. Trop de lamentations ; pas assez d’autonomie et de responsabilité.

La délinquance aussi a rajeuni. Je veux parler du caractère juvénile, adolescent et même infantile du crime. Ce n’est pas surprenant. Il y a treize ans, en plein dans une autre période d’euphorie néolibérale des pays avancés, nous attirions l’attention sur le fait que la crise à venir dans les dernières années du siècle était une bombe à retardement, car une économie se récupère en quelques années mais les effets sociaux persistent durant des générations. L’écrasante majorité des enfants naissaient et naissent dans des familles aux conditions très précaires de santé et d’éducation que n’avaient pas connues les éternels champions du monde.

Une partie du problème vient de ce que, au niveau populaire, la société latino-américaine est restée enfermée dans une rhétorique figée, faite de bribes de vieux intellectuels européens et étatsuniens, comme au XIXe siècle, qu’elle répète comme s’il s’agissait de nouvelles découvertes censées apporter le salut, et elle n’a pas su élaborer une pensée propre. Sauf dans des cas exceptionnels.

En Asie, notamment en Chine, le développement économique impulsé par le capitalisme communiste est allé de pair avec un développement de l’éducation formelle, aussi compétitive qu’aux jeux olympiques où les enfants sacrifient leur enfance à la recherche de la compétitivité et du succès. (Le développement social marche encore, de façon alarmante, loin derrière.) En dépit des nombreux millions investis, la Chine n’a pas eu les mêmes résultats en ce qui concerne la créativité et l’innovation, même si l’on peut supposer que cela viendra avec le temps.

J’ai toujours pensé, d’un point de vue marxiste, que les grands changements culturels (superstructure) étaient dus aux grands changements de la base économique et de production. Beaucoup de marxistes (tels Gramsci, Louis Althusser, etc.) ont remanié cette dynamique il y a quelques dizaines d’années. Mais le monde hypermoderne est un défi pour cette vision si claire de l’histoire. Ernesto Guevara, N. Chomsky, Paulo Freire, Eduardo Galeano et bien d’autres avaient une foi immense dans le chemin inverse, dans l’exigence morale, dans l’éducation, dans la concientização, etc. Bien que les changements structurels, aujourd’hui, ne soient pas aussi profonds qu’on veut bien nous les présenter, ce qui est vrai c’est qu’une société post-industrielle, informatisée, semble changer plus facilement du haut vers le bas, autrement dit depuis la culture et l’éducation vers l’ordre économique et productif, que l’inverse. Dans certains cas, la relative indépendance des deux champs (le culturel et l’économique) est particulièrement notable.

Les gouvernements peuvent faire beaucoup (à commencer par l’éducation formelle) mais tout est très peu comparé à ce qui serait nécessaire pour changer toute une culture qui souffre de deux problèmes historiques : l’autodestruction et l’autocomplaisance. La réussite économique seule ne peut la changer. Une profonde autocritique collective pourrait y parvenir. Mais, pour cela, il y a besoin d’un vivier de critiques incisifs et innovateurs, capables de promouvoir une pensée propre et non importée, une campagne incisive de prise de réflexion non seulement sur ce que « l’on est » mais sur ce que « l’on fait ». C’est un peu ce qui a réussi dans la lutte contre le tabac et les puissantes industries du tabac. Pourquoi cela ne marcherait-il pas dans d’autres domaines comme le civisme, comme le rôle de sa propre responsabilité dans les réussites personnelles et collectives ? Bien sûr, peut-être s’agit-il d’une tâche difficile au moment où les jeunes sont si occupés à des banalités globalisées par les « réseaux (anti)sociaux » au nom de la démocratie et la libération des individus.

Ce n’est pas que j’aie perdu ma foi en la future démocratie directe, en l’autonomie des personnes dans une société hyper-développée. Seulement la réalité montre que cette utopie s’éloigne chaque jour un peu plus, que les nouveaux outils de libération sont toujours et encore les jouets qui empêchent de grandir. Nous continuons à nous conduire comme des loups et des moutons alors que nous pensons être des individus libérés. Des individus virtuels d’une société virtuelle et avec une libération virtuelle, entourés de nouveaux capitaux et de vieilles ruines.

Décembre 2010

Traduction pour El Correo de : Antonio Lopez

El Correo. Paris, 24 janvier 2011

Notes

[1] Héros de la littérature espagnole des XVIe et XVIIe siècles caractérisé par son espièglerie (Larousse)

[2] Dans les différentes versions du texte original qu’on trouve sur Internet le texte dit « al imperio de tuno » qui n’est pas une expression attestée et qui pourrait se traduire littéralement par « à l’empire de coquin ». Il me semble qu’il s’agit d’une coquille et que l’on doit lire « al imperio de turno ». (NdT)

[3] Jeu de mots qui ne peut plus être rendu en français : « redes » c’est à la fois les réseaux et les filets (cf « rets »).

Cette création par http://www.elcorreo.eu.org est mise à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité – Pas d’Utilisation Commerciale – Pas de Modification 3.0 Unported.

