La double bonne affaire du chômage

El doble negocio de la desocupación (Spanish)

Child laborer in the Mollohan Mills, Newberry,...

La double bonne affaire du chômage

par Jorge Majfud *

Les pauvres chômeurs et improductifs qui vivent de l’aide de l’État ne sont pas en réalité une mauvaise affaire pour les grandes entreprises. Ils aident à maintenir pas seulement les bas salaires, comme c’ était déjà le cas au XVIIIe siècle, mais, de plus, dans notre civilisation matérialialiste, ils sont de parfaits consommateurs. L’aide que ces pauvres chômeurs reçoivent de l’État est entièrement destinée à la consommation de biens de base ou de distraction et dis-track-tion, ce qui signifie qu’ainsi les megaentreprises continuent de faire une bonne affaire avec l’argent des contribuables. Bien sûr, tout connaît une limite.

D’un autre côté, cette réalité sert une critique ou un discours en principe acceptable et enkysté dans la conscience populaire du monde riche, produit par le bombardement médiatique : tandis que les grandes compagnies produisent (dans tous les sens du terme) et génèrent des postes de travail, les paresseux profitent d’elles à travers l’État. Les grandes compagnies sont les vaches sacrées du progrès capitaliste et l’État avec ses paresseux sont les vices qui empêchent l’accélération de l’économie nationale.

En première instance c’est vrai. Ce mécanisme maintient non seulement une culture de la paresse dans les classes sociales les plus basses attendant cette aide de l’État (quand existe un système de sécurité sociale comme aux États-Unis) mais de plus nourrit la haine des classes laborieuses qui doivent se résigner à continuer de payer leurs impôts pour entretenir cette part de chômeurs qui de façon basique représentent une charge et aussi une menace permanente d’une plus grande criminalité et de plus de dépenses en prisons. Ce qui est aussi vrai, puisqu’il est plus probable qu’un chômeur professionnel se consacre à une activité criminelle qu’un travailleur actif.

Cette haine de classes maintient le statut quo et, ainsi, l’argent continue de circuler de la classe travailleuse jusqu’à la classe exécutive, entre d’autres moyens, via les paresseux – chômeurs. Si ces chômeurs étaient dans le circuit du travail, ils consommeraient probablement moins et exigeraient de meilleurs salaires et de l’éducation. Ils seraient mieux organisés, ils n’auraient pas autant de ressentiment pour ceux qui se lèvent tôt pour aller à leu travail, et seraient moins victimes de la démagogie des hommes politiques populistes et des sectes patronales qui sont, en définitive, les propriétaires du capital et, surtout, du know-how social — les know-why et les know-what sont insignifiants.

Pour quelqu’un qui doit vendre un minimum annuel de tonnes de sucre à l’industrie de l’alimentation, pour le dire d’une certaine façon, un travailleur ne sera jamais une meilleure option qu’un chômeur entretenu par l’État. Pour les entrepreneurs de santé, non plus. Quelques études récentes indiquent que la consommation de sucre dans les limonades est aussi préjudiciable pour le foie que la consommation d’alcool, puisque le foie doit de toute façon métaboliser le sucre, donc prendre un soda, en dernier ressort et sans considérer les problèmes de conduite, c’est la même chose que boire du whisky (Nature, Dr. Robert Lustig, Univ. of Californie). Un Coca-Cola n’a même pas le bénéfice qu’a le vin pour la santé. Cependant, durant les dernières années la proportion de sucre dans les boissons et la quantité que chaque individu consomme a augmenté dan le monde entier, au désespoir de notre organisme qui a eu seulement le temps d’évoluer pour tolérer le sucre des fruits, et pour une saison par an. Les spécialistes considèrent que cette augmentation de la consommation est due à la pression politique des compagnies qui sont impliquées dans la commercialisation du sucre. Comme conséquence, aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays nous avons des populations de plus en plus obèses et malades, ce qui soit dit en passant signifie de plus grands gains pour l’industrie de la santé et des laboratoires pharmaceutiques.