Honduras: Los parásitos del pueblo gozan de buena salud

Latin America and the Caribbean

Image via Wikipedia

Os parasitas do povo (Portuguese)

 

Honduras

Los parásitos del pueblo gozan de buena salud

El domingo 28 de junio por la mañana, los militares de Honduras rodearon al presidente y, mientras lo apuntaban con sus armas le preguntaron por qué no había obedecido las órdenes del general Romeo Vásquez. Como el presidente pensaba que él debía dar las órdenes a sus subordinados, éstos lo invitaron a retirarse de la casa de gobierno. De ahí a un auto y luego a un avión de la fuerza aérea hasta Costa Rica.

Al mismo tiempo, todos los medios de comunicación del país fueron copados y se les sugirió por la fuerza no transmitir información que no fuera controlada directamente por el proceso democrático que se estaba llevando a cabo. Apenas pudimos escuchar las declaraciones del presidente depuesto al arribar a Costa Rica, unos pocos periodistas que “ilegalmente” informaron al mundo de lo que estaba pasando y unos cuantos hondureños que nos mantuvieron informados vía electrónica.

Según las fuerzas armadas de Honduras, todo este proceso fue en defensa de la legalidad y la constitución. Los militares se justificaron diciendo que recibían órdenes de la Corte Suprema. A pesar de que la constitución hondureña no prevé este mecanismo para saltearse la autoridad de un presidente legal y legítimo, era necesaria una excusa para tontos. La declaración sólo demuestra que en Honduras se llevó a cabo un golpe de estado con todas sus letras; en nombre de la “legalidad” militares y jueces se pasaron por encima la misma constitución.

Si en el pasado este trabajo de gorilas era propio de los altos jefes militares, ahora vemos que la misma ilegalidad está apoyada, promovida y justificada por el poder judicial de un país. La complicidad del parlamento confirma esta práctica: las leyes se respetan siempre y cuando sirvan a los intereses de los sectores más poderosos de una sociedad.

Cualquier constitución de cualquier país decente y democrático prevé la destitución de un presidente. Pero este proceso tiene determinadas condiciones y un número específico de etapas legales que garantizan su validez. Que yo recuerde, en ninguna constitución democrática se prevé que el presidente puede ser tomado por la fuerza militar, secuestrado y expulsado de su propio país. Menos en nombre de la legalidad. Menos por orden de un puñado de jueces. Menos con la complicidad del jefe de un parlamento que además es el opositor político del presidente.

Todo lo cual demuestra hasta qué profundidad la cultura golpista sobrevive aún en las clases dirigentes de Honduras. Y no sólo de Honduras, lo que de paso sirve para estar alertas ante las viejas sobras de la historia latinoamericana.

Hoy defender al presidente Zelaya no es defender sus políticas ni mucho menos a su persona. Hoy defenderlo, aún contra las instituciones (secuestradas) de Honduras significa defender la democracia y cualquier estado de derecho en cualquier parte del mundo basado en el respeto a las leyes y la constitución no sólo cuando conviene. Porque en una democracia las leyes y la constitución no se corrigen rompiéndolas sino cambiándolas. Algo que precisamente pretendía hacer el presidente secuestrado.

Lamentablemente debo terminar esta breve nota de profundo repudio con las últimas líneas con que terminé la nota anterior al golpe:

Hoy Honduras se debate ante el desafío latinoamericano de enfrentar cualquier cambio político hacia la igual-libertad, hacia su destino de independencia y dignidad, o volver a los miserables tiempos en que nuestros países eran definidos como republiquetas o repúblicas bananeras.

Jorge Majfud

Junio, 2008

Pagina/12 (Argentina)


HONDURAS : LES PARASITES DU PEUPLE

Par Jorge Majfud, Lincoln University

Traduction : Esteban

Révision : Fausto Giudice

Hier, dimanche 28 juin au matin, les militaires du Honduras ont encerclé le Président et, pointant leurs armes sur lui, ils lui ont demandé pourquoi il n’avait pas obéi aux ordres du général Romeo Vásquez. Comme le président pensait que c’était à lui de donner les ordres à ses subordonnés, ceux-ci l’ont invité à quitter le Palais du Gouvernement. De là dans une voiture puis dans un avion des forces aériennes jusqu’au Costa Rica.

Simultanément, tous les médias du pays ont été réquisitionnés et on leur a suggéré par la force de ne transmettre aucune information qui ne soit directement contrôlée par le processus démocratique qui était en cours. Aussitôt que nous avons pu entendre écouter les déclarations du président destitué qui avait atterri au Costa Rica, quelques journalistes ont «illégalement» informé le monde de ce que passait et quelques Honduriens nous ont tenus informés par voie électronique.

Selon les Forces Armées du Honduras, tout ce processus a été organisé pour défendre la légalité et la Constitution. Les militaires se sont justifiés en disant qu’ils recevaient des ordres de la Cour Suprême. En dépit de la Constitution hondurienne qui n’a pas prévu ce mécanisme pour ôter l’autorité d’un Président légal et légitime, il était donc nécessaire de trouver une excuse pour les idiots. La déclaration démontre qu’au Honduras il s’agit clairement d’un coup d’État dans tous les sens du terme ; au nom de la « légalité », des militaires et des juges ont passé outre la Constitution elle-même.

Si par le passé ce genre de travail de gorilles était réservé aux hauts chefs militaires, aujourd’hui nous pouvons voir que la même illégalité est soutenue, encouragée et justifiée par le pouvoir judicaire d’un pays. La complicité du Parlement confirme cette pratique : les lois ne sont respectées que si elles servent les intérêts des secteurs les plus puissants d’une société.

Toute Constitution dans tout pays digne de ce nom et démocratique prévoit la destitution d’un président. Mais ce processus se fait sous certaines conditions avec des étapes légales spécifiques qui garantissent leur validité. Autant que je m’en souvienne, dans aucune Constitution démocratique il n’est prévu que le président puisse être destitué par la force militaire, kidnappé et expulsé de son propre pays. Encore moins au nom de la légalité. Encore moins sur ordre d’une poignée de juges. Encore moins avec la complicité du chef d’un Parlement qui en outre est l’adversaire politique du Président.

Tout cela démontre jusqu’à quelle profondeur la culture putschiste se maintient encore dans les classes dirigeantes du Honduras. Et pas seulement au Honduras, et cela, soit dit en passant, doit servir à rester vigilants face aux résidus de l’histoire latino-américaine.

Défendre aujourd’hui le président Zelaya n’est pas défendre sa politique ni même sa personne. Aujourd’hui, le défendre, même contre les institutions (confisquées) du Honduras, signifie défendre la démocratie et tout État de droit dans une quelconque partie du monde qui soit basé sur le respect des lois et de la Constitution et pas seulement quand cela convient. Car dans une démocratie les lois et la Constitution ne se corrigent pas en les brisant, mais plutôt en les changeant. C’était précisément ce que prétendait faire le président qui a été destitué par la force.

Je le déplore mais, je dois terminer cette brève chronique de rejet profond avec les dernières lignes par lesquelles j’ai terminé la chronique précédant le coup d’État : aujourd’hui le Honduras se débat face au défi latino-américain : affronter un quelconque changement politique vers l’égal-liberté, vers son destin d’indépendance et sa dignité, ou revenir aux temps misérables où nos pays étaient définis comme des « républiquettes » ou des républiques bananières.

Os parasitas do povo

“Hoje, Honduras se debate diante do desafio latino-americano de enfrentar qualquer mudança política para a igual-liberdade, para o seu destino de independência e dignidade, ou de voltar aos miseráveis tempos em que os nossos países eram definidos como ‘republiquetas’ ou ‘repúblicas bananeiras’”.

Neste domingo, 28 de junho, pela manhã, os militares de Honduras cercaram o presidente e, enquanto apontavam suas armas contra ele, perguntaram-lhe por que não havia obedecido as ordens do general Romeo Vásquez. Como o presidente pensava que ele devia dar as ordens a seus subordinados, estes o convidaram a se retirar da Casa de Governo. Daí para um carro e depois a um avião da força aérea até a Costa Rica.

Ao mesmo tempo, todos os meios de comunicação do país foram dominados, e foi-lhes sugerido, pela força, que não transmitissem informação que não fosse controlada diretamente pelo processo democrático que estava sendo realizado. Apenas alguns poucos jornalistas, que “ilegalmente” informaram ao mundo sobre o que estava acontecendo, e uns quantos hondurenhos que nos mantiveram informados via eletrônica, conseguiram escutar as declarações do presidente deposto ao chegar à Costa Rica.

Segundo as Forças Armadas de Honduras, todo esse processo foi em defesa da legalidade e da Constituição. Os militares se justificaram dizendo que recebiam ordens da Corte Suprema. Apesar de que a Constituição hondurenha não preveja esse mecanismo para assaltar a autoridade de um presidente legal e legítimo, era necessária uma desculpa para bobos. A declaração só demonstra que, em Honduras, efetivou-se um golpe de Estado com todas as suas letras. Em nome da “legalidade”, militares e juízes passaram por cima da própria Constituição.

Se, no passado, esse trabalho de gorilas era próprio dos altos chefes militares, agora vemos que a mesma ilegalidade está apoiada, promovida e justificada pelo Poder Judicial de um país. A cumplicidade do Parlamento confirma essa prática: as leis são respeitadas sempre e quando sirvam aos interesses dos setores mais poderosos de uma sociedade.

Qualquer Constituição de qualquer país decente e democrático prevê a destituição de um presidente. Mas esse processo tem determinadas condições e um número específico de etapas legais que garantem sua validade. Pelo que eu me lembre, em nenhuma Constituição democrática se prevê que o presidente pode ser tomado pela força militar, sequestrado e expulso de seu próprio país. Menos ainda em nome da legalidade. Menos ainda por ordem de um punhado de juízes. Menos ainda com a cumplicidade de um chefe de um Parlamento que, além disso, é o opositor político do mandatário.

Tudo isso demonstra até que profundidade a cultura golpista sobrevive ainda nas classes dirigentes de Honduras. E não só de Honduras. O que aconteceu serve para estar alerta diante das velhas sobras da história latino-americana.

Hoje, defender o presidente Zelaya não é defender suas políticas, nem muito menos a sua pessoa. Hoje, defendê-lo, mesmo contra as instituições (seqüestradas) de Honduras, significa defender a democracia e qualquer estado de direito em qualquer parte do mundo, baseado no respeito às leis e à Constituição não só quando convém. Porque, em uma democracia, as leis e a Constituição não são corrigidas quebrando-as, mas sim mudando-as. Algo que precisamente o presidente sequestrado pretendia fazer.