Mais ainsi fonctionne la logique du capitalisme tardif, qui est la logique mondiale d’aujourd’hui : s’il n’y a pas de consommation il n’y a pas de production et sans celle-ci, il n’y a pas de profits. Ce serait beaucoup plus salutaire pour les consommateurs si les vendeurs d’aliments à coups de shocks délicieux de sel-sucre, attaquaient chaque consommateur avant d’entrer à un supermarché. Mais ceci, comme l’augmentation d’impôts, est politiquement incorrect et trop facile à visualiser de la part des consommateurs. Mon attention a toujours été attirée par le fait universel que les toxicomanes volent et tuent des personnes honnêtes pour acheter de la drogue et ne volent pas, ni n’attaquent pas les vendeurs de drogues eux mêmes, ce qui serait un chemin plus direct et immédiat pour une personne désespérée. Mais la réponse est évidente : c’ est toujours plus facile d’attaquer un travailleur honnête qu’ un délinquant qui connaît l’histoire. En général, le susdit est presque impossible, au moins pour un consommateur commun.

L’objectif primaire de toute entreprise ce sont les profits et tout le reste ne sont que des discours qui essaient de légitimer quelque chose qui ne peut pas être changé dans la logique purement capitaliste. Quand cette logique fonctionne sans limites, cela s’appelle progrès. Les compagnies progressent et comme conséquence les individus progressent — vers la destruction propre et autre.

Récemment la ville de New York a interdit la vente de bouteilles gigantesques de soda en alléguant qu’ils stimulaient la consommation excessive de sucre. Ce type de mesures ne seraient jamais prises, ni même proposées, par une entreprise privée dont l’objectif est de vendre, à moins qu’elle ne vende de l’eau minérale. Mais dans ce cas l’interdiction explicite d’une entreprise sur l’autre irait contre les lois du marché, raison pour laquelle cette lutte se produit normalement selon les lois de Darwin, où les plus forts dévorent les plus faibles.

Ces limites à la « main invisible du marché » seuls les gouvernements peuvent les établir. La même chose est arrivée avec la lutte contre le tabagisme. Les gouvernements ont l’habitude d’être infestés, contaminés par les lobbies des grandes entreprises et ont l’habitude de répondre à leurs intérêts, mais ils ne sont pas des monolithes et de temps à autres ils se souviennent leur raison d’être selon les préceptes modernes. Alors ils se souviennent qu’ils existent pour la population, et pas le contraire, et agissent en conséquence en remplaçant les profits par la santé collective.

La liberté n’a pas progressé par les groupes d’entreprises et de sociétés financières mais malgré celles-ci. Elles ont progressé au cours de l’histoire par ceux qui se sont opposés aux pleins pouvoirs hégémoniques ou dominants du moment. Il y a plusieurs siècles ces pleins pouvoirs étaient les églises ou les États totalitaires, comme les anciens rois et leurs aristocraties, comme l’Union soviétique et ses satellites. Depuis quelques siècles jusqu’à aujourd’hui, de plus en plus, ces pleins pouvoirs résident dans les entreprises qui sont celles qui possèdent le pouvoir sous forme de capitaux. Toute vérité qui sort des grands médias sera contrôlée de façon directe ou subtile – par exemple, à travers l’autocensure — par ces grandes signatures, qui sont celles qui font vivre les médias à travers la publicité. Les médias ne survivent plus, comme au XIXe siècle et une grande partie du XXe siècle, de la vente des exemplaires. C’est-à-dire les grands médias dépendent chaque fois moins et, par conséquent, chaque fois doivent moins à la classe moyenne et travailleuse. L’Ère digitale pourra un jour inverser ce processus, mais pour le moment les individus isolés se limitent à reproduire les informations et récits sociaux préfabriquées par les grands médias qui ne vivent que de la publicité des grandes entreprises et des multinationales. C’est-à-dire les sur-moi sociaux. Le contrôle est indirect, subtil et implacable. Toute chose qui va contre les intérêts des annonceurs signifiera le retrait de capitaux et, donc, la décadence et la fin de ces médias, qui laisseront leur place à d’autres pour accomplir leur rôle de marionnettes.

A quelques exceptions, ni les pauvres ni les travailleurs ne peuvent faire du lobby au parlement. En temps d’élections, ce sont les multinationales qui mettront des milliards pour faire élire un candidat ou l’autre. Aucun candidats ne mettre à cause la réalité basique qui soutient l’existence de cette logique mais n’importe qui parmi eux qui est choisi et tout de suite élu — ou vice versa — sera hypothéqué dans ses promesses quand il entrera en fonction et devra répondre en conséquence : aucune entreprise, aucun lobby ne met de millions de dollars quelque part sans considérer cela comme un investissement. S’ils les mettent pour combattre la faim en Afrique ce sera un investissement moral, « ce qui ont en trop », comme disait Jésus en se référant aux aumônes des riches. S’ils les mettent sur un candidat présidentiel ce sera, évidemment, un investissement d’un autre type.