Lamentavelmente, devo terminar essa breve nota de profundo repúdio com as últimas linhas com as quais terminei a nota anterior ao golpe:

Hoje, Honduras se debate diante do desafio latino-americano de enfrentar qualquer mudança política para a igual-liberdade, para o seu destino de independência e dignidade, ou de voltar aos miseráveis tempos em que os nossos países eram definidos como ‘republiquetas’ ou repúblicas bananeiras.

Jorge Majfud

Tradução de Moisés Sbardelotto.

Jorge Majfud, escritor uruguaio e professor da Escola de Humanidades da Lincoln University. O artigo foi publicado no jornal argentino Página/12, 29-06

América latina y el violento camino hacia la liberación humanista

(ensayo)

El humanismo actual y sus enterradores

Una de las características del pensamiento conservador a lo largo de la historia moderna ha sido la de ver el mundo según compartimentos más o menos aislados, independientes, incompatibles. En su discurso, esto se simplifica en una única línea divisoria: Dios y el diablo, nosotros y ellos, los verdaderos hombres y los bárbaros. En su práctica, se repite la antigua obsesión por las fronteras de todo tipo: políticas, geográficas, sociales, de clase, de género, etc. Estos espesos muros se levantan con la acumulación sucesiva de dos partes de miedo y una de seguridad.

Traducido a un lenguaje posmoderno, esta necesidad de las fronteras y las corazas se recicla y se vende como micropolítica, es decir, un pensamiento fragmentado (la propaganda) y una afirmación localista de los problemas sociales en oposición a la visión más global y estructural de la pasada Era Moderna.

Estas comarcas son mentales, culturales, religiosas, económicas y políticas, razón por la cual se encuentran en conflicto con los principios humanísticos que prescriben el reconocimiento de la diversidad al mismo tiempo que una igualdad implícita en lo más profundo y valioso de este aparente caos. Bajo este principio implícito surgieron los estados pretendidamente soberanos algunos siglos atrás: aún entre dos reyes, no podía haber una relación de sumisión; entre dos soberanos sólo podía haber acuerdos, no obediencia. La sabiduría de este principio se extendió a los pueblos, tomando forma escrita en la primera constitución de Estados Unidos. El reconocer como sujetos de derecho a los hombres y mujeres comunes (“We the people…”) era la respuesta a los absolutismos personales y de clase, resumido en el exabrupto de Luis XIV, “l’État c’est Moi”. Más tarde, el idealismo humanista del primer bosquejo de aquella constitución se relativizó, excluyendo la utopía progresista de abolir la esclavitud.

El pensamiento conservador, en cambio, tradicionalmente ha procedido de forma inversa: si las comarcas son todas diferentes, entonces hay unas mejores que otras. Esta última observación sería aceptable para el humanismo si no llevase explícito uno de los principios básicos del pensamiento conservador: nuestra isla, nuestro bastión es siempre el mejor. Es más: nuestra comarca es la comarca elegida por Dios y, por lo tanto, debe prevalecer a cualquier precio. Lo sabemos porque nuestros líderes reciben en sus sueños la palabra divina. Los otros, cuando sueñan, deliran.

Así, el mundo es una permanente competencia que se traduce en amenazas mutuas y, finalmente, en la guerra. La única opción para la sobrevivencia del mejor, del más fuerte, de la isla elegida por Dios es vencer, aniquilar al otro. No es raro que los conservadores de todo el mundo se definan como individuos religiosos y, al mismo tiempo, sean los principales defensores de las armas, ya sean personales o estatales. Es, precisamente, lo único que le toleran al Estado: el poder de organizar un gran ejército donde poner todo el honor de un pueblo. La salud y la educación, en cambio, deben ser “responsabilidades personales” y no una carga en los impuestos a los más ricos. Según esta lógica, le debemos la vida a los soldados, no a los médicos, así como los trabajadores le deben el pan a los ricos.

Al mismo tiempo que los conservadores odian la Teoría de la evolución de Darwin, son radicales partidarios de la ley de sobrevivencia del más fuerte, no aplicada a todas las especies sino a los hombres y mujeres, a los países y las sociedades de todo tipo. ¿Qué hay más darviniano que las corporaciones y el capitalismo en su raíz?

Para el sospechosamente célebre profesor de Harvard, Samuel Huntington, “el imperialismo es la lógica y necesaria consecuencia del universalismo”. Para nosotros los humanistas, no: el imperialismo es sólo la arrogancia de una comarca que se impone por la fuerza a las demás, es la aniquilación de esa universalidad, es la imposición de la uniformidad en nombre de la universalidad.

La universalidad humanista es otra cosa: es la progresiva maduración de una conciencia de liberación de la esclavitud física, moral e intelectual, tanto del oprimido como del opresor en última instancia. Y no puede haber conciencia plena si no es global: no se libera una comarca oprimiendo a otras, no se libera la mujer oprimiendo al hombre, and so on. Con cierta lucidez pero sin reacción moral, el mismo Huntington nos recuerda: “Occidente no conquistó al mundo por la superioridad de sus ideas, valores o religión, sino por la superioridad en aplicar la violencia organizada. Los occidentales suelen olvidarse de este hecho, los no-occidentales nunca lo olvidan” (The Clash of Civilizations, 1993).

El pensamiento conservador también se diferencia del progresista por su concepción de la historia: si para uno la historia se degrada inevitablemente (como en la antigua concepción religiosa o en la concepción de los cinco metales de Hesíodo) para el otro es un proceso de perfeccionamiento o de evolución. Si para uno vivimos en el mejor de los mundos posibles, aunque siempre amenazado por los cambios, para el otro el mundo dista mucho de ser la imagen del paraíso y la justicia, razón por la cual no es posible la felicidad del individuo en medio del dolor ajeno.

Para el humanismo progresista no hay individuos sanos en una sociedad enferma como no hay sociedad sana que incluya individuos enfermos. No es posible un hombre saludable con un grave problema en el hígado o en el corazón, como no es posible un corazón sano en un hombre deprimido o esquizofrénico. Aunque un rico se define por su diferencia con los pobres, nadie es verdaderamente rico rodeado de pobreza.

El humanismo, como lo concebimos aquí, es la evolución integradora de la conciencia humana que trasciende las diferencias culturales. Los choques de civilizaciones, las guerras estimuladas por los intereses sectarios, tribales y nacionalistas sólo pueden ser vistas como taras de esa geopsicología.

Ahora, veamos que la magnífica paradoja del humanismo es doble: (1) consistió en un movimiento que en gran medida surgió entre los religiosos católicos del siglo XIV y luego descubrió una dimensión secular de lacreatura humana, y además (2) fue un movimiento que en principio revaloraba la dimensión del hombre como individuo para alcanzar, en el siglo XX, el descubrimiento de la sociedad en su sentido más pleno.

Me refiero, en este punto, a la concepción del individuo como lo opuesto a la individualidad, a la alienación del hombre y la mujer en sociedad. Si los místicos del siglo XV se centraban en su yo como forma de liberación, los movimientos de liberación del siglo XX, aunque aparentemente fracasados, descubrieron que aquella actitud de monasterio no era moral desde el momento que era egoísta: no se puede ser plenamente feliz en un mundo lleno de dolor. Al menos que sea la felicidad del indiferente. Pero no es por algún tipo de indiferencia hacia el dolor ajeno que se define cualquier moral en cualquier parte del mundo. Incluso los monasterios y las comunidades más cerradas, tradicionalmente se han dado el lujo de alejarse del mundo pecaminoso gracias a los subsidios y las cuotas que procedían del sudor de la frente de los pecadores. Los Amish en Estados Unidos, por ejemplo, que hoy usan caballos para no contaminarse con la industria automotriz, están rodeados de materiales que han llegado a ellos, de una forma o de otra, por un largo proceso mecánico y muchas veces de explotación del prójimo. Nosotros mismos, que nos escandalizamos por la explotación de niños en los telares de India o en las plantaciones en África y América Latina consumimos, de una forma u otra, esos productos. La ortopraxia no eliminaría las injusticias del mundo —según nuestra visión humanista—, pero no podemos renunciar o desvirtuar esa conciencia para lavar nuestros remordimientos. Si ya no esperamos que una revolución salvadora cambie la realidad para que ésta cambie las conciencias, procuremos, en cambio, no perder la conciencia colectiva y global para sostener un cambio progresivo, hecho por los pueblos y no por unos pocos iluminados.

Según nuestra visión, que identificamos con el último estadio del humanismo, el individuo con conciencia no puede evitar el compromiso social: cambiar la sociedad para que ésta haga nacer, a cada paso, un individuo nuevo, moralmente superior. El último humanismo evoluciona en esta nueva dimensión utópica y radicaliza algunos principios de la pasada Era Moderna, como lo es la rebelión de las masas. Razón por la cual podemos reformular el dilema: no se trata de un problema de izquierda o derecha sino de adelante o atrás. No se trata de elegir entre religión o secularismo. Se trata de una tensión entre el humanismo y el trivalismo, entre una concepción diversa y unitaria de la humanidad y en otra opuesta: la visión fragmentada y jerárquica cuyo propósito es prevalecer, imponer los valores de una tribu sobre las otras y al mismo tiempo negar cualquier tipo de evolución.

Ésta es la raíz del conflicto moderno y posmoderno. Tanto el Fin de la historia como el Choque de civilizaciones pretenden encubrir lo que entendemos es el verdadero problema de fondo: no hay dicotom��a entre Oriente y Occidente, entre ellos y nosotros, sino entre la radicalización del humanismo (en su sentido histórico) y la reacción conservadora que aún ostenta el poder mundial, aunque en retirada —y de ahí su violencia.

La secreta violencia de orden

Uno de los principios más consolidados en la reciente historia de la humanidad es la prescripción del diálogo. Diálogo entre países, entre culturas, entre razas, entre sexos. Sin embargo, al mismo tiempo que la aceptación casi universal de este principio significa un triunfo del antiguo humanismo —como el principio de la necesaria igualdad en la diversidad— no por eso ha de ser un triunfo consolidado en la práctica. Como los demás ideoléxicos positivos, el principio del diálogo entre diferentes debe sufrir de la colonización semántica del poder de turno.

Si los imperios pasados asesinaron en nombre de la verdad verdadera, hoy en día no es posible hacerlo sin recurrir al diálogo. Es decir, se oprime y se imponen los valores del más fuerte en defensa del diálogo, ya que el otro significa una amenaza permanente, la interrupción de esta relación que se asume como igualitaria.