Le pouvoir disproportionné de ces organismes, nombreux secrets ou discrets sont le pire attentat à la démocratie dans le monde. Mais peu pourront le dire sans être étiqueté comme idiots. Ou ils apparaîtront dans quelques grands médias porte-parole de l’establishment, parce que tout milieu qui se vante de démocratique devra payer un impôt à son hégémonie en permettant que s’infiltrent quelques opinions vraiment critiques. Cela, clairement, sont exceptions, et entreront en conflit avec un public habitué au sermon quotidien qui soutient le point de vue contraire. C’est-à-dire, ils seront considérés comme des produits infantiles de ceux qui ne savent pas « comment fonctionne le monde » et qui défendent les paresseux chômeurs qui vivent de l’État, tandis que celui-ci vit de et punit les grandes entreprises les plus heureuses. Surtout dans des temps de crise, l’État les punit avec des réductions d’impôts, prêts sans échéance et sauvetages sans limites.

Depuis la dernière grande crise économique de 2008 aux États-Unis, par exemple, les grandes entreprises et les corporations n’ont pas arrêté d’augmenter leurs profits malgré une faible réduction de l’emploi et un cheval de bataille pour l’opposition au gouvernement. Les économistes les plus consultés par les grands médias appellent cela « augmentation de la productivité ». C’est-à-dire avec moins de travailleurs on obtient de plus grands bénéfices. Les travailleurs qui restent en trop, conséquence de l’augmentation de productivité sont dérivés vers la sphère de l’État maudit qui doit assurer que — bien que démoralisés ou comme — ils continuent de consommer avec l’argent de la classe moyenne pour augmenter plus encore les profits des marchands des élites dominantes qui, sans payer les salaires mais sans arrêter de leur vendre le même bibelot et le même soda sucré et les mêmes chips salés, verront augmentés encore plus l’efficacité, la productivité et les profits de leur admirablement heureuses entreprises.

Nous pouvons appeler tout ce mécanisme pervers « la double affaire du chômage » ou « les miracles des crises financières ».

Jorge Majfud, le 4 juin 2012. 
Jacksonville University

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

 

L’État, un trésor divin

 

Estado, divino tesoro (Spanish)

Cet article a été publié dans plusieurs quotidiens du continent le mois même de la Grande crise, en septembre 2008. Je crois qu’il est nécessaire de le relire maintenant plus encore.

 

L’État, un trésor divin

Reverse of 100 dollars (1914 series)

Par Jorge Majfud


L’État dans des temps normaux

Quand l’abus l’idéologie atteint le maximum de bénéfices pour les classes qui le promeuvent, on recourt au plan B qui consiste à suspendre temporairement l’orthodoxie sans suspendre l’idéologie dominante. Le plan A est le plan typique des feuilletons télévisés et des programmes de charité. Dans le premier cas il y a une femme riche, vieille et mauvaise et de l’autre une jeune femme pauvre et gentille. La solution morale consiste à punir la mauvaise riche et à récompenser les souffrances de la gentille pauvre. C’est-à-dire, comme dans la théologie traditionnelle et comme dans les harangues religieuses les plus modernes, les systèmes, les structures sociales et globales n’existent pas ou n’ont pas d’importance. Il y a seulement des bons et des mauvais individus.

Dans le cas des shows de la télévision, les bons sont ceux qui provoquent la maladie d’un système contradictoire, en reproduisant et en consolant la même contradiction, et les méchants sont les critiques qui ne font rien pour les pauvres sinon de critiquer leurs bienfaiteurs. C’est le cas de programmes comme le mexicain « Le Show des Rêves » que nous consommons aussi aux États-Unis, où différents couples dansent et chantent pour soigner la maladie terrible d’un parent. Si le duo chante faux ou n’émeut pas le jury avec ses pirouettes, le couple est éliminé et avec lui le malade. Ceux qui osent critiquer cette obscénité de notre culture, sont moralement écrasés avec toute la force des caméras et avec le même recours à la sensiblerie collective qui applaudit elle même ce qu’elle condamnait des temps passés : les pauvres moribonds allaient aux portes des églises pour que les riches sains finissent par consoler leur âme en jetant quelques pièces devant le regard agité du public qui savait reconnaître une œuvre de bien. Ceux qui observaient l’hypocrisie – c’est-à-dire la « peu nombreuse –critique » – du mécanisme social de la moralisation qui consolait les deux parties, nantis et malheureux, au moment où cela se reproduisait, étaient accusés de ne rien faire pour les pauvres, dans le meilleur des cas, ou étaient stigmatisés par un vocabulaire négatif comme « subversifs », « démoniaques », « improductifs », « critiqueurs », etc. Ce qui confirme la « quasi-perfection » d’une idéologie dominante quand elle se reproduit elle-même à travers la collaboration émouvante entre élus et condamnés.