Habría que ver de qué tipo de diálogo estamos hablando en nombre del diálogo, así a secas. No por ser Dios único y sus Sagradas Escrituras las mismas, ha impedido a lo largo de la historia que los hombres y mujeres se odien y se asesinen en su nombre, por causa de las diferentes representaciones que cada uno hace del Padre, por causa de los nombres distintos que cada uno le ha dado, o por las incompatibles lecturas que diferentes sectas hacen de los mismos escritos, en nombre de la verdadera interpretación.

Como todo ideoléxico, también el diálogo se convierte en un instrumento semántico de dominación, de justificación y de manipulación de la conciencia colectiva. Si ese diálogo es una forma de apaciguar los ánimos del oprimido para legitimar una opresión, un estado injusto, si ese diálogo es una simple negociación, concesión o limosna que da el poderoso, el privilegiado, quienes administran las cuotas morales y las narraciones de la historia, entonces no es exactamente el tipo de diálogo que tengo en mente.

En este caso, muy frecuente en las relaciones internacionales, en las relaciones políticas y en las más domésticas relaciones matrimoniales donde predomina la voluntad de uno de los miembros, el diálogo es, en la práctica, un monólogo. Un monólogo semejante a aquellos tratados europeos, que bien supieron usar los primeros humanistas en el siglo XVI, donde la tesis central se exponía en forma de diálogo entre dos personajes pero todas las razones estaban siempre de un lado y el otro servía apenas de tonto verificador. No muy diferentes son los más antiguos Diálogos, de Platón. Y ni que hablar del estilo de catequesis que practican las modernas cadenas internacionales de televisión, donde, en nombre del diálogo y la información objetiva, un periodista invita a algún débil disidente para burlarse de las opiniones ajenas y confirmar las suyas propias, las opiniones del poder, de la propaganda y del dinero. Como lo formuló en versos el poeta Hebert Abimorad, un diálogo es la verdad dividida en dos partes desiguales. Esto, que a su vez puede ser una verdad inevitable, se convierte en un problema cuando una de las partes se reserva el derecho de dictar cuál es la verdad mayor en un diálogo entre desiguales, en un monólogo a dos voces.

El mismo peligro de manipulación semántica corren los más débiles al consumir irreflexivamente el ideoléxico democracia. No es posible una democracia sin el principio de una progresiva radicalización de sí misma. Es decir, no es posible una democracia representativa, tal como es el anacrónico modelo del siglo XIX; un modelo de democracia estática, orgullosa de sí misma, autocomplaciente, propuesta como ejemplo universal aunque para imponerse deba romper con todos sus propios principios.

Una democracia estática es simplemente el perfecto negocio de las clases dominantes, de las elites más fuertes. Un sistema reaccionario que moraliza en nombre del orden y del progreso. Es decir, una democracia es progresiva o no es democracia, y su objetivo es realizar la conciencia de que este mundo, siempre imperfecto, no tiene dueño legítimo. No por casualidad los conservadores del silgo XIX reaccionaban con furia cada vez que un progresista mencionaba la palabra democracia, obra del demonio según los monárquicos ibéricos.

Recuerdo que cuando era niño me sorprendía escuchar en un informativo que un jugador de fútbol había sido vendido a Europa por varios millones de pesos. Mi madre trataba de aclarar la situación explicándome que, en realidad, lo que se vendía era el contrato de ese jugador. Pero sus palabras finales, simples como su débil corazón, me quedaron grabadas a fuego: “Ni un hombre ni una mujer tienen precio. Ni todo el dinero de todos los bancos del mundo podrían pagar la vida de un solo ser humano”. Hoy en día no sé si esto es verdad o no, sobre todo porque a veces uno debe dudar de qué es un ser humano, un ser deshumanizado o un monstruo con aspecto humano. De cualquier forma, conservo aquella reflexión de mi madre como uno de mis principios morales e intelectuales más básicos.

Hasta el más humilde habitante del rincón más desconocido del planeta vale tanto como el presidente o el rey más poderoso del mundo. Ahora, la moral y los valores, si se miden por la cuota de poder de cada individuo, deberían ser inversamente proporcionales. ¿Cómo confiar en el poder, sobre todo cuando se ejerce sustrayéndolo del prójimo en su nombre propio, en uno de esos tantos delirios de representatividad? Es decir, debería ser más confiable una mujer, un hombre sin poder institucional que aquel que lo monopoliza. No se puede confiar ni en el mejor de los Césares.

Sin embargo, hasta hoy, la verdad ha sido la inversa. Es la moral del más fuerte la que predomina en la práctica y en el discurso social. Incluso muchos pensadores que iniciaron las repúblicas americanas restringieron el voto democrático a aquellos que poseían propiedades, ya que —se argumentaba— el sólo echo de tener intereses materiales los hacía más responsables para dirigir un país. En otras palabras, quienes poseen mayor poder social siempre van a ser más responsables de defenderlos en nombre de la felicidad ajena. Si esta teoría de la responsabilidad fue alguna vez verdad, lo cierto es que en el subconsciente colectivo, la idea sobrevive aún hoy en las nuevas sociedades, perpetuando el crimen contra la conciencia colectiva —la conciencia democrática.