Tandis que ce drame médiatique et réel moralise des millions de personnes, l’État applaudit l’initiative privée de ces bons roturiers qui luttent pour survivre et s’occupent à sauvegarder la sécurité de l’initiative privée des hommes nobles de la bourse et de leurs investissements salvateurs qui apportent la prospérité au pays. Tandis que l’un espère que son neveu gagne le concours de danse et ainsi la charité peut sauver la vie ou une fonction vitale, l’État investit une grande partie de ses ressources s’assurant qu’aucun n’interrompt la digestion de quelqu’un qui dîne dans un hôtel de cinq étoiles et organise le destin de milliers d’employés et par hasard pourrait aider un malade incurable à sauver sa vie. Dans certains cas ils arrivent à temps. Dans d’autres, ils sont des producteurs de programmes de télévision dont le noble objectif est d’aider les pauvres et les malades.

Quand l’inquiétude sociale dépasse les limites que la narration officielle peut contenir, on tente de maquiller le système en remplaçant certains individus qui sont en charge de tout le malheur de la nation, qu’ils soient gouvernants ou membres de l’opposition.

L’État face à une crise de ses ennemis

Dans la grande politique, il y a pas seulement deux partis pour alterner entre la faction des bons et les méchants, y compris, comme dans le cas étasunien, on peut accuser un individu – le président en échec – et sauver ainsi non seulement un système mais un parti politique qui est à quelques jours d’une élection nationale.

Comme exemple, ce fut jusqu’à présent le discours du candidat républicain John McCain, selon qui tout sera résolu quand lui, le rebelle solitaire (« The maverick ») et un petit groupe de dissidents conservateurs remplacera les hommes et les femmes qui sont aujourd’hui à la Maison Blanche, tous membres de son propre parti sont maintenant accusés d’incompétents et corrompus. Cette narration n’est pas si difficile à digérer par un public conservateur habitué à la pensée et à la harangue féroce des pasteurs et angoissants présentateurs de radios qui chaque jour nous rappellent que le monde est en danger à cause des mauvais garçons (« bad guys »).

De cette crise financière on se sortira avec le même ressort qui a sorti les États-Unis de la Grande Dépression des années 30 : en suspendant momentanément l’idéologie dominante et en permettant qu’un autre individu et qu’un autre parti fasse le sale travail, en le laissant exercer sa propre cohérence pour un temps déterminé. Ce qui en passant démontre que la démocratie représentative fonctionne. C’est comme dire que l’un ne croit pas en Dieu sauf dans les moments où notre vie est en danger ou qu’une souffrance nous menace.

Cependant, bien que nous revenions aux temps de l’orthodoxie anti étatique, nous trouverons encore une contradiction cynique corrigée chaque jour par la narration dominante. L’intervention de l’État dans les régimes du capitalisme dominant est plus significative que dans beaucoup d’états socialistes dont l’influence géopolitique est marginale. Pour le bien et le mal, c’est encore l’État qui monopolise la violence qui maintient hors de danger un système menacé d’une manière permanente non seulement par ses adversaires idéologiques ou par ses déplacés, mais par sa propre activité où le risque élevé de l’investissement est l’une de ses principales composantes. C’est l’État qui soutient, bouge et provoque les interventions policières et militaires pour garantir la continuité d’un système et d’une idéologie. C’est l’État, l’armée, qui garantit le contrôle de la géopolitique au bénéfice de groupes déterminés et au préjudice d’autres, bien qu’il le fasse toujours au nom de tous. C’est l’État qui garantit les différences et les pleins pouvoirs des élites de différentes de formes. D’abord, en commençant par l’appareil répresseur ou offensif. Deuxièmement, à travers l’appareil idéologique. Troisièmement, à travers la garantie de ses classes fermées, presque des castes, où est garantie la stabilité et la permanence de gérants déterminés qui sont fonctionnels au système, comme aux sociétés financières, etc. C’est l’État capitaliste qui prévient de tout mouvement vers l’anarchie d’une société ou de la société globale, en provoquant non seulement une société incapable d’être administré pour elle même dans une démocratie directe mais en stigmatisant la tendance historique de la Société Désobéissante par le mot « anarchie », associé au chaos, au désordre et à la violence de la rue.