No hay diálogo entre un esclavo y su amo, aunque éste muestre un gran corazón escuchando a aquel y concediéndole el poder de hablar y elegir el color blanco de su camisa o el nombre blanco que más le gusta según su gusto blanco. No hay democracia cuando unos tienen más posibilidades de educación y de participación en la vida política de su sociedad, aunque cada tanto llegue al gobierno el hijo de un camionero o un lustrador de zapatos se reciba de abogado o se haga millonario vendiendo tomates. Porque una democracia no se define por sus excepciones sino por sus reglas. Ni el diálogo ni la democracia deberían ser simples concesiones que hacen los poderosos motivados por su bondad. Un derecho humano no es un privilegio que se deba mendigar a quienes legal e ilegítimamente se han arrogado el derecho de concederlo cuando lo creen conveniente.

El diálogo y la democracia son derechos, pero nada más que derechos mientras se pretendan ejercer sobre la base de la desigualdad muscular entre las culturas, entre los países, entre los sexos, entre los diferentes de de todo tipo.

Claro, desde este punto de vista, tanto el diálogo como una verdadera democracia son sendas utopías. Utopías, sí, pero necesarias y vitales para la sobrevivencia de un mínimo de justicia.

Ahora, si las elites se reservan el derecho de afirmar que la igualdad de condiciones no es una razón básica de justicia, o que sus hijos y los hijos de un marginado tienen las mismas oportunidades de dirigir los destinos de su sociedad, de sus valores morales, entonces “los menos iguales”, es decir, quienes deben sufrir de esta ideología, de este concepto particular de justicia, también se reservarán el derecho a imponer su propia concepción de justicia por la violencia. Porque a una violencia se responde con otra, y la opresión económica, sexual, religiosa, cultural, ideológica y moral son formas de violencia. Incluso de las peores formas de violencia, ya que uno bien puede recuperarse de un puñetazo en la cara pero difícilmente un individuo se recupera de la violencia moral. Tal es el caso del racismo, del sexismo, del clasismo o de la violencia teológica que define quiénes están condenados al infierno y quiénes han sido salvados, quiénes se comunican con Dios en sus sueños y quiénes sólo son capaces de soñar con una mesa llena de comida.

La historia reciente nos demuestra que este cambio no llegará por la acción armada y revolucionaria de ningún ejército iluminado. Por el contrario, esto sería una regresión y una nueva excusa del poder. El cambio llegará, está llegando, con la maduración progresiva de la humanidad como conjunto, de la incansable crítica como conciencia, de la desobediencia como derecho, del respeto como necesidad, de la dignidad como obligación y de la justicia como orden humano antes que como un simple orden financiero.

La violencia de la violencia y el coeficiente crítico de progresión

Un conservador diría que una mujer es responsable de sufrir repetidas veces los golpes de un marido violento. Un humanista anacrónico responsabilizaría sólo al hombre. Un anthihumanista posmoderno observaría que el hombre y la mujer son productos de una sociedad violenta. Creo que un humanista de nuestro tiempo reconocería una responsabilidad triple, en la mujer, en el hombre y en la sociedad. Sin embargo, el circuito de la violencia, física y moral, parece tener un solo sentido y dirección: sociedad-opresor-oprimido.

Por alguna razón, la frase “la violencia engendra violencia” se popularizó en todo el mundo al mismo tiempo que su significado se mantenía restringido a la violencia del oprimido. Es decir, la violencia del amo sobre el esclavo es invisible en un estado de esclavitud, como en un estado de opresión la fuerza que lo sostiene usa todos los medios (ideológicos) para no perder esta categoría de invisibilidad o —en el peor de los casos, de que sea descubierta— de naturalidad.

Dentro de ese marco invisible o natural, el esclavo cubano Juan Manzano se refería con nostalgia a sus primeras amas como buenas mujeres: “a los pocos días tuve por allá a la misma señora Da. Joaquina que me trataba como a un niño, ella me vestía, peinaba y cuidaba de que no me rozase con los otros negritos de la misma mesa como en tiempo de señora la marquesa Justis se me daba mi plato que comía a los pies de mi señora la marquesa”. Luego vinieron los tiempos malos, donde el joven Juan era castigado al encierro y al hambre. Pasado el castigo, comía “sin medida” y por este pecado se lo volvía a castigar. “No pocas veces he sufrido por la mano de un negro vigorosos azotes”, recordó en su Autobiografía de un esclavo (1839), lo que prueba la perfección de la opresión aún en un estado primitivo de producción y educación. Lo que también nos sirve de aldaba para aquellos que nos enorgullecemos de nuestra libertad.

Afortunadamente, este tipo de esclavitud se abolió en América Latina a principios del siglo XIX. No obstante la esclavitud del mismo estilo se continuó en la práctica hasta el siglo XX. El ecuatoriano Juan Montalvo recordaba en 1887: “los indios son libertos de la ley, pero ¿cómo lo he de negar?, son esclavos del abuso y la costumbre”. Y luego: “palo que le dan para que se acuerde y vuelva por otra. Y el indio vuelve, porque esa es su condición, que cuando le dan látigo, temblando en el suelo, se levanta agradeciendo a su verdugo: ‘Diu su lu pagui, amu’ […] No, nosotros no hemos hecho este ser humillado, estropeado moralmente, abandonado de Dios y la suerte; los españoles nos lo han dejado hecho y derecho, como es y como será por los siglos de los siglos […] Las razas oprimidas y envilecidas durante trescientos años, necesitan ochocientos para volver en sí”.