Cela ne fait pas plus de deux siècles que les sociétés organisés par classes dans plusieurs pays de l’Europe appliquaient des lois différentes pour leurs différentes classes sociales. Quant un artisan ne pouvait pas payer ses dettes, il allait prison. Quand un noble aristocrate ne pouvait pas le faire, il rentrait chez lui. Pendant au moins deux ans ceux qui aux États-Unis ne pouvaient pas payer leurs maisons étaient punis par l’expulsion et la mise aux enchères. Quand les millionnaires de Wall Street se sont vus dans la panade, ils ont fait peur au monde entier avec les faillites – dans de nombreux cas cela a seulement signifié un changement de nom, un contrat d’achat d’un lobbysur un autre – et tout le poids de l’État a été mobilisé, non pour punir la mauvaise pratique mais pour leur octroyer une facilité de crédit de 700 milliards de dollars.

Depuis l’Angleterre du XVIIIe siècle a surgi et fut consolidée l’idée de que l’égalité et la liberté étaient incompatibles. Cependant cette conclusion paradigmatique a été silencieusement réfutée par une longue histoire qui commence au moins au XVe siècle. L’accroissement de la liberté à travers « la rébellion des masses » c’est-à-dire à travers la demande et la possession des bénéfices de la civilisation et de l’histoire – à l’éducation, à la culture et au pouvoir politique – n’a pas favorisé les différences sociales de pouvoir mais tout le contraire : elle les a progressivement atténuées. Depuis l’Ère Moderne (1775-1950) et en passant par l’âge des révolutions (1776-1918) les partisans de l’égalité se sont méfiés tant de la liberté des individus comme leurs adversaires, les partisans de la liberté, se sont méfiés de l’égalité. Ainsi surgit l’apogée du pouvoir de l’État moderne, représentatif, comme forme de résolution de conflit : l’égalité était menacée par la liberté démesurée de ses individus.

Cependant, nous pouvons reconnaître un paradoxe : l’État avec plus de fréquences que d’exceptions a favorisé les puissants d’une société parce qu’il a été dominé par ceux-ci. C’est-à-dire l’égalité a été protégée par les États autant qu’a été protégée l’inégalité, et peut-être la protection de l’égalité de la part de l’État fut une excuse pour justifier l’existence d’un État qu’il a systématiquement protégé, et surtout en dernier ressort, l’inégalité.

Jorge Majfud
Lincoln University, Septembre 2008 

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi

  • 1ère publication : El CorreoParis, le 6 Octobre 2008. 
  • 2e publication  : El Correo. Paris, le 23 mai 2012.

 

Le patriotisme des riches

Donald Trump

Donald Trump

Politique et économie aux États-Unis : Le patriotisme des riches

par Jorge Majfud *

Dans tout le monde, le riches presque ils n’émigrent pas, presque n’entrent pas dans le forces armée qu’ils envoient à ses guerres et qui rassasient tout de suite des honneurs et d’applaudissements, et ils maudissent l’État qui leur suce le sang. Quand les économies vont bien, ils exigent des diminutions d’impôts pour soutenir la prospérité et quand les choses vont mal exigent que le maudit État les sauve de la catastrophe (avec l’argent des impôts, ceci va sans dire).

Depuis la crise financière de 2008, le plus grand souci de la classe moyenne usaméricaine a été le chômage et le déficit, les deux hérités du gouvernement républicain de George Bush. A l’intérieur de ce parti, le « Tea Party » a surgi avec une force qui lui a permis de dominer sa rhétorique mais peut-être ceci sera sa propre ruine dans les proches élections, qui en principe se leur présentent favorables. Son drapeau est l’idéologie Reagan-Thatcher et l’orthodoxie de s’opposer à toute augmentation des impôts. Ils assurent que l’on ne peut pas pénaliser ceux qui triomphent, les riches, avec des impôts, parce qu’ils sont les riches qui créent les postes de travail quand la richesse commence à se répandre depuis là-haut. Dans un débat en 2008, Obama a commenté que les partisans de cette théorie (plutôt, une idéologie) avec la crise avaient découvert que quand on attend que la richesse ruisselle depuis là-haut, la douleur commence à monter depuis en bas.