El mismo Alcides Arguedas, en Pueblo enfermo  (1909), recordaba que los hacendados bolivianos se negaban a desarrollar el ferrocarril porque los indios llevaban sus ganados de una comarca a la otra totalmente gratis y, por si fuese poco, su honestidad los hacía incapaces de robar una vaca ajena. Bastaría sólo este ejemplo para demostrar que las ideologías de las clases dominantes se enquistan en la moral de los oprimidos (como el hecho de que un analfabeto maneje complejas reglas gramaticales demuestra la existencia de un conocimiento inconsciente). Otro Arguedas, el peruano José María Arguedas, nos dejó una pintura viva de esta cultura del indio-pongo en Los ríos profundos (1958).

Según el boliviano Alcides Arguedas, los soldados tomaban a los indios de los pelos y a fuerza de sablazos los llevaban para limpiar cuarteles o les roban las ovejas para mantener a una tropa del ejército que estaba de paso. Para que nos quede claro que la opresión se sirve de todas las instituciones posibles, en el mismo libro leemos la cita a un escrito de la época que informaba, refiriéndose a uno de estos condenados por la historia, que “el buey y su hijo de siete años están embargados por el cura á cuenta de los derechos del entierro de su mujer”. Y más adelante: “Exasperada la raza indígena, abatida, gastada física y moralmente, inhábil para intentar la violenta reivindicación de sus derechos, hase entregada al alcoholismo de manera alarmante. […] ignora en absoluto su acción depresiva […] Al indio no se le ve reír nunca sino cuando está ebrio. […] su alma es depósito de rencores acumulados de muy atrás, desde cuando, encerrada la flor de la raza, contra su voluntad, en el fondo de las minas, se agota rápidamente, sin promover clemencia en nadie […] Hoy día, ignorante, degradado, miserable, es objeto de la explotación general y de la general antipatía”. Hasta que un día explota “oyendo a su alma repleta de odios, desfoga sus pasiones y roba, mata, asesina con saña atroz”. Y como la violencia no puede quedar impune, “van los soldados bien municionados; fusilan á cuantos pueden; roban, violan, siembran el pavor y espanto por donde pasan”. En esta cultura de la opresión, la mujer no puede ser mejor: “ruda y torpe, se siente amada cuando recibe golpes del macho; de lo contrario, para ella no tiene valor un hombre.”

Un año después, en diversos artículos aparecidos en diarios de La Paz y reunidos en el libro Creación de la pedagogía nacional, Franz Tamayo responde a algunas conclusiones de Arguedas y confirma otras: “el trabajo, la justicia, la gloria, todo se miente, todo se miente en Bolivia; todos mienten, menos aquel que no habla, aquel que obra y calla: el indio”. Luego: “Aun los blancos de cierta categoría dijeron de maldiciones divinas, y los curas de pueblos y aldeas propalaron entre sus ignorantes feligreses indios, enojos de Dios contra la decaída raza y su deseo de hacerla desaparecer por inobediente, poco sumisa y poco obsequiosa” (1910). Está de más decir que en lugar de Bolivia podríamos escribir cualquier otro nombre de país latinoamericano y no violentaríamos la verdad de la frase.

El amo es visualizado como un ser puro y bondadoso cuando concede un beneficio inusual al esclavo, como si poseyese un poder divino para administrar el derecho ajeno. Tal vez podríamos aceptar estos términos benevolentes si consideramos un contexto particular. El punto es que no les exigimos a los antiguos feudales que piensen como nosotros; nos exigimos a nosotros mismos no pensar como los antiguos feudales, como si no existiese una experiencia histórica en el medio.

Desde un punto de vista humanístico, la violencia del esclavo es siempre engendrada por la violencia del amo y no al revés. Pero cuando imponemos la idea de que la violencia del esclavo engendra más violencia, estamos igualando lo que no es igual para mantener un orden que, de hecho y en su discurso, niega la misma igualdad humana.

Por esta razón, así como a mediados del siglo XX los reaccionarios de todo tipo asociaban la integración racial con el comunismo —lo cual no sería ideológicamente erróneo, según la teoría pura— para revindicar el apartheid como sistema social, así también hoy asocian los principios humanistas con la tradicional izquierda política. Los conservadores no pueden comprender que parte de su tan mentada responsabilidad personal es pensar de forma global y colectiva. De otra forma, la responsabilidad personal es sólo egoísmo, es decir, irresponsabilidad moral. Si recién en 1972 Rene Dubos acuñó la famosa frase, “Piensa globalmente, actúa localmente”, el pensamiento reaccionario ha practicado siempre una fórmula moral inversa: “Piensa localmente, actúa globalmente”. En otras palabras, piensa como un provinciano en los intereses de tu aldea, de tu clase, y actúa como un imperialista que va a salvar la civilización como si fuese el brazo armado de Dios.

No obstante, debemos dar un paso más para salir del círculo. Una posibilidad tiene sus raíces en la prescripción de Jesús quien, a un tiempo, recomendó romper este círculo ofreciendo la otra mejilla sin dejar por ello de significar una respuesta