Les actuelles données (pour ne pas aller loin) contredisent la théorie du « trickle-down » portée à l’extrême par le dernier gouvernement républicain, puisque la capacité d’avarice de « là-haut » est illimitée, pour ne pas dire à l’infinie, et le chômage n’a pas baissé dans ces dernières années, mais le contraire.

Bien que dans le pays 700.000 postes de travail ne soient pas détruits par mois comme a été fait il y a une paire d’années, la création de nouveaux postes continue d’être faible (entre 15.000 et 250.000 par mois ; un rythme salutaire pour descendre 9.2 pour cent de chômage devrait être de 300.000 nouveaux postes par mois).

D’un autre côté, dans la dernière année la productivité a grandi dans des proportions plus grands et, surtout, les bénéfices des grandes compagnies. Chaque semaine on peut lire dans les quotidiens spécialisés les résultats de bénéfices gigantesques, d’un industriel ou des services qui ont augmenté ses gains de 30, 50 ou 60 pour cent, comme quelque chose de normal et routinier. N’importe lequel de ces pourcentages ils signifient quelques milliards de dollars. En incluant les auparavant laisse pour mortes automotrices de Detroit. Sans entrer dans des détails comment la classe moyenne, a travers l’État, a financé le sauvetage de tous ces géants, sans élection et sous la menace dont quelque chose de pire pouvait avoir arriver.

Depuis les années 80, la richesse d’haut continue de s’accumuler et le chômage en bas continue attendre depuis 2009 des niveaux historiques. Des études ont montré que cette différence entre riches et pauvres (Bureau of Economic Analysis), une caractéristique latinomericaine, a grandi sous cette idéologie du trickle-down .

Bien avant la crise de 2008, quand existait encore un excédent hérité de l’administration Clinton, les républicains ont réussi à réduire les impôts pour les couches les plus riches, parmi eux les groupes pétroliers. Cette période de faveur prenait fin cette année et il a été étendu par le propre Obama sous pression républicaine, peu de temps après que les Démocrates perdaient le contrôle de la Chambre basse. Alors, le président Obama a été fort critiqué par son propre parti pour donner plus de concessions aux Républicains que pour exiger de ceux-ci un peu en échange.

Cependant, dans ces dernières semaines les positions se sont polarisées. Dans l’une des dernières réunions avec les républicains, Obama, lui qui ne perd jamais son calme, il s’est s’abruptement levé en menaçant : « ne me prouvez pas ». Devant les négociations pour augmenter le plafond d’endettement (une pratique normale aux États-Unis et dans beaucoup d’autres pays ; seulement dans l’administration Bush la même mesure a été votée sept fois) les républicains continuent d’essayer de suspendre et d’éliminer plusieurs programmes d’aide sociale et en se refusant de monter radicalement les impôts aux plus riches (dans de nombreux cas, des multimillionnaires).

Parleur part, les démocrates et le président Obama se refusent à réduire les services sociaux et dans une contrepartie ils exigent augmenter les impôts aux plus riches. J’ai écouté certains millionnaires en se demandant pourquoi ils ne payaient pas plus impôts quand ce sont eux, précisément, qu’ont plus de possibilités de contribuer quand le pays a besoin. Quand le pays de la moitié vers le bas a besoin de cela, faudrait préciser. Mais ils ne sont pas apparemment ces millionnaires qui font du lobbies en faisant pression dans les congrès des pays.

De toute façon, et malgré tout ce mise-en-scène républicaine, je n’ai pas de doutes de ce qu’avant le 2 août le parlement votera une nouvelle hausse du plafond d’endettement. Pourquoi ? Simplement parce que cella arrange aux dieux investisseurs de Wall Street. Non parce qu’il y a des travailleurs au chômage ou des soldats sans jambes dans l’attente de la charité de l’État qui les a envoyés au front en échange d’un discours et des quelques médailles.

Jorge Majfud
Jacksonville University

Paris, le 20 juillet 2011.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi